‹ Anatomie générale [electronic resource]Chapitre 44 sur 53 · ORGANISATION DU SYSTÈME MUSCULAIRE DE LA VIE ORGANIQUE · texte numérisé non relu

ORGANISATION DU SYSTÈME MUSCULAIRE DE LA VIE ORGANIQUE

L’organisation des muscles involontaires n’est point aussi uniforme que celle des précédens. Aux différences près , dans ceux-ci , de la proportion des fibres charnues sur les tendineuses, de la longueur des premières , de la saillie de leur faisceau, de leur assemblage en muscles plats , longs ou courts, tout y est exactement semblable : en quelque endroit qu’bn les examine , leurs variétés portent sur les formes et non sur la texture. Ici, au contraire, il y a dans cette texture des différences marquées : le cœur comparé à l’estomac, les intestins mis en parallèle avec la vessie, suffisent pour en convaincre. C’est en vertu de ces différentes textures , que la contractilité et la sensibilité varient , comme nous le verrons , dans chaque muscle , que la force de contraction n’est pas la même , que la vie est différente pour chacun , tandis qn’elle est uniforme pour tous ceux de la vie animale. Nous allons cependant considérer d’une manière générale l’organisation des muscles involontaires.

§ Ier. Tissu propre à V Organisation du Système musculaire de la vie organique ,

La fibre musculaire organique est, en général , beaucoup plus mince et plus déliée que celle du sys-

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tème précédent; elle n’est point assemblée en faisceaux aussi épais. Très-rouge dans le cœur , elle est blanchâtre dans les organes gastriques et urinaires. Au reste , cette couleur varie singulièrement. J’ai observé que quelquefois la macération la rend d’un brun foncé sur les intestins.

Jamais cette fibre n’est à direction unique , comme celle des muscles précédons; elle s’entrecroise toujours , ou se trouve juxtaposée en divers sens : tantôt c’est à angle droit que se coupent les faisceaux, comme dans les fibres longitudinales et circulaires des tubes gastriques ; tantôt c’est sous des angles plus ou moins obtus ou aigus , comme à l’estomac, à la vessie, etc. Au cœur, cet entrecroisement est tel , dans les ventricules , que c’est un véritable réseau musculaire (i). De ces variétés de direction résulte un avantage pour les mouvemens de ces sortes démuselés, qui, étant tous creux , peuvent en se contractant diminuer suivant plusieurs diamètres l’étendue de leur cavité.

Les fibres musculaires organiques sont, en général, courtes. Celles qui, comme les longitudinales de l’œsophage, du rectum, etc., paraissent parcourir un long trajet, ne sont point continues; elles nais-

(1) Ce passage montre évidemment que les idées de Bicliat, relativement à la texture du cœur , étaient loin de la vérité. En effet , il n’y a pas dans le cœur d’entrecroisement des fibres en réseau , ou plutôt cet entrecroisement n’existe qu’en apparence. ( Voyez le Mémoire de M. Gerdy inséré dans les Bulletins de l’ancienne Société de la Faculté. ) * (F. Blandin. )

sent et se terminent dans de courts espaces , pour renaître et se terminer ensuite suivant la même ligne : aucune n’est comparable à celle du couturier , du grêle interne, etc., sous le rapport de la longueur.

Nous ne connaissons pas mieux leur nature que celle des fibres de la vie animale ; mais, du reste, elles se comportent à peu près de même sous l’action des différens réactifs. La dessiccation , la putréfaction , la macération , l’ébullition y présentent les mêmes phénomènes. J’ai observé, au sujet de cette dernière, qu’une fois bouillies, les libres de l’un et de l’autre systèmes sont beaucoup moins altérables par les acides suffisamment affaiblis. Après un certain séjour dans le sulfurique, le muriatique , le nitrique , étendus d’eau , elles se ramollissent bien un peu, mais elles gardent leur forme primitive , et ne se changent point en cette pulpe à laquelle se réduisent toujours dans la même expérience les fibres crues. Le dernier de ces acides les colore en jaune comme avant l’ébullition.

J’ai fait aussi une observation à l’égard du racornissement qui est produit à l’instant où commence l’ébullition : c’est qu’il est constamment le même , quels que soient la dilatation ou le resserrement antécédens des fibres. L’estomac, resté assez dilaté à la mort pour contenir plusieurs pintes de liquide , se réduit au même volume , toutes choses égales, que celui resserré au point de n’être pas plus gros que le cæcum. Les maladies influent un peu sur le racornissement : le cœur d’un phthisique rn’a présenté ce phénomène, dans la même expé-

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rience, bien moins sensiblement que celui d’un apoplectique.

La résistance de la fibre musculaire organique est, à proportion, plus grande que celle des fibres du système musculaire animal. Quelle que soit l’extension des muscles creux par le fluide qui les remplit pendant la vie , il ne s’y fait presque jamais de ruptures.

La vessie seule présente quelquefois ce phénomène, qui du reste y est très-rare (i). Dans les grandes rétentions d’urine, où il se fait des crevasses , c’est presque toujours l’urètre qui se rompt, la vessie restant intacte. Il y a dans la pratique cent fistules au périnée , venant de la portion membraneuse, pour une au-dessus du pubis. On trouve dans les auteurs beaucoup d’exemples de rupture du diaphragme ; on en connaît peu de déchirure à l’estomac, aux intestins et au cœur.

(i) Les crevasses de la vessie par excès de distension , dans les cas de rétention d’urine , sont en effet fort rares ; mais lorsqu’on les observe elles ne fournissent point d’exemple de la rupture des fibres charnues de cet organe. En effet, rassembléesen faisceaux ou colonnes de grosseur inégale , ces fibres résistent très-fortement à la distension ; et pendant ce temps la muqueuse vésicale fait hernie dans leurs interstices , etse rompt seule ou avec la séreuse, qu’elle soulève lorsque la hernie se fait de son côté.

(F, Blandin.)

§ II. Parties communes à V organisation du Système musculaire de la vie organique .

Le tissu cellulaire est , en général , beaucoup plus rare dans les muscles organiques que dans les autres. Les fibres du cœur sont juxtaposées , plutôt qu’unies par ce tissu. Il est un peu plus marqué dans les muscles gastriques et urinaires (i) ; il est presque nul dans la matrice : aussi ces muscles ne s’infiltrent-ils point comme les précédens dans les hydropisies; jamais ils ne présentent cet état graisseux dont nous avons parlé, et qui étouffe, pour ainsi dire, quelquefois les fibres. Je n’ai point observé non plus, dans ces muscles, la teinte jaunâtre que les fibres des autres prennent souvent , dans les gouttières vertébrales surtout.

Les vaisseaux sanguins sont très-multipliés dans ce système ; ils s’y trouvent meme , à proportion , plus abondans que dans l’autre : plus de sang les pénètre par conséquent. Ce fait est remarquable surtout aux intestins , où , pour un plan charnu extrêmement mince, les mésentériques distribuent une foule de rameaux. Mais je remarque que cette apparence est jusqu’à un certain point illusoire ,

(1) Ce tissu devient plus apparent par divers procédés : on peut le gonfler parla macération , ouïe distendre par l’insuflla— tion pratiquée soit dans le tissu cellulaire extérieur aux libres , soit par les veines. Le coeur en présente de très-distinct quand il a bouilli. (Béclaro.)

attendu que beaucoup de ces vaisseaux , ne faisant que traverser le plan charnu , vont à la membrane muqueuse. Dans l’état ordinaire , ils donnent aux viscères gastriques une teinte rosée, qu’on rend à volonté livide , et qu’on ramène ensuite à son aspect primitif , en fermant et en ouvrant ensuite le robinet adapté à la trachée-artère, dans mes expériences sur l’asphyxie.

Les absorbans et les exhalans n’ont rien de particulier dans ces muscles.

Les nerfs leur viennent de deux sources , i° du système cérébral, a0 de celui des ganglions.

Excepté dans l’estomac , où se distribue la paire vague , les nerfs des ganglions prédominent partout. Au cœur, ils sont les principaux; aux intestins, ils existent seuls ; à l’extrémité du rectum et de la vessie, leur proportion est supérieure à celle des nerfs venant de l’épine.

Les nerfs cérébraux s’entrelacent avec ceux-ci , en pénétrant dans les muscles organiques. Les plexus cardiaque , solaire , hypogastrique , etc. , résultent de cet entrelacement, qui paraît avoir une influence sur les mouvemens , quoique nous ignorions la nature de cette influence.

Tous les nerfs des ganglions qui pénètrent dans les muscles organiques ne leur paraissent pas exclusivement destinés. Un grand nombre de filets n’appartiennent qu’aux artères : tel est en effet leur entrelacement , qu’ils forment , comme nous l’avons vu, autour de ces vaisseaux, une véritable membrane nerveuse surajoutée aux leurs , et qui leur est exclusivement destinée. Je compare cette

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enveloppe nerveuse à l’enveloppe cellulaire qui se trouve aussi autour des artères , et qui est absolument distincte du tissu cellulaire environnant : ainsi celle-ci n’a-t-elle que des communications avec les nerfs des muscles organiques , sans se distribuer dans ces muscles. Au reste , comme les nerfs des ganglions y sont toujours les plus nombreux et les plus essentiels , et que leur ténuité est extrême , la masse nerveuse destinée à chacun est infiniment inférieure à celle qui se trouve dans les muscles volontaires. Le cœur et le deltoïde , comparés ensemble , offrent sous ce rapport une remarquable différence.

ARTICLE III

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