DÉVELOPPEMENT DU SYSTÈME CLANDULEUX
§ Isr. État de ce Système chez le fœtus.
Quoique les sécrétions soient très-peu actives chez . le fœtus, le système glanduleux y est en général très-prononcé. Toutes les salivaires et le pancréas sont plus gros à proportion que par la suite; le foie est énorme; les reins ont un volume proportionné bien supérieur à celui de l’adulte. Les glandes muqueuses partagent probablement la même disposition, quoique je n’aie pas fait de recherches bien précises sur ce point. La forme est différente dans plusieurs : le rein est , par exemple, manifestement bosselé, tandis que par la suite sa surface est presque lisse. La couleur n’est pas non plus la même, ce qui est surtout frappant dans les salivaires et dans la lacrymale; blanchâtres dans l’adulte, ces glandes sont remarquables alors par une extrême rougeur, qu’elles perdent par la lotion, qui ne dépend point du sang circulant dans leurs vaisseaux, quoiqu’il y en ait beaucoup alors dans ces vaisseaux , mais qui est réellement inhérente à leur tissu. Cette couleur
n’est jamais aussi prononcée sur le pancréas, quoi que sa texture soit à peu près la même. La textun des glandes est extrêmement molle et délicate à ce âge, disposition commune à toutes les parties. Elle se divisent, cèdent avec une extrême facilité; e leurs vaisseaux, très-développés, les pénètrent d’um très-grande quantité de fluides.
Alors elles sont pour ainsi dire dans un état cor respondant à celui de rémittence chez l’adulte; elle séparent même moins de fluide, quoique cependan elles paraissent être en permanence d’action. Ei effet, tous les réservoirs ne suffiraient pas pou contenir leurs fluides, si dans un temps donné i s’en écoulait autant qu’après la naissance. Gela dé pend-il de ce que le sang noir, qui alors abord» dans leur parenchyme, n’est point propre à fournil les matériaux des sécrétions? Cela peut y influer, e
même je l’ai conjecturé ailleurs, d’après l’impossi bilité où est ce sang de soutenir beaucoup d’autre;
fonctions. Mais la raison principale me paraît êtr<
que , chez le fœtus, le mouvement nutritif de conT
position prédomine manifestement sur celui de dé composition. Celui-ci est peu marqué, tout ce qu arrive aux organes y reste presque et y séjournt pour fournir les matériaux du rapide accroissemen que le corps nous offre alors. Or, les sécrétion: étant principalement destinées à rejeter au dehor: le résidu de la nutrition , elles doivent être peu ac tives alors.
D’ailleurs la digestion n’introduit dans le sanj aucun de ces principes qui, inutiles à la nutrition doivent pour cela sortir comme ils sont entrés
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c’èst-à-dire sans avoir fait partie de nos organes : telles sont, par exemple, la plupart des boissons, qui ne font que passer dans la masse du sang et en sortent tout de suite par les urines.
Les glandes du fœtus sont donc comme est le cerveau à cet âge : quoique très- développées , elles restent inactives, elles sont dans l’attente de l’acte.
§ II. État du Système glanduleux pendant V accrois s emen t.
A la naissance, le système glanduleux accroît tout à coup en énergie; il prend une vie qui jusque là lui était étrangère, et commence à verser plus de fluide. Il doit ce changement, i° à la différence du sang qui y aborde, et qui, jusque là noir et veineux par conséquent, devient alors rouge et chargé par là même de principes qui lui étaient étrangers; 2° à l’excitation générale et subite portée à l’extrémité de tous les excréteurs, par les alimens pour ceux qui s’ouvrent sur le canal qui s’étend de la bouche à l’anus, par l’air pour les conduits muqueux des surfaces bronchiques ou pituitaires, et pour la glande lacrymale, par les frottemens divers de l’extrémité du gland, et même par l’air qui agit aussi sur lui , pour les reins et la vessie.
Toutes les glandes sont d’autant plus sensibles à cette excitation subite qu’elles n’y sont nullement accoutumées. Leur sensibilité, jusqu’alors assoupie , se réveille, elles ressentent le contact du sang qui y aborde, et qui jusque là n’avait fait sur elles qu’une
faible impression. Ce sentiment est d’autant plus vif que, d’une part, Insensibilité organique des glandes devient plus marquée, et que, d’une autre part, le sang rouge est un excitant plus fort que le sang noir ; car , comme j’ai eu déjà souvent occasion de le faire observer, le sang qui arrive à un organe y produit deux effets, dont l’un est de l’exciter, soit par le mouvement qu’il communique, soit par le contact des principes qu’il contient, et l’autre d’y fournir leurs matières à diverses fonctions , comme à l’exhalation, à la sécrétion, à la nutrition, etc. Le premier effet est commun à tous les organes où aborde du sang; le second est particulier à chacun.
J’observe cependant que beaucoup de sécrétions restent bien moins énergiques pendant les premières années quelles ne le seront par la suite : telles sont celles des glandes salivaires , du foie , etc. Le rein étant destiné à rejeter au dehors le résidu de la digestion, autant et souvent plus que celui de la nutrition , il est dans une activité d’action proportionnée à la première fonction. L’enfant urine souvent, comme il rend fréquemment des excré-1 mens. Ce n’est pas parce que beaucoup de substances, revenant des organes qu’elles ont nourris, se présentent au rein, pour sortir au dehors par cette partie.
Les affections du système glanduleux ne sont pas les dominantes dans les premières années. i°. Ce ne sont pas les parotides qui s’engorgent, dans les tuméfactions fréquentes qui se voient dans leur région : ce sont presque toujours les glandes lymphatiques. 20. On sait que les débordemens de bile et
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les affections qui en dépendent sont très-rares alors. 3°. Toutes les sécrétions relatives à la génération sont absolument milles. 4°- Autant les affections organiques du foie et des reins sont communes chez l’adulte, autant elles sont peu fréquentes chez l’enfant. Alors c’est dans ce qu’on nomme si improprement glandes lymphatiques , c’est dans le cerveau, etc., que l’anatomiste pathologique trouve surtout matière à ses recherches: car observez que les organes qui sont spécialement en action dans un âge sont ceux que les maladies aiguës et chroniques attaquent le plus souvent à cet âge, et qu’au contraire elles semblent oublier ceux dans lesquels il se fait peu de travail. 5°. Les chirurgiens savent que les sarcocèles, les hydrocèles par épanchement, les va-
Iricocèles et tout l’assemblage des maladies du testicule, sont aussi rares avant l’époque de la puberté où il n’y a d’autre travail dans cette glande que celui de la nutrition , qu’elles sont communes dans les années suivantes.
Il paraît que ce sont les glandes muqueuses qui sont le plus communément affectées alors, et par conséquent en plus grande activité. Les lacrymales sont aussi très-fréquemment en action. L’enfant pleure plus souvent que l’adulte; on dirait que toutes les passions qui agitent cet âge n’ont qu’un mode uniforme d’expression, et que ce mode est le larmoiement : l’enfant souffre-t-il, il pleure; est il jaloux, il pleure; a-t-il peur, il pleure encore; est-il furieux, il pleure de n’être pas le plus fort. Cette influence des passions sur la glande lacrymale, dans les premières années, semble avoir lieu aux dépens
de l’influence exercée sur les autres glandes : il est rare que la crainte, que la frayeur, etc. , donnent aux: enfans une jaunisse subite, ou qu’elles excitent chez eux des sécrétions bilieuses; à cet âge on n’urine point, et on ne rend point les excrémens par frayeur aussi souvent que dans les suivans; on n’a point ces vomissemens spasmodiques que les passions des adultes nous présentent si souvent, on ne pâlit et on ne rougit pas autant dans la fureur ; aussi la figure n’est point autant le mobile tableau sur lequel se peignent les émotions de l’âme : l’œil n’étincelle point dans la colère, il n’est point expressif dans l’amitié, etc. C’est la glande lacrymale qui sert le plus souvent alors, dans la face, à l’expression des passions. Remarquez que cette expression est celle de la faiblesse et de l’impuissance , qu’elle est celle de la femme, que tant de phénomènes rapprochent de l’enfant : le cerf impuissant oppose ses larmes aux chiens qui se jettent sur lui pour le dévorer.
Le tissu glanduleux reste long-temps mou et délicat chez l’enfant. A la naissance, et chez le fœtus, le foie ni le rein n’ont point la singulière propriété de durcir par la coction. Ils restent, dans cette expérience , très-tendres et faciles à céder à la moindre impression. Quelque prolongée que soit la cuisson, jamais ils ne perdent ce caractère , qui s’affaiblit peu à peu en avançant en âge, et qui, à cette époque , rend ces glandes susceptibles de servir, dans nos cuisines, à des usages auxquels elles ne sont plus propres dans l’adulte.
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