‹ Anatomie générale [electronic resource] (volume 2)Chapitre 26 sur 40 · ANAT. GÉN. T. I · texte numérisé non relu

ANAT. GÉN. T. I

même tontes les tumeurs sont cellulaires : c’est leur caractère commun. Leur caractère propre se tire des substances que sépare le tissu , suivant que les altérations morbifiques dont il est le siège , modifiant différemment ses forces vitales , le mettent en rapport avec telle ou telle substance : ainsi, comme nous l’avons dit, toutes les cicatrices internes sontclles semblables dans la première période, dans celle des bourgeons charnus, et présentent- elles des différences à mesure que la substance nutritive de l’organe auquel elles appartiennent vient à les pénétrer.

On voit , d’après ces principes , comment la nature est la même dans ses opérations, comment une loi uniforme préside à toutes, et comment les applications seules de cette loi diffèrent entre elles. Partout où il y a nutrition naturelle, ou modification accidentelle de cette fonction, le tissu cellulaire joue un rôle essentiel : or, ce rôle important, il le doit, dans la cicatrisation et dans la formation des tumeurs, à la propriété singulière qu’il a de s’étendre, de se dilater, de croître. Examinez tomes les tumeurs développées sur les muscles, les tendons, les cartilages, etc.; vous n’y verrez jamais une expansion des fibres charnues, tendineuses, de la substance cartilagineuse, etc.; le tissu cellulaire seul part de l’organe et se répand dans la tumeur : ainsi les fibres des os, des muscles, des substances fibreuses, divisées dans les solutions de continuité, ne se prolongent-elles point au-delà du niveau de la plaie, comme le fait le tissu cellulaire de la partie pour la production des bourgeons.

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Les tumeurs dont je parle n’ont rien de commun, comme on le conçoit , avec les tuméfactions aiguës qui constituent les phlegmons , ni avec cet engorgement qu’éprouvent les membres où il y a eu une violente irritation, comme une fracture ou une luxation compliquées , un panaris , une piqûre avec un instrument venimeux, etc., engorgement qui se développe en général autour de toute partie extérieure vivement affectée , qui a une invasion quelquefois presque subite, qui n’est point réellement inflammatoire quoiqu’il offre tension, douleur, etc., et qui mérite plutôt le nom de boursouflement que celui d’ engorgement .

Il ne faut pas non plus confondre ces tumeurs avec certains engorgemens chroniques, où, sans croître , sans végéter , le tissu cellulaire s’infiltre , se pénètre de différentes substances qui en changent la nature : tels sont ceux qui surviennent dans les maladies des articulations ; telles sont les callosités des fistules, etc., la matière lardacée qu’on trouve

dans certaines tumeurs, etc Dans tous ces cas,

il n’y a point d’accroissement ni de végétation, comme dans un polype, un fou gu s, etc....; c’est une substance plus solide que la sérosité , infiltrant le tissu cellulaire, et envahissant ses lames au point de les faire disparaître et de présenter un tout en apparence homogène.

Au reste, il y a, à l’instant de la mort, une grande différence entre une tumeur aiguë et une tumeur chronique , que celle-ci soit produite par végétation ou par infiltration. En effet , elle reste la meme et conserve jusqu’à la putréfaction son volume, sa

forme, sa densité, comme tous les organes. La première, au contraire, s’affaisse, comme je l’ai indiqué, par la chute des forces vitales. Cet affaissement varie : si la tumeur n’est autre chose que le boursouflement cellulaire dont je viens de parler, et qui est si commun dans les lésions extérieures, elle disparaît entièrement; si, outre ce boursouflement, il y a accumulation du sang, comme dans le charbon, le phlegmon, etc., une portion de la tumeur reste, mais toujours elle diminue beaucoup de volume. En général, c’est sur ce boursouflement, dont on ignore la cause immédiate, que porte d’une manière spéciale l’affaissement.

Passons aune fonction non moins importante du tissu cellulaire, et qui est très-analogue à celle-ci.

Influence du 7 'issu cellulaire sur la formation des

kystes.

On appelle kyste une membrane en forme de sac sans ouverture qui se développe accidentellement dans nos parties, et qui, contenant des fluides de nature différente, a été sous ce rapport divisée en plusieurs espèces. Or, les kystes sont essentiellement formés aux dépens du tissu cellulaire; ils naissent dans ses cellules, s’aggrandissent en tous sens au milieu d’elles, et en portent tous les caractères.

Pour se convaincre de l’influence du système cellulaire sur la formation des kystes, il suffit de prouver qu’entre eux et les membranes séreuses, il y a la plus grande analogie, et meme presque identité; car nous verrons que ces sortes de membranes sont

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essentiellement cellulaires. Or, voici quelles sont les analogies de ces deux espèces de productions , dont l’une est naturelle et l’autre accidentelle.

i°. Analogie de conformation. Les kystes forment tous des espèces de sacs sans ouverture, renfermant le fluide qui s’en exhale , ayant une face lisse , polie et contiguë à ce fluide ; une autre inégale , floconneuse , et continue au tissu cellulaire voisin.

2°. Analogie de structure. Toujours formés d’un seul feuillet, comme les membranes séreuses, les kystes ont tous , comme elles, une texture cellulaire que prouvent la macération et l’insufflation. Aussi naissent-ils constamment au milieu de l’organe cellulaire, ordinairement là où il est le plus abondant. Peu de vaisseaux sanguins les pénètrent : le système exhalant y est très-caractérisé.

3°. Analogie de propriétés vitales. Sensibilité animale nulle dans l’état ordinaire , très-prononcée dans l’inflammation ; sensibilité organique toujours très-manifeste, tonicité, que caractérise une contraction lente et graduée, à la suite de l’évacuation artificielle ou naturelle des fluides contenus, etc. : voilà les caractères des kystes ; ce sont aussi, comme nous l’avons vu , ceux des membranes séreuses.

4°. Analogie de fonctions. Les kystes sont évidemment l’organe sécrétoire ou plutôt exhalatoire du fluide qui y est contenu. L’exhalation y devient surtout très-caractérisée quand , à la suite de l’évacuation de ces fluides , on a pas soin d’emporter la poche membraneuse, ou d’y exciter une inflammation artificielle. L’absorption s’y manifeste dans la guérison spontanée des hydropisies enkystées, gué-

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rison à laquelle peut seule concourir cette fonction.

5°. Analogie d’affections. Qui ne sait qu’entre l’hydropisie de la tunique vaginale et l’hydropisie enkystée du cordon, il y a la plus grande analogie (1), que les moyens curatifs sont les memes, que les accidens ne diffèrent point, que dans toutes deux l’inflammation qu’on fait naître par l’injection d’un fluide étranger, du vin, par exemple, est la même, et détermine par un semblable mécanisme la guérison? Qu’on ouvre deux cadavres attaqués chacun d’une de ces deux affections, qu’on corn-; pare ensuite l’état des deux poches où le fluide est amassé : l’aspect est exactement le même. Otez du kyste des mélicéris le fluide qui y est contenu, vous ne trouverez que peu de différence entre lui, les kystes hydropiques et les membranes séreuses (2).

(l)On sait aujourd’hui que le plus souvent le kyste qui constitue l’hydropisie enkystée du cordon est formé par une portion du péritoine; tantôt, par le col incomplètement oblitéré de la tunique vaginale, tantôt par un sac herniaire : ce kyste enfin n’est pas produit de toutes pièces dans le tissu cellulaire. Ainsi cet exemple, choisi parBichût, ne conviendrait plus aujourd’hui pour prouver l’analogie des kystes cellulaires avec les membranes séreuses.

( F. Blandin. )

(a) Il existe des différences bien tranchées entre les kystes me— licériques, ceux des stéatômes , et les membranes séreuses. Ces kystes,, en effet, sont tout-à-fait cutanés : ce sont des follicules dont le goulot s’est oblitéré , et qui , ayant continué dans cet état, leur fonction sécrétoire, se sont remplis de la matière qu’ils forment, et ont subi un accoissemcnt morbide plus ou moins considérable, (F. Blandin, )

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Les considérations précédentes nous mènent à établir une parfaite ressemblance entre les kystes et les membranes séreuses (i), dont ils partagent tous les caractères , et dans le système desquelles ils entrent essentiellement, ainsi que dans le système cellulaire par conséquent. Il est très-probable qu’il y a un rapport entre les unes et les autres, et que , quand un kyste se développe et fournit une abondante exhalation, l’exhalation des membranes séreuses diminue : au reste , ceci n’est point appuyé sur des preuves directes. Il se présente ici une question essentielle, celle de savoir comment se développent les kystes; comment une membrane qui n’existe point dans l’état naturel peut naître , croître, et même acquérir un développement très-considérable en certaines circonstances. On résout communément ce problème de la manière suivante : il s’amasse d’abord un peu de fluide dans une cellule ; ce fluide augmente , dilate dans tous les sens la cellule , dont les parois se collent aux cellules voisines, et augmentent ainsi d’épaisseur. Peu à peu ce fluide , séreux dans les hydropisies , blanchâtre et épais dans le stéatôme, etc., augmente en quantité, presse en tous sens la poche qui le renferme, l’agrandit, la comprime contre les or-

( i ) Les kystes que l’on rencontre clans le tissu cellulaire ont quelquefois à l’intérieur une surface lisse et polie , ceux-là ressemblent en elfet complètement aux membranes séreuses. Mais il en est d’autres qui ont plus de rapports avec la membrane tégumentaire générale : les uns, à surface sèche, présentent l’apparence cutanée ; les autres , rougeâtres et veloutés à l’intérieur 9 paraissent de nature muqueuse» (F. Blanjdin»)

ganes voisins, et lui donne la forme sous laquelle elle s’offre à nous. Rien de plus simple, au premier coup d’œil , que cette explication mécanique : cependant, rien de moins conforme aux procédés de la nature. Les considérations suivantes serviront à le prouver : iu. Les kystes sont analogues, sous tous les rapports, aux membranes séreuses : comment donc auraient-ils un autre mode d’origine que ces membranes, lesquelles ne se forment jamais, comme nous le verrons, par la compression dû tissu cellulaire? 2". Une origine aussi mécanique, où tous les vaisseaux, pressés les uns contrôles autres, doivent inévitablement s’oblitérer, ainsi qu’on le voit sur la peau devenue calleuse, s’accorde-t-elle avec la fonction exhalatoire et absorbante des kystes, avec leur mode particulier d’inflammation? 3°. Comment, si les cellules, appliquées et collées les unes aux autres, forment ces sacs contre nature, le tissu cellulaire voisin né diminue-t-il pas, ne disparait-il pas même, lorsqu’ils acquièrent beaucoup de volume? 4°. Si, d’un coté, les kystes se forment par la compression du tissu cellulaire, si d’un autre coté, il est vrai, comme on n’en peut douter, que leur fluide soit exhalé par eux, il faut donc dire que ce fluide préexiste à l’organe qui le sépare du sang : j’aimerais presque autant assurer que la salive préexiste à la parotide, etc.

Je crois que la conséquence immédiate des réflexions précédentes, c’est que l’explication commune de la formation des kystes est essentiellement contraire à la marche générale que suit la nature dans ses opérations. Comment donc naissent et

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croissent ces sortes de poches? comme toutes les tumeurs que nous voyons végéter au dehors , ou se manifester au dedans; car il n’y a, pour ainsi dire, de différence entre ces deux sortes de productions contre nature, que dans la forme que chacune affecte. La plupart des tumeurs rejettent par leur surface extérieure le fluide qui s’y sépare. Le kyste, au contraire, exhale ce fluide par sa surface interne , et le conserve dans sa cavité. Supposez une tumeur fongueuse en suppuration se transformant tout à coup en cavité, et la suppuration se transportant de la surface externe sur les parois de cette cavité : ce sera un kyste. Réciproquement, supposez un kyste superficiel dont la cavité s’oblitère, et dont le fluide s’exhale à sa face externe : vous aurez une tumeur en suppuration.

Puis donc que la forme seule établit une différence entre les tumeurs et les kystes , pourquoi la formation de ceux-ci ne serait-elle pas analogue à celle des premières? Or, a-t-on jamais imaginé d’attribuer à la compression la formation des tumeurs extérieures ou intérieures? Il faut donc concevoir la production des kystes de la manière suivante : ils commencent d’abord à se développer (i) et à

(i) Vainement Bicliat s’efforce-t— il de nous prouver que toujours le kyste cellulaire préexiste à la formation de l’humeur qu’il contient ; cela est vrai seulement pour quelques-uns , pour ceux des mélicéris et des athér ornes, qui sont des follicules développés d’une manière morbide , pour ceux des ganglions, qui sont des bourses muqueuses , etc. Mais, dans d’autres cas, on voit évidemment le kyste se former après son fluide ^ tantôt par un

croître nu milieu de l’organe cellulaire, par des lois très-analogues à celles de l’accroissement général de nos parties, et qui semblent être des aberrations, des applications non naturelles de ces lois fondamentales que nous ne connaissons point. Quand le kyste est une fois caractérisé, l’exhalation commence à s’y opérer : d’abord peu abondante , elle augmente ensuite à mesure qu’il fait plus de progrès. L’accroissement de l’organe exhalant précède donc toujours l’accumulation du fluide exhalé, de même que, toutes choses égales d’ailleurs, la quantité de suppuration d’une tumeur est en raison directe de son volume.

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