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ORGANISATION DU SYSTÈME CARTILAGINEUX

A voir un cartilage dans son intérieur, il est difficile d’y reconnaître une texture organique ; elle y est très-réelle cependant , et se compose d’un tissu propre et de tissus communs.

§ Ier. Tissu propre au Système cartilagineux.

Le tissu cartilagineux propre présente un entrelacement de fibres tellement serrées qu’il paraît, au premier aspect , absolument homogène et formé d’un amas de gélatine, sans ordre et sans direction particulière. Cependant, avec un peu d’attention , on distingue des fibres longitudinales , que d’autres , transversales et obliques , coupent en sens inverse (1).

(1) Ces fibres sont elles- mêmes très-difficiles a bien apercevoir; tout semble homogène, comme le dilpBichat, dans un cartilage coupé en travers. La seule chose qui y dénote l'organisation , c’est qu’il se fait un suintement séreux , au bout de peu de temps , sur les surfaces divisées , ce qui indique qu’il y avait des fluides en circulation. Ce suintement est d’autant plus abondant que le sujet est plus jeune.

Divers faits semblent néanmoins montrer un arrangement particulier dans le tissu cartilagineux ; d’où sont nées diverses opinions. Duhamel pensait que ce tissu était composé, dans les cartilages d’ossification , de lames concentriques superposées , d’après la formation des couches osseuses successives que ses

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Ces fibres sont plus apparentes dans les cartilages des extrémités osseuses mobiles que dans les autres. Elles ont infiniment moins de souplesse que les fibres des substances fibro-cartilagineuses : aussi celles-ci plient-elles sans se rompre , tandis que les premières cassent dès quon veut les cour-

expériences sur la garance lui avaient démontrées. Il a été question ailleurs de ces expériences ; nous avons vu ce qu’il fallait en conclure relativement à l’accroissement des os. Elles ne prouvent nullement la disposition dont il s’agit, puisque les couches ne se forment qu’à la surface de l’os quand une fois celui-ci est développé en entier : on ne trouve ni plaques ni lames d’aucune espèce dans le cartilage préexistant.

Hunter et Delassone ont dit que les cartilages des articulations mobiles avaient leurs fibres perpendiculaires , pour la plupart , et implantées sur les os de ces articulations ; ils comparent au tissu du velours l’aspect qui doit en résulter. La facilité plus grande avec laquelle ces cartilages se cassent dans le sens de leur épaisseur f la direction perpendiculaire des fibres qu’on y aperçoit quand on les coupe dans ce même sens , la macération , qui rend , dit-on , ces fibres distinctes lorsqu’elle est suffisamment prolongée , sont les motifs sur lesquels se fonde cette opinion , qu’on ne saurait entièrement rejeter, car la structure qui vient d’être décrite devient quelquefois apparente dans les maladies. Je dirai seulement , par rapport au second fait , qu’on aura sans doute pris pour des fibres , les traces que laisse l’instrument dont on se sert pour opérer la section du cartilage.

Suivant Hérissant , les cartilages des cotes sont formées de lames contournées en spirale , et c'est à cette disposition qu’ils doivent leur élasticité. Cet auteur cite la macération comme preuve de qu’il avance. Ses observations à ce sujet ont besoin d’être confirmées.

Enfin , quelques-uns paraissent avoir été trompés par les changemens que subissent les cartilages lorsqu’ils sont sur le

ber un peu fortement; l’endroit de la rupture est net , avec peu d’inégalités.

Le tissu cartilagineux est remarquable par une foule de caractères qui le distinguent des autres. Après le tissu osseux , aucun ne résiste autant à la putréfaction , à la macération : au milieu d’un cadavre tout putréfié , on trouve ce tissu presque intact, conservant son apparence , sa texture, souvent même sa blancheur naturelle. Les membres gang rénés nous offent fréquemment sur le vivant une semblable disposition. J’ai conservé pendant trèsiong-temps dans l’eau des substances cartilagineuses qui n’y ont nullement été altérées , excepté un peu dans leur couleur , comme je le dirai. Il faudrait peut-être plus d’un an pour les réduire à cette pulpe

point de s’ossifier. C’est ainsi que Mascagni admet dans les cartilages costaux des lames en forme de rayons , parce qu’il a trouvé dans le centre de ces cartilages une sorte de moelle séparant ces lames. Mais elles n’existent que chez les adultes et sur des cartilages qui ont été exposés à la dessiccation : or , pris à cette époque , le tissu cartilagineux n’est plus parfaitement homogène ; son extérieur , plus compacte , se dessèche plus vite que l’intérieur, et ne peut revenir sur lui-même quand celui-ci tend encore à diminuer de volume ; il en résulte des vides qui $e produisent au centre. On doit de même attribuer à un commencement d’ossification , dû aux progrès de l’âge , les cavités rougeâtres et aréolaires que Morgagni et M. Portai ont décrites comme inhérentes à la structure des cartilages.

Les cartilages membraneux du nez, de l’oreille, dont il sera question dans le système fibro-cartilagineux , ont , suivant Soem* mering, des fibrilles distinctes après une macération d’un moisv

(Béclaçd. )

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mollasse, muqueuse, fluente , où la macération amène la plupart des organes.

Le tissu cartilagineux se crispe sous l’action trèsconcentrée du calorique, comme tous les autres tissus: cependant ce phénomène n’est point apparent sur le thyroïde, à cause de son épaisseur, ni sur les cartilages qui encroûtent les os, à cause de leur adhérence à ces os. Mais si l’on coupe l’un par lames minces, si l’on détache aussi les autres par tranches, et qu’on les plonge dans l’eau bouillante , ils reviennent tout de suite et avec force sur euxmèmes.

Exposé à la dessiccation , le tissu cartilagineux devient jaunâtre, prend une demi-transparence analogue à celle des tendons , des ligamens desséchés, devient dur, se resserre, diminue de volume , perd son élasticité à mesure qu’il se durcit.

L’ébullition lui donne aussi d’abord une couleur jaunâtre; puis, sur les extrémités articulaires, elle le fait gercer, fendre en différens endroits , et lever par plaques qu’elle ramollit , et qu’elle fond enfin presque complètement (1), à un petit résidu près ,

(1) Les cartilages des sutures se dissolvent de même dans l’eau bouillante et fournissent une sorte de gelée , comme les cartilages diarthrodiaux ; tous les autres résistent à l’ébullition , et ne donnent de la gélatine dans ce cas que lorsqu’ils renferment des points osseux. Cela s’accorde avec ce que l’on sait aujourd’hui de la composition des cartilages. Haller les croyait formés d’eau , de gélatine et de substance terreuse ; mais les chimistes modernes ont obtenu des résultats différens. M. Hatchett a trouvé dans les cartilages de l’albumine et du phosphate de chaux. M. Chevrcul a donné l’analyse des os cartilagineux du squalus

qui ne paraît pas gélatineux. Le ramollissement du tissu cartilagineux dans l’eau bouillante le rend beaucoup plus propre qu’il ne l’est naturellement à être dissous par les sucs digestifs. Avalés crus, les cartilages resteraient long-temps dans l’estomac , tandis qu’ils sont digérés très-promptement étant cuits : c’est là un des grands avantages de la coction des viandes. Dans différentes expériences faites sur la digestion , j’ai trouvé des portions de cartilages encore intactes dans l’estomac des chiens , tandis que déjà les chairs étaient réduites en pulpe.

Dans certains cas, le tissu cartilagineux s’altère singulièrement. Dans les maladies de l’articulation de la hanche , il prend un aspect tout différent ; c’est une substance molle, comme lardacée, à vaisseaux très-distincts , à fibres quelquefois très- sensibles , présentant un volume double , quadruple même du naturel, et remplissant la cavité cotyloïde. Alors j’ai observé qu’ils ne jaunissent point ,

maximum: ils contiennent , d’après ses recherches , du mucus, de l’huile, de l’acide acétique et différons sels. Enfin, d’après J. Davy , il y a dans les cartilages 44?à d’albumine , 55, o d’eau, et o,5 de phosphate calcaire.

Au reste , celte composition doit varier aux différentes époques de la vie , ainsi que la proportion des principes constituans. Les cartilages des jeunes sujets contiennent plus de fluides, comme il est aisé de s’en convaincre en les faisant sécher comparative— met avec ceux d’un adulte. Ils se réduisent presque à rien dans cette expérience, tandis que les seconds perdent beaucoup moins de leur volume. On voit de meme , dans la combustion , les uns ne laisser presque point de cendres , tandis que les autres donnent un résidu terreux abondant. (Béclard, )

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qu’ils ne se fondent point par l’ ébullition y qu’ils ne sont plus gélatineux par conséquent. Dans les mêmes maladies , j’ai trouvé le tissu cartilagineux , sur le fémur et sur l’os iliaque, non-seulement ossifié, mais changé en une substance exactement analogue à l’ivoire: je conserve deux pièces analogues. • •

Lorsque les cartilages deviennent osseu&,IJîl se développe dans leur milieu un tissu analogue au tissu celluleux des os , où les fibres entrecroisées laissent entre elles des espaces très-distincts , et où. se dépose même une espèce de suc médullaire. Cette observation est surtout applicable à ceux des cavités, du larynx, de la poitrine, etc.

§ II. Parties communes à V Organisation du Système cartilagineux .

11 y a du tissu "cellulaire dans les cartilages | quoique le défaut d’interstices entre leurs fibres{l£ rende très-difficile à distinguer dans l’état ordinaire: en effet , le développement des bourgeons charnus sur les plaies qui les intéressent, et l’ébullition, qui, après avoir enlevé la gélatine , laisse un résidu membraneux et celluleux, prouvent assez l’existence de ce tissu , qu’on voit d’ailleurs d’une manière trèsrnanifeste dans certains états pathologiques , où la gélatine, moins abondamment séparée dans les cartilages, cesse de leur donner la dureté qui leur est habituelle , et y laisse un tissu mou, souvent comme spongieux.

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jjyB SYSTÈME

On n’y distingue point de vaisseaux sanguins. Le système exhalant n’y charrie que des sucs blancs : mais, comme ce système est continu aux artères des parties voisines , dès que la sensibilité organique y est exaltée par les irritans maladifs , et qu’ainsi il se trouve en rapport avec les globules rouges du sang, ces.gîobules y passent avec facilité ; et de là la rougeur que prennent alors les cartilages, comme on le voit dans leur inflammation , dans leurs plaies ,etc. C’est ce meme phénomène qu’on observe sur la conjonctive enflammée, etc. Quand la cause irritante a cessé, la sensibilité reprend son type naturel, les globules rouges deviennent par là même hétérogènes au cartilage , qui reprend sa blancheur.

On ignore la nature des fluides blancs qui circulent ordinairement dans le système vasculaire des cartilages. Ces fluides sont très-susceptibles de devenir le véhicule* de labile, ou au moins de sa substance colorante, lorsqu’elle se répand dans l’économie animale par la jaunisse. On observe presque constamment que, dans cette maladie, les cartilages sont colorés en jaune comme toutes les autres parties; la coloration est plus manifeste à leur surface que dans leur tissu , où elle est cependant très-réelle. En ouvrant une articulation mobile , l’aspect bilieux y est communément aussi marqué que sur la peau. Au reste, toutes les parties qui, comme eux, ne reçoivent que peu ou même point de globules rouges dans l’état ordinaire, se trouvent aussi très-manifestement colorées. Les tendons , la conjonctive , la membrane interne des ar-

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tères , etc. , en offrent des exemples. J’ai remarqué, dans deux sujets dont les cartilages thyroïdes étaient ossifiés au milieu, que le jaune était beaucoup plus vif dans la .portion osseuse que dans la portion cartilagineuse.

Je ne sache pas qu’on ait jamais suivi de nerfs dans les cartilages (1). ;

(1) Quel est le dégré d’organisation des cartilages? possèdentils réellement des vaisseaux , et sont-ils pénétrés de tissu cellulaire , à Tinstar des autres parties solides qui concourent à former nos organes ? Voilà deux questions depuis long-temps agitées, et diversement résolues parles anatomistes questions sur lesquelles la science , il faut bien le dire, n’est pas encore complètement fixée aujourd’hui. Toutefois, si je ne m’abuse, ce problème n’est pas aussi inabordable qu’on le croit généralement, et sa solution complète, si déjà elle n’a été donnée, .au moins a été partiellement aperçue par divers savans. Voici , au reste , l’opinion que je professe à cet égard :

Ainsi que nous l’avons déjà fait remarquer, l’état cartilagineux: estuneforme que revêt transitoirement lamatière organique, àune époque très-voisine encore de son origine. Il succède immédiatement à l’état muqueux, que revêtent d’abord tous les tissus; il constitue avec le cellulaire les deux modes de transmutation de l’état muqueux. Certaines influences décident seulement lequel des deux doit succéder à ce dernier , dans un cas donné ; mais jamais , comme 011 l’a dit, les cartilages , dans l’ordre naturel , n’ont passé par la forme cellulaire. Le fait des pseudo-membranes qui se développent si souvent sur les surfaces séreuses enflammées, pseudo-membranes qui de l’état muqueux passent ici à l’état cellulaire , là à l’état cartilagineux , me paraît éclairer suffisamment cette question.

Ce premier point accordé , que les cartilages sont des partie^ très-rudimentaires , et placées très-bas dans V échelle , sous Ig rapport de V organisation , puisqu'ils succèdent immédiatement

ARTICLE III

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