ÎL. — TAXONOMIE ET ORGANOGRAPHIE
Si l’on se base sur la manière d’être de la coquille des animaus adultes pour la classificalion des mollusques marins, ilne convient pas de considérer, ainsi qu'on le fait généralement, la familles des
(1) D’après le savant conchyliologiste français Fischer, le Pholas dactylus des auteurs contemporains ne serait autre chose que le Dactylina dactylus de Linné (j: de Gonch. T VIII, p. 242),
(2) Réaumur : CG. R. 1712 et 1725.
(3) Poli : l'estacea ustriusque Siciliæ eorum historiæ et anatomæ, 1792-1795,
(4) V. Comm. Benon, vol. II, 1724.
Pholadidæ à laquelle appartient la Pholade dactyle, comme composée de lamellibranches bivalves. Les Pholadidæ constituent en réalité une famille à part de mollusques lamellibranches polyvalves, ainsi que Je l'ai démontré récemment par l’élude histologique de leurs valves accessoires (1). Cette famille doit être placée, comme l'avait autrefois proposé notre savant conchyliologiste lyonnais, M. Locart, après les Chitonidæ, qui termine la série des Gastéropodes et au commencement de la série des Lamellibranches.
Le corps de la Pholade dactyle est incomplètement protégé par deux grandes valves principales, minces, fragiles, garnies de saillies aiguës, dentées, régulièrement disposées.
Ces valves peuvent atteindre sur les plus beaus individus, jusqu'à huit centimètres de longueur. Elles sont baillantes en haut pour donner issue au siphon, et fortement échancrées en bas pour le passage du pied. Cette armure légère et incomplète semble surtout faite pour donner au corps mou de l'animal des points d'appui, principalement par ses crochets puissants, armés de larges cuillerons, et constituer un squelette de soutien plutôt qu'un moyen de défense (v. PJ. 1).
Cette enveloppe testacée est cependant complétée par cinq valves dorsales accessoires qui présentent, ainsi que je l'ai démontré (Loc, cit.), à des degrés divers, les caractères des véritables coquilles.
Les valves principales ne sont pas reliées par des ligaments, mais seulement par les prolongements du manteau et par les muscles.
Le reste du corps, sauf le pied, est protégé par un épiderme assez solide, coriace, mais qui ne suffirait pas à défendre l’animal contre les crabes et autres redoutables ennemis. [n'échappe à leur poursuite qu’en s’enfermant dans des trous qu'il creuse dans l'argile ou même dans les roches les plus dures (calcaires, gneiss.) par un mécanisme qui sera étudié dans un chapitre spécial,
(1) R. Dubois : Etude sur la nature des valves ou pièces accessoires chez les pholadidæ et sur l’importancz que présente la connaissance de leur texture histologique au point de vue de la classification : (bull. soc. maiac. France, VII, juin, 1890).
Les lobes du manteau, minces et transparents dans une grande partie de leur étendue, s’épaississent au bord inférieur et antérieur et se soudent presque sur toute leur longueur, ne laissant qu’une étroite ouverture ovalaire pour le passage du pied à la partie antérieure.
Ce manteau se continue postérieurement pour former les deus lobes accolés qui, réunis par une enveloppe commune, constituent un tube unique long et flexible, le siphon. Celui-ci est attaché par sa base à la face interne et supérieure des grandes valves par des insertions musculaires disposées en éventail.
Si l'on fend le manteau de manière à détacher les lobes en coupant leurs commissures, on aperçoit, en allant d'avant en arrière, les parties suivantes :
Entre la masse abdominale et l'insertion des lobes du manteau, sous une espèce de capuchon formé par lui, se remarque sur la ligne médiane une ouverture transverse : c'est la bouche,
Elle est pourvue de deus lèvres minces qui se continuent à droite et à gauche en une paire de palpes labiales allongées, lancéolées et soudées dans une partie de leur longueur sur les parties latérales du corps. La masse abdominale est assez grasse, Le pied est court, large et tronqué.
De chaque côté de la masse abdominale se trouve une paire de feuillets branchiaux. Immédiatement au-dessous de la masse abdominale, les branchies du côté droit se soudent à celles du côté gauche, dans une portion de leur longueur et se détachent ensuite pour se continuer dans l’intérieur du siphon branchial.
Vers l'extrémité postérieure du corps est un muscle très puissant, transverse, qui sert à rapprocher les valves de la coquille. Outre ce muscle supérieur, il en existe encore un autre à la partie antérieure, dont les fibres très courtes s'insèrent sur quelques points du bord cardinal, en y laissant des impressions.
La cavité buccale aboutit par un œsophage gros et court à un estomac en forme d’ampoule entièrement enveloppé par le foie et dans lequel la bile pénètre par un petit nombre de cryptes biliaires, qui en percent la paroi. C’est de la paroi postérieure de l'estomac et au-dessus de la grande courbure que l'intestin prent naissance.
DE LA PHOLADE DACTYLE b)
Cet intestin cylindrique, grêle, forme plusieurs grandes circonvolutions dans l'intérieur du foie. Après ces circonvolutions, l’inteslin se dirige vers la ligne médiane et dorsale; il est embrassé par le ventricule, qu'il traverse, passe derrière le muscle abducteur postérieur et se termine presque immédiatement en un anus flottant entre les branchies.
Le foie est assez considérable; il constitue à lui seul presque toute la masse abdominale : l’ovaire lui est accolé, et ce dernier organe ne prent un grand développement qu'au moment de la ponte.
Comme chez tous les mollusques de la même classe, le cœur est parfaitement symétrique : il est placé sur le dos, dans la ligne médiane et il est composé d'un ventricule assez large et de deus oreillettes aplaties, triangulaires, qui s'ouvrent dans les feuillets branchiaus, dont elles semblent la continuation.
Le système nerveus est bien développé (v. p{. XIV) : des ganglions cérébroïdes (7. C) partent les nerfs palléaus antérieurs (P. a), les nerfs des palpes labiales (L), les cordons du grand collier (C) et ceux du petit collier (ec). Ces derniers réunissent les ganglions cérébroïdes au ganglion pédieus ({7. P.), d'où partent les nerfs du pied (N. P.)et deus branches nerveuses se rendant à l'intestin (N. L.). Des ganglions viscéraus (G, V.) situés près de l'anus partent les deus nerfs branchiaus (N. B.) et les deus nerfs palléaus postérieurs (P. p.).Ces derniers donnent naissance chacun à trois branches dont la distribution est particulièrement intéressante au point de vue de l’étude du fonctionnement du siphon.
Les deus branches les plus rapprochées des ganglions viscéraus (4, B) se rendent dans l'épaisseur du siphon, tandis que l'extrémité du nerf palléal va se distribuer avec la troisième branche (C) dans l'épaisseur de la paroi interne du siphon ventral,
Le point de bifurcalion de la troisième branche se trouve situé au-dessous d'un organe triangulaire (P) qui n'exisle dans le genre Pholas que chez la Pholade dactyle (organe de Poli).
Entre les deus branches internes, à leur origine sur le nerf palléal postérieur, se trouve un amas de cellules nerveuses formant une sorte de ganglion nerveus diffus.
Le système musculaire comprent les muscles abducteurs des valves, les muscles propres du pied et enfin deus muscles particuliers pour le mouvement des diverses parties du manteau.
Les muscles du pied s’insèrent sur les cuillerons, traversent la masse abdominale et contribuent à consolider les divers organes, dont elle est composée. Tout le bord antérieur du manteau et presque toute la masse des siphons est formé de muscles, ainsi que nous allons le voir en étudiant en détail la structure de cet important organe.
Cette rapide description, qui n’est guère plus complète que celles que l’on rencontre dans les meilleurs traités, et en particulier dans celui de Deshaies (1), est seulement destinée à donner une idée générale de la topographie et des rapports des organes : elle serait absolument insuffisante pour se rendre exactement compte des relations des fonctions avec les parties qui en assurent l’exercice. Aussi, avant d'aborder l'étude physiologique du siphon, qui forme l’objet principal de ce premier mémoire, nous attacheronsnous à faire connaître en détail son anatomie et sa structure histologique.