III. — ANATOMIE DU SIPHON
De l’espace libre limité par les bords des valves principales de la coquille s'écartant l’une de l’autre dans leur tiers postérieur, sort un cylindre blanchâtre, membraneus, rétractile et protactle, creusé dans son épaisseur de deus canaus parallèles séparés par une mince cloison : c’est le siphon (p/. F1 et pl. IX). Ces canaus possèdent deus orifices distincts et séparés. Le canal qui correspont à la face dorsale présente une extrémité libre légèrement recourbée en arrière et dépassant la terminaison du second canal de quelques millimètres. Son orifice externe est arrondi et présente un bord tranchant et lisse dépourvu d'appendices.
L'orifice du canal ventral est plus large et son pourtour est garni
(1) Deshaies : Tr'aité de conchyliologie, T. Il, p. 67 et suiv. 1843-1850.
de petites houppes tentaculaires très pigmentées, ramifiées comme un tronc de corail garni de ses branches.
Ces troncs tentaculaires se continuent par leurs bases sans transition brusque avec la paroi interne du siphon sur laquelle elles forment des saillies longitudinales, généralement aussi très pigmentées,
Le siphon n'est en réalité qu'une expansion du manteau qui, dans son plus grand allongement, peut atteindre jusqu'à 10 ou 15 centimètres de longueur, c'est-à-dire deus à trois fois la longueur des valves principales.
Par son extrémité antérieure, il s’insère latéralement sur la face interne des deus valves, à la réunion du tiers antérieur avec les deus tiers postérieurs, par deus expansions foliacées, membrancuses et musculaires disposées en éventail.
Cette partie du manteau est séparée du siphon proprement dit par un sillon transversal circulaire, situé sur la face externe, et de la lèvre postérieure duquel part un repli cuticulaire, qui va tapisser les deus tiers postérieurs de la face interne des coquilles en formant un étui au siphon (membrane coquillière),
Au-dessus de la lèvre postérieure du sillon transversal, la face externe du siphon est couverte de villosités,qui deviennent d'autant plus fines et plus rapprochées, que l’on s'éloigne davantage de son lieu d'insertion.
Sur la face ventrale, cette surface chagrinée s’avance en pointe vers la partie antérieure ou buccale de la pholade, dans l’interstice qui sépare les deus grandes valves: elle se continue avec le pont membraneus etmusculaire qui réunit le bord libre des deus valves principales vers leur partie moyenne et se divise antérieurement en deus bandeleltes qui se séparent pour se réunir un peu plus loin, après avoir formé une ouverture ovalaire donnant passage à un pied large, épais et charnu.
Le pont membraneus et l'anneau qui entourent le pied offrent une surface lisse dépourvue de villosités.
Dans la région dorsale, la surface chagrinée se termine par une languette arrondie en avant et dont l'extrémité libre finit à la partie antérieure du métaplaxe.
Sur chaque face latérale, le siphon présente un sillon longitudinal, qui correspont à la cloison séparant les deus canaus accolés eomme les canons d'un fusil de chasse.
Si on examine à la loupe la surface externe du siphon macéré dans un liquide conservateur, (1) on constate qu'elle est parsemée dans son liers postérieur, c'est-à-dire vers l'extrémité libre, d’élevures à bords ondulés, imbriquées comme les tuiles d'un toit, ou mieus, comme les écailles d’une pomme de pin. (pl. XV, fig. 9). Dans le tiers moyen, ces reliefs forment des replis saillants, à bords irréguliers tourné vers l'extrémité libre du siphon (#g. 10). Plus en avant, vers la base du siphon, ces papilles sont représentées par des éminences mamillaires isolées (fig. 12), plus étroites à la base que vers la partie libre. Elles sont plus rares dans la Zone moyenne que sur le reste de la surface du siphon.
Dans cette région, on en compte environ une trentaine sur une rangée circulaire complète et l'on peut évaluer en moyenne à seize cents ou deus mille le nombre de ces papilles cutanées sur la surface totale du siphon.
A l’état vivant, toutes ces saillies ont une configuration très analogue. Elles sont isolées, rangées circulairement et comparables à de petites écailles incurvées suivant la circonférence du siphon, à bord libre, amincei et comme trifolié (fig. 11). Par leur extrémité libre, elles s'écartent de la surface du siphon au point d'être parfois situées dans un plan presque perpendiculaire à celleci. Leur crête brun foncé paraît à la loupe formée de deus lèvres pigmentées fortement, limitant entre elles un sillon plus clair. On serait tenté de les considérer comme des yeus si, d’une part, l'examen histologique ne montrait qu'elles sont constituées par de simples replis cutanés et si, d'autre part, l'analyse physiologique ne prouvaient que certaines parties dépourvues de papilles sont également sensibles à la lumière.
En dehors de ces papilles on ne rencontre aucun point assez
(1) La forme des papilles se conserve mieus dans la liqueur de Müller que dans l'alcool ou dans les solutions de sublimé, qui rétractent fortement les tissus du manteau.
différencié pour être considéré comme un organe spécial et c’est en vain que j'ai cherché à la base des tentacules, autour de l’ouverture du siphon, les yeus dont parlent Will (4) et Vaillant (2).
Canal ventral ou aspirateur. — T représente une cavité en forme de cône largement évasé vers la base du siphon et séparé de l’autre canal par une cloison très mince, transparente, lisse et régulière dans l'extension complète; la paroi de la cloison présente au contraire des replis transversaus quand le siphon est contracté. Dans un siphon fendu, suivant la ligne médiane de la face ventrale et élalé, cette cloison forme une bande triangulaire très allongée, qui se prolonge jusqu'à la base du siphon. Dans son tiers inférieur, cette cloison donne insertion aus quatre lames branchiales. Sur le reste de son étendue, la paroï interne du canal est lisse, sauf
dans les points suivants :
4° Dans son tiers postérieur, elle se pigmente de plus en plus au fur et à mesure que l’on se rapproche davantage de l'orifice externe et se montre en cette région creusée de sillons longitudinaus, séparant des colonnes qui donnent naissance aus troncs tenlaculaires, au nombre de douze environ.
Ces sillons et ces colonnes sont croisés par des replis circulaires très fins, parallèles et très rapprochés, légèrement sinueus et paraissant plus pigmentés vers les crêtes.
2° De chaque côté de la cloison, et parallèlement à ses bords, s'étendent deus cordons en relief, qui partent du milieu de la région d'insertion des branchies pour aller se perdre insensiblement dans le tiers postérieur de la paroi du canal. La présence de ces cordons à été signalée pour la première fois par Poli : ils ont été depuis, ainsi que les triangles, dont nous allons parler (p£. XL, tr.), étudiés avec plus de soin par Panceri.
3° En dehors de la région où s'insèrent les branchies et un peu
“ (1) Will : Ueber die Augen Bivalven un der Ascidien : Frorieps neu Notizsen T. XXIX, nes 622 et 623, 1844 (2) Vaillant : Note sur lés organes de la vue rhes la Pholade, mém. soc. biol., due sér. 3, 1863, p. 126.
en avant du point où commencent les cordons, on constate, en outre, la présence de deus plaques triangulaires formant, comme les cordons, un relief pariétal et constituées également par une série de replis transversaus, saillants et très rapprochés les uns des autres.
La structure de ces organes sera étudiée plus loin avec plus de détail.
Canal dorsal, — Sa face interne ne montre rien de particulier.
Comme le précédent, il est plus pigmenté vers son orilice externe, où il présente également des colonnes charnues et des plis transversaus, mais ici les colonnes charnues ne donnent pas naissance à des troncs tentaculaires.