‹ Anatomie générale [electronic resource]Chapitre 18 sur 53 · PROPRIÉTÉS DU SYSTÈME CARTILAGINEUX · texte numérisé non relu

PROPRIÉTÉS DU SYSTÈME CARTILAGINEUX

§ Ier. Propriétés physiques .

L’élasticité est une propriété généralement répandue dans tous les corps organiques et inorganiques. Parmi les premiers, il parait que les végétaux en sont doués dans un plus grand nombre de leurs organes que les animaux , dont presque toutes les parties sont molles, et dont quelques-

à Vêlai muqueux primitif , examinons le second. Y a-t-il, ou n’y a-t-il pas de vaisseaux et de tissu cellulaire dans les cartilages? Pour décider cette question , il ne faut pas perdre de vue que les cartilages, par suite de leur condition reconnue <¥ organes transitoires , tendent de plus en plus à s’élever sous le rapport de l’organisation , et que par suite ils ne sont pas , à toutes les époques de leur formation , également propres à servir, dans ce procès , de pièces de conviction : il faut les prendre à l’état parfait , à cette époque où aucune teinte étrangère ne trouble la couleur d’un blanc nacré qui leur est naturelle ; l’omission de cette condition ferait commettre plus d’une erreur. Ce prétendu tissu cellulaire des cartilages parfaits , Bichat ne l’a admis que par analogie : en effet, il avance d’abord que le défaut d* interstices entre les fibres de ces organes rend ce tissu fort difficile à montrer dans V état ordinaire ; mais il n’en conclut pas moins que son existence est réelle, et il invoque à l’appui de son opinion le développement des bourgeons cbarnus sur la surface des solutions de continuité cartilagineuses. Il est aujourd’hui superflu d’insister pour montrer le peu de valeur de cette dernière preuve ; car chacun sait , non -seulement que le tissu des cartilages ne donne point naissance à des bourgeons charnus, mais encore q<>e ces organes restent constam-

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unes seulement reviennent sur elles-mêmes après avoir été ployées ou comprimées. Parmi celles-ci , les cartilages tiennent un des premiers rangs chez l’homme. Leur élasticité est extrêmement prononcée , surtout dans l’âge adulte , où leur consistance est moyenne entre la mollesse qui les caractérise dans l’enfance, et la dureté qui est leur apanage dans les vieillards. Ces deux dernières propriétés ne sont eh effet guère favorables à la force élastique.

Si l’on enfonce dans un cartilage une lame de scalpel , les bords de la division réagissent sur elle et l’expulsent. Pressée contre un corps résistant , Pextrémité cartilagineuse d’un os long s’aplatit et re-

nient étrangers à toute cicatrisation ; le cal des cartilages fracturés se fait tout-à-fait en dehors d’eux , et résulte des modifications variées de la membrane cellulaire qui les entoure , membrane dont l’organisation avancée ne saurait être un instant douteuse. Quant aux vaisseaux des cartilages , leur existence est tout aussi peu établie : Bichat le reconnaît très-bien. Suivant lui, il n’y a pas de vaisseaux rouges dans ces organes ; il y admet seulement des vaisseaux blancs. Je ne sache pas que personne ait jamais démontré des vaisseaux blancs dans les cartilages; à moins que l’on ne prenne au sérieux l’hypothèse de Mascagni , qui considérait le tissu cartilagineux comme résultant d’un assemblage de vaisseaux lymphatiques : or , à quel ordre appartiendraient donc les vaisseaux blancs des cartilages, s’ils ne sont ni. sanguins ni lymphatiques? En outre de ce que, dans un état avancé de leur vie, lorsqu’ils doivent s’ossifier, les cartilages présentent des vaisseaux sanguins bien évidens , qu’on se garde d’en conclure que ces vaisseaux existaient auparavant , et que seulement alors ils commencent à recevoir la partie colorée du sang > (îlâ auparavant leur était étangère ; en effet , d’une part t

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prend sa forme dès que la compression cesse. Coupé longitudinalement dans l’opération delà bronchotomie ? le thyroïde se rapproche subitement dans ses deux parties divisées. La section de l’anneau cricoïdieu offre le même phénomène. Enfoncés du côté de l’abdomen , les cartilages des dernières côtes reviennent d’eux-mêmes en dehors ? etc. , etc. Tous ces phénomènes sont un résultat manifeste de la foj’ce

on conçoit tout aussi facilement alors la formation entière de ces canaux au sein de la matière cartilagineuse , que le développement semblable qui s’opère journellement dans les cicatrices, les pseudo-membranes, etc. D’un autre côté, il restera évident , pour tous ceux qui examineront directement le phénomène , et d’une manière sérieuse , que les vaisseaux qüi apparaissent dans un cartilage qui s’ossifie offrent tous les caractères de vaisseaux de formation récente : ce sont d’abord de simples cavités à peine colorées , qui bientôt deviennent rosées ; plus tard seulement on y remarque une forme allongée et rameuse , jusqu’à ce que l’apparence vasculaire frappe d’une manière non équivoque.

En résumé , il n’y a de véritablement cellulaire et vasculaire dans les cartilages que la membrane qui les entourç : eux-mêmes sont formés par de la matière organisable, mais dans laquelle l’organisation est encore au moins très - rudimentaire ; matière qui bien certainement ne possède point de vaisseaux , si ce n’est lorsqu’elle commence à subir la transformation osseuse. Les vaisseaux des cartilages, en un mot, n’ont été admis que par une pure supposition , et il est temps de mettre un terme à toutes ces spéculations de l’esprit, qui peuvent bien transformer la science de l’organisation en un joli roman , mais qui la déparent réellement , en lui ôtant ce cachet de vérité sans lequel elle ne saurait plus désormais servir de base qu’à une physiologie vaine et mensongère. (F. Blandin. )

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élastique. Aussi la nature a-t-elle placé les cartilages partout où , pour produire ses phénomènes , elle a besoin d’associer cette force physique aux forces vitales , comme au larynx et à la cloison nasale pour éprouver une sorte de vibration dans le passage de l’air, à l’extrémité des côtes pour être le siège d’une espèce de torsion nécessaire à la respiration mécanique 3 aux extrémités articulaires pour amortir les coups , etc

Il paraît que l’activité vitale rend plus énergique cette propriété , qui reste cependant extrêmement apparente après la mort. Je présume que les cartilages la doivent à la grande quantité de gélatine qu’ils contiennent (i). i°. On sait que cette substance en jouit à un haut degré , comme le prouvent le tremblement des gelées qui se prennent par le froid , l’examen des différentes colles animales,, etc. 2°. Si, par l’ébullition , on enlève cette substance aux car-

tilages , le parenchyme nutritif reste flasque et mou. 3°. A mesure que, dans nos organes, la gélatine diminue , l’élasticité y est moindre , comme on le voit en examinant le décroissement de cette propriété , des cartilages où elle prédomine, aux organes fibro-cartilagineux où elle est en plus petite proportion, et aux corps fibreux où elle est encore moindre. Il faut avouer cependant que beaucoup dp corps très-gélatineux par leur nature offrent des, traces peu sensibles d’élasticité; la pCair età

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(i) Comme ou l’a vu plus liant (note de Béclard) , les cartilages ne contiennent que peu ou point de gélaline ; le mucus en forme essentiellement la Baise. (F. Beandin. )

est un exemple ; les tendons offrent aussi cette disposition. Comment la même substance peutelle , suivant quelle est diversement travaillée par les lois organiques , être le siège de propriétés toutes différentes ?

§ IL Propriétés de; Tissu .

Les cartilages sont peut-être , de tous les organes , ceux où l’extensibilité et la contractilité de tissu sont le moins développées. On les voit rarement se distendre, s’allonger: ils se rompent plutôt. Les maladies ne nous offrent point dans le larynx ces dilatations si communes aux autres cavités, même osseuses. Loin de s’écarter, comme dans la, peau, dans un muscle , etc. , les bords de leur section se rapprochent, ainsi que nous l’avons vu, par l’effet de l’élasticité : on dirait que cette dernière propriété y a été accumulée aux dépens de celles de tissu.

§ III. Propriétés vitales .

Les propriétés vitales y sont aussi assez obscures. Jamais de sensibilité animale dans l’état naturel ; ce n’est que lorsque l’inflammation ou une autre cause exalte leur sensibilité organique , sensibilité que supposent nécessairement les fonctions qui s’y exercent , ce m’est, dis-je, qu’alors que le cerveau perçoit douloureusement les irritations diverses dont ces organes s,ont le siège. ,-Ceci devient manifeste (Surtout par les corps étrangers1 formés dans les articulations, lesquelles souffrent de leur présence ou

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y sont insensibles, suivant que, par leur position, ils irritent ou n’irritent pas les extrémités cartilagineuses (1).

Point de contractilité animale ni de contractilité organique sensible dans les cartilages; l’organique insensible ou tonicité y existe seule : encore y estelle à un degré assez obscur.

Les sympathies sont obscures , presque nullcs dans le système cartilagineux. Je ne sache pas que les affections aiguës des divers organes déterminent des phénomènes sympathiques de sensibilité ou de contractilité Mans les cartilages. Ils restent tranquilles au milieu du trouble général qui affecte les autres systèmes dans ces sortes de maladies. Dans les affections chroniques même, ils éprouvent peu d’altération : par exemple, examinez comparativement le cadavre d’un homme qui a péri d’une mort violente, dont les organes sont restés intacts, et celui d’un phthisique, d’un hydropique, d’un cancéreux, etc., vous verrez entre presque tous les organes de l’un et de l’autre une différence frappante; l’aspect des muscles, des surfaces mu-

(011 parait certain que les douleurs produites par les corps etrangers articulaires dépendent de leur action sur la membrane synoviale , et médiatement sur les os , mais nullement de la modification des cartilages diar tlirodiaux , couche aussi dépourvue de sensibilité et de vie que l’épiderme , et qui se comporte de la même manière dans les inflammations des tissus sousjacens. Dans l’inflammation du derme cutané, en effet, l’épiderme se détache , comme dans l’inflammation des extrémités articulaires des os , on voit se séparer par écailles le cartilage qui les recouvre. (F. Blandin.)

queuses et séreuses, des vaisseaux, des nerfs, etc. , est entièrement changé par l’altération lente qu’ils ont éprouvée dans le second : eh bien ! au milieu de ces altérations, les cartilages n’en ont presque pas subi ; leur aspect est presque le même que dans l’état naturel.

Caractère des Propriétés vitales .

D’après ce qui vient d’être dit , on conçoit que la vie cartilagineuse doit être très-peu active , que , tous les phénomènes maladifs doivent être caractérisés dans ces organes par une lenteur particulière , que l’inflammation , par exemple, doit y affecter toujours, comme dans les os, une marche chronique : c’est ce que l’expérience suivante rend très-évident. Mettez un cartilageà découvert, faites^ y une solution de continuité, et établissez ensuite un contact entre lui et une portion d’un muscle, de la peau , etc. , aussi intéressés à leur surface ; la réunion ne s’opérera pas , ou du moins elle n’aura lieu qu’au bout d’un temps très-long. Pourquoi ? parce que , la vie du muscle ou de la peau étant beaucoup plus active que celle des cartilages, l’inflammation des premiers organes sera bien plus rapide que celle des seconds , que par conséquent la première période inflammatoire des uns correspondra à la dernière des autres. Or , la réunion est d’autant plus facile cpie les périodes inflammatoires se correspondent plus exactement dans les deux parties divisées et en contact. Voilà pourquoi deux parties du même organe se réunissent bien

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plus facilement que deux surfaces appartenant à des organes différens. Voilà pourquoi, plus la vie de deux organes a d’analogie, moins leur réunion offre de difficultés ; pourquoi les difficultés croissent à mesure que les différences de la vie deviennent plus marquées. Deux surfaces osseuses en contact restent trente à quarante jours à se réunir ; les deux bords d’une division cutanée offrent le même phénomène accompli en deux ou trois jours. Si vous voulez rendre continus deux organes aussi disparates par leur mode de cicatrisation, en les mettant en contact, vous ne réussirez jamais que lentement. Recouvrez avec la peau l’extrémité osseuse du moignon amputé; déjà celle-ci suppurera, que l’os commencera à peine à se ramollir : aussi les bons praticiens ont-ils renoncé à ces prétendues réunions par première intention, si vantées à la suite de l’amputation à lambeaux (1). Sans doute elles auraient lieu

(1) Par ces expressions de réunion par première intention , on entend deux choses bien distinctes l’une de l’autre : i° le rapprochement immédiat des lèvres d’une plaie ; 20 l’agglutination sans suppuration de ces parties mises en contact. L’une est toujours à la disposition du chirurgien ; l’autre, au contraire, peut bien être favorisée par l’art, mais ne lui est que secondairement soumise, et dépend de la nature elle-même. Aujourd’hui, bien que la plupart des praticiens aient beaucoup rabattu des avantages immenses attribués au rapprochement immédiat des lèvres de la plaie des amputations , cependant ce mode de pansement n’est pas tombé dans le discrédit dont parle ici Biçhat : on reconnaît généralement qu’il a des avantages et des inconvéniens ; que les premiers prédominent dans certains cas, et que le contraire a lieu dans d’autres. Le rapprochement immédiat est une nécessité , en quelque sorte ,

ces réunions, si la vie des organes qui entrent dans la composition des lambeaux était la même. Mais avec la diversité de ces organes musculaires, osseux, tendineux, cellulaires, nerveux, etc., il faut un temps toujours assez long pour que toutes leurs vies se mettent pour ainsi dire en équilibre, et que ces organes s’agglutinent à leurs extrémités divisées. J’ai déjà observé que la division des inflammations en aiguës et en chroniques présente à tous les médecins une idée inexacte; car la durée des phénomènes inflammatoires dans les organes est absolument relative au mode de leur vie. Une inflammation du tissu cellulaire ou de la peau est aiguë quand elle n’est que de quelques jours ; elle est chronique lorsqu’elle passe quarante ou cinquante jours : eh bien !

après les amputations articulaires ; il est alors souvent suivi de l’agglutination sans suppuration ; après les amputations dans la continuité , il est moins avantageux , parce que l’agglutination immédiate est presque impossible sur l’extrémité de l’os scié, et qu’ainsi, en facilitant la réunion des bords de la plaie , on emprisonnerait le pus qui se forme profondément. Le fait de l’agglutination immédiate de beaucoup de plaies des amputations articulaires, quoique bien réel , étonne au premier abord. Toutefois , l’étonnement cesse lorsque l’on réfléchit que les extrémités articulaires des os sont très— vasculaires ; qu’en raison de leur rondeur , elles sont peu irritantes pour les parties molles qu’on réapplique sur elles , et que le cartilage diarthrodial , ou bien se détache et est résorbé , ou bien s’organise promptement sous l’influence du défaut de pression , et sert de base solide à la cicatrice ; ou bien enfin reste adhérent à l’os , qui se trouve à jamais séparé des parties piolles par une petite cavité synoviale.

(F, Blandin»)

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dans un cartilage , ce dernier terme peut être celui d’une inflammation aiguë, tandis qu’une durée de plusieurs mois est nécessaire pour quelle devienne chronique, comme les maladies articulaires en offrent de si fréquens exemples.

Les fonctions naturelles , comme les affections maladives , se ressentent de cette lenteur des phénomènes vitaux des cartilages. Le mouvement habituel de composition et de décomposition qu’y suppose leur nutrition est très-peu rapide : il faut longtemps aux substances nutritives pour se combiner avec eux. Je suis persuadé que, dans les animaux qui meurent rapidement du charbon, et dont les muscles, les glandes, les membranes, etc., presque tout à coup pénétrés des principes contagieux par le mouvement nutritif de composition , offrent un aliment si funeste (1) , je suis, dis-je , persuadé que ces principes contagieux n’ayant point encore pénétré les cartilages, ceux-ci pourraient être di-

(1) Les cartilages jouissent , comme nous l’avons vu, d’une vitalité au moins très-obscure, et par conséquent, ainsi que Bichat le fait remarquer , sans doute , ils 11e doivent que trèstard se laisser pénétrer des principes contagieux qui circulent quelquefois mélangés avec nos humeurs; mais, pour établir ce fait, Bichat a choisi un exemple qui n’est pas très-concluant. En effet, souvent il est arrivé que telle substance animale, très-délétère dans son application partout ailleurs , portée dans l’estomac et altérée par les sucs gastriques , s’est montrée tout— à-fait innocente. Les expériences de Fontana sur le venin de la vipère, et les faits rapportés par Morand et Thomassin, d’individus qui, sans en être incommodés, ont mangé la cbair de bœufs morts du charbon , ne laissent que peu de doutes à cet égard, (F. Blandin.)

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gérés sans danger. C’est à la lenteur du mouvement de décomposition qu’il faut attribuer celle de la résolution des engorgemens cartilagineux; car les tumeurs se résolvent par les mêmes lois que nos organes se décomposent , comme elles se forment par les lois qui président à leur composition.

Les cartilages et les organes analogues sont aux autres parties de l’économie , par rapport à leur mode de vitalité , ce que les zoophytes et autres animaux à circulation capillaire seule sont aux animaux mieux organisés, aux animaux à circulation générale, aux animaux qui ont un cœur à double ventricule. Autant la vie, considérée en général dans la série des êtres qu’elle anime , présente de différence dans son activité, autant elle diffère, sous le même rapport , examinée en particulier dans les organes de chacun de ces êtres.

ARTICLE IV

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