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LES ANSES GRELES 95

hasard dans le ventre. Or, chez le chien, l'intestin et l'épiploon reprennent dans la suite leur position normale. La même expérience pourrait être refaite chez l'homme où, grâce à la radioscopie, il est possible de suivre le trajet des anses. Il est fort probable que, comme chez le chien, l'intestin reprend sa place après les manœuvres obligées d'une laparotomie.

Dans certains cas pathologiques, on peut voir des modifications considérables se faire dans la situation des anses grêles, en raison même de la longueur du pédicule et de la facilité avec laquelle les anses glissent les unes sur les autres. C'est ce qui se produit dans tous les cas de tumeur de l'abdomen, ou même lorsqu'un épanchement séreux, par exemple, a écarté les unes des autres les anses normalement accolées.

Aspect et situation des anses grêles vues à l'écran. — Il est

difficile, sinon impossible, de prendre une idée de l'ensemble de l'intestin grêle vu à l'écran radiologique. En effet, lorsque la totalité des anses est injectée, leurs ombres se superposent et l'on ne voit plus qu'une masse opaque indéchiffrable. On pourrait arrivera dissocier ces images en injectant un gaz dans le péritoine. Je n'ai pas osé recourir à ce moyen.

L'image est différente pour la partie proximale du jéjuno-iléon et pour la terminaison de l'iléon.

Ici comme pour tous les viscères creux, l'ombre radiologique ne donne que le contour de la cavité de l'organe et non sa forme extérieure. Aussi la forme de l'intestin grêle vu à l'écran est -elle très différente de celle de l'intestin du vivant et à plus forte raison du cadavre.

Le jéjuno-iléon se montre sous forme de raies noires de 12 à 15 millimètres de long, parallèles et écartées les unes des autres d'un demi-centimètre. Toutes ces raies sont réunies en leur milieu par une bande opaque qui paraît les enfiler comme la corde enfile les bouchons d'un filet de pêche.

Béclère compare volontiers cet aspect de stries parallèles aux barbes de plume. Quoi qu'il en soit, il est dû à la saillie que font dans Ja cavité intestinale les valvules conniventes écartées parla bouillie bismuthée (voir fi g. 36).

La terminaison de l'iléon ne se montre pas sous la môme forme. En effet, ces ombres, d'abord espacées et distinctes, se confondent à mesure qu'elles représentent des anses plus éloignées de l'estomac. Les stries se fusionnent ou plutôt disparaissent, de sorte qu'à la partie terminale de l'iléon, on ne voit plus que des ombres rubanées et continues. Leur largeur atteint celle d'un pouce, leurs bords sont plus nets et l'on n'y peut plus voir les dentelures ou les stries qui caractérisent les valvules conniventes, puisque la portion terminale de l'iléon en est dépourvue (Béclère).

Enfin, quel que soit le siège, on ne voit jamais, à moins de cause pathologique, coexister dans la même anse la présence de substance opaque et de poches gazeuses, comme cela se voit si habituellement dans le côlon.

Il est rare qu'on puisse voir sur l'écran les contractions de l'intestin grêle dans leur détail. C'est par intervalle, d'un mouvement rapide et discontinu, que l'on voit se remplir les diverses anses intestinales.

Les premières ombres apparaissent en haut et à gauche de l'abdomen, environ vingt minutes ou une demi-heure après le repas opaque. A mesure que les anses se remplissent, l'hypocondre gauche devient de plus en plus opaque. C'est donc bien la confirmation de ce que montre le cadavre : les premières anses grêles occupent le côté gauche de la cavité abdominale, l'hypocondre gauche.

Quand, enfin, la totalité des anses se trouve injectée, ou qu'une grande partie de la bouillie bismuthée a passé dans le csecum, on voit nettement que la partie haute du pelvis se trouve remplie d'une masse noire qui, à première vue, pourrait être prise pour une injection du côlon pelvien ou de l'ampoule rectale. La terminaison du grêle est donc bien, comme nous le disions plus haut, dans le petit bassin.

Cette situation dans l'hypocondre gauche et dans le pelvis a depuis longtemps frappé les radiologues et ils ne manquent pas d'indiquer « l'ectopie des anses à droite » quand le hasard les met en regard d'un cas où cette anomalie existe.

Les nécessités de la clinique exigent encore que l'on sache la durée de la traversée d'un bol bismuthé, autrement dit le temps pendant lequel l'intestin grêle doit être visible à la suite d'un repas opaque.

R. Grégoire.

Planche XXIX (page 95)

Fig. 36. — Aspect radio-logique des anses grêles, après un repas opaque.

La radiographie a été prise d'arrière en avant. Le sujet est donc supposé vu par derrière.

A. Antre pylorique. — B. Pylore. — C. Bulbe duodénal. — D. Deuxième portion du duodénum. — E. Quatrième portion. — F. Paquet des anses grêles.

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