‹ Anatomie médico-chirurgicale de l'abdomenChapitre 23 sur 66 · VIII. Page · texte numérisé non relu

VIII. Page

premiers faisceaux costoïdes. De même, constamment, le génitocrural se porte directement en avant et traverse le plan antérieur du psoas. Quant au fémoro-cutané et aux racines du crural et de l'obturateur, on peut les voir tantôt en avant des trois derniers faisceaux costoïdes réunis en un seul, et dans ce cas ils passent entre le plan antérieur et le plan postérieur du psoas ; tantôt, mais plus rarement, en arrière de ces mêmes faisceaux et, dans ce cas, la totalité du psoas se trouve passer en avant de la partie inférieure du plexus. L'obturateur apparaît en dedans du muscle, le crural entre le psoas et l'iliaque et dès lors le trajet de ces nerfs reste le même dans tous les cas.

Tous ces nerfs suivent à des niveaux différents la paroi postérieure de l'abdomen sur laquelle ils se trouvent appliqués, dès leur émergence du psoas. Les abdomino-génitaux, parallèles, croisent au-dessous d'une mince couche celluleuse la face antérieure du carré des lombes et disparaissent au niveau du bord externe de ce muscle à travers le transverse pour venir se placer entre le petit oblique et le transverse. Le fémoro-cutané croise le muscle iliaque, sous le péritoine et le fascia iliaca, pour gagner l'échancrure qui sépare les deux épines iliaques antérieures. Le génito-crural suit toute la longueur de la face antérieure du psoas, jusqu'au niveau de l'arcade crurale. Quant au nerf crural, il se loge dans le fond de l'angle que font le psoas et l'iliaque. Chez les sujets gras, une couche graisseuse assez épaisse le dissimule tout d'abord. Il traverse donc toute la fosse iliaque au-dessous du fascia iliaca, avant d'émerger du bassin audessous de l'arcade crurale. Cette situation du fémoro-cutané et du crural explique peut-être certaines névralgies que l'on observe au cours d'affections du côlon droit en particulier.

L'aponévrose du psoas iliaque. — La disposition et la constitution de l'aponévrose du psoas sont assez particulières pour expliquer un certain nombre de conditions pathologiques et, à ce point de vue, présentent un réel intérêt pratique.

L'enveloppe fibro-conjonctive est très différente pour le psoas et pour l'iliaque. Très mince sur le psoas, elle l'entoure d'une fine toile conjonctive qui se fixe en dedans sur les arcades d'insertion et sur les parties latérales des disques intervertébraux. Au niveau du dé-

Grégoire. — Région sous-thoracique. 6

troit supérieur, l'aponévrose est à peine visible. Sur le côté interne du muscle cependant, dans la région qui répond au passage des vaisseaux iliaques, elle prend une certaine consistance. Cette aponévrose ne devient résistante qu'un peu au-dessus de l'arcade crurale, c'est-à-dire avant le point où le psoas va passer dans la cuisse.

Au contraire, l'aponévrose de l'iliaque est d'une grande résistance. Ele s'attache à tout le pourtour de la fosse iliaque et se continue en dedans avec celle du psoas, en passant en pont par dessus l'angle que forment les deux muscles en s' accolant. Très mince en haut et en dedans, elle va s' épaississant progressivement, à mesure qu'on s'approche de l'arcade crurale, au bord postérieur de laquelle elle se fixe.

Elle prend à ce niveau la consistance et l'épaisseur d'une véritable lame fibreuse interposée entre le péritoine et le muscle. Une couche cellulo-adipeuse d'épaisseur variable l'isole encore des plans sus et sous-jacents. Il existe ainsi deux espaces lâches l'un au-dessus, l'autre au-dessous de l'aponévrose.

On s'explique ainsi le trajet différent des collections venues de la colonne vertébrale. En effet, les abcès qui ont pris naissance dans la région dorso-lombaire vont descendre au devant du psoas et de son aponévrose ; arrivés au niveau de l'arcade crurale, leur migration se trouve arrêtée par la barrière résistante que forment la paroi abdominale et l'aponévrose du psoas-iliaque. Ces collections vont pointer dans la fosse iliaque, en arrière de la région inguinale. L'abcès s'est-il développé au contraire aux dépens de la colonne lombaire inférieure, il va glisser dans le psoas et se couvrir de son aponévrose. Arrivé au niveau de l'arcade crurale, il pourra passer aisément au-dessous d'elle, en suivant le muscle et venir faire saillie à la racine de la cuisse et même plus bas. Il existera une poche dans la fosse iliaque au-dessous de l'aponévrose, une autre dans la cuisse. Un détroit formé par l'arcade crurale et le bord antérieur du bassin les réunit et les fait communiquer.

Dans les inflammations aiguës de la fosse iliaque, l'appendicite par exemple, le fascia iliaca oppose une barrière résistante à l'envahissement du muscle iliaque. Il n'en est pas de même du muscle psoas dont l'aponévrose est si mince qu'elle se laisse traverser. Aussi la psoïtis est-elle loin d'être rare dans les suppurations de la fosse

iliaque. Le muscle se contracture et la cuisse, suivant son action, se met en flexion, abduction et rotation externe.

La paroi profonde de l'abdomen présente, comme nous venons de le démontrer, une conformation toute différente de la paroi antérieure ; tandis que celle-ci est régulièrement concave dans tous les sens, la paroi profonde, au contraire, offre à considérer une large saillie médiane formée par la colonne lombaire inférieure et les deux psoas ; de chaque côté deux dépressions : flancs et fosses iliaques que limitent en dedans la saillie du psoas. Enfin dans l'écartement des deux psoas, s'ouvre l'orifice supérieur du pelvis.

Nous tâcherons de démontrer plus loin que la topographie des viscères abdominaux est en partie commandée par la conformation même de ce plan profond de l'abdomen. Ces données ne présentent sans doute qu'un maigre intérêt pour l'anatomiste qui étudie seulement le cadavre. Gela explique peut-être pourquoi on n'y a jusqu'ici si peu attaché d'importance. Elles sont au contraire fort importantes pour ce qui a trait aux applications médico-chirurgicales et méritent pour cette raison de nous arrêter.

Page 1