PROPRIÉTÉS DU SYSTÈME CELLULAIRE
§ Ier. Propriétés de tissu .
Les propriétés de tissu sont très-caractérisées dans le svstème cellulaire.
Extensibilité ,
L’extensibilité y est mise en évidence dans une foule de cas, comme dans l’œdème, dans les amas de graisse, et dans les différentes tumeurs, où ses cellules sont extrêmement écartées , et où ses membranes se trouvent singulièrement allongées. Tous les mouvemens naturels supposent cette ex-
tensibilité : le bras ne peut s’élever sans que le tissu de l’aisselle n’acquière une étendue double, triple meme de celle qu’il a dans l’abaissement. La flexion et l’extension de la cuisse, du cou, et de presque toutes les parties, présentent des phénomènes analogues, à des degrés différens. Si on écarte un organe quelconque de ceux auxquels il est contigu, le tissu intermédiaire s’allonge considérablement.
Les degrés de l’extensibilité du tissu cellulaire varient. Dans le sous-cutané, le sous-séreux, l’inter-musculaire, etc., cette propriété a des limites bien plus reculées que dans la couche sous-muqueuse, dans celle extérieure aux artères, aux veines et aux excréteurs. Elle est réelle cependant dans celles-ci, comme le prouvent les dilatations des viscères gastriques, les anévrysmes, les varices , etc. Mais ces phénomènes eux-mêmes attestent la difficulté plus grande de s’étendre dans cette espèce de tissu : par exemple, le tissu ordinaire serait incapable de résister à l’impulsion du sang après la rupture des tuniques artérielles. Il y aurait une dilatation subite, énorme, et bientôt mortelle, si les artères n’étaient environnées que par lui. C’est la densité de celui qui les entoure qui assure les progrès lents et successifs de ces tumeurs.
C’est en effet un caractère essentiel de l’extensibilité de presque tout le système cellulaire où les lames et conséquemment les cellules se rencontrent, de pouvoir toujours être mise en jeu subitement, d’une manière instantanée. On a un exemple
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de ce mode d’extension dans les emphysèmes artificiellement produits , qui font passer tout à coup ce tissu d’un état complet de resserrement à la plus grande extension dont il est capable. L’injection artificielle des fluides divers présente le même phénomène. On l’observe encore à la suite des fractures, des contusions des membres, où l’on voit quelquefois d’énormes engorgemens se développer d’une manière presque subite. Le tissu cellulaire est le siège évident de ces engorgemens , qui ont lieu dans celui qui est sous-cutané, et non dans celui subjacent aux aponévroses, parce que l’extensibilité de ces membranes n’étant point susceptible de se mettre ainsi en jeu d’une manière subite, résiste à toute dilatation qui n’est point successivement amenée. Beaucoup d’autres organes, comme les tendons, les cartilages, les os, etc., quoique jouissant, comme le tissu cellulaire, de l’extensibilité de tissu, en diffèrent cependant, ainsi que les aponévroses, par l’impossibilité de se distendre ainsi subitement. En général, la mollesse de la trame primitive paraît influer beaucoup sur cette modification de l’extensibilité.
Trop distendu , le tissu cellulaire s’amincit d’abord sensiblement, et finit enfin par se rompre. Dans l’état naturel, aucun mouvement de l’économie n’est susceptible d’être poussé assez loin pour occasioner cette rupture : par exemple, j’ai remarqué qu’en prenant du tissu cellulaire sous l’aiselle, il faut l’étendre au moins trois fois plus qu’il ne l’est dans l’élévation du bras, pour occasioner ce phénomène. Bailleurs, ce qui s’oppose encore à
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cette rupture, c’est l’espèce de locomotion qu’il est susceptible d’éprouver; en sorte que, trop fortement tiraillé, il déplace celui qui est contigu, l’attire et se trouve ainsi moins distendu. On voit ce phénomène d'une manière remarquable dans les engorgemens du testicule, dans l’hydrocèle volumineuse. Alors tout le tissu environnant, celui de la partie inférieure du ventre, du haut des cuissss et du périnée, tiraillé par celui qui recouvre la tumeur immédiatement, vient aussi s’appliquer sur elle.
J’ai remarqué que le tissu cellulaire enflammé perdait en partie cette propriété, et que, sur le cadavre, il se rompt avec une très-grande facilité. C’est ce qui arrive aussi surtout dans les indurations diverses dont il est le siège. Par exemple, celui qui environne la matrice devenue cancéreuse, étant engorgé et tuméfié, a perdu toute faculté de s’étendre; il est même fragile, si je puis me servir de ce mot; le moindre effort suffit pour le rompre et le briser. Ce fait est constant dans toutes les affections cancéreuses un peu avancées de la matrice, et dans celles de beaucoup d’autres organes (i).
Contractilité .
La contractilité de tissu est mise en jeu dans le système cellulaire toutes les fois que l’extension où
(i) Le tissu sous-muqueux de l’intestin grêle devient aussi tellement fragile dans les entérites chroniques , que , sur le ca-
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il se trouvait cesse. Ainsi, dans l’amaigrissement, dans la résolution des œdèmes et des tumeurs, les cellules se concentrent sur elles-mêmes, et perdent une grande partie de la capacité quelles avaient acquise; dans une plaie qui a intéressé le tissu cellulaire avec la peau, les bords s’écartent, et un intervalle reste entre eux par le resserrement des cellules.
A mesure que l’on avance en âge , cette contractilité de tissu devient moins facile à s’exercer; la jeunesse est l’époque de son plus d’énergie : aussi, à la suite des grands amaigrissemens qui surviennent aux vieillards , la peau est flasque et plissée en plusieurs sens, parce que le tissu cellulaire subjacent ne s’étant point reserré sur lui-même, l’enveloppe cutanée est restée éloignée des organes externes, et n’a pu se coller à eux. Au contraire, dans un jeune homme devenu très-maigre, la peau est exactement appliquée aux organes ; elle conserve sa tension, parce qu’en se contractant, les cellules la ramènent de toutes parts contre les parties; celles-ci font des saillies extérieures. Il faut bien distinguer ces saillies, qui, dans laiace,for~
davre d’un individu qui a succombé à cette affection , il est facile d’attirer à soi , d’une seule pièce , et par un seul point , toute la membrane muqueuse de l’intestin , après avoir déchiré circu— lairement en dehors les tuniques séreuse et musculaire. Après la péritonite chronique , on peut enlever de la même manière , à la fois , les tuniques muqueuse et musculeuse accolées , comme je l’ai pratiqué plusieurs fois ; la dernière se sépare de la séreuse au moyen de la déchirure du tissu sous-péritonéal.
(F. Blandin).
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ment ce qu’on nomme traits effilés, d’avec les replis cutanés.
§ IL Propriétés vitales.
Les propriétés animales ne sont point l’attribut du tissu cellulaire dans l’état ordinaire : on peut impunément le couper avec l’instrument tranchant, le tirailler en divers sens, le distendre avec les gaz. L’animal soumis à ces expériences ne donne aucune marque de sensibilité. Si quelques douleurs se font sentir, cela dépend des blets nerveux qui le traversent et qui peuvent être irrités par hasard. Dans l’état maladif, au contraire, la sensibilité s’y exalte à un tel point, qu’il peut devenir le siège des plus vives douleurs : le phlegmon en est une preuve (i).
Les propriétés organiques sont très-marquées dans le tissu cellulaire. La graisse et la sérosité n’y seraient point absorbées, si elles ne faisaient sur lui une impression qui met en jeu la sensibilité organique. J’observe à l’égard de cette propriété, considérée dans le système cellulaire, que toutes les substances ne sont point en rapport égal avec elle : parmi les fluides animaux, le sang, la lymphe et le lait ne l’exaltent point assez, lorsqu’ils s’y épanchent ou qu’on les y injecte, pour empêcher
(i)On pourrait soutenir que les douleurs du phlegmon ne naissent pas du tissu cellulaire lui-même, mais seulement des nerfs qui le traverse , nerfs dont la compression est certaine dans cet état. (F. Blandin.)
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l’absorption, qui a lieu pour eux comme pour la graisse et pour la sérosité. Au contraire, cette sensibilité est tellement altérée par le contact de l’urine, de la bile, de la salive et des autres fluides destinés à être rejetés au dehors, que souvent l’inflammation est consécutive à leur contact, lequel n’en détermine point l’absorption. Parmi les fluides étrangers, l’eau injectée est absorbée; le vin et presque tous les autres fluides irritans excitent des dépôts, et sont rejetés au dehors avec le pus qui en résulte. On sait que, dans l’opération de l’hydrocèle, des abcès au scrotum sont toujours le résultat du passage accidentel de l’injection dans le tissu cellulaire, passage qui est dû à une déviation de la canule du trois-quarts. Les expériences sur les animaux vivans s’accordent parfaitement avec ce fait. Tout autre fluide irritant, les acides affaiblis, les dissolutions alcalines, etc., produisent le même phénomène (i).
La contractilité organique insensible est évi-
(1) Quelque irritantes que soient les substanees injectées dans le tissu cellulaire, on sait aujourd’hui que toujours elles sont absorbées, pourvu qu’elles soient liquides ou susceptibles de se dissoudre dans les fluides perspirés , sous l’influence de l’irritation qu’elles produisent. Les expériences de divers physiologistes, etnotamment celles de MM. Dupuytren et Magendie, ont spécialement établi l’absorption de l’urine et de la bile injectées dans le tissu cellulaire. Ces fluides , et ceux qui sont comme eux très-irri— tans , détruisent immédiatement , ou par suite d’une violente inflammation , le tissu qu’ils touchent ; mais bientôt , affaiblis par leur mélange avec les fluides perspiratoires, ils deviennent moins acres et sont complètement absorbés. (F. Blandin. )
demment prouvée dans le tissu cellulaire par l’exhalation et par l'absorption qui s’y opèrent.
Il jouit jusqu’à un certain point de la contractilité organique sensible. On sait que l’impression seule du froid subit pour resserrer le scrotum d’une manière très-marquée; que, suivant qu’elle est irritée ou qu’elle se trouve dans l’état naturel, cette partie passe par des degrés très-différens de contraction et de relâchement : or, elle ne paraît contenir sons la peau que l’organe cellulaire, dont les filamenSjil est vrai, présentent un aspect particulier, et semblent différer par leur nature des filamens des autres portions de ce système. Sans doute cette contraction n’est point à comparer à celle des muscles, mais elle en est certainement Je premier degré ; elle est de même nature, ou plutôt elle tient le milieu entre la leur et ces oscillations impossibles à saisir que nous désignons sous le nom de contractilité organique insensible , que d’autres appellent tonicité (i) , etc.
Sympathies,
Les rapports du système cellulaire avec les autres systèmes sont très-nombreux et très-multipliés ,
(i) Quelques personnes attribuent aujourd’hui à la contraction des fibres cparses du crémaster, le resserrement du scrotum lorsqu’on le pince. Pour moi , je pense avec Bichat que ces mouvemens dépendent d’une véritable contraction du tissu cellulaire du dartos , tissu qui me parait former , entre le cellulaire et le musculaire de la vie organique , une transition insensible :
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mais souvent il n’est pas facile de bien les apprécier. En effet , comme il est disséminé dans tous les organes, et qu’il concourt à la structure de tous, on a souvent beaucoup de peine à distinguer ce qui lui appartient d’avec ce qui est l’attribut des parties où il se trouve. Cependant, ces rapports deviennent manifestes en plusieurs circonstances : dans les affections aiguës, comme dans les maladies chroniques, il est très - susceptible d’être influencé par les affections des organes. Je ne parle pas ici des altérations nées de la juxta-position et de la continuité, altérations si communes comme nous l’avons déjà vu : je n’entends parler que de celles produites dans des endroits du tissu cellulaire qui n’ont aucun rapport connu avec l’organe affecté.
Dans les maladies aiguës qui ont leur siège dans un organe particulier , dans les poumons , dans l’estomac , les intestins , etc., souvent le tissu cellulaire s’affecte sympathiquement; il devient le siège d’inflammations, de foyers purulens , etc. La plupart des dépôts critiques dépendent de ce rapport réel, quoique inconnu, existant entre l’organe affecté et le tissu cellulaire. Souvent c’est l’exhalation ou l’absorption naturelle à ce tissu qui est al-
ce qui viendrait à l’appui de l’opinion de M. Blainville , qui considère la fibre musculaire comme une simple modification de la fibre cellulaire. Il est certains animaux qui n’ont pas de muscles distincts, et chez lesquels un tissu cellulaire analogue à celui du dartos produit les mouvemens de la locomotion. ( F. Blandin. )