DES FORMES DU SYSTEME OSSEUX
Considérés sous le rapport de leurs formes, les
os sont cle trois sortes, longs, plats et courts. Une seule dimension domine dans les premiers, la longueur; deux s’observent en proportion à peu près égale dans les seconds, la longueur et la largeur; ces deux dernières dimensions, plus l’épaisseur, caractérisent les os courts. Examinons chacun d’une manière générale.
§ Ier. Des Os longs.
Les os longs appartiennent en général à l’appareil locomoteur, où ils forment des espèces de leviers qui meuvent les muscles en différentes directions. Tous sont placés dans les membres , où leur ensemble constitue une espèce de colonne centrale, et mobile en divers sens. On les y voit successivement diminuer en longueur et augmenter en nombre, en les examinant de la partie supérieure à l’inférieur du fémur ou de l’humérus, aux phalanges des orteils ou des doigts. Il résulte de cette double disposition opposée que le haut des membres est caractérisé par l’étendue des mouvemens , et le bas par la multiplicité , la variété et les bornes étroites de ces mouvemens.
Ces os ont tous une conformation analogue : épais et volumineux à leurs extrémités, ils sont plus minces et ordinairement arrondis dans leur milieu ou dans leur corps , comme le disent les anatomistes.
Le volume des extrémités osseuses présente le double avantage, i° d’offrir aux articulations de larges surfaces et par conséquent plus de causes de
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résistance aux divers déplacemens; 20 de concourir à la régularité des formes du membre auquel ils appartiennent. Remarquez, en effet, que les muscles et les os sont juxtaposés en sens inverse dans les membres. Le milieu des premiers, qui est leur partie la plus grosse , correspond au milieu des seconds, qui forme leur portion grêle ; tandis que les extrémités de ceux-ci suppléent par leur volume à la ténuité des tendons qui terminent les autres , et qui se trouvent placés à côté d’elles. L’augmentation de volume des extrémités des os longs n’est point subite; elle commence insensiblement sur le corps. On observe sur ces extrémités diverses éminences, soit d’articulation, soit d’insertion.
Le milieu ou le corps ne présente aucune éminence : seulement on y voit des lignes saillantes, toujours destinées à des implantations aponévrotiques, et qui, lorsqu’elles sont très-marquées, ôtent à l’os sa forme cylindrique, qu’il conserve cependant à l’intérieur : ainsi le tibia est-il manifestement triangulaire au dehors, quoiqu’au dedans son canal ait la forme de celui du fémur. En général, ces lignes d’insertion, toujours séparées entre elles par des surfaces planes, sont au nombre de trois sur chaque os long , comme on le voit à l’humérus, au cubitus, au radius, au tibia, au péroné, etc. J’ignore la raison de cette loi de conformation. Une autre observation générale, c’est que le corps de presque tous les os longs est comme tordu sur lui-même; en sorte que la direction de sa partie supérieure n’est pas la même que celle de l’inférieure : en suivant de haut en bas une des lignes
dont je parlais tout-à-I’heure, on peut faire cette remarque, qui du reste est plus sensible chez l’adulte que chez le fœtus. Ce changement de direction n’a rien de général dans le sens qu’il affecte.
Les forrnes'intérieures des os longs se distinguent très-bien en sciant ceux-ci longitudinalement. Le tissu celluleux les remplit aux extrémités; il est, comme nous le verrons, plus mince et moins abondant dans le milieu, qui offre le canal médullaire. Ce canal n’existe point dans le premier mois du fœtus et tant que l’os est cartilagineux : l’état osseux est l’époque de sa formation. Toute la gélatine du milieu de l’os est alors absorbée; l’exhalation n’y en apporte point de nouvelle , excepté dans le tissu celluleux très-rare que renferme ce canal; cette fonction , par là même quelle est nulle au centre , devient plus active àla circonférence de l’os. Ce surcroît d’activité des exhalans externes favorise la formation du tissu compacte, dont le développement se fait précisément en même temps que celui du canal dont il forme les parois. En sorte qu’à cette période de l’ossification, l’exhalation et l’absorption semblent être en sens inverse dans les deux parties de l’os: l’une est très- énergique à l’extérieur, pour apporter le phosphate calcaire dont s’encroûte le parenchyme déjà existant; l’autre est très-active à l’intérieur, pour enlever la gélatine , dont l’absence forme le vide d’où naît le canal médullaire.
Il n’y a de cavité médullaire bien caractérisée que dans l’humérus, le radius, le cubitus , le fémur, le tibia, le péroné et la clavicule, etc. Les côtes, les phalanges, qui par leur forme se rapprochent de
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ceux-ci, ont dans leur milieu beaucoup de tissu celluleux ordinaire et presque jamais de ce tissu celluleux plus mince qui occupe le centre des os cidessus indiqués, et qui ne se trouve que dans la cavité médullaire.
Cette cavité ne s’étend point au-delà du corps de l’os : là où le tissu compacte commence à s’amincir , elle disparaît, remplacée par la grande quantité de tissu celluleux qui remplit l’extrémité de l’os. Sa forme est cylindrique, sa direction droite. Elle ne varie point dans sa forme suivant les aspérités ou les lignes saillantes extérieures du| corps de l’os , qui prend seulement en ces endroits plus d’épaisseur. Ses parois sont plus lisses dans le milieu qu’aux extrémités, d’où se détachent déjà beaucoup de filets celluleux très-considérables. Elle est traversée, dans plusieurs sujets, par des cloisons osseuses, minces et horizontales, qui interrompent presque entièrement sa continuité en cet endroit, et semblent la diviser en deux ou trois parties trèsdistinctes.
Le canal médullaire sert non-seulement à loger l’organe médullaire , à le défendre , mais encore à donner plus de résistance à l’os : car on sait que , de deux cylindres égaux par la quantité de matière qui les forme , mais dont l’un sera creux , et par conséquent à plus grand diamètre que l’autre qui sera plein, le premier résistera plus que le second , parce qu’on le ploiera , et on le rompra par là même avec moins defacilité. Des cylindres pleins égaux en diamètre aux os longs eussent empêché , par leur pesanteur, les mouvemens des membres;
tandis que d’autres cylindres de même pesanteur , mais sans cavité , eussent offert trop peu de surface pour les insertions musculaires : réunir peu de pesanteur à une largeur suffisante dans le milieu des os longs , est donc un grand avantage du canal médullaire.
Ce canal disparaît dans les premiers temps de la formation du cal, au niveau des fractures, parce que tout l'organe médullaire se pénètre en cçt endroit de gélatine et devient cartilagineux fmais peu à peu cette gélatine , absorbée de nouveau , sans être remplacée, favorise le développement d’une cavité nouvelle, et la communication se rétablit entre les parties supérieure et inférieure du canal.
J’ai observé que , dans le premier âge , et tant que les extrémités de l’os sont cartilagineuses , le canal médullaire est moins long à proportion que dans l’adulte : il ne forme guère , à la naissance , que le tiers moyen de Fos , les deux tiers supérieur et inférieur étant formés d’abord par la portion cartilagineuse de chaque extrémité , puis par un tissu celluleux intermédiaire à cette portion et au canal. À mesure qu’on avance en âge, sa proportion de longueur devient plus marquée.
§ II. Des Os plats ,
Les os plats ont , en général , peu de rapport à la locomotion , qu’ils ne favorisent guère que par"' les insertions des muscles, qui vont de là se rendre aux os longs. La nature les destine surtout à former les cavités , telles que celles du crâne , du bassin.
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Leur conformation les rend très-propres à cet usage. Leur nombre varie suivant les cavités auxquelles ils concourent: toujours plusieurs se réunissent pour en composer une , et c’est même cette circonstance qui en assure en partie la solidité. En effet , l’effort des coups extérieurs se perdant dans leurs jointures, ils sont fracturés avec moins de facilité. Si le crâne n’était que d’une seule pièce , ses solutions de continuité seraient beaucoup plus fréquentes qu’elles ne le sont d’après son organisation naturelle. A mesure que les sutures s’ossifient chez les vieillards , il devient plus fragile: dans les enfans, chez lesquels l’ossification n’est pas complète, où le nombre des pièces osseuses isolées est par conséquent plus considérable à la tête, au bassin , etc., la difficulté des fractures est extrême, parce que les liens mous qui unissent les parties solides cèdent, sans se rompre, aux corps extérieurs.
Les os plats sont presque tous contournés sur eux-mêmes, concaves et convexes en sens opposé: ce qui a rapport à leur destination de former des cavités. Leur courbure varie suivant l’endroit de la cavité où ils se trouvent: cette courbure est une cause de résistance très -puissante , lorsque celle indiquée ci-dessus n’a plus lieu. Ainsi , dans le premier âge, le crâne résiste en cédant; mais à mesure qüe les sutures deviennent plus serrées, qu’il tend à ne former qu’une pièce osseuse , c’est par le mécanisme des voûtes qu’il protège le cerveau.
Tous les os plats offrent deux surfaces .et une circonférence. Suivant que les premières servent à des insertions musculaires , ou se trouvent seule-
ment recouvertes par des aponévroses-, des membranes, etc., elles sont raboteuses ou lisses. Vers le milieu, l’os est plus mince; il a toujours plus d’épaisseur à la circonférence , qui est ou à articulation ou à insertion. Dans le premier cas, cet excès d’épaisseur assure la solidité des jointures , qui se font alors par de plus larges surfaces , comme on le voit ail crâne : dans le second , il offre aux fibres plus de points d’origine , comme on l’observe à la crête de l’os iliaque et à la plus grande partie de sa circonférence.
Les formes intérieures des os plats présentent peu de particularités ; leurs deux lames externes laissent entre elles un écartement que remplit le tissu ceUu* leux.
§ III. Des Os courts .
Les os courts sont placés, en général, dans les parties où doivent se trouver réunies la mobilité et la solidité, comme dans la colonne vertébrale, le tarse, le métatarse. Toujours peu volumineux , ils se trouvent ramassés en assez grand nombre dans les régions qu’ils occupent: ce nombre supplée à leur petitesse dans la formation des portions du squelette auxquelles ils concourent. C’est aussi ce nombre qui assure à ces portions la réunion des deux attributs presque opposés dont nous parlions, savoir, la solidité, parce que les efforts extérieurs se perdent dans les liens nombreux qui les unissent; et la mobilité , parce que l’ensemble de leurs mouvemens isolés donne un mouvement général considérable.
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Rien n’est constant ni uniforme dans la conformation extérieure de ces os ; elle se modifie suivant le plan général du tout dont ils sont les parties : ainsi les usages différens du carpe, du métacarpe, de la colonne vertébrale , déterminent des formes diverses dans leurs os respectifs. Ces os présentent toujours , sur leur surface èxterne , beaucoup de cavités et d’éminences nécessaires à leurs nombreuses articulations , à l’insertion des liens ligamenteux multipliés qui les unissent, et des muscles qui les font mouvoir.
A l’intérieur, ces os n’ont rien de particulier, que beaucoup de tissu celluleux , qui les forme presque en totalité et qui les expose à de fréquentes caries.
Il ne faut point croire du reste que la nature s’asservisse avec régularité à la division des os en longs, en plats et en courts. Ici , comme ailleurs, elle se joue de nos méthodes de description , et nous montre les os tantôt présentant et le caractère des os longs et celui des os courts , tantôt réunissant les attributs de ces derniers et des os plats. L’apophyse basilaire et la partie supérieure de l’occipital , le corps et les parties latérales du sphénoïde, mis en opposition, prouvent cette assertion. Quelquefois, par sa forme extérieure, un os appartient aux longs , et doit se classer parmi les plats d’après son organisation intérieure, comme les côtes en présentent un exemple , etc. , etc.
§ IV. Des Éminences osseuses.
Les éminences osseuses portent en général le nom cl’ apophyses ; elles sont épiphyses lorsque le cartilage d’ossification qui les réunit à l’os 11’est point encore encroûté de substance calcaire.
On peut rapporter ces éminences à quatre grandes divisions, savoir, à celles i° d’articulation, 2° d’insertion, 3° de réflexion , 4° d’impression.
i°. Les éminences d’articulation varient suivant que l’articulation est mobile ou immobile: je ne les considérerai point ici d’une manière générale , pour n’ètre point obligé de me répéter au chapitre des articulations.
2°. Les éminences d’insertion sont extrêmement multipliées dans les os ; elles ne donnent jamais attache qu’à des organes fibreux , comme à des ligamens , à des tendons, à des aponévroses, à la dure-mère : tout organe différent de ceux-ci par sa structure ne s’implante aux éminences osseuses et aux os en général que par leur intermède: les muscles en sont un exemple remarquable.
Ces éminences sont, en général, beaucoup moins prononcées chez la femme que chez l’homme, chez l’enfant que chez l’adulte , chez les animaux faibles que chez les carniyores qui vivent en attaquant et en détruisant leur proie. Toujours la saillie des éminences d’insertion est un indice de la force , de la vigueur des mouvemens. Elles se développent d’autant plus que les muscles sont plus prononcés : examinez comparativement le squelette d’un homme
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fort, sanguin , dont le système musculaire se dessinait avec énergie à travers les tégumens, et celui d’un homme faible , phlegmatique , dont les formes arrondies comme chez les femmes ne se prononçaient point au dehors : vous verrez la différence.
La forme de ces éminences d’insertion varie prodigieusement : tantôt les. muscles s’insèrent par une foule de fibres aponévrotiques isolées; elles sont petites alors, très-multipliées , et ne forment presque que des aspérités imprimées sur une surface plus ou moins large : tantôt c’est par un seul tendon que le muscle tire son origine ; alors assez ordinairement l’apophyse est très-saillante et occupe peu de place. Quelquefois une aponévrose large donne naissance aux fibres charnues : c’est alors une ligne osseuse plus ou moins saillante qui donne insertion.
En général, les éminences sont proportionnées aux muscles qui s’y fixent : par exemple, de trois muscles égaux à peu près en masse, et dont l’un s’attache par des fibres isolées, l’autre par un tendon, l’autre par une aponévrose, on remarque que la somme des aspérités qui servent à l’insertion du premier, l’apophyse isolée à laquelle s’attache le second , la ligne saillante à laquelle se fixe le troisième, sont à peu près égales par la quantité de substance osseuse qui les forme; en sorte qu’en supposant que l’apophyse fût disséminée en aspérités, ou-étendue en ligne, ou bien que les aspérités fussent réunies en masse, ou que la ligne se concentrât sur elle-même pour former l’apophyse, cette quantité de substance osseuse se trouverait à peu près la même.
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On conçoit tout l’avantage des éminences pour les insertions des muscles, qu’elles éloignent du centre de l’os, dont elles diminuent le parallélisme avec son axe, et qu’elles favorisent conséquemment dans leurs mouvemens d’une manière évidente.
Sont-elles produites par les tiraillemens des muscles ? Cette opinion , empruntée des lois de la formation des corps mous et inorganiques, ne s’accorde nullement avec les phénomènes connus de la vitalité, avec l’existence des éminences à insertion non musculaire, et qui souvent font plus de saillie que celle-ci, avec la disproportion qui existe entre l’allongement de certaines apophyses à implantation musculaire, de la styloïde, par exemple, et la force des muscles qui s’y attachent , etc.
| Les éminences à insertion ligamenteuse ont l’avantage, en éloignant un peu le ligament de l’articulation , de faciliter les mouvemens de celle-ci ; ce qui est surtout remarquable pour les ligamens latéraux du coude, du genou, etc.
Quant aux autres éminences d’insertion, on ne peut guère considérer d’une manière générale leurs fonctions respectives.
3°. Les éminences de réflexion sont celles sous lesquelles passe un tendon, en se déviant de son trajet primitif : tel est le crochet de l’apophyse ptérygoïde, l’extrémité malléolaire du péroné, etc. Presque toutes ces éminences présentent, dans un sens, une échancrure ou excavation que complète en sens opposé un ligament; ce qui constitue un anneau pour le passage du tendon.
4°, Les éminences d’impression sçnt celles qui
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naissent, dit-on, lorsque divers organes creusent sur les surfaces osseuses des enfoncemens que séparent les éminences, lesquelles ne sont autre chose que l’os qui, en cet endroit, reste à son niveau ordinaire. Les impressions cérébrales, musculaires, sont données comme des exemples de cette disposition; mais ces impressions sont-elles en effet un résultat de la compression des organes sur l’os, ou dépendentelles des lois du développement osseux, lois qui donnent aux os des formes accommodées aux organes environnans? J’adopterais plus volontiers la seconde que la première de ces opinions , qu’on a crue très-probable, à cause de l’effet des anévrysmes sur les os qui leur sont contigus, et qu’ils usent et détruisent peu à peu. Mais remarquons que, si les muscles, le cerveau, les vaisseaux, par leurs inouvemens de pression, avoient sur les os , dans l’état naturel, un mode d’action analogue à celui de l’anévrysme, l’état des parties devrait être le même que dans ce cas : la lame compacte devrait être détruite au niveau des enfoncemens, et laisser à sa place une surface inégale, raboteuse : or, le contraire arrive, ce qui me fait penser que ce qu’on appelle communément impression d’organes n’est qu’un effet naturel de l’ossification, (i).
(i) Il n’y a rien, en effet, de comparable aux effets de l’anévrysme sur les os , dans les saillies que les organes déterminent sur certains points du squelette, en refoulant* le tissu dont ses pièces se composent ; jnais , de ce que la comparaison a été mal choisie par les auteurs , il ne peut s’en suivre nécessairement que les organes , par leur pression , 11e déterminent' pas les saillies en Asàt. cr.N.T, m. 2
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§ Y. Des Cavités osseuses .
Les cavités osseuses sont très-nombreuses : celles qui se trouvent à l’extérieur des os vont seules nous occuper. On les divise, comme les éminences, en articulaires et en non-articulaires : les premières se ront examinées, comme les éminences analogues, au chapitre des articulations; parmi les secondes, il est des cavités, i° d’insertion, 20 de réception, 3° de glissement, 4° d’impression, 5° de transmission , 6° de nutrition.
question ; des preuves contraires pourraient en être trouvées dans une foule de points : je me contenterai de citer les suivantes. Les os du crâne n'ont en dedans aucune éminence d’impression chez les anencéphales tout- à-fait privés de cerveau ; ces saillies manquent encore dans les premiers temps de la vie intra-utérine, lorsque le cerveau est représenté par une masse uniformément liquide ; et on les voit se former en même temps que l’encéphale prend de la consistance , et que sa surface devient ondulée ; enfin , chez l’adulte , où le cerveau a pris toute la dureté qu’il doit avoir, les éminences osseuses correspondantes sont à leur summum de développement.
Au reste , soutenir avec Bichat que les éminences d’impression se forment en vertu des lois naturelles de l’ossification , c’est avancer une vérité qui n’est point contraire à la théorie précédente. En effet , par le fait de la pression d’un organe sur un point d’un os, les vaisseaux correspondans sont affaissés sur euxmêmes , et les matériaux nutritifs qu’ils devaient y apporter sont refoulés dans les vaisseaux du voisinage , d’où une hypertrophie de ces derniers points, et par suite une éminence que l’on peut appeler, avec Bichat, d’ impression* (F, Blandin.)
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i°. Les cavités d’insertion donnent attache aux aponévroses des muscles, aux ligamens, etc. Elles ont l’avantage, i° de multiplier les implantations des fibres, sans augmenter la largeur de l’os, puisqu’une surface concave est évidemment bien plus étendue qu’une surface plane qui occuperait l’espace intercepté entre ses bords; o.0 de laisser aux fibres musculaires plus d’espace, et par conséquent de leur donner plus de longueur que si elles naissaient d’une éminence, ce qui donne plus d’étendue aux mouvemens. Les cavités pté.rygoïdes , digastriques, etc., offrent des exemples de cette disposition.
20. Les cavités de réception sont celles qui servent à recevoir un organe , à le loger , à le garantir : telles sont les fosses des os du crâne, celles des os iliaques , etc. Tantôt ces cavités appartiennent à la totalité de l’os, dont la forme est concave, comme on le voit au coronal; tantôt elles se trouvent creusées sur une partie isolée, comme la dépression maxillaire de la mâchoire inférieure; toujours elles sont destinées à une partie essentielle, à une glande, à un viscère, etc.
3°. Les cavités de glissement se trouvent en général à l’extrémité des os longs. Ce sont des rainures plus ou moins profondes où glissent les tendons pour se rendre à l’endroit où ils s’insèrent. Toutes sont revêtues d’un cartilage, et complétées par un anneau ligamenteux très-fort. Les tendons, par leur frottement, creusent-ils ces cavités? C’est l’opinion commune; mais elle ne me paraît pas plus vraisemblable que la théorie des impressions musculaires, vasculaires, etc. Ces cavités devraient alors être d’au»
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tant plus profondes que les muscles se sont plus exercés; elles ne devraient pas exister dans les sujets paralytiques depuis leur enfance; elle ne devraient pas exister sur les cartilages d’ossification du fœtus, dont les membres ne se meuvent presque pas : or, le contraire s’observe constamment. Envisageons donc toutes les configurations diverses des os comme une conséquence des lois de l’ossification, lois d’après lesquelles les formes osseuses, toutes primitivement arrêtées, ne font que se développer. Le volume des extrémités des os longs favorise l’existence de ces diverses cavités, qui ne sauraient, à cause de cela, nuire à la solidité osseuse.
4°. Les cavités d’impression correspondent aux éminences du même nom. J’en ai parlé plus haut.
5°. Les cavités de transmission sont spécialement destinées aux vaisseaux et aux nerfs. On en trouve beaucoup à la tête; elles affectent tantôt la forme de trous, tantôt celle de conduits, d’autres fois celle de fentes, suivant l’épaisseur ou la largeur des os que ces vaisseaux ou ces nerfs traversent pour aller d’un endroit à un autre. Le périoste les tapisse; plus ou moins de tissu cellulaire les remplit. Les nerfs et vaisseaux qu’ elles transmettent sont étrangers aux os.
6°. Les cavités de nutrition, au contraire, laissent passer les vaisseaux qui apportent aux os oy à l’organe médullaire les substances qui les réparent. Elles sont de trois sortes.
Les unes forment des conduits qu’on observe exclusivement sur les os longs à cavité médullaire. Chaque os n’en a qu’un , situé toujours sur son
corps, obliquement dirigé entre les fibres du tissu compacte, pénétrant tantôt de bas en haut, tantôt de haut en bas dans la cavité de l’os, et établissant ainsi une communication entre le dehors et le dedans pour le vaisseau de l’organe médullaire. Ce trou sert en effet spécialement à l’exhalation et à la nutrition de cet organe, et n’est nourricier de l’os que secondairement (1).
La seconde espèce de cavités de nutrition appartient spécialement au tissu celluleux des os : aussi les voit-on partout où abonde ce tissu , aux extrémités des os longs, à la circonférence des os plats, sur toute la superficie des os courts. Leur diamètre est plus considérable que celui du conduit qui pé-* nètre dans la cavité médullaire; il est moindre que celui des conduits du tissu compacte. Leur nombre est très-grand; j’en ai compté jusqu’à cent quarante sur l’extrémité tibiale du fémur, vingt sur le corps d’une vertèbre dorsale , cinquante sur le calcanéum, etc. En général, ce nombre est toujours proportionné à la quantité du tissu celluleux que renferme l’os : voilà pourquoi on en observe peu sur les os plats du crâne, pourquoi ils sont plus multi-
( i ) Les conduits nutriciers des grands os longs ont une direction constante et fort remarquable, direction telle que , dans l’état de flexion des membres sur le tronc, comme cela arrive pendant le séjour du fœtus dans l’utérus, l’axe du canal tend vers le centre circulatoire. Le conduit nutricier de l’humérus marche de haut en bas, celui du fémur en sens inverse; le conduit correspondant du radius et du cubitus procède de bas en haut , et ceux du tibia et du péroné de haut en bas* ( F. Blandin. )
pliés sur les os plats du bassin, surtout là où ce tissu devient abondant, comme à l’ischion, à la portion iliaque de la circonférence de l’os iliaque, etc. En versant du mercure dans le tissu spongieux , il sort en ruisselant de tous ces trous, et prouve ainsi leurs communications. Ils sont irrégulièrement dispersés partout où ils existent. On n’en rencontre point sur le corps des os longs , parce que ce corps ne contient pas ou presque pas de tissu celluleux.
La troisième espèce de conduits de nutrition est uniquement destinée au tissu compacte. C’est une infinité de petits pores que l’œil distingue manifestement, et par où s’introduisent de petits vaisseaux, qui s’arrêtent dans ce tissu. Une preuve manifeste qu’ils ne vont point jusqu’au tissu celluleux , c’est que , dans l’expérience précédente , le mercure ne trouve jamais en eux une voie pour s’échapper au dehors. Leur nombre est impossible à déterminer; il est prodigieux chez l’enfant. A mesure que , dans le vieillard, les os se chargent de substance calcaire, ils s’oblitèrent, et les vaisseaux qu’ils renfermaient deviennent de petits ligamens étrangers à la nutrition osseuse , qui va toujours en s’affaiblissant, et qui finirait par s’anéantir et permettre à la nécrose de s’emparer des os, si la mort générale ne prévenait cette mort partielle du système osseux (i).
(i) Jusqu’ici il n’a été question que de la surface extérieure des os. A l’intérieur, ces organes sont creusés de cavités, les
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