ANATOMIE MICROSCOPIQUE
remeut développés, tels que les fibres lumineuses, la substauce amorphe du cerveau, et celle de diverses tumeurs, etc. Mais il s’observe aussi normalement sur la plupart des espèces de cellules épithéliales, sur diverses espèces de fibres, etc., qui à partir du moment de leur naissance, à mesure qu’elles se développent, augmentent graduellement de consistance. Dans ce dernier cas, à mesure que la substauce de l'élément prend une consistance plus considérable, l’action dissolvante de tels ou tels réactifs devient de moins en moins facile, ce qui indique un changement manifeste dans la constitution moléculaire des éléments. En même temps aussi surviennent des changements de structure qui se rattachent à la propriété de développement.
Dans les conditions morbides, l’induration consiste en une modification moléculaire graduelle de la substance des éléments telle, que sans changement très notable de structure, elle acquiert une consistance plus con. sidérable. Les changements d’état moléculaire portent principalement ici sur les substances organiques et sont l’inverse de ceux dont il va être question en parlant du ramollissement.
Il arrive souvent que dans les tissus normaux ou morbides dont les éléments se sont indurés, il se produit en même temps entre ces derniers, soit d’autres éléments figurés, soit des granulations moléculaires ou des matières amorphes dont la présence vient compliquer l’état du tissu ; mais c’est ou parlant des altérations des tissus que ce côté de la question devra être abordé.
Du ramollissement. — La nutrition peut, dans certaines conditions morbides, s’opérer de telle manière que la substance organisée qui en est le siège se ramollit, c’est-à-dire devient moins résistante, plus Tacile à écraser, etc. Ce phénomène consiste essentiellement eu une altération intime de la matière des éléments anatomiques, dont la structure n’est pas changée, mais dont la substance a subi des modifications moléculaires. Ces dernières portent particulièrement sur ces principes non cristallisables ou substances organiques dans lesquelles se pas eut des phénomènes catalytiques, bornés à des changements ou catalyses homériques, mais qui influent d’autre part sur le mode
d'union moléculaire des principes cristallisables avec elles.
Ce phénomène peut être un changement survenant normalement dans la nutrition des éléments arrivés à telle ou telle phase de leur développement; mais le plus ordinairement il ne se manifeste que dans des conditions accidentelles ou morbides, et c’est toujours uu phénomène grave parce que souventalors les actes d’assimilation et dedésassimilation se ralentissent ou même cessent bientôt tout à fait.
La propriété de se ramollir sans changer déformé, de volume, de couleur, déstructuré, ni même de composition immédiate dans des conditions complètement indépendantes des variations de température et autres conditions physiques, est absolument propre à la substauce organisée, et repose en particulier sur les propriétés des substances organiques. Il n’est pas besoin d'insister pour faire comprendre qu’il importe beaucoup d’être fixé sur la nature physiologique d’un phénomène élémentaire qui se manifeste dans un nombre si considérable d’organes malades, et sans la connaissance duquel l’interprétation exacte des phases de la maladie devient impossible. Rien de plus vague pourtant que les notions de physiologie pathologique relatives au ramollissement, qu’on nous enseigne.
Ce fait, que celte modification se montre d’une manière naturelle sur les éléments de certains tissus arrivés à telle phase déterminée, semble la rattacher à la propriété du développement; mais la nature des changements moléculaires survenus dans les actes nulri-
tifs d’assimilation ou de désassimilation, et la manifestation du phénomène à un temps déterminé, indiquent seulement que sont survenues les conditions extérieures qui permettent les modifications moléculaires intimes ou nutritives donL il s’agit.
Si le ramollissement consistait en un simple dérangement dans la texture des éléments, son étude se rattacherait à celle des tissus ; mais il n’en est rien, et c’est bien de celle des éléments anatomiques qu’il dépend, car les changements sont moléculaires et se passent même sans que la structure des fibres ou des cellules soit changée.
Tous les éléments sont susceptibles de ramollir ; mais ou observe plus fréquemment
peut-être le ramollissement sur les tubes nerveux céphalo-rachidiens que sur les autrcséléments. Les substances amorphes peuvent présenter cette modification dans un grand nombre de tumeurs telles que les tumeurs épithéliales, glandulaires, hétéradéniques, fibreuses même et cartilagineuses. Le ramollissement se montre en outre sur des éléments figurés tels que les fibres lamineuses, celles du cristallin, les cellules épithéliales etd’autres également. Une fois le ramollissement commencé, il augmente graduellementet peut aller jusqu’à la liquéfaction. Ce fait est surtout évident pour les substances amorphes de certaines tumeurs dans lesquelles il devient cause de la production de leur suc propre. C’est en arrivant à l’étude des tissus qu’il y aura lieu d’examiuer ce phénomène dans toutes ses variétés, selon l’espèce de tumeur dont il s’agit, tant pendant la vie qu’après la mort.
Quant aux modifications moléculaires qui caractérisent essentiellement le ramollissement, elles portent surtout sur la constitution des substances organiques ou principes i non cristallisablcs qui entrent dans lacom- I position des éléments anatomiques, sans qu’il y ait encore séparation et dissociation des parties constituantes. Elles consistent surtout eu ce que ces principes non cristallisahles, tout en conservant leur composition chimique élémentaire, leur transparence, leur couleur habituelles, et la plupart de ! leurs réactions ou de leurs propriétés phy- - siques, perdent plus ou moins complètement leur consistance et leur ténacité. Souvent relies perdent aussi leurs qualités normales r relatives à la nutrition et peuvent en acquérir d’autres plus ou moins nuisibles pour les éléments non ramollis qui les accompagnent ou les avoisinent. Ce n’est par conséquent qu’à la condition d'avoir une idée exacte, des propriétés de ces principes immédiats que l’on pourra se rendre compte de la nature même de ce phénomène.
Do la liquéfaclion. — Certains éléments peuvent passer de l’état solide ou demisolide à l’état liquide, peuvent en un mot sc liquéfier. 11 est des éléments chez lesquels la liquéfaclion se manifeste à l’état normal ; ce sont les cellules embryonnaires de beaucoup d’animaux; elle se montre aussi quelquefois dans diverses conditions
accidentelles ou morbides sur les éléments anatomiques de l’adulte, ainsi qu’eu fournissent des exemples les cas d'ulcération. Cette particularité, comme la précédente et parles mêmes raisons, se rattache à la nutrition dont elle est un cas particulier. Ici les changements catalytiques survenus dans les substances organiques vontjusqu'à uu changement d’état spécifique, soit simplement isomérique, soit probablement avec dédoublement. C’est elle surtout qui constitue ce que certains auteurs ont appelé gangrène moléculaire. Les principes immédiats non cristallisablcs sont spécialement le siège des modificaiions survenues dans la constitution de la matière organisée. Il y a en même temps dissociation moléculaire complète, décomposition de celle-ci par séparation des principes cristallisablcs qui étaient unis aux premiers pour la constituer, et ce fait a lieu par suite de la cessation de la formation et de la décomposition continue des principes coagulables, qui restent normalement dans la substance orga n is ée, s’y formen t et s’y dé composent, sans y entrer ni en sortir tels qu’ils y sont en réalité.
11 importe de ne pas confondre la liquéfaction, le passage de Vêlai solide ou demisolide, à l’état de fluidité complète des substances organiques, et de la matière des éléments anatomiques dont elles sont la base, avec la dissolution d’un solide ou d'un corps demi-solide par un liquide. Dans le premier cas, sans qu’il survienne un liquide, un dissolvant qui entre en contact avec les éléments anatomiques, cellule, fibre, tube, etc., on voit ceux-ci devenir diffiuents ou tout à fait liquides, par suite de catalyses isomériques ou dédoublantes qui sc passent dans les substances organiques surtout. Dans le second cas, c’est par suite de l’action moléculaire du liquide sur le solide, de leur combinaison réciproque même, que se forme un nouveau composé (le fluide résultant de la dissolution), qui est différent des deux premiers corps mis en présence (voyez Chimie anatomique, t. I, p. 4i-i et suivantes). Ces deux ordres de faits, si distincts pourtant, sont habituellement confondus en anatomie pathologique, en physiologie et en thérapeutique générale ou appliquée, faute de méthode et d’habitude de préciser l'emploi des termes désignant des phénomènes si diffé-
rents. Il est commun surtout d’entendre parler do la dissolution spontanée des humeurs, etc., comme si une humeur pouvait se dissoudre elle-même. Celte erreur, dont les inconvénients sont faciles à sentir, doit être évitée avec soin.
Le phénomène de la liquéfaction, du passage à l’état liquide d’éléments anatomiques habituellement solides ou demi-solides, joue un très-grand rôle dans tous les cas morbides dits d’ulcération, et la connaissance précise en est indispensable pour interpréter ceux-ci. Cette connaissance, à son tour, repose entièrement sur celle des caractères et des propriétés des substances organiques.
Du développement. — On donne le nom de développement à cette propriété d’ordre organique caractérisée par ce fait, que tout élément anatomique qui se nourrit, grandit en tout sens (ainsi que l’exprime le mot se développer), et a une On, mort ou terminaison.
Les auteurs anciens déünissaient ainsi le développement : « Auclio (aü;r,<nç augmentatio, accretio incrementum) proprie dicitur species ilia nutrilionis, quando corpora et partes accedenlibus de novo porlionibus iis e quibus antea constabant virlute flammce vitalis,assimilatissecundumomncs dimensiones augenlur, accrescunt usque ad naluræ determinatam quantitatem (Charlton , loc.cit., 1658, in-12, exercilatio 1, § I). Il est remarquable de voir combien peu de physiologistes ont pris en considération cet acte en dehors de ce qui regarde l’accroissement total du corps ou de quelques organes ; combien, au contraire, il en est qui ont confondu les phénomènes du développement de la chose née avec ceux de la naissance de cet objet. Le développement des parties formées associé à la génération d’autres parties a pour résultat V accroissement de chaque organe ou de l’être considéré dans son ensemble, depuis l’état d’œuf jusqu’à l’époque où il vit de lui-même et jusqu’à celle où il a atteint sa grandeur parfaite. Ils distinguaient ces phénomènes de Yèpigénème ou épigenèse (èm-yêVYip.* , de survenir)
qui est le fait de la naissance d’une chose, d'un organe, etc., qui u’existait pas, à côté d’un autre qui préexistait ( quod fit per generationem seu additionem partis post par te m).
Le développement suppose la nutrition; il est sous sa dépendance d’une manière absolue, mais il en est distinct; ce n’en est pas une conséquence, une suite nécessaire; c’est un phénomène qui lui est contingent ; car on pourrait concevoir un corps qui existât indéfiniment sans se développer, se nourrissant par simple oscillation de ses matériaux, c'est-à-dire par un échange égal entre les parties qui sortent et celles qui pénètrent. Ainsi, la propriété de se développer diffère de la nutrition et ne doit point être confondue avec elle ; c’est une autre propriété de la matière, mais de la matière organisée seulement et non de la matière brute. La propriété que présentent les éléments anatomiques, de grandir ou de diminuer en modifiant ou non leur forme et leur structure, est un phénomène qui ne peut se comparer à celui qui consiste en une rénovation continuelle molécule à molécule des principes qui constituent leur substance, par combinaison d’une part et décombinaison de l’autre. Il n’y a réellement rien de semblable dans ces deux phénomènes ; prendre l’un pour l’autre, ou considérer les deux comme n’en faisant qu’un et les désigner par le même mot, serait commettre une grave erreur.
L’être vivant s’accroît tant que chez lui le mouvement d’assimilation prévaut sur celui de désassimilation; il décroît ensuite dès que leur relation devient inverse; enfin, il meurt quand leur harmonie fondamentale se trouve assez rompue.
Buffon établit nettement le sens des mots développement et reproduction, ainsi que les différences qui séparent les actes qu’ils désignent (Histoire naturelle , Paris, 1749, in-4, t. II, p. 49 et 50), et c’est à tort que ces deux termes sont souvent pris comme synonymes. Ce sont les éléments anatomiques mêmes qui sont le siège du développement comme de la nutrition, et l’accroissement du corps entier ou de chaque organe en particulier est le résultat commun du développement de chacun de ses éléments pris eu lui-même et de la naissance de nouveaux éléments anatomiques entre ceux existant déjà. Les mots développement et accroissement ne sont donc point absolument synonymes en physiologie et n'auraient jamais dû être considérés comme tels ; seulement peu d’auteurs se sont préoccupés de
leur seus véritable , soit étymologique, soit historique. Schwann est le premier qui, chez les animaux, ait poussé jusqu’aux éléments anatomiques l’étude de la propriété du développement qui jusqu’alors n’avait été envisagée que dans les tissus ou dans l’organisme entier (Schwann, loc. cil., 1838, p. 209- 214). Henle l’a fait aussi très exactement (loc. cil., 1843, 1. 1, p. 179). Leurs successeurs ont employé tantôt ce terme, tantôt le mot accroissement. Mais c’estsurtout la confusion de la propriété de développement avec celle de naissance ou reproduction qui a été la source d'un grand nombre d’erreurs; aussi, prendre comme synonymes les termes qui désignent chacune d’elles séparément est une faute des plus nuisibles, bien que souvent commise de nos jours.
Aux points de vue de la constitution moléculaire des corps et des actes moléculaires aussi qui s’y passent, ce qui caractérise la chimie c’est la stabilité des combinaisons qui ont eu lieu, la permanence des phénomènes offerts par les espèces chimiques, tant qu’il n’y a pas eu décomposition ; ce qui la caractérise encore, c’est qu’au point de vue dynamique, l’existence des espèces n’offre que deux termes, celui de leur formation et celui de leur ségrégation moléculaire qui en marque la fin. Ces espèces n’offrent, par conséquent, pas de développement, pas de qualité spéciale, intermédiaire, eu quelque sorte, entre le moment de leur formation et celui de leur disparition, en tantqu’cspèce, par combinaison à un autre corps ou par décomposition.
Ce qui caractérise, au contraire, la biologie envisagée sous les mêmes points de vue, c’est l’instabilité de la composition de la substance organisée, des espèces d’éléments anatomiques et d’humeurs ; ce sont leurs variations continues, sous ce point de vue, par une série d'oscillations, en quelque sorte autour d’une ligue constante etd’après une loi de rapidité en progression croissante, puis décroissante, dont les derniers termes ne reproduisent jamais exactement les premiers, et qui diffère d’une espèce d’élément à l’autre.
Celte remarquable et dominante particularité devient à son tour la condition d’existence de faits dynamiques plus frappants encore. C’est d’abord que ces espèces de corps
ont comme les autres un commencement et une fin saisissables à nos moyens d’investigation, sans que cette dernière soit nécessairement une décomposition au point de vue statique. C’est ensuite, qu’entre ces deux termes extrêmes, indépendamment des actes nutritifs dont il vient d’être question, elles sont le siège d’une série de phénomènes intermédiaires dits de développement ou d’évolution dont la fin caractérise la mort de chacune des espèces d’éléments dont il s’agit.
Enfin, les autres propriétés de la substance organisée d’un ordre plus élevé que le développement, telles que celles de naissance, de contractilité et d’innervation, offrent à leur tour cette remarquable particularité qu’elles participent elles-mêmes à ce développement ; c’est-à-dire que depuis l’époque où elles ont commencé à se manifester sur tel ou tel élément jusqu’à celui où elles disparaissent, elles présentent aussi une succession de changements ou de modes, qui constituent une véritable évolution dynamique; cette évolution qui, naturellement, diffère de l’une à l’autre de ces propriétés, selon sa nature reconnaît pour condition statique d’existence le développement même des éléments anatomiques; eu d’autres termes, elle est en corrélation immédiate et inévitable avec les changements successifs qui ont lieu dans l’intimité de la substance des éléments anatomiques et qui caractérisent leur développement individuel.
Les phénomènes de segmentation, do gemmation, etc., dont nous avons parlé précédemment, ayant lieu dans le vitellus, dans les substances amorphes interposées aux épithéliums nucléaires, sur des cellules et des noyaux libres des plantes ou des ani maux, sont en fait un exemple frappant à citer à l’appui de ces données. Ils ont lieu en effet alors seulement que le développement de ces parties élémentaires est arrivé à un certain degré ; ils marquent la fin de cet accroissement; ils constituent la phase terminale de l’évolution de ce qui est né, et ils ont pour résultat l’individualisation en éléments anatomiques figurés des parties amorphes déjà nées ou le doublement individuel de quelque élément figuré; après quoi le développement suit sur chacun de ces derniers de nouvelles phases évolutives, parti-