‹ Anatomie et physiologie comparées de la Pholade dactyle; structure, locomotion, tact, olfaction, gustation, vision, dermatoptique, photogénie, avec une théorie générale des sensationsChapitre 42 sur 57 · VIT. — LA PHOTOGÉNIE EST UN PHÉNOMÈNE PHYSIOLOGIQUE · texte numérisé non relu

VIT. — LA PHOTOGÉNIE EST UN PHÉNOMÈNE PHYSIOLOGIQUE

On a pu être surpris de ce que, pendant plusieurs années conséculives, je me sois attaché à l'étude de la production de la lumière par les animaus et les végétaus, tout à fait spécialement, malgré les difficultés matérielles et techniques qu'elle présente.

Peut-être a-t-on supposé que je cherchais à ravir aus êtres vivants le secret d’un procédé de fabrication de la lumière, dont j'ai démontré ailleurs(1) la grande supériorité sur tous nos moyens arlificiels d'éclairage.

En réalité, je me suis proposé, avant tout, d'atteindre un but philosophique plus élevé, et l’objet principal de mes recherches dans cette branche de la physiologie générale a été de chercher à réduire à un simple phénomène physique ou chimique une fonction commune aus animaus et aus végétaus. En cela, j'ai obéit aus

(1) V.Contribution à l'étude de la production de la lumière par les êtres vivants. — Les Élatérides lumineus. — Propriétés physiques de la lumière des pyrophores, deuxième partie, chap. I. (Bulletin de la Soc. zool, de France) Paris, 1886 (a).

(a) Nora. — L'exactitude des résultats consignes dans ce mémoire a été mise en lumière par un travail récent de MM. Langley et Very. Toutefois ces auteurs ont omis de rappeler que j'ai signalé l'éxistence de quelques radiations caforifiques dans le spectre des pyrophores, v. philosophical Mazarin, 1890,

tendances de l’École physiologique contemporaine, qui, jusqu’à présent, ne paraissent pas avoir élé couronnées de succès. En effet, si l'on jette un regard d'ensemble sur la physiologie, on reconnaît aisément qu'aucun phénomène biologique, si simple fût-il, ne saurait être représenté par une formule physique ou chimique. Qui donc oserail affirmer que la fixation de l'oxygène par le globule rouge du sang est une combustion ou même seulementune oxydation de l’hémoglobine? Ne sait-on pas que ce composé se comporte différemment selon qu'il fait partie d’une hématie normale ou bien qu'il en a été extrait? Voudrait-on prétendre que l'organisme fabrique du glycose avec le glycogène comme nous l'oblenons avec l’'amidon? Chacun sait, il est vrai, que la chimie a pu faire artificiellement de nombreus composés dont le monopole de production avait pendant longtemps élé réservé aus animaus où aus vésétaus : mais ce n’est pas une raison pour que le chimiste qui fabrique de l'alcool par synthèse sache faire le même travail que le globule de levure de bière.

L'examen attentif des résultats oblenus ne m'aulorise pas à déclarer que j'ai été plus heureus que mes devanciers et que mes prévisions étaient fondées.

Si l’on ne tient compte que des conditions de milieu nécessaires pour que le phénomène Iumineus se produise, on est tenté d'admettre comme exacte l'hypothèse d’une réaction purement chimique proposée par Radziszewski (1), qui comparait, sans avoir d'ailleurs fait aucune expérience sur les animaus et les végétaus lumineus, la fonction photogénique à ces oxydations lentes accompagnées d'émission de lumière que l’on peut obtenir avec une foule de composés organiques en milieu alcalin.

Mais si, d'une part, on considère que la substance photogène de la Pholade obéit, comme je l'ai montré, à toutes les influences qui agissent sur la matière vivante protoplasmique, que celle-ci se présente sous forme de zymase, de ferment figuré ou d'élément anatomique; et si, d'autre part, on constate toujours, là où se pro-

(1) Radziszewski : Ueber die Phosphorescens der organischen und organisirten Kærper. Ann.der Chem., CCIII, p. 305, 1880.

duit la lumière animale, l'existence de particules organisées susceplibles de subir les métamorphoses que j'aiindiquées, on sera plutôt porlé à admettre qu'il s’agit d'un phénomène d'ordre biologique.

On est done conduit à penser que la matière vivante est réductible en particules infiniment petites, susceptibles de conserver pendant un certain temps leur vitalité, soit à l’état latent, soit à l'état actif et ne différant des ferments figurés que par leur impuissance à se reproduire.

Actuellement, il ne nous paraît pas plus possible d'exprimer par une formule chimique la production de la lumière par les êtres vivants que celle de la chaleur, ou de lélectricité par les animaus ou les végétaus. Cette constatation, qui n'a d’ailleurs en elle-même rien de décourageant, nous autorise à croire qu #/ existe une mécanique spéciale aus étres vivants, qu'il ne faut pas confondre avec la mécanique chimique ou physique des corps bruts, chez lesquels il n'y a ni reproduction, ni nutrition, ni hérédité, nr évolution dans le sens propre du mot.

On comprendra peut-être mieux maintenant pourquoti nous nous refusons à reconnaitre aussi bien l'existence d'une Cuimie PHYs10L0- GIQUE que la réalité d'une PHYSIQUE BIOLOGIQUE.

- du

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