PROPRIÉTÉS DU SYSTEME MUSCULAIRE DE LA VIE ORGANIQUE
Sous le rapport des propriétés, ce système est en partie analogue au précédent, et en partie très-différent de lui.
§ Ier. Propriétés de tissu . — Extensibilité .
L’extensibilité est très-manifeste dans les muscles organiques. La dilatation des intestins et de l’estomac par les alimens, par les gaz qui s’y développent, par les fluides qui s’y rencontrent; celle de la vessie par l’urine, par les injections qu’on y
pousse, etc., dérivent essentiellement de cette extensibilité.
Cette propriété est caractérisée ici par deux attributs remarquables , i° par la rapidité avec laquelle elle peut être mise en jeu, 2° par l’étendue trèsgrande dont elle est susceptible.
L’estomac , les intestins passent en un instant d’une vacuité complète à une grande extension. Artificiellement distendue, la vessie prend tout de suite un volume triple , quadruple même de celui qui lui est naturel. Cependant quelquefois elle résiste; mais cela ne prouve point son défaut d’extensibilité; c’est que le fluide injecté l’irrite et la fait contracter : la contractilité organique en exercice empêche alors le développement de l’extensibilité , comme elle-même ne peut quelquefois être mise en jeu par les irritans sur un muscle mis à découvert dans un animal vivant , parce que la contractilité animale en exercice dans ce muscle y forme obstacle. Les muscles de la vie animale ne sont jamais susceptibles de cette rapidité dans leur extensibilité , soit parce qu’ils sont entrecoupés par de nombreuses aponévroses qui ne se dilatent que lentement, soit parce que leurs plans de fibres sont trop épais , double circonstance qui n’existe point dans les muscles de la vie organique. De là un phénomène remarquable que j’ai observé dans toutes les tympanites : lorsqu’on ouvre le bas-ventre des sujets morts en cet état, sans intéresser les intestins boursouflés , aussitôt ceux-ci font irruption au dehors, se gonflent davantage, et occupent un espace double de celui où ils étaient resserrés dans
le bas^ventre. Pourquoi ? parce que les parois de rabdornen n’ayant pu céder en proportion de la quantité des gaz qui se sont développés , ceux-ci ont été comprimés dans les intestins pendant la vie, et se dilatent tout de suite par leur élasticité , lorsque la cause de compression Cesse. Dans les hyclropisies, où la distension est lente, les parois abdominales s’agrandissent beaucoup plus que dans la tympanite. Le volume du ventre serait double dans celle-ci , si l’extensibilité de ses parois était proportionnée à celle des intestins (i).
Quant à l’étendue de l’extensibilité dés muscles organiques, on peut s’en former l’idée en comparant l’estomac vide , qui souvent n’est pas plus gros que le cæcum dans son état ordinaire, à l’estomac contenant quelquefois cinq, six, huit pintes meme de fluide; la vessie retirée sur elle-même et cachée derrière le pubis, à, la vessie pleine d’urine, dans une rétention , remontant quelquefois au-dessus de l’ombilic; le rectum vide, au rectum remplissant
(1) C’est lin fait incontestable, sans doute, que les intestins sont plus rapidement susceptibles d’une grande dilatation que les parois abdominales : mais cela prouve-t-il que les fibres des muscles de la vie organique sont plus extensibles, que celles des muscles de la vie animale? Je ne le pense pas. Cette différence dépend seulement de la différence des deux parties sous le rapport du nombre des fibres. D’un côté, vous voyez peu défibrés, et par conséquent peu de tension de tissu à vaincre par la puissance expansive ; de l’autre, au contraire, apparaît une disposition toute inVerse, qui doit amener nécessairement un obstacle inverse à la dilatation. ( F. Blandîn. )
Akat. gln, t. ni*
une partie du bassin chez les vieillards où les excrémens s’y sont accumulés; les intestins contractés, aux intestins fortement météorisés.
C’est à l’étendue de l’extensibilité des muscles organiques et aux bornes mises à celle des parois abdominales, qu’il faut rapporter un phénomène constant qu’on observe dans les viscères gastriques, savoir, que, dans la série naturelle de leurs fonctions, ils ne sont jamais tous distendus en même temps : les intestins se remplissent quand les matières contenues dans l’estomac s’évacuent; la vessie n’est pleine d’urine, dans l’ordre digestif, que quand les autres organes creux se vident, etc. En général, c’est un état contre nature que celui où tous les organes sont distendus a ht fois.
Il est, pour les muscles organiques, un mode d’extensibilité tout différent de celui dont je viens de parler : c’est celui du cœur dans les anévrysmes, de la matrice dans la grossesse. Le premier prend, par exemple, un volume double, triple même quelquefois dans sa partie gauche, et cependant il croît en même temps en épaisseur. Ce volume n’est pas dù à une distension , mais bien à un accroissement contre nature. Le cœur anévrysinaîique est au cœur ordinaire ce que celui-ci est au cœur de l’enfant; c'est la nutrition qui a fait la différence , et non la distension : car toutes les fois que celle-ci agit, elle diminue en épaisseur ce qu’elle augmente en étendue; il n’y a pas addition de substance. D’ailleurs , le cœur anévrysmatique n’a souvent point de cause qui le distende, car communé-l ment dans ce cas les valvules mitrales laissent un
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libre passage au sang; tandis que, lorsqu’elles sont ossifiées, le ventricule gauche reste souvent dans l’état naturel (i). D’ailleurs, la marche lente de la formation de l’anévrysme prouve bien que c’est une nutrition contre nature qui a présidé à cet accroissement du cœur. Vous auriez beau vider alors cet organe du sang qu’il contient, il ne reviendrait point sur lui-même, et ne reprendrait point ses dimensions, comme l’intestin météorisé qu’on pique pour en faire sortir l’air.
Dans la matrice, il y a deux causes de distension : i° les sinus largement développés, et contenant beaucoup de sang; n° une addition de substance , un véritable accroissement momentané des fibres de l’organe, qui reste aussi épais et même plus que dans l’état naturel. A l’époque de l'accouchement, les sinus s’affaissent tout à coup par la contraction des fibres : de là le resserrement subit de l’organe. Mais comme, d’un côté, la nutrition seule peut enlever par la décomposition les substances ajoutées aux fibres pour les grossir, et que, d’un autre côté, cette fonction s’exerce lente-
(i) Il est fort rare que le cœur conserve son état normal , sous les autres* rapports , lorsque la valvule mitrale est ossifiée. Alors , en effet, tantôt le sang éprouve une gêne considérable à passer dans le ventricule , tantôt il s’y rend facilement, mais reflue en grande proportion dans roreillette , suivant que les deux replis de cette soupape auriculo — ventriculaire gauche, soudés ensemble en grande partie , rétrécissent beaucoup l’ouverture , ou que ces valves , se trouvant couchées vers le ventricule et retenues par les tendons ossifiés des colonnes charnues , ne diminuent
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ment, après que la matrice a éprouvé le resserrement subit dû à l’affaissement des sinus , elle ne retient que peu à peu et au bout d’un certain temps à son volume ordinaire. L’extensibilité n’est donc point mise en jeu dans la matrice remplie par le fœtus (i), et dans le cœur anévrysmaiique : ces organes deviennent vraiment alors le siège d’une nutrition plus active : ils croissent accidentellement, comme ils ont cru naturellement avec les autres organes; mais ceux-ci n’éprouvant point alors un phénomène analogue, ils deviennent monstrueux
point l’ouverture , mais sont impuissantes pour la fermer. Dans tous les cas , c’est surtout l’oreillette qui éprouvé des modifications dans son volume, sa forme et sa texture; et l’on conçoit facilement comment Biehat a pu trouver alors le ventricule gauche dans son état naturel ; mais cela ne prouve pas que la distension du cœur par le sang ne soit la source des hypertrophies variées , avec ou sans dilatation , que présentent si souvent les diverses parties du centre circulatoire. L’expérience récemment acquise établit au contraire une doctrine inverse. La distension du cœur par le sang produit mécaniquement la dilatation simple du cœur ; mais le plus souvent cet organe réagissant pour se débarrasser du fluide qui l’obstrue , subit un accroissement de nutrition sous l’influence de cet exercice lui-même accru , et à la dilatation mécanique primitive s’ajoute une hypertrophie plus ou moins apparente. Toutefois , il est une hypertrophie du cœur sans dilatation, qui n’a point sa source dans une distension du cœur , mais qui tient à une excitation d’un autre genre : c’est à cette lésion seulement que peut s’appliquer le raisonnement de Biehat. (F. Blandin.)
(i)Sansdoute, c’est principalement sous l’influence d’une véritable hypertrophie de sçs parois, que la matrice distendue par le produit de la concept ion acquiert le volume énorme qu’on lui connaî U
comparativement. La matrice décroît parce que le mouvement de décomposition prédomine naturellement sur celui de composition après l’accouchement , tandis qu’avant cette époque c’était l’inverse. Le cœur anévrysmatique reste toujours tel.
C’est ici le cas de bien distinguer ces dilatations du cœur de celles produites réellement par l’extensibilité, comme dans l’oreillette et le ventricule droits, par exemple, qui se trouvent pleins de sang à l’instant de la mort, parce que le poumon, qui s’affaiblit, ne permettant plus à ce fluide de le traverser, le force de refluer verk l’endroit d’où il vient. Il est peu de cœurs qui ne présentent, à des degrés très-variables, ces dilatations, qu’on est maître d’augmenter ou de diminuer à volonté , sur un animal vivant, suivant l’espèce de mort dont on le fait périr. Deux cœurs ne présentent presque jamais le meme volume dans les cadavres : une foule de variétés se rencontrent, et ces variétés dépendent du plus ou du moins de difficultés qu’a la sang, dans les derniers momens, à traverser le poumon. Voilà pourquoi, dans les affections du cœur, on manque d’un type auquel on puisse comparer le volume maladif, surtout si on examine
mais il est impossible de mettre en doute la part que prend l’œuf à ces phénomènes , par la distension qu’il produit sur tout l’organe : l’effacement progressif d’abord, et plus tard , la dilatation toujours croissante du col de l’utérus en sont la preuve. Au reste , ici comme au cœur , le contenu produit une distension excitante, qui devient pour le contenant la cause d’une hypertrophie, que l’on n’observe alors que d’une manière consécutive. (F, Bi^ndin. )
l’organe en totalité. En effet, la distension du côté droit peut lui donner une apparence anévrysmatique, et un volume meme supérieur à celui de certains anévrysmes. Si on considère isolément le côté gauche, l’erreur est, dans cette maladie, plus facile à vérifier, parce que ce côté est sujet à de moindres variations. Mais la différence principale consiste dans l’épaisseur. La vigueur de contraction paraît croître en proportion de cette épaisseur, qui naît de la substance ajoutée par Ja nutrition. C’est cette vigueur qui détermine les battemens si prononcés qui se font sentir sous les côtes , la force du pouls, etc.
Contractilité .
Elle est proportionnée à l’extensibilité. Souvent elle est mise en jeu dans l’état ordinaire : c’est en vertu de cette propriété que l’estomac, la vessie, les intestins, etc., se contractent, se resserrent sur eux-mêmes, et offrent un volume si petit en comparaison de celui qu’ils présentent dans leur plénitude. En général, il n’y a aucun muscle, dans'îa vie animale , qui soit susceptible d’avoir des extrêmes aussi éloignés de resserrement et de contraction , que ceux de la vie organique.
Il faut remarquer que la vie, sans avoir la contractilité sous sa dépendance immédiate, puisque les intestins, l’estomac et la vessie se resserrent après la mort lorsqu’on fait cesser leur distension , la modifie cependant d’une manière très-sensible. Les causes mêmes qui altèrent ou diminuent les
forces vitales influent sur elles ; de là l’observation suivante, que tous ceux habitués à ouvrir des cadavres ont pu faire : quand le sujet est mort subitement, et que l’estomac est vide, il est très-resserré sur lui-même; quand, au contraire, la mort a été précédée d’une longue maladie qui a affaibli ses forces, l’estomac, quoique vide, reste flasque et se trouve très-peu revenu sur lui -même.
On doit considérer les substances contenues dans les muscles creux de la vie organique comme les véritables antagonistes de ces muscles; car ils n’ont point de muscles qui agissent en sens opposé du leur. Tant que ces antagonistes les distendent, ils n’obéissent point à leur contractilité de tissu; dès qu’ils cessent de les remplir, elle se met en jeu. Ce n’est point cependant sur cette propriété que roule le mécanisme de l’expulsion des matières hors de ces organes, comme des ali mens hors de l’estomac et des intestins, de l’urine hors de la vessie, du sang hors du coeur, etc. : c’est la contractilité organique qui préside à ce mécanisme. Il est facile de distinguer ces deux propriétés en exercice : l’une occasione un resserrement lent et gradué, qui est sans alternative de relâchement; l’autre, brusque et prompte , consistant en une suîte de relâchemens et de contractions, produit les mouvemens péristaltique, de systole, de diastole, etc. C’est après que la contractilité organique a procuré l’évacuation des muscles creux, que la contractilité de tissu les* resserre. Chez les individus morts par hémorrhagie d’une grosse artère , le côté gauche et même le côté droit du cœur chassent tout le sang
qu’ils contiennent; vides ensuite, ils reviennent fortement sur eux-mêmes, et l’organe est très-petit. Au contraire, il est très-gros quand beaucoup de sang resté dans ses cavités le distend, comme danÈ l’asphyxie. Ce sont là les deux extrêmes; il est, comme je l’ai dit, une foule d’intermédiaires.
" La contractilité de tissu est, dans le système qui nous occupe, proportionnée au nombre des fibres charnues. Ainsi, toutes choses égales. Je rectum étant vide est retiré avec bien plus de force sur luimême que les autres gros intestins, la rétraction des ventricules est bien supérieure à celle des oreillettes, et celle de l’oesophage est bien plus grande que celle du duodénum , etc. , etc.
§ IL Propriétés vitales.
Elles sont presque en ordre inverse de celles du système précédent.
Propriétés de la vie animale.-™ Sensibilités
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La sensibilité animale est peu marquée dans les
muscles organiques. On connaît l’observation rapportée par Harvey sur une carie du sternum qui avait mis le cœur à découvert : on irritait, sans que le malade s’en aperçût presque, cet organe, qui se contractait seulement sous l’irritant. Enlevez le péritoine derrière la vessie d’un chien vivant, et irritez la couche muspuleuse subjacenta, l’animal donne peu de marques de douleur. Il est difficile de faire ces expériences sur les intestins et l’estomac; leur couche musculaire est si mince qu’on ne peut
agir sur elle sans agacer en même temps les nerfs subjacens.
Il paraît que les muscles organiques sont beaucoup moins susceptibles clu sentiment de lassitude dont les précédens deviennent le siège après un grand exercice. Je ne sais cependant si , dans ceux où se rendent beaucoup de nerfs cérébraux, ii n’a point lieu: par exemple, quand l’estomac a été long-temps resserré sur lui-même , il est probable que la lassitude qui s’empare de ses fibres détermine en partie le sentiment pénible que nous éprouvons alors , et que nous nommons fafiny sentiment qu’il faut bien distinguer de l’affection générale qui lui succède, et qui devient véritablement une maladie lorsque l’abstinence est trop prolongée. On sait que des substances non nutritives apaisent alors ce .sentiment sans remédier à la maladie, quand on en remplit l’estomac. Je rapporte au même mode de sensibilité l’anxiété et la gêne qu’éprouvent les malades dont on entretient la vessie en contraction permanente par une sonde ouverte qui séjourne dans l’urètre et qui transmet les urines à mesure quelles tombent des uretères (r).' Ce sentiment ne ressemble pas à celui de la faim, parce que, la sensibilité de la vessie et celle de l’estomac étant
(i) Gètte gêne , cette anxiété qu’éprouvent les malades qui portent une; sonde continuellement ouverte, tient bien plutôt à l’irritation et à l’inflammation produites parle double contact de l<iir et de l’instrument sur la membrane muqueuse, contact tout-à-fait étranger à la sensibilité particulière de cette partie. Lés douleurs cuisantes , la fièvre , les urines glaireuses et san-
différentes, leurs modifications ne sauraient être les mêmes. Ainsi chacun de ces deux sentimens estil différent de celui dont les muscles de la vie animale long-temps contractés deviennent le siège. Je ne crois pas que la sensation de la faim tienne uniquement à la cause que j’indique, et dont on n’a point parlé; mais on ne saurait disconvenir quelle n’y ait beaucoup de part. Qui sait si, après une fièvre où Faction du cœur a été long-temps précipitée, la faiblesse du pouls qui accompagne la convalescence n’est pas un signe de la lassitude ou se trouvent ses fibres charnues, à cause du mouvement antécédent? On connaît le sentiment pénible de fatigue qu’éprouve l’estomac après les contractions du vomissement.
Contractilité .
La contractilité animale est étrangère aux muscles de la vie organique. Pour nous en convaincre , rappelons-nous que, d’un côté, cette contractilité suppose toujours l’influence du cerveau et des nerfs, pour mettre en jeu l’action du muscle; que, d’un autre côté, le cerveau , pour exercer cette influence, doit être excité par la volonté, par les irritans ou par les sympathies. Or , aucune de ces trois causes , agissant sur le cerveau, ne fait contracter les muscles organiques.
guinolentes que l’on observe dans ces circonstances, me paraissent jeter sur cette question un jour suffisant. (F. Blandin.)
Tout le monde sait que ces muscles sont essentiellement involontaires. Si quelques hommes ont eu jamais la faculté d’arrêter les mouvemens du cœur, ce n’est pas sur cet organe que le cerveau a agi: Faction du diaphragme et des intercostaux a a été suspendue d’abord; la respiration a cessé momentanément , puis ? par contre-coup , la circulation (i).
Si on irrite le cerveau avec un scalpel ou un excitant quelconque , les muscles de la vie animale entrent en convulsion ; ils se paralysent , si on comprime cet organe. Ceux de la vie organique , au contraire, conservent leur degré de mouvement naturel dans l’un et l’autre cas. Le cœur continue
(1) Sans doute ii existe une étroite liaison entre les fonctions du poumon et celles du cœur; sans doute ces fonctions exercent les unes sur les autres une action réciproque, mais dans certaines limites; etjenepenge pas que l’on soit en droit de soutenir aujourd’hui, avec Bichat, que la suspension momentanée delà respiration puisse faire cesser par contre-coup les contractions du cœur. Cet organe, en effet, se contracte long-temps encore chez un animal que l’on vient de sacrifier, en lui ouvrant largement la poitrine ; et cependant , dans cette expérience, on empêche immédiatement la respiration. Les individus qui ont joui de la singulière et rare faculté de suspendre volontairement les mouvemens du cœur chez eux , ont dû arriver à ce résultat d’une autre manière : peutêtre avaient-ils quelques anomalies dans l’origine des nerfs cardiaques ? La chose serait possible. Si de semblables individus ont réellement existé , on pourrait supposer que chez eux le nerf cardiaque du pneumo-gastrique , plus développé que de coutume , exerçait une action insolite sur le centre circulatoire , et le mettait avec le système nerveux cérébro-spinal dans des relations bien plus marquées. ( F. Blandin. )
encore à battre , les intestins et l’estomac se meuvent quelque temps après que la masse cérébrale et la moelle épinière ont été enlevées. Qui ne sait que la circulation se fait très-bien chez le fœtus acéphale; qu’après le coup qui a assommé un animal, et rendu tout son système musculaire volontaire immobile , le cœur s’agite encore long-temps, la vessie rejette burine, le rectum expulse les excrémens ,-etc. , l’estomac même vomit quelquefois les alimens (i)? L’opium, qui engourdit toute la vie animale , parce qu’il agit spécialement sur le cerveau qui en est le centre , qui paralyse tous les muscles volontaires, laisse intacts les autres dans leurs contractions. L’ivresse produite par le vin présente le même phénomène : l’homme ivre chan-
(i) Ce passage de Bichat montre l’opinion qu’il professait relativement au vomissement : il considérait l’estomac comme'produiçant seul tous les phénomènes qui se rattachent à cet acte. Quoique aujourd’hui encore, malgré les expériences si belles et si concluantes de M. Magendie, quelques personnes n’aient pas d’opinion bien arrêtée sur le mécanisme du vomissement , cependant on ne saurait plus partager complètement le sentiment de Bichat à cet égard. Il n’est pas possible , en effet , de nier la part que prennent à cet acte les muscles abdominaux et le diaphragme. L’estomac, dont la contraction est essentiellement lente et vermiculaire, ne saurait, seul surtout, produire une action rapide et forte comme celle qui caractérise le vomissement ; il ne peut vomir seul , en un mot. Tout l’effet delà contraction de la tunique charnue de l’estomac se réduit à cette expulsion lente des matières qu’il contient, expulsion qui constitue la régurgitation , qu’il faut se garder de confondre avec le vomissement.
(F. Blandin.)
celle; ses membres refusent de le porter , et cependant son cœur bat avec force; souvent son estomac se soulève et rejette le superflu des fluides qui le remplissent. Toutes les substances narcotiques produisent aussi cet effet (i).
Si , des expériences , nous passons à l’observation des malades, nous voyons toutes les affections cérébrales étrangères au système musculaire organique. Les plaies de tète avec enfoncement, les fongus du cerveau, les épanchemens de sang, de pus et de sérosité , les apoplexies, etc. , portent entièrement sur les muscles volontaires, dont ils exaltent, affaiblissent ou rendent nulle l’action. Au milieu du bouleversement général de la vie animale, l’organique est alors intacte. Les accès de manie, ceux de lièvre maligne, prouvent également ce fait. Qui ne sait que, dans ces dernières, le pouls n’est souvent presque pas changé, que quelquefois même il est plus ralenti (2)?
(1) L’opium et les autres substances narcotiques ont , pour la plupart , une double action sur notre économie : ils excitent d’abord, et plus tard ils produisent cet affaissement , celte torpeur qu’on appelle ncircotisme. Dans le premier période de leur incubation au sein de nous-mêmes, le cœur, comme le système nerveux , se trouve surexcité , mais il est constant que plus tard il participe au narcotisme général, et qu’il ralentit ses contractions. Parmi les narcotiques , celui que l’on retire de la baie de Yatropa bclladonci exerce cette double action sur le cœur d’une manière bien tranchée et bien reconnue. ( F. Blandin. )
(2) Ce ralentissement du cœur est une modification qui prouve au contraire directement l’influence des centres du sys-
Souvent, dans les maux de tête, il y a des vomissemens spasmodiques; le cœur précipite son action dans les inflammations cérébrales, etc. Mais ce sont là des phénomènes sympathiques, qui arrivent dans les muscles organiques comme ils surviennent dans tous les autres systèmes ; ils peuvent ne pas se manifester, comme être développés; mille irrégularités s’observent dans leur marche ; au lieu que la contraction des muscles de la vie animale par les affections du cerveau est un phénomène constant, invariable, que rien ne trouble, dont rien n’empêche le développement, parce que le moyen de communication est toujours le même entre l’organe affecté et celui qui se meut.
Si , dans l’examen des phénomènes relatifs à l’influence cérébrale sur les muscles organiques , nous suivons un ordre inverse , c’est-à-dire que , dans les affections de ces muscles, nous examinions l’état du cerveau , nous observons la même indépendance. Considérez la plupart des vomissemens, les mouvemens irréguliers des intestins qui ont lieu dans les diarrhées, ceux surtout qui forment les volvulus, etc. ; voyez le cœur dans les agitations des fièvres, dans les palpitations irrégulières, dont il devient le siège fréquent, etc. : dans tous ces troubles
tème nerveux de la vie animale sur la contractilité des muscles de la vie organique. Les expériences de Legallois, au reste, si elles ne prouvent point tout ce que ce médecin habile a cru pouvoir en déduire , témoignent cependant d’une manière non équivoque eu faveur de cette influence* (F, Blandin. )
des muscles organiques, vous ne trouverez presque jamais de signes de lésions à l’organe cérébral : il est calme , tandis que tout est bouleversé dans la vie organique. Cullen a cru que, dans les syncopes, l’action du cerveau cessait d’abord , et que celle du cœur était suspendue consécutivement. C’est précisément l’inverse dans le plus grand nombre de cas. Le cœur, d’abord affecté, cesse d’agir: or, son action étant essentielle à celle du cerveau , soit par le mouvement qu’il lui communique, soit par le sang rouge qu’il y pousse, ce dernier interrompt tout à coup ses fonctions, et toute la vie animale cesse. Cela est remarquable surtout dans les syncopes qui naissent des passions , dans celles provenant des hémorrhagies , des polypes, des grandes évacuations, etc. Je renvoie, du reste, sur ce point à mon Traité de la vie et de la mort.
Si de l’influence du cerveau nous passons à celle des nerfs, nous y trouvons de nouvelles preuves de l’absence de contractilité animale des muscles organiques. La plupart de ces muscles reçoivent, comme nous avons vu, deux espèces de nerfs, les uns cérébraux , les autres des ganglions. Le cœur , l’estomac, le rectum et la vessie, sont manifestement pénétrés par la première espèce de nerfs : or, en coupant, en irritant d’une manière quelconque les filets cardiaques de la paire vague ,• le cœur n’en éprouve aucune altération ; il n’est ni ralenti ni précipité dans son mouvement. La section des deux nerfs vagues est mortelle , il est vrai ; mais seulement au bout de quelques jours, et je doute que ce soit par le cœur que commence la mort
dans cette circonstance (i). Les principaux phénomènes qui sont la suite de cette section annoncent un très-grand embarras dans le poumon ? une grande difficulté de la respiration ; la circulation paraît n’ètre troublée que consécutivement.
(ï) Depuis Galien de nombreuses expériences ont été tentées sur les nerfs pneumo-gastriques, et toutes sont favorables à l'opinion émise ici par Bicbat , savoir , que la mort , après leur section faite de l’un et de l’autre côtés à la fois, ne commence pas parle cœur , bien que cet organe se trouve un peu lésé dans ses fonctions. Cette terminaison funeste, qui ne manque jamais de suivre l’expérience que je viens de signaler , ne saurait non plus résulter du trouble des fonctions de l’estomac, trouble observé par une foule de physiologistes, et no tamment par MM. Brodie et Dupuis. Mais il en est autrement des fonctions respiratoires : elles éprouvent immédiatement une perturbation extrême, qui, selon moi, dépend principalement de la cessation de l’hématose et de la difficulté avec laquelle le poumon , privé de ses nerfs propres , réagit pour se débarrasser des liquides qui tendent à l’engorger, et qui l’obstruent bientôt, comme on le peut aisément constater après la mort. Les recherches auxquelles je me suis livré sur la distribution des nerfs dans le larynx , ne me permettent point d’adopter l’opinion qui représente la section des nerfs pneumo-gastriques au col comme produisant l’occlusion de la glotte , parce que , faite au-dessus des nerfs récurrens, elle abandonne l’ouverture de la glotte à la merci de. ses constricteurs , qui , dans cette opinion , recevraient leurs nerfs du seul laryngé supérieur. En effet , nous avons reconnu que le nerf récurrent se distribue à tous les muscles véritablement moteurs des lèvres de la glotte ; et alors il est clair que sa section , ou cpile des pneumo-gastriques au milieu du cof, peut bien produire l’aphonie , puisqu’elle paralyse lesièvres de la glotte, smais qu’elle ne peut être suivie de l’occlusion de cette ouverture, surtout d’une occlusion telle que la mort en soit la conséquence., (F. Blandin. )
Les memes nerfs se distribuant à l’estomac, la meme expérience sert à constater l’influence cérébrale sur ce viscère. Or , la section de celui d’un côté est ordinairement nulle sur lui; celle de tous les deux y détermine bientôt un trouble remarquable. Mais ce trouble est tout différent de celui qui suit la section du nerf d’un muscle de la vie animale , lequel devient subitement immobile ? tandis qu’au contraire l’estomac , ne communiquant plus avec le cerveau par les nerfs vagues semble acquérir momentanément un surcroît de force : il se contracte , et de là les vomissemens spasmodiques qui s’observent presque toujours pendant les deux ou trois jours où l’animal survit à l’expérience , vomissemens que j’ai constamment remarqués sur des chiens, et que déjà Haller et Gruikshank avaient indiqués. Il paraît donc que , quoique le cerveau ait une influence réelle sur l’estomac , cette influence est d’une nature toute différente de celle qu’il exerce sur les muscles volontaires. Je remarque cependant que l’irritation d’un des nerfs vagues, ou de tous les deux, fait tout de suite contracter l’estomac, comme cela arrive pour un muscle volontaire dont on a irrité le nerf. Il faut, pour faire cette expérience , ouvrir l’abdomen d’un animal vivant, et irriter ensuite la huitième paire dans la région du cou , afin d’avoir sous les yeux l’organe que l’on fait contracter.
La vessie et le rectum paraissent plus se rapprocher des muscles volontaires , dans leur rapport avec le cerveau , que l’estomac et le cœur. On sait que les chutes sur le sacrum , d’où naît une com- Anat. gén. t. ni. 3o
motion de la partie inférieure de la moelle , déterminent la rétention d’urine , quelles frappent , pour ainsi dire, cet organe de la même paralysie que les membres inférieurs , qui alors cessent aussi de se mouvoir. Cependant, comme la vessie est très-puissamment aidée dans ses fonctions par les muscles abdominaux, par le releveur de l’anus, et par d’autres muscles volontaires qui l’entourent , Fim mobilité de ces muscles entre pour beaucoup dans le défaut d’évacuation des urines. Ce qui me le fait penser , c’est que , i° l’irritation de la moelle vers sa partie inférieure , qui met en moutement tous les muscles volontaires des membres inférieurs et du bassin, ne produit aucun effet sur cette partie. Je me suis assuré de ce fait plusieurs fois sur des cochons d’Inde et sur des chiens, a0 En irritant les nerfs venant des trous sacrés et allant à la vessie, nerfs que souvent il est très-difficile de trouver , à cause du sang , dans un animal récemment tué, fai vu ce muscle rester immobile. Au contraire, tous ces nerfs ayant été coupés, l’injection d’un fluide un peu irritant le fait contracter avec force. 3°. Dans les expériences sur les animaux vivans, comme dans les opérations chirurgicales, la violence des douleurs , qui met quelquefois tous les muscles de la vie animale dans des contractions spasmodiques, détermine fréquemment le jet involontaire des urines. Or, dans ce cas, ce n’est point la vessie qui est agitée de convulsions : car , si c’est dans une expérience que ce phénomène a lieu , ouvrez les parois abdominales; à l’instant, le jet de l’urine s’arrête, parce que, d’un côté, les mus-
cîes de ces parois ne peuvent agir sur les intestins et les presser contre la vessie , et que , d’un autre côté , le releveur de l’anus, qui se contracte et relève cet organe, n’a aucun point résistant contre lequel il puisse le comprimer en haut. Remarquez en effet que, dans les jets un peu violens, la vessie est placée entre deux efforts opposés : l’un supérieur, ce sont les viscères gastriques pressés par le diaphragme et par les muscles abdominaux; l’autre inférieur, c’est spécialement le releveur de l’anus , qui agit en se contractant de bas en haut % tandis que l’effort opposé agit de haut en bas : or , ces deux efforts sont manifestement sous l’influence cérébrale. J’ai eu une infinité de fois occasion d’observer la vessie pleine d’urine sur un animal vivant dont le ventre était ouvert : jamais je ne l’ai vue se contracter assez violemment pour expulser ce fluide (i).
Je ne disconviens pas que , par les nerfs qu’elle reçoit des plexus sacrés , la vessie ne soit , jusqu’à un certain point, muscle volontaire; mais je dis que c’est principalement par les forces accessoires aux siennes et nécessaires à ses fonctions , qu’elle est soumise à la volonté; que la contractilité ani-
(1) La vessie , par sa seule contraction , peut suffire à l’excrétion de l’urine dans une foule de circonstances. Souvent , en effet , sur des animaux vivons dont l’abdomen était largement ouvert, ou même après la mort, la vessie , pleine d’urine , étant extraite du bassin et placée sur une table, j’ai vu cet organe se contracter brusquement , et rejeter au loin par un jet continu tout le liquide qui le distendait. ( F. Blandin. )
male est pour beaucoup pi us dans ces fonctions que la contractilité organique sensible. Comment donc les urines sont-elles retenues dans cet organe, ou expulsées de sa cavité à volonté? Le voici : quand les urines tombent dans la vessie , quelles y sont depuis peu de temps d’une part , et de l’autre part en petite quantité, alors elles ne sont pas un irritant assez actif pour déterminer l’exercice de la contractilité organique sensible; l’effort que fait la vessie est si peu considérable qu’il ne peut surmonter la résistance de l’urètre , qui , resserré sur lui-même par la contractilité de tissu , doit être dilaté par l’impulsion communiquée aux urines : pour rendre ce fluide, il faut donc ajouter à la contraction de la vessie celle des muscles volontaires environnans; or, le moindre effort de ces muscles suffit pour vaincre la résistance de l’urètre. Mais si l’urine est en grande quantité dans la vessie? et que, d’un autre côté , elle y ait acquis, par un séjour prolongé, cette couleur foncée qui indique la concentration de ses principes, alors l’irritation qu’elle détermine sur l’organe y met fortement en jeu la contractilité organique sensible ; la vessie se contracte, et, malgré l’animal, il y a évacuation d’urine.
Dans le rectum, où les excrémens n’ont point un long canal, mais une simple ouverture à traverser, celle-ci est garnie d’un sphincter qui manque à l’urètre. Ce sphincter , habituellement resserré, doit être dilaté par l’impulsion communiquée aux excrémens. Tant qu’ils sont depuis peu et en petite quantité dans le rectum , la contractilité organique
sensible n’y est point assez efficacement mise en jeu pour les expulser; il faut faction des muscles volontaires voisins. Si cette action n’est pas déterminée par l’influx du cerveau , les excrémens restent dans l’intestin ; voilà comment , pendant un certain temps, nous les retenons à volonté. Mais qu’ils augmentent en quantité; que, par leur séjour, ils deviennent plus âcres, et par conséquent plus irritans, alors la contractilité organique sensible , fortement mise en jeu, vide involontairement l’intestin. Si le sphincter, qui est volontaire, est paralysé il y aura incontinence, parce que nulle résistance n’est opposée à la tendance du rectum à se contracter , tendance qui , quoique faible tant qu’il est peu rempli, est toujours réelle cependant.
D’après tout ce que nous avons dit , on voit manifestement que la vessie et le rectum , quoique recevant des nerfs cérébraux, sont cependant moins influencés par le cerveau qu’il ne le paraît au premier coup d’œil , et qu’il y a certainement une très-grande différence entre eux et les muscles volontaires. Ils ne sont pas mixtes, comme on le dit; ils se rapprochent infiniment plus des muscles organiques que des autres : je doute même que, si aucune puissance accessoire n’agissait avec eux et ne les comprimait, famé pût, par les nerfs qui y viennent des plexus sacrés , les faire contrac* ter à volonté. Je n’ai jamais vu un animal rendre ses excrémens, le ventre étant ouvert.
Concluons de tout ce que nous avons dit jusqu ici , que les nerfs cérébraux qui se portent aux muscles organiques ont sur eux une influence qui ne
ressemble aucunement à celle des nerfs cérébraux allant aux muscles de la vie animale : j’ignore du reste la nature de cette influence.
Tous les muscles organiques reçoivent des nerfs des ganglions, soit les précédées, qui sont pénétrés aussi par les cérébraux, soit les intestins grêles, le cæcum, le colon, etc., qui sont exclusivement parcourus par eux. Or, en coupant, en liant, en irritant d’une manière quelconque ces nerfs, en agaçant les ganglions dont ils partent, en les détruisant, en les brûlant avec un acide ou un alcali concentré, le muscle reste dans son état naturel : il n’est ni précipité ni ralenti dans ses contractions.
Je ne me suis pas contenté des agens ordinaires pour bien m’assurer du défaut d’action actuelle des nerfs sur les muscles organiques ; fait que tous les bons physiologistes ont toujours admis, malgré les opinions hasardées de quelques médecins qui adaptent le mot vague d’ influence nerveuse à des organes qui n’en sont nullement susceptibles.
J’ai donc employé le galvanisme, et je me suis convaincu que ce moyen de mettre en jeu les contractions musculaires est très-peu efficace, presque nul dans la vie organique, tandis qu’il est le plus puissant de tous dans la vie animale. Je ne rapporte pas ici mes expériences sur cet objet; on les lira dans mes Recherches sur la mort.
On peut conclure de tout ce qui précède que l’influence cérébrale et nerveuse sur les muscles organiques ne nous est nullement connue ; quelle n’agit point comme sur les muscles volontaires, Elle fit cependant réelle jusqu à un certain point , puis-
qu’il faut bien que les nerfs qui entrent dans la composition de ces muscles servent à quelques usages; mais nous ignorons ces usages (i).
(i) Nous avons vu, dans le système musculaire de la vie animale, que l’influence des nerfs sur l’irritabilité de ce système n’est pas facile à déterminer. La même question se reproduit ici , avec plus de complication même. En effet , dans l’autre système, il y avait au moins une action évidente de la part du cerveau et des nerfs dans la contractilité animale ; dans celui-ei , non-seulement cette action devient douteuse , mais la même difficulté subsiste , plus grande peut - être , relativement au rôle que jouent les nerfs dans la contractilité organique. On peut se demander, i° si le cerveau a quelque influence sur la contractilité des muscles de la vie organique ; 2° si la moelle n’est point nécessaire à l’exercice de cette contractilité ; 3° si les nerfs sont purement passifs dans ce phénomène, en sorte que cette propriété soit, suivant l’expression de Haller, inhérente a la fibre de ces muscles.
Les considérations présentées par Bichat ont montré les muscles de la vie organique indépendans dans leur action de l’influence cérébrale ; mais elles ne prouvent pas que celle-ci ne puisse s’exercer dans quelques circonstances. Plusieurs des faits qu’il a cités tendent , au contraire , à démontrer cette influence. Les passions en sont un exemple remarquable. Il me paraît extrêmement probable que , lorsque dans une émotion vive , par exemple , le cœur précipite ses mouvemens , cela n’a lieu que parce que le cerveau réagit sur cet organe et lui transmet l’impression qu’il a reçue. Placer le siège primitif des passions dans les organes de la vie intérieure , c’est oublier, ce me semble , que le cerveau est l’organe unique des perceptions , et que les passions sont toujours la suite de ces dernières. Au reste , ce n’est pas ici le lieu de traiter cette question i il suffisait de fgjrp pressentir que l’action du cœur pourrait fiieu dans ee ea$
Propriétés organiques .
La sensibilité organique est très-caractérisée dans les muscles qui nous occupent. Avant que la contractilité organique sensible ne s’y développent faut que celle-ci y soit mise en jeu. Mais comme ces deux propriétés ne se séparent point, comme elles se succèdent toujours dans leur exercice, ce que
être entièrement soumise à celle du cerveau. Les cas rares , à la vérité, dans lesquels la volonté peut suspendre l’action du premier de ces organes , semblent se rattacher à la même cause. Bayle , qui jouissait de cette singulière faculté, la mettait en exercice sursur-le-champ et avec la même facilité que l’on fait mouvoir un muscle de la vie animale : or , si cela dépendait uniquement de la suspension de la respiration, il faudrait un certain temps pour que le phénomène eut lieu. Au reste, le cœur n’est pas le seul organe qui obéisse ainsi ,5 dans certains cas à l’influence du cerveau : une foule de faits montrent l’estomac , l’intestin , la vessie , la matrice même , également sensibles à cette influence. On ignore , il est vrai , si c’est par les nerfs qu’elle se transmet ; mais comme ces agens sont les seuls moyens de communication du cerveau avec ces différens organes , tout porte à croire que tel est leur «sage. Cependant , il faut convenir que nous manquons d’expériences directes propres à mettre ceci hors de doute. Au contraire, celles qui ont été faites jusqu’à ce jour nous apprennent qu’on peut enlever le cerveau sans diminuer en rien l’action des muscles de la vie organique , si l’on a soin en même temps d’entretenir la respiration. Que conclure de ces faits opposés, et de ceux exposés par Bichat? que sans doute l’influence cérébrale n’est pas absolument nécessaire à la contraction de ces muscles, jïiais qu’elle peut la modifier dans certaines circonstances. Nous
nous allons dire de la contractilité organique sensible se rapportera aussi à la sensibilité de même nature.
La contractilité .organique insensible, ou tonicité , existe dans le système musculaire au degré nécessaire à sa nutrition ; mais elle n’y offre rien de particulier.
allons voir qu’il en est à peu près de même pour la moelle épinière.
D’une part , Legallois , par de nombreuses expériences dont il a déjà été question à l’article du système nerveux de la vie organique , a prétendu prouver que le cœur reçoit , par le grand sympathique , de tous les points de la moelle , le principe de son mouvement, lequel s’anéantit quand celle-ci est détruite dans sa totalité ; d’une autre part , différens faits , qui ont été cités à ce même article, et des expériences de Clift, de Wilson, démontrent que souvent, malgré l’absence de la moelle, le cœur n’en continue pas moins son action ; que certaines lésions de la moelle ont plus d’influence que d’autres sur cet organe ; que , suivant l’âge et l’espèce d’animal , on observe de grandes différences dans les résultats , etc. D’où l’on voit que la contractilité organique , quoique indépendante j'usqu’à un certain point de la moelle épinière , est dans quelques cas influencée par elle.
Enfin , la permanence de cette contractilité , malgré la destruction du cerveau ou de la moelle, est-elle une preuve que la fibre musculaire en est douée par elle-même, et indépendamment de toute influence nerveuse, comme le pensait Haller? Non sans doute , puisque les nerfs subsistent et peuvent encore agir isolément dans ce cas. Rien ne s’oppose à ce qu’on admette ici la même hypothèse que dans le système musculaire de la vie animale, savoir, que les muscles puisent dans le système nerveux le principe de leur action ; mais je ne connais aucun fait qui prouve cela d’une manière incontestable. ( Béclard. )
C’est la contractilité organique sensible qui est la propriété dominante dans ce système, dont toutes les fonctions reposent presque sur cette contractilité, comme toutes les fonctions du système musculaire précédent dérivent pour ainsi dire de la contractilité animale. Nous allons donc examiner plus en détail cette propriété essentielle, sur laquelle la physiologie doit tant à l’illustre Haller. On peut la considérer sous trois rapports, i° dans les excitans, 2° dans les organes, 3° dans faction des premiers sur les seconds.
De la Contractilité organique sensible , considérée sous le rapport des excitans.
Les excitans sont naturels ou artificiels. L’action des premiers est continuelle pendant la vie : sur eux roulent en partie les phénomènes organiques; ils mettent en jeu les muscles, qui sans eux seraient immobiles; ils sont pour ainsi dire à ces organes ce que les balanciers sont à nos machines; ils donnent l’impulsion. Les seconds ne peuvent guère avoir d’effet qu’après la mort , ou dans nos expériences.
Excitans naturels .
Ces excitans sont le sang pour le cœur, furine pour la vessie, les alimens et les excrémens pour les organes gastriques. Tout muscle organique a un
DE LA VïE ORGANIQUE.' 5
corps qui, habituellement en contact avec lui, en^ tretient ses mouvemens , comme tout muscle anb mal, habituellement en rapport avec le cerveau, emprunte de lui sa motilité. Les excitans naturels entretiennent leurs organes respectifs au même degré de motilité tant qu’ils restent les mêmes. Toutes choses égales du côté des organes, le pouls ne varie point, les périodes digestives durent le même temps, les intervalles de l’excrétion de l’urine sont uniformes, tant que le sang, le chyle ou l’urine ne présentent point de différences. Mais comme ces substances éprouvent une infinité de variétés, les or^ ganes, tout en conservant le même mode de sensibilité organique, éprouvent cependant de fréquens changemens dans leurs mouvemens.
À l’instant où le chyle pénètre dans le sang, pendant la digestion, le pouls change, parce que le cœur est différemment irrité. On observe le même phénomène, mais avec des différences, i° dans les résorptions, où le pus passe dans la masse du sang; 2° dans l’injection de différeras fluides dans les veines, injections si fréquemment répétées dans le siècle passé, à l’époque des expériences sur la transfusion, et que j’ai eu occasion de faire aussi dans d’autres vues que j’indiquerai ; 3q dans les maladies inflammatoires, où le sang prend un caractère particulier encore peu connu, et qui donne lieu à la formation de la couenne pleurétique; 4° dans diverses autres affections où la nature de ce fluide est singulièrement altérée; 5° dans le passage du sang rouge dans le système à sang noir. J’ai remarqué qu’en adaptant, sur un chien un peu gros, uu
tube recourbé à la carotide d’un côté et à la jugulaire du côté opposé , de manière à ce que l’une pousse du sang dans l’autre, le passage du sang rouge dans les veines n’est point mortel comme celui du sang noir dans les artères; mais qu’il y a presque constamment, dans les premiers instans, une accélération des mouvemens du cœur.
On a sans doute exagéré l’influence de la dégénérescence des fluides dans les maladies : on a placé dans cette portion de l’économie une source trop fréquente des dérangemens morbifiques. Mais on ne saurait nier que, suivant les altérations diverses que ces fluides présentent, ils ne soient susceptibles d’exciter différemment les solides qui les contiennent. On sait que, dans le même individu, et avec la même masse d’alimens, la digestion varie d’un jour à l’autre dans la durée de ses périodes; que tels alimens la prolongent, tels autres l’accélèrent; que certains restent très-long-temps sur l’estomac, comme on le dit, et que d’autres ne font pour ainsi dire qu’y passer. Or, dans tous ces cas, l’organe reste le même, le fluide seul varie. Suivant que le rein sépare des urines plus ou moins âcres, plus ou moins irritantes par conséquent, la vessie les retient plus ou moins long-temps : telles sont souvent leurs qualités stimulantes , qu’à l’instant où elles tombent dans cet organe, il se soulève et les rejette involontairement. Parlerai-je des effets si variables de l’émétique et des évacuans par le tube intestinal? On sait que ces mots, drastiques, purgatifs, minoratifs, laxatifs, etc., indiquent des degrés divers des qualités stimulantes que présentent
certaines substances introduites dans les voies alimentaires, degrés qui doivent être considérés abstraction faite de ceux de la sensibilité des organes : celle-ci en effet peut être telle quun laxatif produise des effets plus grands qu’un drastique.
Non-seulement la qualité, mais encore la quantité des fluides contenus dans les muscles organiques, influent sur la contractilité de ceux-ci. i°. Le mot pléthore est certainement trop vaguement employé en médecine; mais on ne saurait douter que l’état qu’il exprime n’ait lieu quelquefois : or, alors plus de sang abordant au cœur, celui-ci accélère ses contractions. 20. J’ai eu occasion de faire plusieurs fois la transfusion sur des chiens, soit pour elle-même, soit pour des recherches relatives à la respiration et à la circulation. Or, j’ai toujours observé qu’en n’ouvrant point une veine, pour vider du sang à mesure que sa jugulaire externe en reçoit (car c’est toujours celle-ci que je choisis pour l’expérience), en déterminant ainsi par conséquent une pléthore artificielle, j’ai, dis-je, toujours observé que le mouvement du cœur était accéléré. J’ai même vu, dans un chien, l’œil devenir ardent et comme enflammé : dans les autres, ce phénomène ne s’est point fait remarquer. 3°. On sait que, dans la course, où tous les muscles en contraction expriment de tous cotés le sang veineux contenu dans leurs tissus, celui-ci, qui aborde au cœur en abondance, le fait palpiter avec force (1). 4°- H est hors de doute que la
(1) Pendant la course, en effet, commç Bicliat le fait remar-
quantité d’urine et d’excrémens , autant et plus que leur qualité, est pour la vessie et le rectum une cause de contraction involontaire. 5°. On connaît les effets funestes de l’émétique, des purgatifs donnés à trop fortes doses. 6°. Un verre d’eau tiède ne provoque souvent pas le vomissement, qu’une pinte détermine avec énergie, etc., etc.
Excitans artificiels .
Les excitans artificiels sont, en général, tous les corps de la nature. Telle est en effet l’essence de la contractilité organique, que, par là même qu’un muscle est en contact avec un corps dont il n’a pas l’habitude , il se contracte à l’instant. Si les muscles ne sont pas irrités par les organes qui les entourent et avec lesquels ils sont en rapport, c’est que l’habitude a émoussé le sentiment qui naît de ce rapport. Mais que ces organes changent de modifications, qu’extraits du corps de l’animal, ils se
quer , le cœur augmente ses contractions pour se débarrasser du sang qui obstrue ses cavités. Mais d’où vient cette obstruction dans cette circonstance? Dépend-elle, comme le dit Bichat, de ce que le sang veineux est exprimé du tissu des muscles en plus grande quantité par le fait de la contraction de ces organes ? ou bien , ce phénomène n’est— il pas plutôt le résultat de la difficulté qu’éprouvent la respiration , d’une part , et le passage du sang à travers le poumon , de l’autre , pendant que le corpse st emporté par un mouvement rapide ? Je crois que ces deux causes y concourent; mais si j’étais forcé de choisir entre elles, j’adopterais certainement la seconde» (F. Blandin.)
DE LA VIE OïlGAinQUE.
refroidissent , et soient ensuite appliqués sur les muscles organiques mis à nus, ils les feront contracter.
Le calorique, par son absence, qui constitue le froid , comme par sa présence , d’ou naît le chaud , peut également exciter les muscles et en général tous les organes. A l’instant où on ouvre la poitrine et le péricarde d’un animal vivant, le cœur s’agite avec une force subitement accrue : c’est que l’air agit sur lui, et qu’il passe de la température du corps à une autre qui est différente. Tous les fluides aériformes, la lumière, tous les liquides, etc., sont excitans des muscles. Si nous voyons le cœur vide de sang , l’estomac et les intestins privés des substances qui les pénètrent ordinairement, se contracter avec plus ou moins de force lorsqu’ils ont été extraits du corps , c’est que le milieu environnant et les substances dont il est chargé concourent à produire cet effet : ils sont alors les excitans de ces organes.
En général , les excitans artificiels agissent de différentes manières, i° parleur simple contact 5 20 en déchirant ou en coupant mécaniquement les fibres; 3° en tendant à se combiner avec elles. 4d. Il en est dont on ignore complètement le mode d’action : telle est, par exemple, l’électricité.
Lorsque les excitans n’agissent que par le simple contact, les fluides sont, toutes choses égales, plus efficaces que les solides, parce qu’ils stimulent par un plus grand nombre de points, que non-seulement ils agacent les surfaces de l’organe, mais qu’ils pénètrent encore les interstices des fibres. Les solides
480 SYSTÈME MUSCULAIEE
produisent un effet proportionné à l’étendue de leur excitation, à la pression plus ou moins marquée qu’ils exercent, à leur densité, à leur mollesse, etc. Ce sont presque toujours des substances fluides que la nature emploie pour excitans, dans l’état ordinaire.
Le déchirement est un mode d’excitation plus actif que le contact : le cœur , les intestins , inertes souvent lorsqu’ils sont touchés seulement par le scalpel, se contractent avec force lorsque la pointe de celui-ci les excite. La section produit un effet moins sensible que le déchirement : coupées transversalement, les fibres oscillent et frémissent seulement par la contractilité organique sensible; pendant que, parla contractilité de tissu, elles éprouvent une rétraction manifeste.
L’excitation chimique est, dans le plus grand nombre de cas, la plus avantageuse; mais ici il faut bien distinguer ce qui appartient au racornissement, de ce qui est l’effet de l’irritabilité mise en jeu. i°. Plongez dans un acide très-concentré une grenouille écorchée et vivante : à l’instant tout est presque désorganisé, le réactif agit si fort qu’on ne peut distinguer ni racornissement ni contractilité. 20. Affaiblissez un peu l’acide, et plongez-y une autre grenouille, par ses membres inférieurs seulement : à l’instant ils se raidissent par la contraction des extenseurs, qui l’emportent sur le$ fléchisseurs; car, dans cette expérience, c’est un phénomène’ presque constant. Retirez l’animal : ses cuisses restent immobiles; la vie y a été éteinte, la contraction qui est survenue est un racornissement, et non
un phénomène vital : plongée dans la même liqueur, une grenouille morte éprouve le même phénomène. 3.° Affaiblissez encore l’acide : à l’instant que l’animal y est plongé, ses membres se contractent; mais aux contractions succède le relâchement; il y a des mouvemens alternatifs : c’est l’irritabilité qui commence à être mise en jeu. Cependant , si l’acide n’est pas très-affaibli , quelques marques de racornissement restent encore, et l’animal conserve une gêne des mouvemens des membres inférieurs , résultat évident du premier degré de racornissement. 4°* Enfin, si l’acide est très-affaibli , il devient un simple irritant qui met en jeu la contractilité organique sensible, sans altérçr le tissu des fibres : l’animal sorti du fluide conserve la même force de mouvement.
Ces expériences, qu’il serait facile de multiplier sur les animaux à sang chaud, mais que je n’ai point tentées sur eux, montrent évidemment ce qui appartient au racornissement, d’avec ce qui est l’effet de la contraction vitale. Cependant il n’y a pas une limite rigoureuse entre eux, et il est un degré d’affaiblissement de l’acide où ces deux causes de mouvemens se confondent.
Il est un mode d’excitation auquel les auteurs n’ont point fait attention ; on peut l’appeler négatif: c’est celui dont je parlais tout à l’heure au sujet du calorique , dont la privation est un excitant souvent très-vif. Dans les diverses expériences que j’ai eu occasion de faire , cela m’a souvent frappé. Appliquez un excitant sur un muscle, il se contracte; mais au bout d’un certain temps le mou- Anat. gén, t. ni. Sx
vement cesse, quoique le contact continue : enlevez l’excitant, souvent le mouvement revient à l’instant. En général, rien de plus commun, dans le cœur, les intestins, etc. , que les contractions cessant sous l’action continuée d’un excitant , et revenant momentanément par son absence. J’avoue que ce phénomène n’est pas aussi invariable , aussi constant que celui de la contraction déterminée par l’application du stimulus qui succède à l’état de non-excitation; mais cela arrive très-souvent. On dirait que la sensibilité organique est, dans ces cas, comme l’animale; que tout état nouveau pour elle l’affecte, que cet état soit positif ou négatif. Le passage de la non-excitation à l’excitation est plus vif; mais le passage inverse n’est pas moins ressenti, lorsqu’il est brusque. Au reste , cette manière d’envisager la contractilité organique sensible en exercice mérite des expériences ultérieures.
De la Contractilité organique sensible , considérée par rapport aux organes.
Considérée dans l’organe où elle a son siège , la contractilité organique sensible présente de nombreuses variétés qui sont relatives, i° à la diversité de tissu , 20 à l’âge , 3° au sexe , 4° au tempérament, etc.
ire Variété . — Diversité du tissu musculaire .
La contractilité animale est partout la même dans les muscles volontaires, parce que leur organisation est uniforme. Toutes choses égales du côté du nombre et de la longueur des fibres, les phénomènes de contraction sont exactement les mêmes partout : ici , au contraire , les variétés de tissu en déterminent inévitablement dans les propriétés vitales.
Chaque muscle involontaire est d’abord spécialement en rapport avec le fluide qui lui sert ordinairement d’excitant. Le sang seul peut régulièrement entretenir les mouvemens du cœur : que ce fluide soit altéré d’une manière quelconque, les contractions deviennent irrégulières. Toute substance étrangère poussée dans les veines produit ce phénomène. L’urine, qui entretient avec harmonie les mouvemens de la vessie , troublerait ceux du cœur, si elle circulait dans ses cavités. Le sang, plus doux en apparence que l’urine, peut agiter convulsivement la vessie, lorsqu’il vient à y tomber. J’ai soigné avec Desault un malade affecté depuis long-temps de rétention d’urine, et qu’il avait taillé pour une très-grosse pierre : à la suite de l’opération, les urines stagnaient dans la vessie, tant quelles étaient seules ; mais dès qu’un peu de sang pénétrait dans cet organe, il se contractait involontairement, et les urines sanguinolentes étaient évacuées. Les excrémens, qui séjournent pendant un certain temps dans le rectum sans le faire contracter, feraient
à l’instant soulever l’estomac, etc. Tous ces phénomènes se rallient aussi aux variétés de sensibilité des^membranes muqueuses, variétés sur lesquelles nous reviendrons. Us prouvent manifestement que chaque muscle a un degré de contractilité organique qui lui est propre, et que tel ou tel fluide de l’économie peut exclusivement, dans letat naturel, mettre en exercice d’une manière régulière.
Les fluides étrangers offrent le même résultat : l’émétique, qui fait contracter l’estomac, est impunément poussé dans la vessie par les injections: les purgatifs ne font point vomir, etc. Ce rapport des fluides étrangers avec la contractilité organique sensible a lieu, soit que, comme dans le cas précédent, ces fluides soient appliqués sur les surfaces muqueuses correspondant aux muscles, soit qu’ils parviennent à ces muscles par la circulation , comme Font prouvé les expériences faites dans le siècle passé sur les infusions médicamenteuses dans les veines; expériences dont Haller a recuelli un grand nombre de résultats. On a vu, dans ces expériences, la circulation présenter à tous les organes, tantôt l’émétique, et l’estomac seul se contracter; tantôt les purgatifs, et les intestins seuls entrer en action, etc. Prises par voie d’absorption cutanée, les substances médicamenteuses donnent lieu au même phénomène. Appliqués en frictions, les purgatifs, les émétiques, etc., font contracter, non tous les muscles organiques , quoique la circulation les présente à tous, mais ceux avec lesquels leur sensibilité est en rapport.
Dans les affections diverses dont ils sont le siège,
on voit les muscles organiques avoir aussi chacun un inode d’irritation particulière, répondre à un excitant, et rester sourds, pour ainsi dire, à la vois des autres , etc.
2° Variété. — Jge.
L’âge modifie singulièrement la contractilité organique sensible. Dans l’enfance , elle est très-prononcée, les muscles répondent avec une extrême facilité aux excitans : la vessie garde difficilement l’urine; les enfans la rendent dans le sommeil involontairement; le cœur se contracte avec une rapidité dont le pouls nous donne la mesure; tous les phénomènes digestifs sont plus prompts ; de là moins d’intervalle dans le retour de la faim. C’est un phénomène analogue à celui des muscles volontaires, où la rapidité des mouvemens se trouve, dans le premier âge , alliée avec leur peu de force.
Au-delà de l’enfance, la susceptibilité des muscles pour répondre à leurs excitans va toujours en diminuant : aussi, tous les grands phénomènes de la vie organique vont-ils toujours en se ralentissant. Le nombre des pulsations , la durée de la digestion 7 le séjour des urines, etc. , sont le thermomètre de ce ralentissement.
Dans le vieillard tout s’affaiblit; l’action des muscles organiques diminue peu à peu. Ceux de la vessie et du rectum sont les plus exposés à perdre leur faculté contractile : de là les rétentions d’urine, maladie qui est l’apanage si fréquent de la vieillesse; de là encore les amas de matières fécales au-
dessus de l’anus, maladie presque aussi commune que la première à cet âge de la vie , quoique les praticiens aient fixé sur elle moins d’attention. Les gens riches et accoutumés au luxe de la table y sont surtout sujets. J’en ai vu beaucoup, et même autant que de rétentions d’urine, dans la dernière année de la pratique de Desault. Les intestins et l’estomac languissent plus tard dans leurs fonctions. C’est le cœur qui résiste le plus ; il est Xultimum moriens , comme il a été le premier en exercice: la durée de ses battemens mesure exactement la durée de la vie organique.
3e Variété Tempérament .
Le tempérament modifie d’une manière remarquable la contractilité organique. On sait que chez les uns les pulsations sont plus fréquentes , les phénomènes digestifs , urinaires , plus rapides : que chez d’autres tout est marqué par plus de lenteur dans la vie organique. Or ces variétés ont évidemment leur source primitive dans les variétés de contractilité du cœur , de l’estomac , des intestins, etc. , lesquelles ont, sous ce rapport, une grande influence dans la différence des tempéramens. À cet égard il y a deux observations essentielles à faire :
i°. Les variétés de force des muscles organiques ne coïncident pas toujours avec celles des muscles de la vie animale. Ainsi voit-on tel individu remarquable par des formes extérieures peu marquées, par une faiblesse évidente dans les muscles des membres , tandis que l’activité de la digestion ,
clés évacuations urinaires, etc., annonce la plus grande énergie dans la contractilité organique sensible. Je remarque à cet égard que le cœur est plus fréquemment en rapport de force avec les muscles extérieurs, que l’estomac, les intestins et la vessie. Un pouls plein, bien développé, coïncide ordinairement avec la constitution athlétique, tandis que souvent cette constitution est réunie sur le même sujet à un système gastrique faible , et que surtout îa force de ce système gastrique est souvent alliée à la faiblesse extérieure. Ce fait, que les divers tempéramens nous démontrent dans l’homme, est évident dans la série des animaux : ceux qui, comme les carnivores, ont un système musculaire animal très-énergique, ont les parois des cavités gastriques comme membraneuses; ces parois se fortifient dans les classes herbivores; elles deviennent trèsprononcées dans les gallinacés. En général, la mastication, à laquelle préside toujours la contractilité animale, est, dans les animaux, en raison inverse de la force de trituration de l’estomac, qui est présidée par la contractilité organique sensible.
20. Les variétés de cette propriété relatives aux tempéramens présentent un autre phénomène presque toujours étranger au système musculaire animal. En effet, dans celui-ci, ces variétés sont toujours générales; nous pouvons bien, par l’exercice, fortifier telle ou telle région musculaire: mais les différences de forces qui sont naturelles portent toujours sur tout le système. Les bras et les jambes, la poitrine et le bas-ventre sont uniformément contractiles dans les différentes divisions des mus
des qui leur appartiennent. Au contraire, il est rare de voir cette uniformité dans les muscles involontaires : presque toujours l’un prédomine sur les autres; tantôt c’est le cœur, tantôt l’estomac, quelquefois la vessie. Souvent même les viscères gastriques ne sont pas tous au même niveau de force : l’estomac languit, que les intestins conservent leur action ordinaire ; réciproquement les intestins, trop contractiles, expulsent tout de suite les matières fécales, et déterminent la diarrhée, quoique l’estomac fasse bien ses fonctions. Cette différence essentielle entre les deux systèmes musculaires tient à ce que la contractilité de l’un dépend d’un centre commun, du cerveau; que celle de l’autre , au contraire , a son principe isolé dans chaque organe où elle existe.
4e Variété, — - Sexe.
Les femmes se rapprochent , en général , des enfans par les phénomènes de contractilité organique sensible. La faiblesse des mouvemens coïncide avec leur plus grande rapidité chez ce sexe, dont tous les muscles intérieurs sont, comme les extérieurs, plus grêles et à formes moins prononcées que chez l’homme. On diroit que la force contractile de la matrice a été prise chez lui aux dépens des forces de tous les autres organes. Dans les expériences, les femelles donnent des résultats bien moins marqués et toujours bien moins durables que les mâles. Xœ cœur, l’estomac, les intestins, etc., ces-
sent plus vite leurs mouvemens; ces mouvemens sont moindres; il faut pour les déterminer de plus forts excitans; etc.
5e Variété . — Saison et Climat .
Dans l’hiver et dans les climats froids, Ou l’organe cutané, resserré et comme racorni par l’impression de l’air environnant, est dans une faible action , toutes les fonctions intérieures, plus actives, nécessitent plus d’énergie dans les forces qui y président; tous les phénomènes digestifs, urinaires, et circulatoires même, sont plus marqués. Je ne sache pas qu’on ait fait encore des expériences comparatives sur l’irritabilité dans les saisons diverses, mais je suis persuadé qu’elles donneraient des résultats différons.
Contractilité organique sensible , considérée relativement à V action des slimulans sur les organes .
Nous venons d’envisager isolément l’excitant et l’organe excité : chacun, étant isolé, est nul pour la contractilité organique sensible ; de leur concours seul résulte l’exercice de cette propriété. Qu’arrivet-il dans ce concours ? Nous l’ignorons. Vouloir le connaître, ce serait vouloir savoir comment un corps en attire un autre, comment un acide se combine avec un alcali, etc. Dans l’attraction, l’affinité et l’irritabilité, nous ne pouvons suivre les phénomènes que jusqu’à l’action des corps les uns
sur les autres. Cette action est le terme de nos recherches.
Mais ce qui ne doit pas nous échapper ici, c’est que, dans cette dernière propriété, l’action n’est jamais immédiate; il y a toujours entre l’excitant et l'organe un intermédiaire qui reçoit l’irritation. Cet intermédiaire est une membrane fine et continue à celle des artères pour le cœur; c’est une surface muqueuse pour les viscères gastriques et pour la vessie. Cet intermédiaire est plus susceptible de recevoir l’excitation que le muscle lui -meme. J’ai constamment observé qu’en irritant la surface interne du cœur, ses contractions sont plus vives, qu’en mettant son tissu à découvert à l’extérieur par l’enlèvement de son enveloppe séreuse, et en l’agaçant ensuite. Il en est de même pour les muscles organiques de l’abdomen.
Y a-t-il, entre l’intermédiaire excité et l’organe qui se contracte, quelques communications nerveuses qui transmettent l’impression ? je ne le crois pas : le tissu cellulaire suffit. En effet , les surfaces séreuses n’ont, entre elles et les muscles organiques, que ce tissu pour moyen d’union. Leur vie n’est nullement liée à la leur, puisque souvent elles les abandonnent, comme nous le verrons; et cependant elles peuvent leur servir à transmettre l’excitation. Le péricarde et le péritoine, irrités dans leur portion correspondant à l’organe qu’on veut faire mouvoir, y déterminent une contraction. Ce fait est connu de tous ceux qui ont fait la moindre expérience : c’est même presque toujours de cette manière qu’on stimule le cœur, l’estomac, les in-
testins, la vessie, etc. En ne promenant l’excitant sur la surface séreuse que très-légèrement et de manière à ce que le mouvement ne se communique nullement aux fibres charnues, on obtient un résultat. Cependant, le simple contact ne suffit pas pour transmettre l’irritation : par exemple, en laissant le feuillet externe du péricarde appliqué sur le cœur, et en l’irritant ensuite, l’organe reste immobile. $i on décolle le péritoine de dessus la vessie, qu’on rompe toutes les adhérences celluleuses, qu’on le réapplique ensuite, et qu’on l’agace, la meme immobilité s’observe.
Quand l’intermédiaire qui reçoit l’excitation est malade, la contractilité est constamment altérée* Le même excitant détermine des contractions lentes où rapides , suivant que l’affection exalte ou diminue la sensibilité de cet intermédiaire. La phlogose légère de l’intérieur de la vessie détermine une espèce d’incontinence d’urine j celle des intestins cause le dévoiement; etc., etc* Au contraire, les vieux catarrhes de vessie, les affections où la faiblesse de la surface muqueuse de cet organe prédomine, sont des causes fréquentes de rétention, etc.
J’observe que c’est une remarquable différence entre la contractilité organique sensible et l’insensible, que l’existence dè cet intermédiaire, lequel n’a point lieu dans cette dernière, où le même système reçoit l’impression et réagit sur le corps qui la détermine : par exemple, dans les systèmes glanduleux, séreux, cutané, etc., le fluide qui y aborde, pour la sécrétion ou f exhalation, y produit
la sensation, laquelle est à l’instant suivie de la réaction. Dans la contractilité sensible, au contraire, un système perçoit, et l’autre se meut. Ce mode de motilité s’éloigne moins de celui de la vie animale, où les organes des sens et ceux du mouvement, totalement différens, sont très- éloignés les uns des autres.
Contractilité organique sensible , considérée relativement à sa permanence apres la mort .
Cette permanence est plus -durable que celle de la contractilité animale. Déjà, en irritant la moelle, les muscles extérieurs restent immobiles, que les internes sont encore en activité (i). On a cité tant d’exemples de cette permanence, Haller a telment multiplié les expériences sur ce point, que je n’ai pas besoin de rapporter ici des preuves d’un fait dont on ne doute plus. A cette permanence sont dues les évacuations de matières fécales et d’urine qui surviennent souvent. un instant après la mort, et les vomissemens qu’on observedans quelques sujets, sinon d’une manière aussi marquée que pendant la vie, au moins suffisamment pour faire remonter les alimens jusque dans la bouche du cadavre, qui souvent s’en trouve toute remplie , comme je l’ai fréquemment observé (2).
(1) Voyez plus haut, Tordre suivant lequel s’éteint la contractilité des différentes parties du système musculaire.
(2) Ce passage des alimens dans la partie supérieure des voies alimentaires après la mort n’est point un phénomène de con-
Il faut, sous le rapport de cette permanence, comme sous celui de la durée de la contractilité animale, distinguer deux espèces de morts : i° celles qui arrivent subitement, a0 celles qu’amène une longue maladie.
Dans toute mort subite, déterminée soit par une lésion violente du cerveau, comme dans l’apoplexie, la commotion, la compression, l’épanchement, etc. ; soit par une affection du cœur, comme dans une grande syncope, une plaie, un anévrysme rompu; soit par une cessation d’action des poumons, comme dans l’asphyxie par les gaz délétères, par le vide, par la submersion, etc.; la permanence de la contractilité est très-sensible : la mort générale survient d’abord ; puis les organes,
tractilité des fibres de l'estomac : il dépend uniquement, comme l’a démontré le professeur Chaussier, d’un mouvement de fermentation qui s’établit , aux dépens de ces matières , dans toute la portion abdominale du canal digestif; fermentation de laquelle résulte immédiatement une production abondante de gaz , et le ballonnement , du ventre ; puis , consécutivement , une résistance passive des parois abdominales tellement forte que l’estomac et les intestins, ne pouvant plus se développer de ce côté , se trouvent comprimés , et que les matières qu’ils contiennent se trouvent refoulées vers les ouvertures naturelles. Dans ce moment, non-seulement les matières alimentaires refluent souvent dans le pharynx , la bouche et les fosses nasales ; mais encore elles arrivent dans le larynx et les bronches , en franchissant l’ouverture de la glotte. Il faut être bien instruit de ces faits, pour ne pas être tenté, dans un examen cadavérique, de les considérer comme le produit de causes qui ont agi avant la cessation de la vie. ( F. Blandin. )
4g4 SYSTÈME MUSCULAIRE
meurent partiellement; chaque force vitale s’éteint ensuite successivement, pour ainsi dire.]
Dans toute espèce de mort lentement produite, dans toutes celles surtout qu’une maladie de langeura précédées, c’est la mort partielle de chaque organe qui précède ; chaque force vitale s’affaiblit et s’éteint peu à peu, avant que la cessation de leur ensemble, qui constitue la mort générale, ne survienne. Quand cette mort arrive, aucune des vies propres à chaque organe ne reste, tandis que la plupart de ces vies durent plus ou moins long -temps après la mort subite.
On ne peut faire des expériences sur les cadavres, que l’on n’a guère, dans les hôpitaux, que quinze heures et plus après la mort ; mais en faisant périr des chiens de faim , laquelle, trop prolongée, dégénère en une véritable maladie qui dure chez ces animaux huit, dix, douze jours même, j’ai vu la contractilité entièrement éteinte à l’instant de la mort. On m’a amené souvent des chiens affectés de différentes maladies , surtout il y a trois ans, époque à laquelle il y eut une espèce d’épidémie sur ces animaux : or, en les ouvrant à l’instant de la mort, en les tuant même quelque temps avant, et en déterminant ainsi une mort subite, bien différente de celles qui arrivent dans l’état sain , où toutes les parties sont intactes dans leurs fonctions et par conséquent dans leurs forces vitales, j’ai toujours vu une absence constante de contractilité, ou du moins un affaiblissement tel quelle paraissait nulle.
Plusieurs physiologistes ont parlé d’une convulsion générale qui survient dans les muscles organiques à l’instant de la mort, d’un soulèvement du cœur, de l’estomac, des intestins , etc. Cet excès d’action est réel quelquefois dans les morts subites, dans celles surtout que nous déterminons pour nos expériences; elle est trèsrare dans les morts précédées d’une longue maladie, dans laquelle le malade s’éteint pour ainsi dire insensiblement, et passe par gradation de la vie à la mort. C’est un défaut commun à presque tous les auteurs , d’avoir trop généralisé les faits observés dans certaines circonstances : une foule de fausses conséquences sont résultées de là.
Sympathies .
Aucun organe ne reçoit plus facilement les influences des autres, que les muscles organiques : tous cependant n’en sont pas également susceptibles. Le cœur occupe le premier rang sous ce rapport; viennent ensuite d’abord l’estomac, puis les intestins, et enfin la vessie. C’est dans cet ordre que nous allons examiner ces influences.
C’est un phénomène remarquable, que toute espèce d’affection un peu forte, née dans l’économie, altère tout de suite les mouvemens du cœur. La moindre plaie , la douleur souvent la plus légère , suffisent pour y produire des dérangemens. Or ces dérangemens sont de deux es-
4g6 SYSTÈME MUSCULAIRE
pèces : tantôt son action est arretée momentanément; de là les syncopes, mode de dérangement qui arrive surtout dans les douleurs violentes et subites. L’expression vulgaire « le cœur me manque,» etc., qu’on emploie dans ces cas, est de toute vérité. Tantôt, et c’est le cas le plus ordinaire, cette action est accélérée: de là les mouve-
mens fébriles si fréquens dans toutes les affections locales; mouvemens purement sympathiques, et qui cessent quand l’affection disparait. Dans une foule d’inflammations locales, le mal est trop circonscrit pour admettre un obstacle au cours du sang; obstacle qui, selon Boerhaave , force le cœur à redoubler son action pour le surmonter: d’ailleurs, quand il n’y a point engorgement, mais seulement douleur dans une partie, et que le mouvement fébrile survient, c’est bien ^à un phénomène sympathique. L’accroissement d’action du cœur peut dépendre sans doute d’une substance étrangère, qui, mêlée au sang, l’altère et le rend plus irritant il peut tenir à une affection de la substance de l’organe, qui la dispose à être plus irritable; mais certainement il est très-souvent sympathique, et dépend de ce rapport inconnu qui lie les uns aux autres tous nos organes, de ce consensus qui enchaîne toutes leurs actions et les met dans une dépendance réciproque.
J’en dirai autant de l’estomac : quoique sa réaction sympathique ne soit pas tout-à-fait aussi fréquente que celle du cœur, cependant elle devient très-marquée dans une foule de circonstances. La plupart des affections locales, des
inflammations spécialement, sont accompagnées de vomissemens sympathiques. Diverses fièvres présentent, dans leur début, de semblables vomissemens. C’est dans les hôpitaux surtout qu’on observe fréquemment ces phénomènes. Plusieurs médecins n’ont point considéré ces vomissemens comme de simples sympathies, mais comme l’indice d’une affection bilieuse, fondés sur ce que l’on rend presque toujours alors de la bile. Mais , dans tous les animaux que j’ai ouverts, j’ai presque toujours vu l’estomac vide contenir une certaine quantité de ce fluide, qui avait reflué du duodénum : d’autres auteurs ont fait aussi de semblables observations ; en sorte qu’il paraît que , dans l’état de vacuité, l’existence de la bile stomacale est un phénomène naturel. D’après cela, il n’est pas étonnant que , dans le début des maladies, dans leur cours meme, l’estomac étant excité sympathiquement, et devenant par là le siège du vomissement, on rende plus ou moins de ce fluide. On le rejetterait de même dans l’état de santé, si on provoquait alors le soulèvement de l’estomac par l’émétique; c’est même ce qui arrive quelquefois le matin quand on est à jeun,, et que quelque cause étrangère à toute affection du foie , comme la vue d’un objet dégoûtant, détermine le vomissement : la bile sort alors comme tout ce qui est contenu dans l’estomac. Je ne dis pas que souvent le foie, étant sympathiquement excité dans le début des maladies, ne fournisse plus de bile, que cette bile surabondante, refluant dans l’estomac, ne fasse contracter ce yiscère; mais certain Akat, cén. x. m.
n entent ce n’est pas le cas le plus ordinaire : on vomit dé ia bile comme on en rejette par l’anus, parce qu’elle se trouve dans l’estomac et dans les intestins, et non parce qu’elle est surabondante. Si le vomissement était une fonction naturelle, les évacuations bilieuses supérieures seraient aussi naturelles que la teinte verdâtre des excrémens, qui se rencontre toujours dans l’état de santé. On voit donc, d’après cela, que les vomissemens bilieux sont, dans beaucoup de cas, une chose purement accessoire, et que le phénomène essentiel, c’est ia contraction sympathique de l’estomac.
Dans le cas dont je viens de parier , il est évident qu5il n’y a aucun embarras gastrique ; l’altération sympathique de l’estomac ne porte que sur les fibres charnues. Mais le plus souvent cet embarras gastrique se manifeste au début dés maladies où il y a affection locale : on vomit des matières saburrales, comme on le dit. C’est qu’aiors l’organe essentiellement affecté, le poumon, par exemple, si c’est dans une péripneumonie, a agi sympathiquement non-seulement sur les fibres charnues, mais encore sur la membrane muqueuse. Celle-ci, excitée, augmente sa sécrétion; de là ces matières saburrales, qui ne sont autre chose que des sucs muqueux mêlés à des sucs gastriques et à de la bile : or , la présence de ces matières suffit souvent pour faire contracter l’estomac, et pour produire le vomissement qui les expulse.
D’après cela , il est évident qu’il peut y avoir vomissement sympathique sans embarras gastrique ? et embarras gastrique sympathique avec un
DE LA. VIE OkGAMQUÊ. ^99
vomissement produit immédiatement. Dans le premier cas, ce sont les libres charnues qui ressentent l’influence sympathique de l’organe affecté; dans le second , c’est la\membrane muqueuse. Mais comment le poumon , la plèvre, la peau, etc. , étant affectés, l’estomac entre- t-il en action ? Je l’ai dit* le mot sympathie n’est qu’un voile à notre igno^ rance sur les rapports des organes les uns avec les autres. Les vomissemens produits par l’érysipèle , le phlegmon, la pleurésie, la péripneumonie, etc., sont donc le plus souvent un effet absolument analogue à l’augmentation d’action du cœur qui détermine 1a. fièvre. Ils ressemblent au trouble cérébral d’où naît le délire, trouble qui est bien plus rare, etc. Tous ces phénomènes indiquent que lèâ autres organes se sont ressentis par contre-coup de l’état de celui qui est affecté, etc. Les médecins cfui n’ont, point envisagé tous ces phénomènes d’une manière grande et générale ont rétréci leur traitement dans des bornes trop étroites. Autrefois on avait beaucoup égard au trouble sympathique dut cœur, et on saignait beaucoup dans l’invasion ^es maladies; depuis quelques années on a spécialement égard au trouble sympathique l’estomac , et on émétise fréquemment : peut-être, dans quelque temps , on fera plus d’attention aux pesanteurs de tète , aux douleurs de Cfette région , à l’insomnie, aux somnolences, etc., qui sont des symptômes sympathiques très-communs, et on dirigera le traitement du côté du cerveau. Dans ces variétés, les médecins judicieux envisageront tous ces phénomènes d’une manière générale : ils verront dans
5oü SYSTEME MUSCULAIRE
tous une preuve de cet accord général qui coordonne toutes les fonctions les unes aux autres, qui les enchaîne toutes, et qui par là même enchaîne leurs dérangemens ; ils verront chaque organe se soulever, pour ainsi dire, contre le mai qui s’est introduit dans l’économie , chacun réagir à sa manière ; ils verront ces réactions produire des effets tout différens , suivant l’organe réagissant, la fièvre naître de la réaction du cœur, le délire, l’assoupissement, l’insomnie-, les convulsions, etc., de celle du cerveau, le vomissement de celle de l’estomac, la diarrhée de celle des intestins, les embarras gastrique et intestinal , les saburres de la langue de celle des membranes muqueuses , les débordemens de bile de celle du foie, etc. Ainsi, dans une machine où tout se tient, où tout se lie, si une pièce est dérangée, toutes les autres se dérangent aussi. Nous ririons du machiniste qui ne s’attacherait qu’à raccommoder une de ces pièces , et qui négligerait de réparer le dérangement local d’où naissent tous ceux que présente la machine. Ne rions pas d’un médecin qui ne combat qu’un symptôme isolé , sans attaquer la maladie , dont il ne connaît souvent pas le principe, quoiqu’il sache que ce principe existe; mais rions de lui s’il attache à son traitement une importance qui est nulle, comparée à celle du mal.
Après l’estomac , ce sont les intestins, qui sont le plus souvent affectés sympathiquement dans les maladies. La vessie est le muscle organique qui ressent le moins facilement les influences qui partent de l’organe malade : cela arrive quelquefois cepen-
DE LA. VIE ORGANIQUE. Soi
dànt. Dans les fièvres , on sait que les rétentions d’urine par paralysie sympathique et momentanée ne sont pas très-rares; les incontinences se remarquent moins souvent.
Caractère des propriétés vitales .
On voit , d’après ce que nous avons dit ? que les propriétés vitales sont très-actives dans les muscles organiques , surtout sous le rapport de la contractilité. Ces muscles sont réellement, pendant la vie, en permanence d’action ; ils reçoivent avec une extrême facilité les influences des autres organes. Leurs propriétés vitales s’altèrent avec la plus grande promptitude, surtout celles que je viens d’indiquer ; car la contractilité insensible y est rarement altérée , parce qu’elle n’y joue pas un rôle essentiel. Remarquez , en effet, que les dérangemens maladifs d’un organe portent toujours sur la force vitale dominant dans cet organe : la contractilité animale est fréquemment altérée dans lasystème précédent; dans celui-ci , c’est la contractilité organique sensible. Au contraire, l’insensible ou la tonicité l’étant très-peu, les phénomènes auxquels elle préside restent toujours à peu près les mêmes : la nutrition est toujours uniforme; les lésions du tissu musculaire sont rares; quand elles arrivent, c’est plutôt par communication , comme dans les cancers de l’estomac, où la maladie commence sur la surface muqueuse, et où les fibres charnues ne s’affectent que consécutivement. Le cœur et la matrice sont les muscles les plus sujets a cçs altérations morbi-
5o2 système musculaire
fiques : encore, clans le premier, appartiennentelles plus souvent à la membrane interne qu’aux fibres charnues elles-mêmes. Au contraire , dans les systèmes où la contractilité organique sensible est sans cesse en action , comme dans le cutané , le séreux, etc., où elle préside et à la nutrition et à l’exhalation ; dans le glanduleux , le muqueux , etc., où elle détermine et la sécrétion et la nutrition, etc., c’est elle spécialement qui est altérée. De ces dérangemens naissent les altérations de tissu , les maladies organiques proprement dites, qui sont aussi communes dans ces systèmes , quelles sont rares dans ceux où la contractilité insensible , très-obscure , ne se trouve qu’au degré nécessaire à la nutrition.
C’est à cela aussi qu’il faut rapporter la rareté des inflammations aiguës de ce système. Autant, dans le cutané , le séreux , le muqueux , etc. , cette affection est fréquente, autant celui-ci, dont les fonctions naturelles nécessitent peu de tonicité, la présente rarement. Ceux qui ouvrent beaucoup <le cadavres savent que presque jamais on ne trouve le tissu du cœur enflammé. Rien de plus commun que les phîegmasies de la membrane externe ou séreuse , et de la membrane interne ou muqueuse de l’estomac, des intestins, etc.; mais rien de plus obscur, rien de moins observé que celle de leur tunique charnue. Dans le rhumatisme, il y a bien quelquefois, lorsque les douleurs cessent autour des articulations , des coliques violentes, des vomissemens spasmodiques même, indice peut-être d’une affection aiguë des fibres stomacales ou intestinales; mais on
DE LA. VIE ORGANIQUE. 5o3
ne trouve jamais de traces de ces affections; on ne voit point le tissu musculaire présenter ce rouge vif des organes muqueux cutanés ou séreux enflammés : au moins je ne l’ai jamais observé.
Les médecins n’ont point fait assez attention à la différence des inflammations suivant la différence des systèmes; mais surtout ils n’ont point assez remarqué que cette différence s’accorde parfaitement avec celle de la tonicité ou contractilité organique insensible ; que là où cette force vitale est le plus caractérisée * les inflammations ont plus de tendance à se faire , parce que c’est elle qui préside à leur formation ; parce que ces affections supposent son exaltation , comme les convulsions supposent l’exaltation de la contractilité animale , comme les vomissemens , les battemens accélérés du cœur supposent celle de la contractilité organique , etc. Je ne saurais trop le répéter, les maladies les plus fréquentes à chaque système mettent toujours en jeu, exaltent ou diminuent la force vitale prédominante dans ce système. C’est un aperçu pathologique nouveau , qui peut être fécond en résultats.
ARTICLE IV