III. — EXAMEN MICROSCOPIQUE DU MUCUS LUMINEUS
L'examen microscopique du mueus lumineus sécrété par la face interne du siphon ventral montre qu'il renferme, outre les produits de sécrétion, de nombreus corps étrangers parmi lesquels on distingue particulièrement des infusoires, des algues, des bactériacées et des débris organiques et minéraus.
En inoculant le mucus à des tubes de gélatine peptone, j'ai vu se développer de belles colonies de bactéries lumineuses. Ce résultat m'avait conduit à admettre que les réactions obtenues dans mes premières expériences,el quej'avais attribuées à un ferment soluble, étaient dues en réalité à la présence d’un ferment figuré, qui ne devenait lumineus qu'au moment de la sécrétion du mucus.
J'étais d'autant plus porté à admettre comme exacte cette interprélation que j'étais parvenu, le premier, à démontrer que l'on pouvait, en modifiant très légèrement, soit la réaction, soit la salure du bouillon de culture, à rallumer ou à éteindre à volonté les colonies microbiennes,qui m'avaient été fournies par la bactérie vivant à l’état de symbiose dans le siphon de la Pholade, et à laquelle j'ai donné pour cette raison le nom de Bacterium pholas. (fig. à pl. XIID (4). J'ai renoncé depuis à celte explicalion parce d'une part j'ai rencontré dans d'autres localités des Pholades dactyles qui ne renfermaient pas de microbes lumineus et que d'autre part j'ai reconnu que ce mollusque possède une luminosité qui lui est propre (2).
(4) R. Dubois : Les Microbes lumineus, Lyon, 1589.
(2) Remarque. — M. Beyérinck, de Delft, auquel on doit de remarquables recherches sur les bactériacées lumineuses et qui a examiné les photographies du Bacterium pholas, que je lui ai communiquées, pense que cette espèce se confont avec celle qu'il désigne sous le nom de Photobacterium luminosum. Toutefois, dans son mémoire (1), M. Beyérinek dit que le Photobacterium luminosum quil a extrait du sable de la mer-du Nord, dans l’été de 1883, se présente dans les cultures ordinaires sous forme de vibrions très-déliés nageant rapidement, ou de spi-
(1) Beyérinck : Sur l'aliment photogène et sur l'aliment plastique des bactéries lumineuses (Arch. néerl. d. Se. nat. XXIV, 1891).
‘Pour pratiquer l'examen du mucus lumineus débarrassé des corps étrangers qui peuvent en modifier la composition, 1l faut avoir soin de laver le siphon dans un courant d’eau de mer filtrée. et de provoquer la sécrétion par l'un des moyens que J'ai indiqués. Il se présente sous l'aspect d’un liquide assez épais renfermant des cils vibratiles, des débris épithéliaus et particulièrement des granulations très fines échappées des cellules caliciformes des cordons, et des plaques de Poli, libres ou réunies en amas ayant encore parfois la forme de la cavité épithéliale, |
Mais, au milieu de ces corpuscules, on rencontre des éléments figurés qui offrent la plus grande analogie avec l’une’ des variétés de ceus que l’on trouve dans les parties profondes de la zone neuro-. conjonetive. Ce sont des cellules à enveloppe distincte (p{ XV, fig. 26 a! a? &a)un peu plus volumineuses que les globules du sang qui, d’ailleurs, sont dépourvus de paroi et présentent des mouvementsamæboïdes (p/. XV. fig. 26, b',0°). Elles affectent des formes différentes qui correspondent à des états successifs de leur évolution {a',a?,a%,at, a).
Les plus jeunes montrent un gros noyau homogène avec un, nucléole. Dans un état plus avancé, ce dernier ne tarde pas à disparaître au milieu des granulations arrondies qui envahissent le noyau fa). Bientôt ces granulations dépassent les limites du noyau (a) et envahissent tout le contenu de la cellule (aï) : le noyau alors disparait complètement el il ne reste de la cellule que sa membrane d'enveloppe et des granulations arrondies animées d’an mouvement {brownien ?) plus ou moins rapide, d'oscilation sur place,et de translation au sein d’un liquide incolore.Un peu plus tard, la membrane d'enveloppe se rompt et disparaît laissant en liberté les granulations qui,après être restées quelquetemps réunies en groupes, se dispersent dans le mucus ambiant (ai).
. Ces granuiations elles-mêmes ne sont pas inertes et en les
roïdes plus ou moins allongés qui se courbent et se replient pendant la natation. Le bacterium pholas (ou mieux Photobacterium pholas) est au contraire de grande taille (3 a 44.) en forme de semelle de soulier et immobile. 11 est d’ailleurs remarquable eee la facilité avec laquelle se modifient ses propriétés physiologiques, alors qu’il se montre peu susceptible de polymorphisme, A POIEARENE à ce que j'ai observé chez les autres espèces de Photobactériacées.
observant avec attention on peut se convaincre qu’elles sont le siège d'une véritable série de métamorphoses. Très peu de temps après leur mise en liberté et leur dissémination dans le liquide, on voil leur volume et leur transparence augmenter. À ce moment on pourrait, comme l'a fait Panceri, les confondre avec des goultelettes graisseuses non seulement à cause de leur aspect mais encore en raison de la facon dont elles se comportent avec l'éther.
Si on traite la préparation qui les contient par ee liquide, on peut croire qu'il les fait entrer en dissolution, car les pseudogouttelettes graisseuses, disparaissent, mais on retrouve à leur place les granulations primitives, qui d’abord imbibées et gonflées se sont rétractées en perdant leur transparence et le volume qu'elles avaient acquis par hydratation.
. En laissant évaporer l’éther et en ajoutant un peu d’eau distillée, les granulations reprennent l'aspect de gouttelettes {a 6 fig. 26) ou plutôt de vésicules transparentes. Bientôt apparaît au sein de la vésicule un petit point arrondi (47) ; la zone transparente qui l'entoure paraît bleuâtre à la lumière transmise, tandis que le point en question présente une coloration jaune rougeâtre. La vésicule continue à se dilater ainsi que le point central, qui simule alors une petite vacuole. Dans cet état, les granulations ressemblent absolument à celles que j'ai rencontrées en grande abondance à Menton, dans la mer dont l’eau était devenue phosphorescente par suite de la désagrégation de nombreus cœælentérés, et en l'absence de noctiluques ou de microorganismes capables de produire ce phénomène. Ce sont ces corpuscules ausquels j'ai donné le nom de vacuolides (1). |
La vacuolide elle-même subit bientôt une nouvelle métamorphose par la transformation de la substance de la vacuole en radiocristaus, qui, peu à peu, envahissent toute la vacuolide (a 8, a ?, a ) et ne tardent pas à lui donner l'apparence de sphéro-cristaus microscopiques de leucine ou de substance très-analogue.
Lorsque le mucus a cessé d’être lumineus, on ne trouve plus de pseudo-gouttelettes mais seulement des sphéro-cristaus.
(1) R. Dubois: Les Vacuolides ; mém. d. I. soc. d. biol. 8e série. T. IV.