PHÉNOMÈNES DE L’ACTION DU SYSTÈME MUSCULAIRE DE LA VIE ORGANIQUE
Ces phénomènes sont , comme dans le système précédent, relatifs à l’état de contraction, ou à celui de relâchement.
§ Ier. Force des Contractions .
Elle n’est jamais susceptible de s’exalter au point où atteint quelquefois la force des muscles de la vie animale. Entre le pouls le plus fort et le pouls le plus faible , entre le jet affaibli qui précède certaines rétentions d’urine, et le jet de l’homme le plus vigoureux, il y a bien moins de différence qu’entre la langueur des muscles volontaires de certaines femmes , et l’énergie de ceux d’un maniaque , d’un homme en colère, etc. Le cœur et le deltoïde sont , à peu de chose près, égaux sous le rapport de leur masse charnue ; or, que deviendrait la circulation si le premier poussait quelquefois le sang avec la force que le second emploie à élever le membre supérieur? Un accès de colère, de manie, etc. , suffirait pour produire des anévrysmes , etc. D’un autre côté , les muscles organiques ne sont point atteints de ces prostrations de force si communes dans les autres ; les paralysies leur sont étrangères, parce qu’ils sont hors de l’influence cérébrale. Il y a bien quelque chose qui répond aux convulsions : ce sont les agitations irrégulières qui déterminent tant de variétés dans le pouls des fièvres aiguës, agitations qu’il faut bien distinguer de celles produites par un vice organique du cœur ; mais ces agitations sont toutes différentes des spasmes des muscles volontaires : il n’y a même aucune analogie.
Il n’y a point, dans la force de contraction des muscles qui nous occupent , les déchets qui sont si
remarquables dans celle des autres muscles ; l’effort est à peu près proportionné à la cause agissante, et la distinction de cette force en absolue et en effective ne saurait s’appliquer ici : seulement il faut plus ou moins d’énergie contractile , suivant que le corps à expulser d’un muscle creux est solide ou fluide. Voilà pourquoi les gros intestins sont pourvus de fibres longitudinales plus caractérisées que celles des intestins grêles, pourquoi le rectum surtout , où les excrémens ont leur maximum de solidité, présente ces fibres d’une manière encore plus marquée que le colon et le cæcum , quoique sous une forme différente ; pourquoi, dans les diarrhées, la plus faible contraction suffit pour évacuer les intestins , tandis que , pour rendre des excrémens très-solides, la contractilité organique sensible du rectum étant souvent insuffisante, il faut que les muscles abdominaux aident beaucoup à l’expulsion; pourquoi, quand un corps dur est introduit dans l’estomac, et que les sucs gastriques ne le ramollissent pas, il y reste long-temps avant d’être expulsé , et y détermine un poids incommode, etc., etc. On sait avec quelle rapidité se fait le passage des boissons de l’estomac dans les intestins, combien au contraire les alimens solides séjournent dans le premier, etc.
La force des muscles organiques est incomparablement plus grande dans les phénomènes de la vie que dans nos expériences. Une fois mis à découvert, le cœur ne communique plus que des mou-
souvent irréguliers. Il' n’y a aucune proportion entre la force nécessaire
vemens faibles, et le plus
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pour déterminer le jet , quelquefois de sept à huit pieds , qu’offre le sang sortant de la carotide ouverte dans un chien, et la force des contractions que déterminent les plus forts excitans appliqués sur le cœur extrait du corps. Rien n’égale, dans nos expériences, la force de contraction nécessaire au vomissement, etc., etc.
On a multiplié, dans les muscles organiques, comme dans les précédens ,‘les calculs sur 3a force de contraction , et l’on a eu les mêmes variétés de résultats. Peut-on calculer , en effet, les degrés d’un phénomène que mille causes font à chaque instant varier, non- seulement dans les divers individus, mais encore dans le même; que le sommeil , la digestion , l’exercice , le repos, le calme de lame , l’orage des passions, le jour, la nuit , tout , en un mot, modifie sans cesse ? Je ne sais si nous digérons deux fois dans la même période, si les urines séjournent deux fois le même espace de temps dans la vessie , avant d’en être expulsées, si leur jet est deux fois exactement égal , etc.
Souvent la force des muscles organiques reste dans son degré ordinaire, augmente même , tandis qu’un affaiblissement général s’empare des autres. J^a force du pouls, les vomissement, les diarrhées , etc. , coïncidant avec une prostration générale des muscles de la vie animale, ne sont point un phénomène rare dans les maladies.
§11. Vitesse des Contractions .
Elle varie singulièrement : très-rapide dans les expériences, lorsque la mort est récente et que les excitanssont très-forts, les. contractions sont en général plus lentes dans l’état naturel; on dirait que cest l’inverse de la force: souvent à l’instant où l’on ouvre le péricarde, le cœur se meut avec une vitesse que l’œil peut à peine suivre, surtout si on injecte un fluide irritant dans ce sac séreux un peu avant que de mettre l’organe à découvert , etc. Les contractions augmentent beaucoup de vitesse dans certaines maladies : celles du cœur , par exemple, acquièrent alors dans l’adulte une rapidité souvent très-supérieure à celle qu’elles offrent dans le premier âge. Cette vitesse est aussi , dans ce cas, entièrement distincte de la force des contractions ; il est rare meme que ces deux choses se trouvent réunies au plus haut point. En général , quand la force du cœur est accrue , il y a bien un peu plus de vitesse; mais très-souvent il y a diminution de force avec augmentation de vitesse , ou la force reste la même la vitesse étant beaucoup augmentée.
Nous avons vu que les m use! es vol on taires avaien t , en général , un degré de vitesse au-delà duquel ils 11e peuvent aller , et que cette vitesse tient à la constitution primitive. Le même phénomène ne s’observe-t-il point ici? Souvent, dans deux fièvres dont les symptômes sont les mêmes , dont le degré d’intensité semble être exactement uniforme , le
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pouls est infiniment plus fréquent dans un individu que dans un autre. Cela ne dénote pas toujours une différence dans la maladie, mais dans la constitution primitive , une aptitude de l’un des deux cœurs à se contracter beaucoup plus vite sous le même excitant. Qui ne sait que , dans les expériences , la rapidité contractile est infiniment variable sous Finfluence des mêmes causes ?
Chaque muscle organique a son degré de vitesse : le cœur, l’estomac, les intestins, la vessie, etc., diffèrent singulièrement sous ce rapport (1).
(i) Tous les muscles de la vie animale jouissent d’une vitesse de contraction assez uriiforme; tous dans l’occasion sont sus— eptibles de produire des mouvemens également rapides : mais s’en faut de beaucoup qu’il en soit de même pour les muscles de la vie organique. À la vérité, Bichat, dans cet article, vient d’invoquer l’exemple du cœur pour établir une opinion contraire, et sans doute il a été heureux dans son choix. Toutefois il faut observer que le cœur fait plutôt ici l’exception que la règle. Corm parez -le , en effet , à l’estomac , au duodénum , à l’intestin grêle, au gros intestin, à la vessie, à l’œsophage, etc., vous verrez quelle énorme différence existe entre eux sous le rapport de la rapidité des contractions : là vous trouvez , en effet , vitesse et énergie ; ici , au contraire , lenteur et débilité. En général , la contraction , dans les muscles organiques , est essentiellement vermiculaire ; et cette circonstance imprime un caractère particulier à certaines actions des organes qui en sont tissus.
(F. Blandin.)
§ III. Durée des Contractions .
Le coeur ne reste jamais en permanence de contraction , comme cela arrive souvent aux muscles volontaires. Quoique la faim semble prouver le contraire dans l’estomac et les intestins , cependant ce phénomène n’est point contradictoire : en effet , la contraction permanente des viscères gastriques vides est un résultat de la contractilité de tissu. Toutes les fois que la contractilité organique sensible y est mise en jeu , il y a alternative de contraction et de dilatation : cette alternative caractérise meme essentiellement cette dernière propriété , et la distingue de la contractilité animale et de celle de tissu, où l’état de contraction est souvent permanent.
§ IY. Etat du Muscle en contraction.
Tons les phénomènes indiqués pour les muscles volontaires sont presque applicables à ceux-ci : tels sont l’endurcissement , l’augmentation en épaisseur, la diminution en longueur, l’expression du sang , etc. , etc. Mais il y a quelques différences entre le coeur et les muscles gastriques , sous le rapport du mode contractile. En effet, on voit trèssensiblement dans le premier, i° des contractions de totalité analogues à celles des muscles volontaires , contractions qui ont lieu dans l’état de santé, qui déterminent la projection du sang, et qu’on pro-
5ro
duit facilement dans les expériences, quand les animaux sont encore vivaris ; a0 des oscillations multipliées qui s’emparent des fibres , qui les agitent toutes sans produire aucun effet sensible, sans resserrer la cavité, sans projeter le sang , par exemple. Ces oscillations s’observent à l’instant de la mort , quand le cœur va cesser d’être contractile : on a beau l’irriter alors, il n’y a plus de contractions de totalité, quoiqu'une vibration générale et extrêmement manifeste se soit emparée de ses fibres : cependant sa cavité n’est point t'étrécie; le sang ÿ stagne. Le coeur ressemble parfaitement , sous ce double rapport, aux muscles volontaires : il est agité, comme on le voit pour ces muscles dans le frisson , dans ce qu’on nomme horripilation , comme on l’observe encore dans certains muscles sous-cutanés chez quelques individus. J’ai déjà vu , par exemple, plusieurs personnes affectées d’un frémissement habituel d’une portion du soléaire, frémissement très-sensible à l’œil à travers la peau, et qui n’avait rien de commun avec la contraction nécessaire à l’extension du pied.
Les muscles involontaires de l’abdomen ne présentent jamais ce double mode de contraction. Au lieu des mouvemens brusques , subits et de totalité , on n’y voit qu’un resserrement lent, peu apparent même souvent: c’est une espèce de ramper ; il n’y a pas même , à proprement parler , de contraction de totalité comme celle du cœur , où toutes les fibres d’une oreillette ou d’un ventricule se meuvent en même temps: chaque plan charnu parait ici successivement agir. Placé à l’origine des
gros vaisseaux , la vessie ou l’estomac seraient incapables de communiquer au sang ces mouvemens par saccades que nous offre le jet d’une artère à chaque relâchement. D’un autre côté, à l’instant où le mouvement finit dans l’estomac , les intestins et la vessie, on n’y voit jamais ces oscillations, ces vibrations qui sont presque constantes dans le cœur et les muscles volontaires, et qu’on peut meme y faire naître à son gré.
§ Y. Mouvemens imprimés par les Muscles organiques .
11 n’y a presque jamais de mouvemens simples dans ces muscles, l’entrecroisement divers de leur plan charnu fait qu’ils agissent presque toujours en trois ou quatre sens différens sur les substances qu’ils renferment. On ne peut rien dire de général sur ces mouvemens , qui composent la diastole du cœur, l’agitation péristaltique du tube alimentaire, le resserrement de la vessie , etc. Chaque muscle a son mécanisme qui appartient à l’histoire physiologique de la fonction à laquelle il concourt.
§ YI. Phénomènes du relâchement des Muscles organiques .
Dans le relâchement des muscles organiques , il survient en général des phénomènes opposés aux précédens : il est donc inutile de les exposer. Mais il se présente ici une question à examiner , celle de savoir quelle est la nature de cet état qui succède à la contraction et qui alterne avec elle.
Dans les muscles de la vie animale , lorsque la contraction cesse , ce n’est pas f en général , le muscle lui-même qui revient à son état antécédent d’extension ; il y est ramené par son antagoniste : par exemple , lorsque le biceps s’est contracté pour fléchir l’avant-bras , et que sa contraction cesse , il devient passif ; le triceps se mettant alors en mouvement, l’étend et le ramène à sa position naturelle , en agissant d’abord sur les os, qui communiquent le mouvement à ce muscle. Chaque puissance musculaire de la vie animale trouve donc dans celle qui lui est opposée une cause de retour à l’état quelle avait quitté pour se contracter. Il n’en est pas de même dans la vie organique : ses muscles , qui sont tous creux, n’ont point d’antagonistes. Nous avons bien considéré, jusqu’à un certain point , comme telles les substances contenues dans les muscles creux, substances qui s’opposent à l’effet de la contraction ; mais , incapables le plus communément de réagir après avoir été comprimées, à cause de leur défaut d’élasticité, ces substances ne sauraient faire le même office que les véritables antagonistes.
La plupart des physiologistes ont admis , comme cause de dilatation , l’entrée des substances nouvelles qui remplacent, dans les cavités musculaires, celles expulsées par la contraction : ainsi l’abord d’un sang nouveau dans le cœur , des al un en s dans les portions diverses du tube alimentaire , a-t-il été envisagé comme propre à dilater ces organes j en sorte que, dans cette opinion , les muscles seraient purement passifs pendant qu’ils s’élargissent. Mais
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les considérations suivantes, dont quelques auteurs, et Grimaud en particulier , ont déjà présenté plusieurs, ne permettent point de considérer sous ce rapport la dilatation des muscles organiques , celle du cœur en particulier.
i°. Lorsqu’on met un muscle creux à découvert, le cœur , l’estomac ou les intestins , etc. , et qu’on le vide entièrement des substances qu’il contient , il se contracte et se dilate alternativement comme quand il est plein , si l’on vient à y appliquer un stimulant extérieur. 20. Si on vide par des ponctions tous les gros vaisseaux qui vont au cœur ou qui en partent , de manière à l’évacuer entièrement , sey dilatations et contractions alternatives continuent encore pendant un certain temps. 3°. Pour juger comparativement du degré de force de la contraction et de la dilatation, on peut extraire deux cœurs à peu près égaux en volume , de deux animaux vivans ; placer tout de suite les doigts d’une main dans les oreillettes ou les ventricules du premier, et embrasser avec l’autre main l’extérieur du second : eh bien , on sentira que celui-ci fait un effort aussi considérable en se dilatant que l’autre en se contractant. Ce fait , déjà observé par Pechlin, est d’autant plus remarquable que souvent l’effort de dilatation est supérieur à celui de contraction. J’ai même observé, en répétant cette expérience, que , quelque effort qu’on fasse avec la main , on ne peut empêcher l’organe de se dilater. 4°« L’extension et le resserrement alternatifs d’où naît le mouvement vermiculaire des intestins se voient pendant la faim, lorsqu’on ouvre le ventre d’un Anat. gén» t. in 35
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animal. 5°. La dureté du tissu musculaire organique est aussi manifeste pendant la dilatation que pendant la vacuité. 6°. J’ai observé plusieurs fois , à l’instant où j’irritais le cœur avec la pointe d’un scalpel , qu’une dilatation en était le premier résultat, et que la contraction n’était que consécutive à celle-ci. Il arrive , en général , plus souvent que la contraction commence le mouvement dans les expériences ; mais certainement , le muscle étant en repos , souvent c’est une dilatation qui se manifeste la première.
Il paraît donc très-probable que la dilatation des muscles organiques est un phénomène aussi vital que leur contraction ; que ces deux états se tiennent d’une manière nécessaire ; que leur ensemble compose le mouvement musculaire, dont la contraction n’est qu’une partie (r). Qui sait même si cha-
(i) Sans nier absolument que les muscles intérieurs ou involontaires puissent se dilater , les volontaires s’allonger , par une action vitale propre , analogue à la contraction de ces mêmes muscles, j’observe que la plupart des faits qui tendent à prouver cette action peuvent être expliqués d’une autre manière , et dépendent souvent de causes qui lui sont totalement étrangères , et que n’ont pas vues ceux qui admettent cette action. C’est ainsi que Barthez cite comme des phénomènes de ce genre , dus à une sorte de répulsion active opposée à l’attraction qui domine dans le raccourcissement des fibres musculaires , l’allongement de la trompe de l’éléphant, celui des reptiles , des vers, etc. , dans l’action de ramper , celui même de la langue. Il est évident que , dans tous ces cas , l’allongement n’est qu’un effet secondaire du raccourcissement de certains muscles qui, par leur disposition, ne peuvent pas en produire d’autre , plutôt qu’une dilatation
cune ne peut pas être troublée isolément , si à une contraction régulière ne peut pas succéder une dilatation irrégulière , et réciproquement ? Qui sait si certaines altérations dans le pouls ne tiennent pas aux lésions de dilatation , et d’autres à celles de contraction? Je suis loin de l’assurer ; car, en mè-
re elle. La sangsue , par exemple, a des fibres longitudinales dont l'effet est de la raccourcir, mais en même temps des fibres circulaires qui ne peuvent se contracter sans qu'elle ne soit allongée ^ l’espace que bornent ces fibres devant évidemment augmenter dans un sens pendant qu’il diminue dans l’autre. 11 en est de même des vers , etc. La trompe de l’éléphant contient également deux plans de fibres : les unes , longitudinales , la raccourcissent ; les autres , rayonnées , servent à l’allonger , et ce n’est point à la dilatation des premières qu’il faut attribuer ce dernier effet.
C’est donc faute d’avoir connu la véritable disposition de» fibres musculaires dans certaines régions , et d’avoir su apprécier les effets différens de la contraction de ces fibres suivant la direction qu’elles affectent , qu’on a été porté à les revêtir d’une force d’expansion qui ne leur semble nullement inhérente. Ce qui a lieu dans l’intestin confirme cette idée : il est hors de doute que l’extension et le resserrement alternatifs qui agitent ce viscère dépendent de la contraction alternative de ces fibres longitudinales et circulaires : cependant ce fait est un de ceux qu’on donne en preuve de la dilatation active des muscles.
F. Meckel a présenté quelques considérations nouvelles à l’appui de cette dernière, tirées des états divers où se trouvent les muscles après la mort , des mouvemens qu’on observe dans l’iris , des dimensions variables de la pupille sur le cadavre , etc. ; mais si on en excepte l’iris , dont les mouvemens sont , je crois , assez peu connus , et dont la nature musculeuse est d’ailleurs loin d’être démontrée , la seule contraction des muscles rend parfaitement raison de presque tous les phénomènes dont ils sont le
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decine, il ne faut pas des présomptions, mais des certitudes, pour fixer notre croyance : je dis seulement qu’on peut faire de ce point un objet de recherches.
Il paraît que quelquefois les muscles volontaires sont aussi le siège d'une véritable dilatation active.
siège. Un seul , déjà cité par Bichat , semble d’abord favorable à fallongement actif des fibres , en ce qu’il paraît jusqu’à présent inexplicable : c’est la force avec laquelle le cœur se soulève et tend à se dilater, même quand le sang n’aborde plus dans son intérieur. Mais ce fait , pour être obscur , en est-il plus concluant, et ne peut-il pas tenir, comme les autres, à quelque cause particulière qui nous est inconnue? Qui nous dit que la diastole et la systole ne seront pas un jour des pbénoniènes aussi simples que ceux de la contraction d’un muscle volontaire (i) ?
( Béclard. )
( i ) Ainsi que Béclard le fait remarquer dans la note précédente , on a supposé à la fd)re musculaire une force particulière de dilatation ,dans l’impuissance où l’on était d’expliquer d’une autre manière certaines actions d’organes; mais le temps, qui détruit tout ce qui n’est pas fondé sur la plus sévère observation, a miné petit a petit toute cette tliéorie, etaujourd’bui on doit la considér ercomme totalement ruinée. Les phénomènes de la dilatation du cœur, qui paraissaient à Bicbat si concluans , en faveur de la force de dilatation , qui avaient fait créer à Barthez une force cV élongation active des muscles , qui embarrassaient encore Béclard , et qui sont considérés comme peu explicables par la plupart des physiologistes , ne sont pourtant que des effets fort simples du raccourcissement ou de la contraction de certains plans musculaires du centre circulatoire. Les notions positives que nous possédons maintenant sur l’anatomie de cet important organe , ne laissent plus le moindre doute à cet égard. Les ventricules , en effet, sont formés de deux ordres principaux de libres : les unes, superficielles,
i°. Mis à découvert et extrait du corps, un muscle se contracte, et ensuite se dilate, sans qu’aucune cause le ramène à cet état de dilatation, 20. Dans une amputation , on voit souvent sur le moignon le bout des fibres divisées s’allonger et se raccour-
se contournent autour de l’axe de l’organe en une spirale trèssimple, et dessinent, suivant la remarque très-juste de Senac, un huit de chiffre ; les autres , profondes , se contournent essentiellement de la même manière , mais elles forment des tours beaucoup plus multipliés. Celles-là appartiennent aux deux ventricules à la fois , celles-ci sont particulières à chaque ventricule ; toutes sont insérées par leurs deux extrémités sur les zones fibreuses artérielles et auriculo-ventriculaires de la base du cœur , desquelles elles partent pour décrire leurs spires particulières , et vers lesquelles elles reviennent ensuite. Enfin , les premières , par suite de leurs tours peu nombreux, paraissent obliques sur les deux faces du cœur, et forment des arises assez simples qui embrassent la pointe de cet organe • tandis que les secondes , plus contournées , plus spirales , sont presque circulairement disposées autour des ventricules , et représentent comme les lames emboîtées d’un cornet de papier. Or , supposez ces dernières fibres contractées et raccourcies ; leurs plans divers se pressent les uns contre les autres, les anneaux qu’elles forment se trouvent resserrés, et leur cornet , en totalité , est rétréci par un mécanisme semblable à celui par lequel on diminue la capacité d’un cornet de papier , avec cette différence seulement , que , pour obtenir la diminution de la cavité du cornet de papier , il faut augmenter le nombre des tours de spirale de la lame non rétractile qui le forme ; tandis que dans le cornet des ventricules du cœur , la nature obtient le même résultat , sans augmenter le nombre des tours de spirale des fibres, mais en raccourcissant celles-ci dans toute leur longueur. Que si , au contraire les fibres yçntripulaires superficielles viennent à se racpourçir , elles
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cir alternativement ( i ); double mouvement qui paraît être également vital. 3°. Dans plusieurs espèces de convulsions où les membres se raidissent, dans celles, par exemple, qui accompagnent la plupart des accès hystériques , il paraît qu’il y a une dilatation active très-prononcée : en plaçant, en effet, la main sur les muscles qui devraient alors être relâchés, d’après la disposition des parties, on sent une dureté aussi considérable qu’en tâtant les muscles contractés, etc.
Il y a beaucoup de recherches à faire sur ce mode de dilatation de nos parties, mode qui n’est pas sans doute exclusivement borné au système musculaire, mais qui paraît appartenir encore à l’iris, au tissu spongieux des corps caverneux, aux mamelons, etc. Tous ces organes se meuvent en se dilatant très-manifestement; le resserrement y succède à l’expansion , comme dans les muscles ordinaires le relâchement à la contraction : c’est l’ex-
ne peuvent que produire la dilatation des ventricules , parce que, rapprochant simplement la pointe du cœur de la base , à l’aide des anses simples qu’elles décrivent , elles ouvrent sa cavité des ventricules, comme on ouvre une boutonnière , en poussant l’une vers l’autre leurs deux extrémités. Ainsi, le cœur est formé de fibres qui , bien que disposées d’une manière analogue , offrent cependant sous ce rapport de bien remarquables différences , comme déjà nous l’avons fait remarquer plus haut, différences qui leur impriment des actions opposées ; les premières sont lesagens de la diastole ; les secondes sont réservées à la systole . (F. Blandin.)
(i) Il n’y a rien ici qu’un allongement apparent, résultant de la cessation de la rétraction de muscles divisés. (F. Blandin.)
DE LA VIE ORGANIQUE. 5ig
pansion qui est le phénomène principal. Peut-être aussi que, comme quelques modernes l’ont dit, les gonflemens subits du tissu cellulaire^ qui accompagnent les contusions , les meur tissures , etc., sont un résultat de ce mode de mouvement.
ARTICLE Y