V.\j\ Gehuchten. Système Nerveux, 4' éd
Les expériences de Cajal sur la rétine et les lobes optiques des reptiles et des batraciens tendent à prouver, il est vrai, que les prolongements protoplasmatiques des cellules nerveiises présentent toujours la même disposition constante, que ces cellules aient été maintenues pendant des mois dans le repos le plus absolu ou bien que ces cellules aient fonctionné régulièrement jusqu'au moment de la mort.
Mais ces expériences et ces conclusions sont en opposition manifeste avec des expériences du même ordre faites par Ed. Pergens (6) dans le laboratoire de Heger. Pergens a opéré sur des poissons ( Leuciscus ruiilus). 11 a maintenu un premier lot de poissons pendant 48 heures dans l'obscurité la plus complète pendant qu'un deuxième lot restait à la lumière ordinaire du jour. Les poissons ont été décapités et les têtes placées pendant 24 heures dans une solution d'acide azotique de 5 à 10 "/o, les unes à la lumière, les autres à l'obscurité. A partir de ce moment, les rétines de tous les poissons ont été soumises aux mêmes réactifs. Pergens a observé une contraction des cônes et des bâtonnets déjà signalée, en i885, par Gradenigo, et, en 1877, par Van Genderen Stort. Cette contraction peut aller, dans les limites extrêmes, de 40 [a à 6 jj.. De plus, Pergens a constaté une rétraction des cellules de la couche ganglionnaire : sous l'influence de la lumière, le protoplasme devient moins volumineux, les prolongements deviennent plus courts, plus épais et plus rares.
Ces faits tendraient donc à prouver que le fonctionnement d'une cellule nerveuse, entretenu pendant un temps assez long, s'accompagne d'ime rétraction de son corps cellulaire et d'mi racourcissement de ses prolongements protoplasmatiques. Au point de vue de la théorie de Lépine et de Duval, ce racourcissement, loin de rendre les contacts plus intimes et plus nombreux, aurait un effet tout à fait opposé ; il isolerait 1rs uns des autres les différents neurones visuels.
D'après les recherches de Vas (7) et de Mann (8) cependant l'activité des cellules nerveuses serait accompagnée d'un agrandissement de la masse protoplasmatique.
LuGARO (9), ayant comparé entre elles les cellules d'un ganglion sympathique au repos et celles d'un autre ganglion soumis pendant plusieurs heures à un faible courant faradique, a constaté que l'activité d'une cellule nerveuse est accompagnée d'une turgescence du protoplasme cellulaire. Il en conclut que cette même turgescence doit se produire dans les prolongements protoplasmatiques dont la structure offre tant d'analogie avec celle du corps cellulaire et, par conséquent, aussi dans les ramifications terminales de ces mêmes prolongements, de même qu'elle se produira aussi dans les ramifications terminales du prolongement cylindraxile. Cette turgescence, survenue dans les ramifications terminales des prolongements protoplasmatiques et cylindraxiles, rend plus intime le contact entre les différents neurones, condition sine qiia non de l'activité psychique. Dès que les cellules cessent de fonctionner, cette turgescence disparaît, entraînant à sa suite la suspension ou l'affaiblissement des conctacts et par là même la suspension de l'activité psychique.
LuGARO admet donc l'idée de Duval, d'après laquelle les modifications que les phénomènes psj'chiques produisent dans les éléments nerveux sont accompagnées de modifications dans les connexions existant entre ces mêmes éléments ; mais, tandis que pour Duval ces modifications dans les connexions sont dues à des mouvements amiboïdes, Lugaro les attribue à un accroissement des prolongements des cellules nerveuses dù à la turgescence.
Cette conclusion de Lugaro se rapproche, sous plusieurs rapports, d'une opinion émise antérieurement par Tanzi (10). Le savant italien admet que chaque fois qu'un courant nerveux parcourt un neurone, il y provoque une activité particulière des processus nutritifs entraînant une hypernutrition dans les parties traversées, analogue à l'hypertrophie du muscle qui a travaillé. Si cette augmentation de volume se fait dans le sens de la longueur, l'exercice fonctionnel diminuera insensiblement la distance séparant primitivement les neurones contigus. Ces neurones tendront donc, de par l'exercice, à se rapprocher les uns des autres et par le fait même leur fonctionnement s'en trouvera facilité.
Après avoir constaté que, dans l'immense majorité des cas, les connexions entre neurones distincts s'établissent par contact, ou, pour nous servir des termes
de l'auteur, par des appuis adhésifs ou par de^simples accolements, Renaut (ii) se pose la question : comment peut-on se figurer que puisse varier V articulation par appuis adhésifs ? En examinant des préparations de rétine traitées par le bleu de méthylène, Renaut a constaté que les prolongements protoplasmatiques des cellules nerveuses présentent une apparence perlée. C'est au niveau de ces boules
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Petite cellule pyramidale de l'écorce cérébrale d'un chat âgé de 14 jours. Les prolongements protoplasmatiques sont garnis d'appendices pyriformes.
a : Axone.
colorées que se feraient les appuis des prolongements protoplasmatiques les uns sur les autres, que s'effectuerait le plus largement l'articulation par contact.
Chaque grain perlé répond à un renflement vacuolaire du filament protoplasmique ; ces grains perlés ou ces varicosités, observées par presque tous les auteurs qui ont travaillé avec la méthode de Ehrlich ou avec la méthode de Golgi, ont été considérées jusqu'ici comme des productions sans importance.
Renaut au contraire attache à ces vacuoles une importance considérable. Il pense qu'elles ne se produisent que sous l'influence de l'activité directrice de la cellule. Là où elles se produisent, ces vacuoles racourcissent et tendent les ramuscules ; cette tension peut faire et fait même nécessairement varier l'exactitude des contacts. C'est donc grâce à ces vacuoles que les neurones peuvent s'articuler et se désarticuler.
Ces modifications dans la forme extérieure des neurones, que l'on a désignées tantôt, avec Mathias Duval, sous le nom de amiboïsme des cellules nerveuses, tantôt, avec Demoor (12), sous le nom de plasticité des neurones, ont été étudiées d'une manière expérimentale par Demoor, Stefanowska (i3) et Querton dans le laboratoire de notre collègue de
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