‹ Anatomie microscopique des éléments anatomiques, des épithéliums (anatomie et physiologie comparées)Chapitre 2 sur 9 · II. Des éléments anatomiques amorphes · texte numérisé non relu

II. Des éléments anatomiques amorphes

— Les substances amorphes se rattachent anatomiquement et physiologiquement à trois groupes distincts. Ce sont : les substances amorphes proprement dites ou d’interposition, les plasmas et les blastèmes .

Il importe de ne pas confondre ensemble

cm derniers. Il est néanmoins commun de voir employés, dans les sens les plus divers et les plus erronés, les termes qui les désignent, par des auteurs qui ne connaissent ni leur origine étymologique, ni leur signification anatomique et physiologique.

Les plasmas sont des parties constituantes liquides, intravasculaires, ne se rencontrant jamais ailleurs que dans les systèmes de vaisseaux clos, sanguins ou lymphatiques et dans la cavité générale du corps de quelques invertébrés, liquides d’une composition immédiate particulière étudiés plus loin à l’article Hygrologie.

Les blastèmes sont des liquides de formation, c’est-à-dire servant à la génération des éléments anatomiques qui naissent à leur aide et à leurs dépens ; ils ont par suite une existence temporaire, tout à fuit transitoire. Ils proviennent soit cVes plasmas laissant exsuder certains de leurs principes au travers des parois des capillaires, soit des éléments anatomiques figurés déjà nés, laissant exsuder certains des principes immédiats liquides qui prennent part à leur constitution.

Ainsi ces liquides sont très-distincts les uns des autres au point de vue de leur origine, de leur fin et de leur composition, puisque les blastèmes viennent des vaisseaux ou des éléments anatomiques ambiants et n’ont qu’une existence temporaire, tandis que les plasmas siègent dans les vaisseaux, viennent des aliments et des tissus par désassimilation, et ont une existence permanente.

Les blastèmes ont été appelés Mucus matricalis par les auteurs latins : substance intercellulaire ou cyloblaslcme (I), dcx.u-cç, cavité, corps, cellule; et Gxÿ.cm u.a, production; exsudai primitif ou plastique (2); e'ducle primitif (Dock).

(1) Schwann, NikroskopUche Untersuchungen ûberdie Uebereinstimmung in der Slructur und dem Wachsllium der Tltiereuml l’Ilanxcn. Berlin 1838, in-8. p. 07.

(2) Valentin, lleperlorium filr Anat. und Physiologie. Berlin, lt<3d, in-8, t. I, p. 138. Exsudât est un mot dont le sens est plus vague et moins détermine encore quo celui do blastème ; exsudât indique tout ce qui sort des vaisseaux capillaires, sans désignation d'espèce concernant ce qui sorl ; il sert à indiquer le résultat du phénomène dit exsudation.

11 représente ainsi, ù la fois, aussi bien les blastèmes que les produits sécrété; normalement ou pathologiquement par les glandes, les séreuses elles muoueuses j et aussi hionces sécrétions que la

I.c mot blastème est deMirbcl (1815), qui désignait ainsi, dans l’embryon végétal, la partie représentée par tout ce qui n’est pas cotylédon, savoir tigcllc, gemmule et radicule. Wallroth (1832) l’a ensuite employé pour désigner le thalle des Lichens. Burdach ( Physiologie , Paris, 1838, traduction française, t. III, p. 371) semble le premier qui s’en soit servi en physiologie et en anatomie animale. Il appelle blastème, ou masse organique primordiale, la masse molle qui tient le milieu entre les solides cl les liquides, dont le liquide semble cire la partie à proprement parler primitive, dans laquelle se multiplient des granulations, jusqu’à ce qu’ enfin on y voie apparaître une configuration organique embryonnaire. Depuis lors, il a été employé avec le sens qui lui est attribué ici, mais cependant d’une manière plus ou moins vague selon les idées régnantes sur la naissance des éléments anatomiques, etc. Oerber surtout l’emploie dans le sens qui lui est donné ici ( Ilandbuch der allgemeinen Anatomie; Berne, 1810, in-8, p. 16) sous les noms de substance de formation (Bil- (lungstoiï; , substance embryonnaire (KcirnslolT) et de blastème que produisent les liquides du sang et de la lymphe.

Les blastèmes, quelle que soit la diversité de leur composition, ne diffèrent à l’œil nu ou sous le microscope que par un peu plus ou un peu moins de consistance. Sous le microscope ils ont l’aspect de substances liquides ou demi-liquides amorphes, interposées en petite quantité, aux éléments préexistants et déjà presque toujours mélangées d’éléments de génération nouvelle. Ils sont incolores, leur transparence tient surtout à la faible proportion de granulations moléculaires qu’ils contiennent, car tous en présentent une certaine quantité, et plus elles sont nombreuses moins ils

fibrine exsudée dans le croup, ou h la surface dos séreuses enflammées, mais ne servant ni dans un cas ni dans l'autre à la génération des cléments anatomiques. C'est par conséquent à tort que lo mot exsudât a été employé quelquefois dans le sens do blastème ou vice versa. Tous les blastèmes sont des exsudais, mais tous les exsudais ne sont pas des blastèmes. Le terme exsudât désigne d'une manière générale tout ce qui sort des vaisseaux sans rupture de ceux-ci, mais il n’indique ni une espèce A part do substance organisée amorpho ou figurée, ni un groupe d’espèces, tant substance organisée comme les blastèmes, que matières organiques sans organisation, comme l’urine, la sueur, la vapeur d'eau pulmonaire, etc.

sont translucides. Cette homogénéité, cette uniformité, cette transparence, sont les principales causes de la difficulté que l’on éprouve à étudier expérimentalement les blastèmes. Elles font qu’on n’arrive à déterminer leur quantité et leur nature, dans beaucoup de régions de l’économie, que par exclusion en quelque sorte.

Ainsi les blastèmes sont des espèces particulières de substances organisées amorphes, distinctes, parleur composition immédiate, du plasma qui en a fourni les principes constitutifs, savoir : par les proportions des principes des deux premières classes , et par la nature différente des espèces particulières de substances organiques qui les composent. Mais ce sont des espèces transitoires, en ce qu’à peine produites elles servent à la génération d’autres espèces d’une organisation plus élevée, en ce que leur existence n’est qu’une succession de phénomènes; en effet, d’un côté on constate leur production incessante, et de l’autre leur disparition continuelle par suite de la naissance, à leurs dépens, d'éléments anatomiques divers. C’est là un fait qu’il ne faut pas oublier, car il en résulte que jamais l’examen d’un seul blastème, ou de différents blastèmes, à une môme période de leur durée, ne peut donner une idée exacte, c’est-à-dire complète de ces corps-là; et pour acquérir cette notion, il est nécessaire d’étudier les blastèmes aux diverses phases de leur existence.

Deux liquides sont parfois confondus avec les plasmas et les blastèmes.

Le premier est le liquida intra-cellulaire, végétal et animal, le contenu des cellules qui présentent une cavité réellement distincte de la paroi. Ce liquide est souvent appelé proloplasma , expression inexacte, au moins chez les animaux C’est bien un fluide réel, mais ce n’est pas un liquide comparable aux plasmas ni aux blastèmes. C’est le contenu de cellules, c’est une de leurs parties constituantes essentielles , quand elles ont paroi et cavité distinctes, et on ne peut l’isoler sans détruire la cellule anatomiquement et physiologiquement, si ce n’est par une vue fictive de l’esprit. C'est donc une portion de la substance môme des cellules, qui ne peut être étudiée sans elle et dont l’examen fait partie de celui des

éléments de ce groupe qui ont paroi et cavité distinctes. Les premiers auteurs qui ont employé l’expression -proloplasma (Purkinje , Jahrbücher für wissenchaftliche Kritik, 1840, et Rcichert, Berichl Hier die Forlschritle der mikroskopischen Anatomie; — Archiv für Anal, und Physiol.

von J. Millier. Berlin, 1841, p. CLXIII) l’ont créée pour désigner le contenu liquide des cellules de l’embryon animal, mis en parallèle avec celui des cellules végétales appelé cambium, liquide apte à fournir les matériaux nécessaires à la naissance et à la nutrition d’autres éléments. Le proloplasma est, dans ce sens, le liquide qui, dans les cellules ayant une paroi distincte de la cavité et un contenu, constitue ce dernier supposé apte -à jouer dans la nutrition le rôle rempli par le plasma sanguin. C’est dans ce sens qu’il est employé par les botanistes (IL Molli., Botanische Zeilung, 1840, p. 73, et Die vegetabilisehe Zelle ; — Handwôrlerbueh der Physiologie ; Braunschweig, 1853, in -8°, t. IV, p. 200). Quelques auteurs désignent même à tort sous ce nom, soit les granulations des cellules animales qui n'ont pas de paroi distincte de la cavité, soit toute la substance du corps de ces éléments, ou encore ce que jusqu’à présent on avait toujours appelé blastème, c’est-à-dire le groupe des parties constituantes élémentaires transitoires que je viens de décrire.

11 est souvent question, sous le nom de suc nourricier, d’une autre matière confondue avec les plasmas et les blastèmes. Mais là il ne s’agit que d'une abstraction anatomique, d’une substance supposée fluide qui n’existe qu’à l’état fictif et uon comme liquide distinct et indépendant ou isolable sans destruction de ce qui le contient. Ce n’est pas une1 espèce à part de substance organisée à proprement parler, d 'humeur, de liquide distinct des éléments anatomiques et pouvant en être séparé sans détruire l’élément lui-mème. Chaque clément anatomique est un corps complexe, il se compose de principes immédiats liquides et solides, d’où résulte un tout, qui est apte à agir, et dont les principes solides et liquides associés moléculairemcnt, se renouvellent sans cesse, grâce à ce mélange compliqué qui constitue l’organisation, et sans analogue dans le règne minéral. Mais, que l’on re-

tranche les solides ou que l’on retranche les liquides, l’élément anatomique n’existe plus tel qu’il doit être étudié, c’est-à-dire tel qu’il est lorsqu’il est apte à agir; il est désorganisé. Or, c’est en isolant par écrasement, etc., la partie fluide de chaque élément, qu’on a cru obtenir ce que sous le nom de suc nourricier, on a voulu donner comme humeur distincte des éléments et devant être étudiée à part; mais sans cette partie liquide l’élément n’est plus lui-même, il est détruit en tant qu’apte à agir. Il est facile de voir que la supposition de l’or/stence spécifique de cette humeur doit être rejetée, ainsi que toutes les déductions basées sur elle.

Les éléments ou matières amorphes proprement dites, demi-solides ou solides , ont aussi été appelés substance intercellulaire (1) et interfibrillaire ; substance organique unissante, substance hyaline (Gerber, 1840), matière amorphe unissante. Ce sont des espèces de substances organisées, solides ou demi-solides, existant dans quelques tissus normaux de presque tous les animaux et des végétaux qui ne sont pas unicellulaircs, et dans divers tissus pathologiques, interposées aux éléments anatomiques figurés, mais n’offrant pas de formes qui leur soient propres, et parsemées ordinairement de granulations moléculaires qui eu font varier l’aspect. Ce sont à proprement parler des parties élémentaires qui n’ont d’autre configuration que celle des interstices qu’elles comblent entre les éléments anatomiques figurés associés ensemble par entrecroisement, etc.

C’est parce qu’on a cru que la substance organisée était toujours à l’état de globules, île cellules, de fibres ou de tubes, qu’on a méconnu l’état réel sous lequel elle se trouve dans beaucoup de tissus et plus souvent encore dans ceux de certains invertébrés, tels que les Acalèphes, que sur les vertébrés. II est à remarquer que l’existence de ces matières amorphes ne pouvait être bien constatée et déterminée que par exclusion progressive eu quelque sorte. Ce n’est

(t) Schwann (1838) emploie celte expression comme synonyme do Cjiloblastéme. Depuis lors elle a été appliquée par Gorber, puis par d'autres après lui à la désignation de parties irès-difliirenles des blastèmes et même de la substance propre des os et du cartilage.

qn’après avoir étudié tous les éléments anatomiques normaux et morbides figurés qu’il devient possible de reconnaître, peu à peu qu’il y en a qui sont purement amorphes et à côté desquels les autres deviennent accessoires, bien qu’ils concourent aussi à la constitution du produit. On observe alors dans le champ du microscope une quantité variable de matière amorphe, granuleuse ou non, interposée aux fibres, aux cellules, aux culs-de-sac glandulaires, etc.

On peut distinguer plusieurs espèces de substances amorphes, tant d’après les différences d’aspeci physique qu’elles offrent, que d’après leurs réactions et d’après la constance de leur distribution dans telle ou telle région de l’économie. C’est surtout d’après leur composition immédiate que ces espèces devraient être établies ; mais celte composition n’est pas encore suffisamment connue, aussi règnc-t-il encore quelque arbitraire dans la détermination de leurs espèces.

Toutefois, sans parler même de celle que l’on voit si nettement entre les fibres et les cellules dans les tissus des Polypes médusaircs, il est facile de distinguer celle qui, interposée aux éléments figurés du tissu cellulaire ou Iamineux des Mollusques céphalopodes et autres, du rostre des Plagiostomes, etc., lui donne un aspect gélatiniformc et une consistance gélatineuse. Elle se retrouve dans diverses régions entre les fibres et les vaisseaux de ce tissu sur les autres vertébrés, jusque chez l’homme, comme dans l’allantoïde, le cordon ombilical, etc. On en voit aussi entre les fibres et les faisceaux de fibres lamineuses et élastiques des séreuses, des épiploons spécialement, etc. Elle est bien distincte de celle qui existe entre les éléments figurés de la moelle des os, et entre ceux de la substance grise des centres nerveux.

Les matières amorphes ont été signalées pour la première fois par Heusinger (1824), qui leur avait donné le nom de substances deformation, parce qu’il croyait qué tous les éléments anatomiques qui ont une configuration spéciale commençaient par être de la matière amorphe interposée entre des éléments préexistants.

Depuis, ces substances amorphes, d’une manière générale, ont reçu le nom de sub-

stances inter cellulaires, en raison do vues théoriques, qui voulaient faire assimiler d’une manière absolue les éléments anato» miques des végétaux à ceux des animaux, c’est-à-dire qui voulaient faire considérer tous les éléments anatomiques des animaux comme étant des cellules, et comme un produit d’exsudation de celles-ci, tout ce qui, dans l’économie, n’est pas cellule.

Cette comparaison des substances amorphes, en général, à la substance intercellulaire des végétaux ne peut être admise, parce qu’il existe une différence très-frappante entre ces deux ordres de substances; les substances intercellulaires des végétaux, en effet, n’apparaissent que peu à peu, au i fur et à mesure que le végétal vieillit, elles sont en quelque sorte une exsudation de la cellule végétale, venant s’interposer aux parois propres des différentes cellules. C’est l’inverse pour les substances amorphes dans les animaux; elles sont toujours plus abondantes entre les éléments figurés d’un individu encore jeune qu'entre les mêmes éléments d’un animal âgé. C’est là une différence caractéristique.

Parmi les parties constituantes élémentaires des plantes qui sont dépourvues de configuration déterminée ou du moins de forme qui leur soit propre. Il faut signaler : 1° La substance de la cuticule et des couches culiculaires de l’épiderme végétal ( Voy . Épithélium); 2° la substance inter cellulaire, dite aussi nuisante ou intermédiaire; 3° la substance gélatiniforme des tissus de beaucoup d’algues, telles que les Tremclles et de divers Champignons, dont il faut peut-être séparer celle qui existe entre les faisceaux de thèques de diverses espèces de ces plantes.

III. Des éléments anatomiques figurés ou proprement dits. — Nous avons dit que la matière organisée n’esi pas toute liquide ou amorphe ; qu’elle se présente surtout à l’état ! de petits corps, ayant une forme et unestruclure spéciales, qu’on appelle des éléments anatomiques proprement dits (fibres, cellules, tubes, etc.). C’est lorsqu’on arrive à leur élude, que l’être vivant se distingue aisément des corps bruts et l'animal du végétal, par cette structure seule qui frappe nu premier coup d’oeil, dès que l'on s' est placé dans les conditions physico-chimiques

qui permettent de l’apercevoir. Dès lors la substance organisée cesse de se rattacher au monde extérieur par des faits de constitution intime ou moléculaire; dès lors les espèces de corps organisés ont encore des caractères d’ordre mathématique (forme, volume, etc.), des caractères d’ordre physique (consistance, couleur), et des réactions chimiques qui continuent à montrer leur dépendance et leur soumission aux lois qui régissent les corps bruts; mais ils ont de plus des caractères d’ordre nouveau, ceux de structure ou d’ordre organique que ne présentent pas les précédents. Ce fait établit à l'égard de ceux-ci une certaine indépendance qui leur est propre. Cette indépendance, plus manifeste encore au point de vue physiologique ou dynamique, c’est-àdire chez l’être en action, qu’au point de vue anatomique, a, parcelle raison, été souvent exagérée, et même regardée comme entière et absolue.

Dès qu’on envisage les éléments anatomiques, les différences entre les corps bruts et les corps organisés, entre les animaux et les végétaux, ne sont plus caractérisées par de simples degrés dans la proportiou des principes qui composent leur substance. On n’est plus obligé de recourir à l’analyse anatomique immédiate comme on est forcé de le faire lorsqu’il s’agit de la substance organisée liquide ou solide amorphe. En effet, considérés en eux-mêincs, et non plus d’une manière abstraite comme substances organisées, les éléments anatomiques ne se rattachent plus aux corps bruts que par ce fait, qu’ils ont encore comme eux des caractères de volume, de forme, de consistance, etc. ; qu'ils sont susceptibles de se combiner avec divers agents chimiques, ou d’être détruits par eux ; mais ils s’en éloignent en ce qu’ils ont acquis des caractères d'un ordre nouveau dits organiques, que ne présentent pas les corps bruts.

Si déjà la substance organisée se distingue facilement de la matière brute, si les animaux peuvent être distingués nettement des plantes lorsqu’on examine celte substance à l’état d’éléments anatomiques, on comprend que la distinction devient encore plus facile, dès qu’en remontant l’échelle des parties dont se compose l’organisme on arrive aux tissus, aux humeurs

tenant des éléments anatomiques en suspension, aux systèmes, aux organes, elc.

Aussi la distinction entre les corps organisés et les corps bruts, puis entre les plantes et les animaux, ne présente-t-elle de difficulté, au point de vue pratique, que lorsqu'on examine la substance organisée liquide ou solide amorphe, et quelquefois des éléments anatomiques libres, isolés, non réunis en tissus, ou dès infusoires constitués par un seul élément anatomique. Mais encore est-il que ces difficultés sont assez faciles à surmonter lorsqu’on s’est préparé à les vaincre par l’examen comparatif des éléments anatomiques des animaux et des végétaux adultes et h l’état embryonnaire. Au point de vue théorique, cette distinction n’en présente aucune dès que l’on sait que toute substance organisée est constituée de principes immédiats nombreux, de trois classes différentes unis réciproquement molécule à molécule, et lorsqu'on connaît les caractères des espèces de principes de chacune de ces trois classes.

Éléments anatomiques végétaux. — Tout élément anatomique végétal figuré se compose d’une paroi, limitant une cavité pleine d’un contenu de nature différente de l’un à l’autre. C’est là seulement co que présentent de commun dans leur structure les éléments anatomiques des plantes.

C’est la constance d’une cavité circonscrite par une paroi géuéralemcnt close de toutes parts qui fait employer souvent l’eipression cellule végétale comme synonyme d’élément anatomique végétal, bien que quelques éléments, comme certains vaisseaux, à leur état de complet développement, soient formés de plusieurs cellules superposées, avec résorption complète ou incomplète des parois formant cloison au point de contact. Il faut donc savoir que ces expressions ne sont synonymes que d’une manière relative. Car, suivant leurs formes, leurs dimensions et leur structure, les éléments anatomiques végétaux, qui, dans le sens absolu du mot, sont en réalité des cellules, se divisent on plusieurs types. Ce sont les cellules proprement dites, les fibres ou cellules fibreuses, et les vaisseaux ou cellules vasculaires.

La paroi ou enveloppe est toujours bien distincte du contenu; d’abord souvent on

voit deux lignes parallèles qui limitent l’épaisseur de la paroi; en outre on peut rompre celle-ci, alors le contenu s’échappe et la cavité se vide. A la paroi adhère un corps particulier, le noyau, qui en fait partie, au moins pendant quelque temps; car, dans beaucoup de cellules, son existence n’est que temporaire ; dans le noyau existent un ou deux nucléoles. Ainsi, paroi et cavité ou contenant et contenu, voilà autaut de choses distinctes qu’on peut observer dans les éléments anatomiques végétaux, et sur lesquelles nous aurons à revenir.

Il n’y a pas de fait relatif à la paroi des éléments anatomiques végétaux qui soit absolument commun à tous. Ainsi elle est formée de cellulose unie à quelques sels, ou à de la subérine, ou à du xylogène, ou bien de la subérine presque pure avec des sels et un peu de cellulose. Cette paroi porte le nom de paroi de cellulose, parce que ce principe s'y trouve à peu près constamment.

Dans les champignons, les algues, etc., c’est la fongine, principe isomère, mais en différant sous quelques rapports, qui remplace la cellulose.

Le plus souvent (mais encore y a-t-il quelques exceptions) elle est tapissée d’une seconde membrane ou couche formée de substances organiques azotées, demi-solides.

C’est l'utricule azoté, primordial ou primitif. A celle-ci se trouvent annexés quelquefois un ou deux (rarement plus) petits corps sphériques ou ovoïdes de môme nature qu’elle; c’est ce qu’on appelle le noyau, nucléus ou cyloblaslo ; celui-ci renferme ou non un à deux très-petits corpuscules, appelés nucléoles ( nucleolus ).

Ainsi, dans tout élément anatomique végétal il faut, à l’égard de l’enveloppe, étudier la paroi de cellulose et l'utricule azoté, laquelle, à son tour, possède ou non un ou plusieurs noyaux.

Dans la plupart des cellules, l'utricule primordial forme une couche ou membrane cellulaire bien distincte du contenu. Le fait est surtout évident quand l’action de l’iode montre le noyau enclavé dans un dédoublement de cette membrane azotée. Dans les Confcrves on la trouve parfaitement nette et isolée, avec ou sans noyau.

l)u noyau, cyloblaslo ou nucléus des cellules végétales ( vésicule nucléenne, Kern-

baschen), Naegcli, dans Schleiden uml Nageli, Zeischrift fur wissenschafilichcn Dotanic, 1844). — Dans toute cellule végétale à la description de l’ulricule primordial se rattache celle du noyau ou cytcblaste (x.u-c;, cavité ; pXaarôî, germe). Le noyau est un corpuscule particulier, partie importante de la cellule, bien distinct de son contenu. Il faiten quelque sorte partie de l’ulricule primordial ; il est formé de la môme matière azotée jaunissant par l’iode. Comme lui, il est sans moyen d’union avec la paroi de cellulose autre que par le contact; comme lui, il est lié à la période de développement et à celle de grande activité nutritive de la cellule ; aussi, quoique son rôle soit ordinairement passager comme celui de l’utricule, il persiste souvent avec lui dans les organes où persiste cette activité de nutrition; il n’existe que dans les cellules où l’utricule existe, il manque où il est absent; il y a assez souvent des utricules azotés sans noyau, il n’y a jamais de noyau sans utricule.

Ainsi le noyau n’appartient pas à la paroi de cellulose, mais à l’utricule primordial azotée qui tapisse la face interne de l’autre membrane. Ses relations avec lui, sa composition chimique, montrent que ce corps est une partie fondamentale, quoique transitoire, de la cellule; il ne doit, par conséquent, pas être mis au môme uivcau et dans le même groupe que les contenus très variables des cellules, tels que les fécules, la chlorophylle, etc. Le contenu cellulaire est dans la cavité de l’utricule azoté dont fait partie le noyau, le membrane de cellulose forme une enveloppe protectrice du tout. Quant aux fils mucilagineux granulés qui lient le noyau à l'utricule, lorsque, par exception, il occupe le centre de la cellule, ils sont dus à la coagulation du contenu mucilagineux par l’alcool. On en voit qui s’étendent d’un côté à l’autre de l’utricule dans des points très-éloignés du noyau, ou du noyau à la paroi opposée, quand celuilà est inclus dans l’épaisseur de l’utricule, ce qui est le cas le plus ordinaire.

Le nucléole ou les nucléoles, quand il y en a deux ou trois, sont des corpuscules très-petits (0l,lin,002 à 0"im,004), mais pourtant plus gros et plus brillants au centre que les granulations moléculaires du noyau.

Ils sont sphériques, à bords nets et foncés; leur masse est homogène, non granuleuse, comme celle du noyau. Cependant quelquefois, mais rarement, ils renferment une granulation moléculaire à leur centre, qui reçoit le nom de nucléoMe.

II n’est pas très-rare de ne trouver aucune trace de nucléole dans des noyaux parfaitement constitués et très-distincts, sous tous les autres rapports.

Contenu des cellules végétales. — Le contenu des cellules étant beaucoup mieux connu que les parois même de ces éléments anatomiques, il nous arrêtera ici beaucoup moins longtemps. Les faits anatomiques qui précèdent ont, avec ceux que montrent les éléments anatomiques des animaux, de fréquents points de contact qui seront signalés chemin faisant.

Le contenu est solide, liquide ou gazeux. Le contenu solide est formé de grains de fécule pressés les uns contre les autres, dans les interstices desquels se trouvent ou des gouttes d’huile (Cyperus esculentus, L.), ou un liquide avec ou sans granulations moléculaires ( Solanum tuberosum, L. Iïelianthus tuberosus, L.).

Le contenu liquide est quelquefois huileux et homogèuc (/miles essentielles des Aurantiacécs) ou aqueux avec des granulations moléculaires azotées, grains de fécule, de chlorophylle ou gouttes huileuses ou résineuses en suspension. Parfois pourtant ces granulations diverses peuvent manquer.

Le contenu aqueux, ou mieux, le liquide qui tient les granules, etc., en suspension, porte dans beaucoup d’écrits le nom de proloplasma. Il est coagulable par les agents qui précipitent l’albumine et se colore en jaune ou jaune brun par la teinture d’iode, comme le font les substances organiques azotées.

Le contenu gazeux est homogène, variable dans sa composition, suivant les espèces végétales et les régions du corps de la plante, et s’observe quand le précédent disparaît par une cause ou par l’autre, et vice versa; car jamais un élément anatomique ne commence par avoir un contenu gazeux.

Tous les éléments anatomiques végétaux sont des cellules dans le sens propre de ce mot. Cependant, lorsqu’on veut en étudier

tous les caractères, on reconnaît bientôt qu’ils sc séparent en groupes très-différents. Ce sont des types d’une même espèce, plutôt ou peut-être autant d’espèces distinctes, car ces types présentent eux-mêmes des variétés. Ces types ne se transforment pas l’un on l'autre; c’est ainsi que d’une cellule quelconque on uc verra pas provenir un laticifèrc, une trachée ou même une libre ligueuse, ni un filament de mycélium ou une cellule ramifiée des Algues, etc. Pourtant,quel quesoit le type des éléments anatomiques végétaux qu’on examine, tous ont pendant un certain temps, vers les premiers moments de leur naissance, les ca-

ractères généraux de forme, de volume et de structure générale des cellules, tels qu'ils sont énoncés plus haut; toutes passent par l’état de cellules, môme ceux qui, plus tard, prendront la forme de fibres, etc. Généralement il est, dès l'abord, possible de distinguer un élément nouvellement formé appartenant à un type de ceux de tout autre type; quelque petite, quelque jeuue que soit une cellule, il est, dès l’abord, possible de reconnaître à quel lypcelleappartient.il n’est, en effet, pas de cellule à fil spiral, quelque petite qu’ellcsoit, qui puisse être confondue avec une cellule du tissu cellulaire ou une ' cellule fibreuse.

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