CHAPITRE IV
LA ZONE MOLLE DE LA LAME SPIRALE. § 1. — Dispositions générales.
On sait, grâce aux travaux de MM. Huschke et Reissner, que la lamina spiralis memôranacea (zone molle, zonaValsalvœ) n'est pas une simple membrane, mais un canal existant non-seulement dans l'état embryonnaire, mais durant toute la vie de l'individu (voyez la description dans mon article cité plus haut). J'ai prouvé qu'au lieu d'un, il y a ici deux canaux bien limités. Je passe sous silence ici l'un de ces canaux pour ne m'occuper que de l'autre {ib. 2), que j'appelle canal de la lame spirale.
Ce canal nous présente un contenant et un contenu. Le contenu consiste en l'organe de Corti (fig. 1, 10) et différentes espèces de cellules et de fibres.
Du contenant, c'est-à-dire des parois du canal que nous avons énumérées page 10, nous considérons ici la lame basilaire (fig. 1,6; fig. 2, 18 et 24), membrane très-résistante qui porte l'organe de Corti et ses annexes, et relie entre elles les parties osseuses qui constituent pour ainsi dire le squelette du tube cochléen, à savoir, la lame spirale osseuse (fig. 2, 2 et 3) et la paroi osseuse externe (fig.2,B).
La lame basilaire adhère aux deux parties osseuses dont nous venons de parler par deux épanouissements de forme et grandeur différentes. Elle s'attache à la lame osseuse par une bande plate, la bandelette sillonnée (ib. lli) avec sa lèvre tympanique (ib. 17), et à la paroi externe du tube cochléen par une partie beaucoup plias considérable : le ligament spiral {ib. 24).
On peut regarder cette membrane comme la lame spirale réduite à sa plus simple expression.
§ 2. — La bandelette sillonnée.
(Zona choriacea, Scarpa. Zona mediana, zone moyenne, Breschet. Zona cartilaginea, Krause. Zone mi-transparente, Hannover. Innerclear belt ou (en partie) denticulale lamina, Todd and Bowman.)
a. Emplacement.
La bandelette sillonnée (ûg. 1, 3-, 2, 14; 5) est la partie des formations molles qui relie celles-ci à la lame spirale osseuse.
La position de la bandelette, eu égard à celle-ci, n'est pas la même dans tous les endroits du limaçon, mais elle change continuellement dans toute l'étendue du tube cochléen ; tandis que vers la base du limaçon les lamelles osseuses s'avancent jusqu'à la lame basilaire et portent à elles seules la bandelette, elles se dérobent pour ainsi dire sous celle-ci de plus en plus, en ce sens qu'elles se retirent vers l'axe à mesure qu'on monte vers le sommet du limaçon. Ainsi le deuxième tour (fîg. 5) nous présente le rapport suivant : Il n'y a que la moitié intérieure de la bandelette sillonnée qui repose encore sur la lamelle osseuse supérieure ; la moitié extérieure de celle-là touche directement au stratum nerveux (ib. 5). Dans la coupole, enfin, la bande ne touche plus du tout aux parties osseuses, mais confine dans toute sa largeur aux fibres du nerf cochléen.
Dans tous les tours du limaçon, la membrane de Reissner (fig. 5, 7) part du bord interne de la bande.
Le bord externe se continue en bas dans la lèvre tympanique (ib, 15).
b. Forme.
Pour ce qui est de la conformation générale de la bandelette, c'est une plaque en général plus haute vers son bord externe que vers son bord interne, et terminée vers le premier par une espèce de marche, creusée d'un sillon longitudinal [sulcus seu semicanalis spiralis), que j'appellerai le sillon spiral interne {ib. 16).
Cette cannelure possède deux lèvres, l'une en haut, l'autre en bas. La lèvre supérieure (ib. 11, labium vestibulare de Huschke, lèvre vestibulaire) forme une espèce de côte proéminente (un bec sur la coupe) se terminant en arête assez vive douée de certaines dents. (Vue de face fig. 7, 3 • on y voit une ligne foncée (fig. 7, h) qui indique la limite interne de l'excavation qui forme le sillon, et qu'on entrevoit vaguement accusée à travers les dents épaisses.)
La lèvre inférieure (fig. 5, 15), labium tympanicum, lèvre tympanique, se continue dans la lame basilaire.
La forme de la bande varie selon la région du limaçon, selon les différentes espèces d'animaux et selon des différents degrés de développement.
1° Elle varie selon la région du limaçon. Plus on monte vers le sommet, et plus elle perd en longueur et en largeur. Vers la terminaison supérieure de la lame spirale (Hamulus), enlin, elle devient tout à fait rudimentaire, en ce sens qu'une excision courbe, à convexité extérieure, retranche de sa terminaison (Hamulus cartilagmeus, Huschke) de plus en plus de substance de dedans en dehors. Il vient s'y ajouter une perte de substance progressive par en haut, et rognée ainsi de deux côtés à la fois, la bandelette ne consiste bientôt qu'en quelques dents quasi atrophiées, et finalement en une pointe fine.
Les dents finissent un peu avant de rencontrer une ligne partant de l'axe en sens radial, et touchant l'extrémité de l'expansion nerveuse également constituée en pointe courbée.
2° On trouve à la bande des formes différentes, selon que l'on examine un limaçon humain, ou pris sur différentes espèces d'animaux. Je trouve que celle de l'homme diffère de celles de tous les animaux que j'ai pu examiner. Chez ceux-ci la bandelette monte
assez brusquement de dedans en dehors, et se recourbe à sa terminaison extérieure en bas d'une manière très-prononcée, de sorte que sa face supérieure est bombée. La lèvre vestibulaire chez le cochon forme un vrai crochet (fig. h, 10) ; celle des autres animaux lui ressemble, mais le degré de courbure est moins grand, la pointe moins fine chez ceux que j'ai examinés.
Chez l'homme, la bande est beaucoup plus plate. Pour la former, le périoste monte un peu (fig. 5, 6, 7), mais elle-même continue en plan presque droit. Il n'y a qu'un peu de convexité vers le milieu.
3° Il y a en outre, d'après mes observations, des différences de forme dans différentes époques du développement, soit dans la vie embryonnaire, soit après la naissance. Ainsi chez le cochon, où j'ai pu examiner cette zone à plusieurs époques de la vie intra-utérine, elle ne forme d'abord qu'un simple angle obtus émergeant du tissu de la lame spirale, puis cet angle devient de plus en plus aigu (fig. 3), la zone s'allonge petit à petit, et enfin la pointe qu'il forme se recourbe en bas en véritable crochet (fig. A); d'angulaire qu'elle était, la zone est devenue courbe, car non-seulement l'angle externe (ib. 10) s'est changé en crochet, mais en outre l'angle interne (fig. 3, h) s'est complètement arrondi (fig. h, h).
Chez l'homme, je n'ai pu observer ces rapports que daDS trois époques de la vie embryonnaire et dans deux après la naissance (enfant nouveau-né et homme adulte), mais dans ces degrés de développement j'ai pu constater que, outre les changements généraux d'élévation et de largeur en rapport avec la croissance de l'individu entier, la conformation même ne change pas d'une manière notable.
c. Structure.
Il est très-avantageux d'étudier d'abord sur des embryons la structure de cette bande, dont l'exploration offre de grandes difficultés. On arrive le plus facilement à une connaissance exacte des parties que l'animal développé nous présente, en poursuivant la manière dont les éléments de l'embryon, faciles à reconnaître, se compliquent peu à peu.
A une époque très-reculée de la vie intra-utérine , le tube
cochléen consiste en un simple canal creusé dans la masse de tissu conjonctif, qui remplit alors la conque cartilagineuse du limaçon. A l'intérieur, ce canal est tapissé par un épithélium (Kôlliker), mince en haut et en dehors, très-épais du côté de l'axé (à l'intérieur) et en bas, sur la partie qui formera plus lard la lame basilaire.
Peu à peu la partie du tissu conjonctif qui se trouve en bas du côté de l'axe, et qui sera plus tard le périoste de la lamelle osseuse supérieure, pousse un petit angle qui fait saillie dans la cavité du canal cochléen, et soulève l'épithélium épais de cette région. Nous avons vu tout à l'heure de quelle manière cette pointe grandit. Tout en grandissant, elle reste toujours revêtue d'épithélium ép'ais de deux côtés, supérieur et extérieur. Enfin cet enduit épithéliar (fig. 3, 3; /i, 3) se transforme en une masse hyaline qui repré-' sente plus tard la couche supérieure de la bandelette sillonnée, et dont les parties extérieures forment les dents de la lèvre vëstibulaire de la bande. Il y a la chez l'embryon des cellules cylin-4 driques plantées en sens oblique de façon à se pencher du côté duL dehors (fig. 3, 6).
Le tissu conjonctif porte toujours la couche épithéliale, plus; tard hyaline.
Voici maintenant ce que des coupes d'un embryon humain du' cinquième mois m'ont fait voir (fig. 5).
Arrivée à peu de distance {ib. 6) de la place où surgit la membrane de Reissner {ib. 12), la couche conjonctive, devenue le1 périoste de la lamelle osseuse supérieure {ib. 1), commence à s'épaissir, en ce sens que la face supérieure monte en pente douce jusqu'au point d'insertion de la membrane de Reissner. A partir de cet endroit, le périoste forme la partie inférieure de la bande sillonnée, mais d'une manière particulière qui a échappé jusqu'ici à l'attention des savants.
H continue vers l'extérieur en se divisant, d'après mes recherches, en trois couches d'épaisseurs inégales :
1° La couche supérieure {ib. 12), très-mince, se détache tout de suite du reste de la masse périostale pour former la membrane de Reissner {ib. 7).
24 LŒWENBfcRG. — LA LAME SPIRALE DU LIMAÇON
Je saisis cette occasion pour citer une remarque de M. Hensen, qui dit : « Le périoste passe sur la membrane de Reissner à ses deux points d'insertion ». Je crois qu'il aurait fallu dire : « La couche supérieure du périoste continue en formant la membrane de Reissner, membrane qui n'offre en outre qu'une couche d'épithélium pavimenteux » .
2° La couche moyenne, la plus épaisse (ib. 13) , entre dans la zone sillonnée et la compose en grande partie. Ses fibres, qu'on y poursuit facilement à cette époque, y forment un réseau de mailles (ib. 13) contenant des cellules (ib. 20) très-difficiles à isoler alors. Ce tissu, qui occupe presque toute la hauteur de la zone au commencement de celle-ci (ib. 8) , diminue d'épaisseur à mesure qu'il avance, parce que ses fibres se perdent peu à peu dans le tissu de la bandelette, d'abord les supérieures, et ainsi de suite.
3° La couche inférieure (ib. 14) est plus mince que la moyenne, mais plus épaisse que la supérieure. Ses fibres cheminent dans la direction horizontale droite que toutes les fibres avaient dans le périoste avant que celui-ci passât dans la zone sillonnée.
Dans les tours inférieurs, cette couche confine à la lamelle supérieure osseuse ; dans les tours supérieurs, elle repose dans une étendue de plus en plus considérable sur le stratum nerveux même, et lui envoie des fibres (ib. 14} qui se joignent à celles que j'ai décrites page 23, souvent en y formant des anses (ib. 18).
Elle se termine en dehors en se fusionnant avec les fibrilles (ib. 17), dans lesquelles se résout la lèvre tympanique (ib. 15) à la hauteur du sillon spiral interne (ib. 16).
Nous avons vu que la couche périostale moyenne (ib. 13), qui entre pour beaucoup dans la formation de la bandelette sillonnée, diminue de hauteur de dedans en dehors. Pour que cette bande présente cependant la même hauteur d'arrière en avant, il faut qu'un autre élément vienne se superposer aux éléments périostaux (fig. 4, 8). Cet élément, qui augmente d'épaisseur de dedans en dehors, c'est la couche épithéliale (fig. 4, 9).
Dans l'époque que nous étudions pour le moment, la structure épithéliale de cette couche n'est déjà plus que peu marquée. Il y a là au contraire une masse hyaline avec quelques dessins striés
ou grenus, et dont la surface supérieure porte des saillies et des fossettes alternantes, comme nous le verrons plus tard, ('es saillies se présentent sur la coupe sous forme de dentelures carrées ou arrondies (fig. 5, 40), les fossettes sous forme d'incisions (ib. 22) dans lesquelles on voit certains corpuscules (ib. 21).
En augmentant d'épaisseur vers l'extérieur, celte substance finit par occuper à elle seule toute la hauteur de la bande, et par former les dents (ib. 11) et la paroi du sillon spiral interne (ib. 16).
Passons maintenant ta ce que nous présentent Vhomme et les animaux après leur naissance.
Des vues d'en haut (fig. 7) nous montrent la zone sillonnée couverte d'une foule de saillies ou bourrelets, petits d'abord, à partir du dedans, irréguliers {ib. 1, A), et séparés par des fossettes irrégulières. Puis les saillies s'allongent et grandissent à mesure que Ton s'approche du bord externe.
On trouve donc vers l'intérieur, là où la membrane de Reissner clôt cette partie singulière, un ensemble de bourrelets et de fossettes difficile à démêler ; mais vers l'extérieur il y a des côtes (ib. 1, a) rangées l'une à côté de l'autre en sens radial, et séparées par des fossettes qui suivent la même direction (ib. l\).
Au bord même enfin (ib. 3), l'organe montre une masse hyaline creusée de fentes, prolongements des fossettes.
Nous avons déjà trouvé ces saillies et fossettes chez l'embryon humain de cinq mois (voy. la coupe fig. 5).
On a l'habitude de représenter le bord externe comme partagé en une série de dents (dents de la première rangée de Corti) isolées, faisant saillie séparément chacune dans l'espace de la rampe vestibulaire.
D'après mes recherches, cette loi est loin d'être générale. En comparant avec soin différentes espèces d'animaux, j'y ai trouvé des différences assez notables.
Chez le chien (fig. 7), ces fentes ne traversent pas tout à fait la masse homogène du bord (ib. 3), et il en est de même chez le cochon d'Inde, le lapin et le chat, enfin chez tous les animaux que j'ai eu occasion d'examiner. Le bord libre y est toujours uni et ne forme qu'une seule masse cohérente, sillonnée, il est vrai, par
des fentes superficielles qui peuvent faire croire que la masse est réellement divisée de part en part.
Chez Y homme, il en est autrement : ici ce sont de véritables dents, c'est-à-dire des saillies n'adhérant que d'une seule face à la substance qui les porte (vue de profil, fig. 5, 11), et parfaite^ ment dégagées sur toutes les autres. Les fentes qui n'étaient que superficielles chez les animaux, traversent ici la surface de part en part. Mais même chez l'homme l'isolement de ces dents s'étend, d'après ce que j'ai vu, moins avant dans la substance de la bande qu'on ne le pense.
Les fossettes qui séparent les saillies l'une de l'autre sont remplies de certains corpuscules (fig. 7, 2), petits globules réfractant fortement la lumière.
Vers le bord interne de la zone, où les fossettes et les saillies sont petites et irrégulières (fig. 7, 1), ces corpuscules se trouvent disséminés sans ordre, mais à l'extérieur on les voit, enfilés l'un derrière l'autre, remplir les fossettes radiales de cette région.
Je trouve que la zone de l'homme diffère encore de celle des animaux en ce point : La manière régulière dont ces fossettes et ces saillies sont groupées, règne dans une grande partie de la bandelette chez ces animaux, mais il n'y a que l'extrême bordure chez l'homme qui montre les saillies et les fossettes, par conséquent aussi les corpuscules, arrangés en sens radial. Tout le reste ne présente chez l'homme qu'un ensemble confus de cônes, de verrues, de bourrelets de toute forme, le tout parsemé de ces corpuscules.
Plusieurs de mes préparations de l'homme manquaient de l'éclat particulier qui distingue les dents et les côtes des animaux, de même que de la couleur particulière que la zone prend sous l'influence de l'acide chromique ; dans d'autres préparations ces deux particularités existaient, mais toujours à un degré moindre que chez les animaux.
Pour ce qui est de la structure que la bandelette sillonnée offre chez les animaux après leur naissance^ ce sujet, très-difficile à pénétrer, est considérablement élucidé par l'étude préalable de la même partie chez l'embryon, étude que nous avons faite plus haut.
M. Deiters consacre à cette matière un chapitre très-étendu, que nous résumerons comme il suit : « Il y a dans cette bande, d'abord pour base une substance hyaline, qui prend facilement un aspect de texture fibreuse. Cette apparence provient de ce que cette substance se fendille facilement sous l'influence d'une pression comme on en exerce souvent pendant la dissection des parties. De véritables fibrilles n'existent que chez des sujets âgés.
«Cette substance plus ou moins hyaline renferme toujours des cellules munies de plusieurs prolongements chacune. La zone esl dépourvue de vaisseaux sanguins. »
D'après M. Kolliker, c'est un tissu conjonctif compacte et assez homogène, mais strié, offrant çà et là des corpuscules étoiles et en outre quelques capillaires.
Quant à moi, je trouve que d'abord chez les mammifères, après leur naissance, la limite entre les deux substances que l'embryogénie nous y a fait distinguer est moins marquée qu'à l'état embryonnaire. La texture fibreuse des couches périostales qui entrent dans la formation de la zone est à peine à constater alors. Le tout représente une masse à peu près homogène qui renferme les cellules (que montre déjà l'embryon de fig.û, 8), munies de prolongements et placées dans tous les sens, excepté vers les bords, où leurs axes longitudinaux suivent la direction de ceux-là. Les faces supérieure et externe sont dépourvues de ces cellules. La face supérieure montre les saillies et les bourrelets que nous connaissons, et au fond des fossettes qui les séparent, se trouvent les corpuscules, que j'y trouve moins gros que nous ne les avons vus chez les embryons.
La zone sillonnée de l'homme diffère, d'après mes observations, de celle des animaux, en ce qu'elle garde pour toujours l'aspect fibrilleux dont nous avons parlé plus haut, et que la séparation des deux couches y reste assez marquée; si bien que j'ai réussi, par une pression exercée sur une coupe prise chez un enfant nouveau-né, à séparer complètement et nettement les deux zones l'une de l'autre.
La nature des corpuscules est l'objet d'une controverse entre les meilleurs observateurs qui se soient occupés de ces objets.
M. Corti les regarde comme des noyaux, M. Kôlliker comme des cellules, qui, soumises à l'action de l'acide acétique, présenteraient des noyaux.
M. Deiters dit : « Non-seulement l'acide acétique y fait voir des noyaux, mais de bonnes pièces démontrent clairement que ce sont des éléments cellulaires. Ils ont des noyaux arrondis contenant chacun un nucleolus très-petit. La membrane de la cellule serre de près le noyau, et échappe à cause de cela facilement à l'observation. Les cellules envoient des prolongements qui joignent les cellules l'une à l'autre, et se trouvent en avant et en arrière des cellules : il est resté douteux pour moi s'il en existe aussi sur les côtés.
* Lorsque ces cellules, assez grandes du reste, ne sont plus conservées, il existe encore, dans les fossettes, un réseau de fibres anastomosées entre elles, et d'éléments fusiformes d'une grosseur moindre : ces fibres se perdent en arrière dans le périoste. Il paraît donc qu'il faut distinguer deux espèces de tissus dans ces petites fossettes : l'un formé par les éléments plus grands que l'on connaît, et un autre réseau de tissu conjonctif à fibres plus fines, dans lesquelles ceux-ci se trouvent logés. » (Loc. cit., page 20.)
Pour ce qui est du résultat de mes propres recherches, je me vois forcé aussi de me prononcer en faveur de la nature cellulaire de ces corpuscules ; je n'ai qu'une chose à ajouter aux données émises par ces anatomistes, c'est que j'ai vu ces corpuscules (fig. 5, 21) envoyer des prolongements aussi en haut, entre les saillies où ils se trouvent placés.
Dans quelques préparations que j'ai obtenues du limaçon de l'homme, ces corpuscules faisaient complètement défaut.
La substance hyaline de la zone est remarquable par l'énergique résistance qu'elle oppose aux agents chimiques les plus efficaces, tels que les acides minéraux et les alcalis caustiques.
On l'a comparée à la chitine.
Les avis sont partagés, à ce que nous avons vu, sur la question de savoir si la zone sillonnée possède ou non des vaisseaux sanguins. Mes observations m'ont démontré qu'il faut la résoudre d'une manière affirmative pour ce qui est des animaux. J'ai
trouvé des vaisseaux capillaires dans la bande sillonnée des embryons (fig. k, 9) et des animaux adultes, par exemple chez un lapin où j'avais injecté les vaisseaux avec du bleu de Prusse soluble. La substance des saillies et des dents ne m'a jamais présenté de vaisseaux.
La bande sillonnée de l'homme est dépourvue de vaisseaux.
§ 3. — lia lèvre tympanique de la bandelette sillonnée.
(Habenula perforata, Deiters.)
La lèvre inférieure ou tympanique de la bandelette sillonnée (fig. 1, 15; 5, 15 5 7, G; 2, 17), labium tympanicum nabenulœ sulcatœ, dépasse de beaucoup en longueur la lèvre supérieure ou vestibulaire.
Chez l'homme, la substance hyaline qui borde le sillon spiral (fig. 5, 16) interne reçoit, vers son bout inférieur, le faisceau de fibres dont nous avons parlé (page 2/j) , et dont les éléments s'insèrent le long de cette partie. Elle reçoit en outre quelques fibres qui proviennent des environs du sillon spiral, et convergent sous forme d'un éventail vers la lèvre tympanique, puis elle se courbe tout à fait vers le dehors et continue en formant la lèvre tympanique, plaque hyaline qui se réunit à son tour à la lamebasilaire.
On peut aussi bien représenter les choses de la manière inverse, c'est-à-dire en commençant par le bout extérieur. On dirait alors que la lèvre tympanique se résout, avant de se recourber en haut, dans les fibres, qui forment la couche inférieure de la bande sillonnée, et quelques autres qui rayonnent sous forme d'éventail dans les environs du sillon spiral interne.
Du bord inférieur de la lèvre tympanique partent des fibres (fig. ô, 2; h, 13) qui entrent dans le nerf, et y rencontrent les fibres parties du tissu (fig. h, \h) sous-nerveux, rapport que nous avons exposé page 17.
En cheminant vers la bande basilaire, la lèvre tympanique conserve à peu près la même épaisseur, mais arrivée au point où elle se continue comme lame basilaire, elle s'amincit (fig. 6, 12) , en ce sens que la surface supérieure descend en pente pour se rapprocher de la face inférieure. Cet endroit, qui est remarquable
en outre par les canalicules (ib. 5) qui donnent passage aux fibres nerveuses, me sert pour tracer le point de séparation de la lèvre tympanique (fig. 2, 19) d'avec la zone lisse de la lame basilaire (ib. 18).
La substance de la lèvre tympanique est parfaitement homogène, et offre une grande résistance aux acides et aux alcalis.
En examinant une bonne préparation, on remarque que la lèvre tympanique est recouverte d'un amas de cellules, les cellules de Claudius. Puis vient l'organe de Corti et la série de cellules et de fibres qui l'accompagnent. Nous négligeons ici tout cet ensemble de formations (supprimé aussi dans la fig. 2) dont la description fera suite au présent mémoire, et ne traitons pour le moment que ce qui appartient à la lèvre tympanique elle-même.
Chez l'homme, embryon et adulte, on trouve sur des coupes la face supérieure de la lèvre tympanique garnie de dentelures excessivement fines, occupant le tiers inférieur du sillon spiral et le commencement de la lèvre (fig. 5, llx).
Chez quelques animaux, surtout le cochon d'Inde, je trouve cette partie couverte de stries longitudinales faiblement accusées et assez clair-semées. Je ne suis pas sûr si elles se trouvent chez l'homme ; j'ai cru les y apercevoir quelquefois.
Passons maintenant à ce qui se trouve sur la face inférieure de la lèvre tympanique : nous y avons vu cheminer les fibres du nerf cochléen, en formant des faisceaux de plus en plus minces. Ceux-ci se tournent petit à petit vers la rampe vestibulaire et passent finalement à travers les canalicules nerveux (fig. 2, 19; 6, 5). Sur des vues de face, on voit également les faisceaux nerveux (fig. 7, 5) s'amincir, et aboutir chacun à un de ces petits pertuis (fig. 7, 6).
Le tout est borné au dehors, comme nous l'avons vu, par la couche qui, après avoir recouvert les nerfs jusque-là, s'applique maintenant à la lame basilaire après le passage des filets nerveux.
§4. — Les canalicules nerveux.
M. Kôlliker a le grand mérite d'avoir prouvé que les fibres du nerf cochléen ne se terminent pas dans la rampe tympanique,
DE L'OREILLE DE l'hOMME ET DES MAMMIFÈRES. Si
mais perforent la lèvre tympanique pour aller se répandre dans la rampe vestibulaire. M. MaxSchultze a découvert depuis qu'elles s'y continuent sous forme de fibrilles variqueuses excessivement fines.
Les canalicules (fig. 6, 5) creusés dans la substance hyaline de la lèvre tympanique (ib. 1), sont disposés dans une direction oblique de bas en haut et d'arrière en avant.
M. Henle affirme que ce sont des fentes qui, en montant, se rétrécissent de façon à ne former en haut qu'un petit cylindre. Il est arrivé à ce résultat en comparant entre elles les images qu'une môme vue de face donne successivement, à mesure qu'on déplace le foyer du microscope en haut et en bas. Je ne me suis pas contenté de cette manière d'examiner, mais j'ai eu recours en outre à un moyen plus sûr, à l'examen de coupes minces que, j'avais confectionnées d'après ma méthode. Aussi mes résultats sont-ils différents. Chaque canalicule nerveux forme un pertuis que l'on peut se figurer comme composé de deux entonnoirs ou cônes tronqués, dont on aurait uni les sommets. La base du cône supérieur est allongée et forme en haut la fente que tous les auteurs ont représentée dans leurs dessins. Elle se trouve bien réellement en haut et n'y est pas remplacée par un trou rond comme le veut M. Henle. La paroi postérieure de ce cône supérieur (ib. 10) est taillée à pic, tandis que la paroi antérieure (ib. 11) offre une pente très-douce, et passe insensiblement dans la face supérieure delà lèvre tympanique (ib. 12) qui, en cet endroit, forme justement la pente dont nous avons parlé (page 29).
Le cône inférieur ne présente rien de remarquable, excepté sa terminaison inférieure, à laquelle j 'ai trouvé une disposition encore inconnue. Le canal nerveux est, d'après mes observations, loin de se borner à la lèvre tympanique, comme on le croit, mais il se continue (ib. 6) encore après avoir formé le pertuis de la substance hyaline que l'on sait. Comme le montre la figure 6, sa paroi antérieure y est prolongée par une pellicule extrêmement mince (ib. 7), s'étendant de la lame basilaire vers le tissu (ib. 3) qui recouvre les nerfs en bas et en avant. La paroi postérieure (ib. 8) offre le même aspect que celle-ci. Le canal
conserve à peu près la direction de la partie qui se trouve dans la substance hyaline , et s'élargit un peu en bas, conformément à la forme de cône que possède la moitié inférieure de celui-ci.
Un septum très-mince (ib. 9), placé dans une direction oblique de dedans en dehors et de haut en bas, ferme en bas ce canal, et le coupe de sorte que sa paroi postérieure est beaucoup plus courte que la paroi antérieure. Cette cloison est percée de petits trous.
D'après mes observations, les fibres nerveuses gardent leurs doubles contours jusqu'à cette cloison. Après l'avoir percée, elles n'apparaissent que comme des fibrilles excessivement fines et variqueuses, et traversent le canal pour s'épanouir à la face supérieure de la lame basilaire, comme nous le verrons dans la deuxième partie de ce mémoire.
Des vues d'en haut montrent les ouvertures de ces canaux sous forme de fentes radiales, un peu élargies vers le milieu (fig. 7, 6). En baissant le foyer du microscope, on voit bientôt apparaître la paroi antérieure du canal qui descend en sens oblique, comme nous l'avons vu, et qui semble couper le canal par devant. A mesure qu'on baisse le foyer, le contour postérieur du canal devient de plus en plus indistinct.
Chez l'homme, le bord postérieur de l'ouverture supérieure est plus arrondi que l'antérieur, qui est plutôt pointu.
Chez les animaux, ces canalicules ressemblent à ceux de l'homme sur tous les points essentiels, et ne s'en distinguent que par des différences peu considérables de forme et de courbure. Ils m'ont paru, par exemple, plus fins vers le milieu chez le cochon, moins fins chez le chat.
§ 5.' — Les dents apparentes.
M. Corti a décrit une partie de la surface supérieure de la lèvre tympanique, qu'il appelle dents apparentes.
Selon lui, celles-ci prennent naissance à la base du sillon spiral interne, et s'étendent de là en sens radial (fig. 7, 6) jusqu'aux ouvertures supérieures des canalicules nerveux.
DE L'OREILLE DE l'hOMME ET DES MAMMIFÈRES. 3 S
M. Kôlliker les décrit comme « une suite serrée de proéminences allongées, de 0,081 millimètres de longueur et de 0,002 millimètres de largeur, séparées l'une de l'autre par des sillons peu profonds. Vers l'extrémité extérieure, elles se relèvent un peu pour redescendre brusquement ». D'après Deiters, leur élévation est peu considérable.
Pour ce qui est de mes observations, je n'ai pas pu trouver ces formations telles que ces auteurs les dépeignent, ni chez l'homme, ni chez les animaux que j'ai examinés.
Pour peu qu'en faisant une coupe on dévie de la direction radiale, il faut nécessairement que la surface latérale de cette coupe présente ces dents coupées obliquement. Par conséquent, si ce sont des bourrelets proéminents, rangés l'un à côté de l'autre, elle devra porter à son bord supérieur une série de bosselures à la file l'une de l'autre, comme expression des dents coupées obliquement. Or aucune de mes coupes ne m'a présenté cet aspect, et il n'est pas à présumer que chacune des innombrables coupes que j'ai faites soit tombée en sens strictement radial; il est même assez rare que cela arrive. Et en outre, j'ai souvent dirigé le couteau exprès dans d'autres directions pour étudier l'aspect des objets de divers côtés, sans jamais voir rien de semblable. D'après ces résultats, je me crois donc autorisé à douter de l'existence de ces dents.
Il est vrai que, dans les vues de face, on tombe facilement dans l'erreur. On peut croire voir des bourrelets radiaux, en examinant les faisceaux nerveux qui cheminent l'un à côté de l'autre vers leurs canalicules. Ajoutons que non-seulement la lèvre tympanique présente une espèce de marche descendante, mais se baisse encore latéralement autour des trous nerveux supérieurs qui forment des entonnoirs, et l'on comprendra que tout cela, combiné, a bien pu induire en erreur les observateurs, et les porter à y voir des côtes.
Dans des pièces où, par un accident de préparation ou par une manœuvre faite cà dessein, la couche nerveuse était enlevée sous la lèvre tympanique, je n'ai vu à celte dernière d'autres dessins que les stries fines dont j'ai parlé.