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DÉVELOPPEMENT DU SYSTÈME FÏEREUX

§ Ier. État du Système fibreux dans le premier âge .

Au milieu de l’état muqueux de l’embryon , on ne distingue point encore les organes fibreux. Tout est confondu : ce n’est que lorsque déjà plusieurs autres organes sont formés qu’on en aperçoit les traces. Ceux en forme de membranes se présentent d’abord sous l’aspect de toiles transparentes; ceux disposes en faisceaux paraissent être un corps ho^ mogène. En général , les fibres ne sont point distinctes dans le premier âge: les aponévroses, les membranes fibreuses, les tendons, etc., ne m’en ont offert aucune trace ; tout alors semble être uniforme dans la texture des organes fibreux. Dans le fœtus de sept mois , on commence à distinguer insensiblement les fibres blanches: rares d’abord, et écartées les unes des autres, elles se rapprochent peu à peu après la naissance, se disposent parallèlement, ou s’entrecroisent en divers sens, suivant l’organe, qu’elles finissent enfin par envahir entièrement à un certain âge, si je puis me servir de cette expression. C’est surtout au centre phrénique du diaphragme , sur la dure-mère , sur l’aponévrose de la cuisse , qu’on fait facilement ces observations.

A mesure que les fibres se développent dans les organes fibreux, ils prennent plus de résistance et

de dureté. Dans îe fœtus, et dans les premières années, ils sont extrêmement mous; ils cèdent facilement : leur blancheur a une teinte toute différente de celle qu’ils affectent à un âge plus avancé; ils sont d’un blanc perlé. Ce n’est que peu à peu qu’ils parviennent à ce degré de force qui caractérise spécialement leur tissu.

C’est à cette mollesse , à ce défaut de résistance du système fibreux dans les premières années, qu’on doit attribuer les phénomènes suivans: i° les articulations se prêtent à cet âge à des mouvemens que la raideur des ligamens rend impossibles dans la suite; toutes les extensions peuvent alors se forcer au-delà de leur degré naturel. On sait que c’est à cette époque que les faiseurs de tours commencent à s’exercer : jamais ils ne pourraient parvenir à exécuter les mouvemens extraordinaires qui nous frappent , si l’habitude n’entretenait chez eux depuis l’enfance la facilité de ces mouvemens. 20. Les luxations sont en général rares danS le premier âge, parce que les capsules fibreuses cèdent et ne se rompent pas. 3°. Les entorses ont alors des suites moins funestes. 4°- Les engorgemens inflammatoires subjacens aux aponévroses sont rarement susceptibles de ces étranglemens souvent funestes dans un âge adulte. 5°. Cette mollesse du système fibreux s’accommode aussi, dans les tendons, les ligamens , les aponévroses , etc. , d’une part à la multiplicité et à la fréquence, de l’autre au peu de force des mouvemens de l’enfant.

Je remarque que, quoique le système fibreux ait dans le premier âge une mollesse de texture à peu

près uniforme dans toutes les parties qui appartiennent au même ordre, il est cependant plus ou moins développé suivant les régions où il se trouve. En général, quand il appartient à des organes précoces dans leur développement, comme au cerveau par la dure-mère, aux yeux par la sclérotique, etc., il a plus de volume, plus d’épaisseur proportionnellement; mais ce n’est que sur ses dimensions, et non sur son organisation intime, que portent alors ces différences.

Il est vraisemblable que ce mode d’organisation du système fibreux influe, à l’époque qui nous occupe, sur son mode de vitalité, et par conséquent sur ses maladies. On sait que le rhumatisme, qui paraît assez probablement affecter ce système, est rarement l’apanage des enfans du premier âge; que sur cent malades affectés de ces sortes de douleurs, il en est quatre-vingt-dix au moins au-dessus de l’âge de quinze iqseize ans.

Soumis à l’ébullition , dans le fœtus et dans l’enfant, le système fibreux se fond avec facilité, mais ne prend pas cette couleur jaunâtre qui est son attribut constant lorsqu’on le fait bouillir dans l’âge adulte : on sait que les gelées des jeunes animaux sont beaucoup plus blanches que celles des animaux avancés en âge.

§ II. État du Système fibreux dans les âges suie ans,

A mesure qu’on avance en âge, le système fibreux devient plus fort, plus dense : il reste, dans l’âge adulte, comme stationnaire, quoique cepen-

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pant l’absorption et l’exhalation alternatives des substances nutritives continuent toujours. Ces deux fonctions se distinguent difficilement dans l’état ordinaire; mais l’exhalation est très-apparente lorsque, par une contusion ou une cause interne quelconque, le périoste, les capsules fibreuses, les ligamens, etc. , se gonflent, s’engorgent, etc. L’absorption, à son tour, devient prédominante lorsque le dégorgement et la resolution surviennent.

Dans les vieillards, le système fibreux devient de plus en plus dense et serré; il cède bien plus difficilement à la macération et à la putréfaction ; les dents des animaux qui s’en nourrissent le déchirent avec plus de difficulté ; les sucs gastriques l’attaquent moins facilement. Spallanzani a observé que les tendons et les aponévroses des vieux animaux sont beaucoup plus indigestes que ceux des jeunes. Avec l’âge, la force du tissu fibreux augmente, mais sa mollesse diminue ; de là la difficulté des mouvemens, leur raideur: les ligamens, les capsules fibreuses ne permettent qu’avec peine aux sur" faces articulaires de s’écarter les unes des autres* les tendons ne se plient qu’avec difficulté; lorsqu’on presse à l’extérieur les endroits où ils sont à nu sous les tégumens, on sent qu’ils sont durs, peu souples, etc. On ne peut qu’avec peine, et qu’au bout d’un temps très-long, les ramollir par l’ébullition. Tout le système fibreux jaunit: on dirait qu’il se rapproche alors de cet état dense, racorni et demi- transparent auquel le réduit la dessiccation : en sorte que , si l’on pouvait supposer ce système parcourant plus vite que les autres les périodes Ana.t. gén. t. ni. 16

^diverses clé son décroissement, tons les mouvemens cesseraient par la rigidité des ligamens , des tendons, des aponévroses, alors meme que l’énergie de contraction subsisterait encore dans les muscles (i).

§ III. Développement accidentel du Système fibreux .

Nous avons vu que diverses productions appartenant par leur nature au système osseux ou au cartilagineux se développent quelquefois accidentellement dans certaines parties. L’anatomie pathologique nous montre aussi des productions où l’apparence fibreuse est très-manifeste. J’ai fait plusieurs fois cette observation dans des tumeurs de la matrice, des trompes, etc. : au lieu de la matière îardacée qui est si commune dans ces affections organiques, on voit un ou plusieurs amas de fibres entassées, très-distinctes, jaunâtres, etc. Je ne puis cependant répondre que ces excroissances appartiennent essentiellement, par les substances qui les composent, au système fibreux, n’ayant point fait sur elles des expériences comparatives à celles tentées sur les organes de ce système.

(1) En se développant, le tissu fibreux passe successivement par les états muqueux et cellulaire ; puis il revêt l’état qui le caractérise lors de sa complète évolution.

(F. Blandin. )

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