XII. Le nerf grand hypoglosse
Le nerf grand hypoglosse (n. hypoglossus) — la douzième paire des nerfs crâniens — est un nerf exclusivement moteur. Il provient du bulbe et va innerver tous les muscles de la langue.
Il a son origine réelle dans une longue colonne de substance grise située en partie au-devant et en dehors du canal central dans la moitié inférieure de la moelle allongée, fig. 420, en partie directement en dessous du plancher du quatrième ventricule, de chaque côté de la ligne médiane, dans la moitié supérieure du bulbe. La partie supérieure de cette colonne grise se trouve au niveau de l'aile blanche interne, que nous avons décrite sur la face postérieure du bulbe et qu'on appelle encore, à cause du voisinage de ce noyau d'origine, le trigone de l'hypoglosse, FIG. 431. Cette colonne grise est formée de cellules nerveuses volumineuses entremêlées de fibrilles nerveuses.
Van Gehuchten. Système Nerveux, 4" éd. a .
•^S/cu &<2jil:
FiG. 480.
Coupe passant par la partie inférieure du m3'élencéphale.
c. lat. : Cordon latéral.
cG : Faisceau de Goix.
cB : Faisceau de Burdacii.
i : Racine spinale du nerf trijumeau /. cer. : Faisceau cérébelleux.
S^V: Noyau d origine du nerf hypoglosse. rac. desc. : Racine descendante du glosso-pharyngien et du vague.
Ces cellules nerveuses sont des cellules radiculaires. Leur prolongement cylindraxile se dirige horizontalement en avant et en dehors, et devient le cylindreaxe d'une fibre radiculaire. Les prolongements protoplasmatiques de ces cellules nerveuses rayonnent dans tous les sens autour de la cellule d'origine. Les plus internes dépassent quelquefois la ligne médiane où ils s'entrecroisent avec ceux du côté opposé, constituant ainsi, entre les noyaux des deux nerfs, une commissure protoplasmatique, fig. 4sa, analogue à celle qui existe, le long de la moelle épinière, entre les cellules radiculaires des nerfs spinaux.
Les fibrilles nerveuses forment, dans toute la longueur de cette colonne grise, un plexus inextricable.
Elles représentent, sans aucun doute, des ramifications cylindraxiles collatérales et terminales venant se mettre en contact avec les cellules radiculaires. Pour le moment, on ignore encore d'où viennent toutes ces fibrilles nerveuses. Ce qui est certain, c'est qu'un grand nombre d'entre elles doivent être considérées comme les ramifications terminales de fibres nerveuses provenant, au moyen de la voie pyramidale, des cellules nerveuses motrices de l'écor- Fig. 4»»,
ce grise de l'hémisphère cérébral du Cellules radiculaires du nerf hypoglosse chez côté opposé. Pour atteindre le noyau l'embryon du poulet,
d'origine du nerf hypoglosse, ces fibres motrices d'origine corticale doivent donc passer la ligne médiane en un point quelconque de leur trajet.
Ce qui est certain encore, c'est qu'un bon nombre de ces fibrilles nerveuses proviennent des fibres sensitives voisines, non pas directement des fibres qui forment la i-acine descendante du nerf glosso-pharyngien et du nerf vague et la racine descendante ou spinale du trijumci-u ; mais des fibres de la voie sensitive centrale qui proviennent des cellules constitutives du noyau qui avoisine la racine descendante du pneumo-gastrique, du glosso-pharyngien et du trijumeau. Ces fibres passent horizontalement au-devant du noyau d'origine du nerf hypoglosse et lui abandonnent de nombreuses collatérales (Cajal).
Un point encore soumis à discussion est celui de savoir, si toutes les fibres du nerf hypoglosse proviennent de cellules nerveuses placées du même côté du bulbe, ou bien si chaque nerf périphérique ne renferme pas quelques fibres provenant du noyau d'origine placé dans la moitié opposée. Les fibres radiculaires du nerf hypoglosse présentent-elles une décussation partielle ?
Nous avons vu que pour les nerfs spinaux cette décussation n'existe pas. Toutes les fibres d'une racine antérieure d'un nerf spinal proviennent de cellules nerveuses placées dans la corne antérieure grise correspondante.
Pour le nerf grand hypoglosse, la question a été longtemps douteuse. Mathias DuvAL (9) nie toute décussation entre les fibres radiculaires du nerf de la douzième paire. Obersteiner (io), au contraire, admet d'une manière générale, une décussation partielle pour les filets radiculaires de tous les nerfs périphériques. Kôlliker nie toute décussation.
La méthode de Nissl a permis de résoudre la question d'une manière définitive. Quand on sectionne le nerf hypoglosse chez un animal quelconque, on
n'observe de modifications que dans les cellules du noyau du côté correspondant, tandis que toutes les cellules du noyau opposé restent normales [Van Gehuchten (ii)].
Quand on arrache le nerf hypoglosse et qu'on laisse survivre l'animal 40 à 5o jours, toutes les -.-ij^J cellules du noyau du côté correspondant ont disparu, fig. 433. Si on examine alors l'état des fibres : radiculaires par la méthode de Marchi, on trouve que toutes les fibres, envahies par la dégénérescence wallérienne indirecte, proviennent de la masse grise du côté correspondant et qu'aucune d'entre elles ne se laisse poursuivre jusque dans le noyau du côté opposé, fig. 434 et 435, [Van Gehuchten (22)]. Nous pouvons conclure de ces faits que les fibres radiculaires du nerf hypoglosse ne subissent pas d'entrecroisement ; toutes les fibres renfermées dans le tronc périphérique sont donc des fibres directes.
Fig. 433.
Les fibres radiculaires du nerf hypoglosse, réunies en faisceaux plus ou moins volumineux, traversent d'arrière en avant toute l'épaisseur du bulbe. Ils longent en dehors la couche des fibres sensitives, passent entre l'olive accessoire interne et l'olive et sortent du bulbe par le sillon collatéral antérieur situé entre la pyramide antérieure qui est en dedans, l'olive et le cordon latéral placés en dehors.
C'est dans ce sillon collatéral antérieur que le nerf hypoglosse a son origine apparente.
Littérature.
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