X. Le nerf pneumo-gastrique
Les deux nerfs pneumo-gastriques, appelés encore nerfs vagues (n. vagus), constituent la dixième paire des nerfs crâniens. Ils proviennent de la moelle
FiG. 340.
La base du crâne montrant la sortie des nerfs crâniens. Gr. nat. 1/2.
allongée, sortent du crâne par les trous déchirés postérieurs, parcourent de haut en bas toute la région thoracique pour traverser le diaphragme et se terminer dans les parois de l'estomac, dans le foie et dans le plexus solaire du sympathique. Ce sont des nerfs mixtes qui abandonnent sur leur trajet des branches d'innervation motrices et sensibles à tous les viscères du cou, du thorax et à une partie des viscères de l'abdomen.
Origine réelle. Chaque nerf pneumo-gastrique présente deux noyaux d'origine, l'un pour sa partie motrice et l'autre pour sa partie sensitive.
Les fibres motrices du neif pneumo-gastrique ont leurs cellules d'origine dans la profondeur même de la moelle allongée. Ces cellules radiculaires forment la partie moyenne de la colonne grise que l'on désigne sous le nom de noyau ambigu, fig. 342. Vous vous rappelez que ce noyau est l'homologue de la substance grise de la corne antérieure de la moelle épinière. Les prolongements protoplasmatiques de ces cellules nerveuses rayonnent tout autour de la cellule d'origine. Le prolongement cylindraxile de chaque cellule se dirige d'abord en arrière et en dedans vers la profondeur
Fig. 341.
Cellules radiculaires motrices du nerf pneumo-gastrique
chez l'embryon du poulet.
du bulbe, puis se recourbe sur lui-même et se dirige en dehors pour sortir de l'axe cérébro-spinal par la partie moyenne du sillon collatéral postérieur du myélencéphale, fig. 341 et 343.
On admet généralement que toutes les fibres nerveuses motrices ont leurs cellules d'origine dans le noyau ambigu du même côté du bulbe. D'après les recherches récentes de Cajal, les fibres radiculaires du nerf vague présenteraient cependant un entrecroisement partiel, en ce sens qu'un certain nombre de ses fibres proviendraient de cellules nerveuses du noyau ambigu du côté opposé.
Les fibres sensitives du nerf pneumo-gastrique ont leurs cellules
d'origine en dehors de l'axe cérébro-sitiiKil, dans deux ganglions situds sur le trajet du nerf : le supérieur s'appelle le ganglion jugulaire (ganglion jugulare) et l'inlerieur constitue le ganglion plexiformc (ganglion nodosum). Ainsi que
FiG. 342.
Schéma montrant l'origine réelle des nerfs crâniens moteurs.
nous l'avons démontré chez le chat, le chien et l'homme, ces ganglions du pneumo-gastrique sont formés de cellules nerveuses unipolaires dont le prolongement unique se bifurque, à une distance variable de la cellule d'origine, en une branche centrale et une branche périphérique. Celle-ci devient le cylindre-axe d'une tibre périphérique et va se terminer dans une
Coupe correspondant au plan de section 9, de la fig. 303 XII : Noyau d'origine et fibres radiculaire du nerf liypoglosse.
X : Noyau terminal sensitif et fibres radiculaires du nerf pneumo-gastrique.
)iB : Noyau du faisceau de Burdach.
pci : Pédoncule cérébelleux inférieur.
na : Noyau ambigu.
des muqueuses où le nerl' vague porte la sensibilité. La branche interne devient le cylindre-axe d'une fibre centrale. Elle pénètre dans la moelle allongée ])ar le sillon collatéral postérieur et, arrivée au niveau du faisceau solitaire, elle se bifurque en une branche descendante qui devient fibre
L'origine apparente du nerf accessoire de Wim.is, du nerf pneumo-gastrique et du nerf glosso-pharyngien. Gr. nat.
constitutive de ce faisceau et une branche liorizontale ou quelque peu ascendante; celle-ci va se terminer dans la partie inférieure de la substance grise visible sur le plancher du quatrième ventricule et connue sous le nom de aile grise ou trigone du vague et du glosso-pharyngien.
Cette masse grise a été considérée pendant longtemps comme le noyau
d'origine rëelle des filH'es sensitives de ces deux nerfs. Nous savons maintenant, par les travaux eml)ryoloj^i(]U(\s de His et par les recherches récentes, que cette niasse grise coustitue philôt un noyau terminal. C'est dans ce noyau que se terminent les prolongements cylindraxiles des éléments nerveux sensitifs périphériques appartenant à ces deux nerfs. C'est là aussi que se trouvent les cellules nerveuses des neurones sensitifs de second ordre dont les prolongements cylindraxiles vont se rendre dans les parties supérieures de l'axe nerveux.
Les branches descendantes de ces libres sensitives peuvent être poursuivies, dans le faisceau solitaire ou racine descendante, jusqu'au niveau de l'entrecroisement des fibres du ruban de Reu.. Elles émettent, sur leur trajet, de nombreuses collatérales, se terminent dans une masse grise qui longe cette racine en dedans et qui forme la partie inférieure du noyau spinal du vague.
Le nerf pneumo-gastrique se comporte donc comme un nerf spinal.
Origiiie appareille. Toutes les fibres du nerf vague ont leur origine apparente sur la face latérale du bulbe, dans la partie moyenne du sillon collatéral postérieur, entre les filets radiculaires du nerf glosso-pharyngien et ceux du nerf accessoire de Willis, fig. 344. Cette origine se fait par dix à douze petits filets radiculaires qui se dirigent en dehors en convergeant les uns vers les autres et se réunissent bientôt en un tronc unique.
Trajet périphérique. Du sillon collatéral postérieur du bulbe, les faisceaux radiculaires du nerf vague se dirigent en haut et en dehors vers le trou déchiré postérieur. Réunis en un tronc unique, ils traversent la dure-mère crânienne au-devant du nerf spinal, en arrière du nerf glosso-pharyngien, FIG. 345, X.
Au niveau de ce trou déchiré postérieur, le nerf vague présente un renflement en forme de nœud ; c'est le ganglion jugulaire. Une fois sorti de la boîte crânienne, le nerf reçoit la branche interne du nerf accessoire de WiLLis, puis il s'élargit et présente un ganglion volumineux : le ganglion plexiforme.
Le ganglion jugulaire et le ganglion plexiforme du pneumo-gastrique appartiennent aux fibres sensitives de ce nerf et représentent un ganglion spinal.
Le nerf pneumo-gastrique descend verticalement dans toute la région cervicale, étant situé au-devant de la colonne vertébrale, dans la gaine des gros vaisseaux du cou, entre la veine jugulaire interne et la carotide interne en haut, entre la veine jugulaire interne et la carotide primitive en bas.
Le nerf pneumo-gastrique pénètre ensuite dans la cage thoracique. A
droite, il passe entre la veine et l'artère sous-clavière, donne au bord inférieur de cette artère son rameau récurrent ou nerf laryngé inférieur droit, passe derrière la bronche droite et se rend à la face postérieure de l'œsophage. A gauche, il descend entre la carotide primitive et l'artère sous clavière gauche, passe derrière le tronc veineux brachio-céphalique gauche, puis au-devant de
FiG. 345.
La base du crâne montrant la sortie des nerfs crâniens. Gr. nat. 1/2.
la crosse de l'aorte. Au bord inférieur de cette crosse, il abandonne le nerf récurrent ou nerf laryngé inférieur gauche. Il passe ensuite derrière la bronche gauche et se rend snr la face antérieure de l'œsophage, fig. 346.
Les deux nerfs vagues, enlaçant l'œsophage, traversent le diaphragme et pénètrent dans la cavité abdominale. Le pneumo-gastrique gauche se termine dans la face antérieure de l'estomac. Le pneumo-gastrique droit aboutit à la face postérieure de l'estomac et donne une branche au ganglion semi-lunaire droit du plexus solaire appartenant au sympathique.
Pendant ce long trajet, chaque nerf pneumo-gastrique émet des branches anastomotiques, des branches collatérales et des branches terminales.
Branches anastomotiqucH. Depuis le ganglion jugulaire jusqu'à l'extrémité inférieure du ganglion plcxiibrnic, le nerf vague s'anastomose :
FiG. 346.
1" avec le ganglion pétreux du nerf glosso-pliaryngien ; 21° avec le ganglion cervical supérieur du sympathique;
3° avec le nerf accessoire de Willis, dont il reçoit la branche interne ; 4" avec le nerf grand hypoglosse au moment où celui-ci contourne le ganglion plexiforme.
Branches collatérales. Pour la facilité de la description des nombreuses branches collatérales qui proviennent du nerf vague, on les divise en branches cervicales, branches thoraciques et branches abdominales.
Dans sa portion cervicale, le nerf pneumo-gastrique donne :
1« Un rameau méningé [ramus meningeus) à la dure-mère voisine du trou déchiré postérieur.
2° Le rameau auriculaire du vague ira^nus auricularis). Celui-ci provient du ganglion jugulaire, reçoit un rameau anastomotique du nerf glosso-pharyngien et se dirige en dehors, en contournant quelque peu la veine jugulaire interne. Il traverse alors l'os temporal dans un canal particulier appelé canal mastoïdien, s'anastomose dans ce trajet avec un rameau du nerf facial et va se distribuer à la face externe de la membrane du tympan et à la peau de la paroi supérieure et postérieure du conduit auditif externe.
3° Les rameaux pharyngiens [rami pharungei). Ils sont au nombre de deux. Ces rameaux proviennent du ganglion ploxiformo, se dirigent obliquement en bas et en deda::.':, on passant entre la carotide interne et la carotide externe et, arrivés sur la paroi latérale du pharynx, à la hauteur du muscle constricteur moyen, ils s'anastomosent avec des branches du nerf glosso-pharyngien et du sympathique pour constituer \q plexus pharyngien, d'où partent les filets d'innervation pour les muscles et la muqueuse du pharynx. D'après les recherches de RiVnn, les filets pharyngiens du nerf vague innerveraient les muscles constricteurs du pharynx, les muscles péristaphylin interne, pharyngo-staphylin et glosso-i)alatin du voile du palais.
4° ht nerf laryngé supérieur (w. laryngeus superior). Il quitte le nerf vague vers l'extrémité inférieure du ganglion plexiforme, se dirige en bas et en dedans sur la face interne de la carotide interne et, arrivé près de l'os hyoïde, il se divise en un rameau externe et un rameau interne.
Le rameau laryngé externe descend sur la face externe du pharynx et va innerver le muscle crico-lhyroïdien.
Le rameau laryngé interne, accompagné de l'artère laryngée supérieure, traverse la membrane thyro-hyoïdienne et se résout en branches terminales qui vont porter la sensibilité à la muqueuse de l'épiglotte. à celle de la partie voisine de la base de la langue et à la muqueuse de toute la partie sus-glottique du larynx.
5*> Les rameaux cardiaques supérieurs (rami cardiaci superiores) . Ils proviennent, au nombre de deux ou de trois, d'un i)oint variable du pneuinogastri(iue cervical ; ils descendent le long de la carotide primitive pour se rendre dans le plexus cardiaque.
Un de ces filets cardiaques, naissant directement du nerf vague, ou bien se formant par la réunion d'une branche du nerf laryngé supérieur avec une branche du nerf vague, constitue le nerf dépresseur du cœur ou nerf de Cyon.
Dans sa portion thoraçique le nerf pneumo-gastrique fournit :
1" Le nerf laryngé inférieur ou nerf récurrent (n. recurrens). Ce nerf provient du pneumo-gastri([ue droil, en dessous de l'artère sous-clavière ; il contourne cette artère d'avant en arrière, puis remonte vers le larynx sur la face latérale de l'œsophage. Du côté gauche, le nerf laryngé inférieur provient du pneumo-gastrique au bord inférieur de la crosse de l'aorte. Il contourne cette crosse d'avant en arrière, puis remonte vers le larynx étant situé dans la gouttière que forme la trachée-artère avec l'œsophage. Les nerfs laryngés inférieurs pénètrent dans le larynx, en passant en dessous du bord inférieur du muscle constricteur inférieur du pharynx, et vont innerver j)ar leurs branches terminales tous les muscles intrinsèques du larynx, à l'exception du muscle crico-thyroïdien.
Pendant ce trajet récurrent, chaque nerf laryngé inférieur émet :
a) des rameaux cardiaques se rendant dans le plexus cardiaque ;
b) des rameaux anastofno tiques avec le ganglion cervical inférieur du sympathique et
c) des filets œsophagiens (rami œsophagei) et trachéens (rami trachéales) destinés aux muscles et à la muqueuse de la partie voisine de l'œsophage et de la trachée-artère.
2° Les rameaux caj^diaques inférieurs (rami cardiaci inferioi'es) ; ils se rendent dans le plexus cardiaque.
3° Les rameaux bronchiques antérieurs et postérieurs. Ils proviennent des nerfs vagues au moment où ceux-ci passent derrière les bronches et se rendent à la face antérieure et à la face postérieure de ces dernières.
Les rameaux antérieurs forment, avec des filets du sympathique, le plexus bronchique antérieur. Les rameaux postérieurs forment, avec des filets du sympathique, le plexus bronchique postérieur. De ces deux plexus partent de nombreux rameaux qui accompagnent, dans l'intérieur du poumon, les divisions et les subdivisions des bronches.
4° Les nerfs œsophagiens (rami œsophagei). Les deux nerfs vagues, en descendant sur la face antérieure et sur la face postérieure de l'œsophage,
émettent un grand nombre de branches collatérales qui s'anastomosent entre elles et constituent le plexus œsophagien, d'où partent les filets d'innervation pour les muscles et la muqueuse de l'œsophage.
Dans sa portion abdominale, le nerf pneumo-gastrique gauche innerve, par ses branches terminales, les muscles et la muqueuse de la paroi antérieure de l'estomac &ami gastrici) et s'étend, par l'épiploon gastroliépatique, jusque dans le foie (rami hepaticij. Le nerf pneumo-gastrique droit donne les filets moteurs et les filets sensibles à la paroi postérieure de l'estomac frami gastricij et se termine dans le ganglion semi-lunaire droit du plexus solaire (rami cœliaci). >'ous verrons plus tard qu'à ce même ganglion aboutit le nerf grand splanchnique du sympathique thoracique. Il en résulte une anse à concavité supérieure connue sous le nom de anse mémorable de Wrisberg.
Littérature.
CaJal : Apuiites para el estudio del bulbo raquideo, cerebelo y origen de los nercios encefalicos. VII. Origen de los nej-vios -cago y glosofaringeo. Madrid, 1895. — His : Die cmatornische No'menclotiir . Archiv fur Anatomie und Physiologie. Anaf. Abtli.. Supplement-Band. 1895.