A ANATOMIE MICROSCOPIQUE
culières à chacun d’eux selon sa constitution spécifique propre.
En réalité donc, les phénomènes de segmentation et de scission, quelles qu’en soient les variétés qui font qu’ils ont pour résultat tantôt l'individualisation en éléments figurés de substance sans forme déterminée, tantôt la reproduction d’un ou de plusieurs individus semblables à l’élémeut qui se segmente, ces phénomènes, disons-nous, ne sont pas des faits de naissance, mais se rattachent, au contraire, à ceux dont l’ensemble reçoit le nom d'évolution ou de développement.
De même encore les propriétés animales, comme la contractilité et V innerva lion, n’apparaissent pas dès le moment de la naissance des éléments qui en sont doués, mais seulement lorsqu’ils out atteint un certain degré de développement, degré avaut lequel elles n’existent pas, mais que leur apparition caractérise dynamiquement ; jusque-là ils ne jouissent que des propriétés de la vie végétative. La première manifestation des qualités ou perfections de la vie animale caractérise Vanimalion, comme leur dernière manifestation caractérise la mort animale, bientôt suivie de la cessation de tout développement et de toute nutrition, ce qui marque la fiu de toute évolution en général, c’est-à-dire de l’attribut dynamique dominant de toute existence individuclle(l).
Aussi, en chimie, le meilleur moyendedétermincr la nature des espèces de composés est-il la connaissance de leur composition jointe à celle de leur destruction spécifique, soit par ségrégation moléculaire, soit par combinaison à d’autres corps ; mais la notion de l’origine des espèces importe généralement peu. En biologie, au contraire, où il s’agit de corps en voie incessante de changements, nous ne pouvons arriver à déterminer leur nalure qu’en ajoutant à la
(1) Pour les anciens et pour beaucoup do modernes qui raisonnent en dehors des notions qu’ont fait acquérir l’anatomie et la physiologie générales, l'animation était l’arrivée de lVime « quod fil ens incor- » poreum, spiritualc et incorruplibilc et immortalc « seu principium illud activum ci proximum animai » in prima significationc sumtx instrumentum, cu- » jus bénéficié membra corporis vivunt, sentiunl, mo- » ventur et omnes in vitse actioncs edunt, » dont on ignorait « originera tamen et naturam et quamdiù » cauccllis corporis organici veluti inclusum tcnctur, » et ita nondum liberrimæ aelivitatis est. » (Castelli, Lexlcon medicum. Cencvæ, 174ü, in-4“, p. 51.)
connaissance de la composition immédiate de leur substance et à celle de leurs réactions des notions nettes sur leur mode de leur apparition jointes à celle des termes de leur existence évolutive, intermédiaires à celle-ci et à leur fin. C’est ainsi que nous pouvons parvenir à déterminer la nature de tout corps qui a une origine et une fin saisissables; mais quaut à ceux qui n’ont ni commencement ni fin, le champ des hypothèses invérifiables est seul ouvert à leur étude, sans que nous puissions en déterminer la nature, parce que la notion de ces deux termes extrêmes est nécessaire pour porter un jugement net sur ceux qui sont intermédiaires.
Phénomènes du développement des éléments anatomiques.
Le point de départ du développement des éléments anatomiques est le moment qui fait suite à celui de leur naissance, de leur apparition en tant qu’individu distinct.
Présentant alors le plus grand degré de simplicité qu’ils offriront jamais, mais déjà spécifiquement différents, les phénomènes saisissables de leur développement consistent en une succession graduelle de très-petits changements de volume, de forme, de consistance, de réactions chimiques et de structure, qui les éloignent de plus en plus de ce qu’ils étaient au début. Chaque espèce offre son individualité sous le rapport de ces changements évolutifs, comme sous celui de son point de départ, et ces derniers sont tels que non-seulement ils différencient de plus en pKis chaque élément de ce qu’il était au début, mais encore chaque espèce des autres espèces.
Quelque peu considérable que soit chacun de ces changements pris individuellement, ils finissent par causer une telle différence entre l’élément arrivé au dernier degré de soü évolution tant normale qu’accidentelle, et ce qu’il était aussitôt après sa naissance, qu’il est impossible, en voyant un élément anatomique complètement développé, de dire ce qu’il était lors de sa nais- j sauce, si l’on n’a jamais observé celle-ci. Chaque espèce trace à cet égard une courbe distincte, si l’on peut ainsi dire; de plus, aucune partie de cette courbe ne peut être exactement superposée à une autre
partie ; ou en d’autres termes, aucune des phases de cette évolution ne se répète, et surtout jamais celles qui correspondent aux états séniles et morbides ne sont assimilables à un retour aux phases embryonnaires, ni sous le rapport de la nature des changements, ni sous celui de la rapidité avec laquelle ils s'accomplissent.
En outre, en voyant un élément qui vient de naître, on ne peut également jamais préjuger exactement quels seront ses caractères spécifiques ultérieurs, si l’on n’a pas encore suivi les phases de son évolution in-
Itermédiaire à l’époque de sa naissance et à celle de son état sénile extrême, pas plus qu’en voyant un embryon on ne pourrait dire quelle sera la ressemblance du même individu arrivé à l'âge adulte ou devenu vieux. Ces faits sont très-importants, et faute i de les avoir connus, faute d’avoir étudié i entre quelles limites peuvent s’étendre les i changements évolutifs que présentent les t éléments de chaque espèce, beaucoup d’erireurs ont été commises dans la délermiuai tiou de la nature des tissus.
Il n’y a rien dans les phénomènes du dév vcloppement d’éléments anatomiques quelconques qui puisse être comparé à la méta-
morphose cl eu recevoir le nom; c’est par une confusion qui a été la source d'erreurs ■sans nombre que l’ensemble des faits qui caractérisent leur évolution a été appelé [ ime/amorp/jose : Metamorphosis seu transformalio sumitur pro specie for/nationis anii malium, quando vermis ex ovo nascilur vil ■ ex eruca ad perfeclam magnitudinem aucla,
< vel ex aurelia papilio et opponilur -rfi uiysveasi, quando per partium additionem aninmalia adolescunt. (Castelli, Lexicon medi- ;um. Genevæ, 1746, in-4, art. Métamor- Whosis.) Or on sait que celte métamorphose ides insectes est caractérisée par la chute ou nmie d’une ou de plusieurs couches d’organes extérieurs se détachant simultanément, pendant que s’accroissent plus pro- ’ondément les orgaues sous-jacents et définitifs, qui tendent ainsi à faire de l’animal in insecte parfait; organes qui tous ou pres-
I. que tous sont nés par épigeuèse dans l’œul iuraut l’évolution ovulaire, comme cela a ieu chez les autres animaux. Il en résulte une >: éric de changements de forme pendant le ‘ éveloppement , sans changement de nature
anatomique qui soit une transmutation : quod mulalur de specie in specicm. L’idée de la métamorphose appliquée aux éléments anatomiques est donc une erreur, car ils n’offrent rien d'analogue à ce qui précède. Ils changent de forme, de volume et surtout de structure en se développant ; ils perdent ou non par résorption des noyaux, ils acquièrent des parties nouvelles, se creusent de cavités, etc., mais sans se dépouiller d’aucune partie externe comme daus le cas de la métamorphose ; or c’est ce dernier fait qui caractérise essentiellement celle-ci parce que, lorsqu’elle débute, les organes sous-jacents qui doivent rester définitifs existent déjà et ne font que se développer, que s’accroître, comme le font individuellement les éléments anatomiques, et cela par suite même du développement de leurs propres parties constituantes élémentaires. Aussi n’appelle-t-on, et à juste titre, en zoologie, animaux sujets à métamorphose, que ceux qui durant les premières phases de leur vie extra-ovulaire perdent un ou plusieurs organes tégumentaires, enveloppant la totalité ou une partie du corps.
Ainsi l’étude des éléments auatomiques daus leur état embryonnaire ne peut remplacer celle des mêmes éléments adultes ou arrivés aux états séniles et morbides, pas plus qu’on ne peut remonter par une simple vue de l’esprit des caractères des éléments adultes à ceux qu’ils ont offerts depuis le moment de leur apparition.
Dès 1811, Gruithuiscn, cherchant h se rendre compte des conditions de la naissance des tissus, plutôt qu’il ne décrit les phénomènes de celle-ci, dit en propres termes que, du tissu cellulaire des plantes, aussi bien que de celui des animaux, peuvent se reproduire, de succession en succession, de nouveaux tissus cellulaires, et chaque forme de cellule n’est limitée par aucune condition de volume ; dans chaque cellule peut s'en former une autre intérieurement ; il peut se former par développement des unes ou des autres plusieurs tubes cylindriques; et toutes peuvent posséder particulièrement dans leur nature les qualités organisantes que nous pouvons tous journellement observer comme se manifestant dans les formations morbides. Ou doit aussi, dit-il, chercher dans le tissu cellulaire la matière
fondamentale, aussi bien de l'organisation la plus inférieure que de celle qui s’élève jusqu’à la vie et à l’intelligence. Seulement, lorsqu il arrive aux faits de détail, on voit que les notions générales, qu’il expose en ces termes, sont loin d’être fondées sur l’examen de la réalité. Il ajoute en effet, que chaque cavité aérienne, chaque cavité médullaire des os, est une cellule élargie ; la cavité du crâne est une cellule dans laquelle se sont formées des cellules plus molles, remplies de substauces pulpeuses, qui consistent en cellules (Gruithuisen, Organozoonomie , oder ueber das niedrige Lebens Verhültniss. München, 1811 ; in-S, p. 151-152). Cela se vcrraitchez l’embryon où le cerveau est liquide (p. 154). La cavité thoracique est, dit-il, une cellule dans laquelle est de nouveau une grosse cellule, la plèvre, et de nouveau dans celle-ci plusieurs autres cellules, les poumons, le péricarde, le cœur; et ces grosses cellules consistent en petites cellules et en fibres et vaisseaux formés à leur tour par des cellules allongées; on voit par le cœur, par l’estomac, etc., que les cellules peuvent posséder en elles la muscularité (p. 155). Les autres exemples qu'il cite étant tous du même genre, les précédents suffisent pour faire sentir où en étaient, à cette époque, les notions analytiques sur lesquelles reposait la synthèse qu’on vient de voir formulée. Ce môme ordre d’hypothèses a été continué par Heusinger (Histologie, 1 824, in-8, p. 1 1 2), qui fait provenir les fibres, les tubes, etc., des particules sphériques dont il admet l’existence comme partout démontrée par le microscope. La sphère étant l’expression d’une lutte égale entre la contraction et l’expansion, tous les organismes, toutes les parties organiques, ont été primitivement des globules. Lorsque les forces éprouvent une plus grande tension, on voit la vésicule émaner du globule, qui souvent n’a que l’apparence de l’homogénéité, sans être réellement homogène. Là où des globules et de la matière amorphe se rencontrent dans l’organisme, ils se disposent en séries, d’après les lois de la physique et de la chimie, et forment des fibres; quand ce sont des vésicules, elles forment des vaisseaux, des canaux. Comme G ruithuisen, il considère les séreuses, les glandes folliculaires, etc.,
comme des cellules agrandies, et les valvules des vaisseaux comme des restes de cellules.
On voit tout de suite combien d’hypothèses, postérieuremen t émises et encore ad mises par quelques médecins, ne sont que des remaniements de celles-ci, et de celle de Blainville; hypothèses auxquelles on a donné un corps plus voisin de la réalité, en prenant, pour les appuyer, des exemples dans les éléments anatomiques réels, ayant forme de cellules, alors aperçus par le microscope, au lieu d’emprunter ces exemples à certaines dispositions anatomiques des organes, comme la plèvre ou les veines.
Déjà, en effet, de Blainville en 1822 ( Organisation des animaux, Paris, 1822, iu-8,p. 9 et suiv.), s’appuyant sur des donuéesempruutées à l’anatomie comparée, avait admis un seul élément anatomique générateur, le tissu cellulaire. En se modifiant avec l’âge à partir de son apparition embryonnaire, et de plus en plus aussi d’une espèce animale à l’autre, à compter des espèces les plus simples, cet élément aurait engendré successivement tous les autres, quels que soient leurs divers attributs ou caractères anatomiques propres, qui empêchent d’abord d’apercevoir leur origine commune. Seulement pour de Blainville, ce sont les fibres ou les faisceaux de fibres du tissu cellulaire qui deviendraient l’origine du cartilage, de l’os, des glandes, des fibres musculaires, des éléments nerveux, etc. En un mot, il leur fait jouer le rôle que quelques médecins modernes attribuent aujourd’hui aux noyaux embryo-plastiques désignés par eux sous le nom de noyaux du tissu cellulaire ou conjonctif.
Abordons actuellement l’étude des phénomènes mêmes du développement. Dans les substances amorphes, ils sont bornés à une simple augmentation de quantité, quelles que soient les conditions dans lesquelles on les observe, sans qu’il soit possible de constater extérieurement d’autres particularités. Mais pour les éléments anatomiques figurés, il n’en est pas de même. Chez eux le développement ne consiste pas uniquement en une simple augmentation de volume. Pendant qu’ils grandissent, ils subissent des changements graduels et incessants survenant dans leur forme qui , de sphéroïdale généralement, devient po-
lyédriquc , prismatique ou filamenteuse , tubuleuse , etc. Eu môme temps leur structure se modifie considérablement.
Selon les espèces dont il s’agit, on voit augmenter ou diminuer les dimensions de leurs granulations, noyaux ou nucléoles, ou certaines de ces parties-là, et des gouttes huileuses ou autres, etc., qui n’existaient pas, se produisent dans leur épaisseur. Sur d’autres ce sont des stries, des dispositions différentes variant d’une espèce à l’autre, qu'on voit se produire. Il en est qui de solides jeviennent creux, normalement ou accidentellement, etc. Il est d’autres modifications de même ordre que les précédentes qui, normalement ou accidentellement aussi surviennent dans des conditions dites séniles, c’est-à-dire que ces phénomènes se montrent alors que les éléments anatomiques sont restés plus ou moins longtemps stationnaires, sans présenter de changements, et qu’ils conduisent peu à peu ces éléments à ne plus manifester avec la môme énergie les propriétés spéciales dont ils jouissent, puis à ne plus les manifester du tout.
Des particularités précédentes proviennent les variétés secondaires, mais nombreuses, que présente la structure de certaines espèces d’éléments d’un Age à l’autre ou d’une région à l’autre. C’est surtout l’examen des éléments anatomiques : 1° à des périodes embryonnaires diverses; 2° à l’état adulte normal; et 3° à l’état morbide ou d’aberration, qui a permis de constater ces faits sans la connaissance desquels nulle interprétation pathologique n’est possible autrement que par hypothèse. Mais, d’autre part, tant que l’un de ces trois termes de comparaison est négligé, on ne peut faire aucune application de ces recherches à la pathologie; toute leur valeur, tant scientifique que pratique, peut être mise en doute.
De toutes ces considérations il ressort aussi qu’il est impossible de conclure de ce qu’on a observé sur une môme espèce d’élément anatomique à ce qui regarde le développement d’une autre espèce; car chacune d’elles, une fois née, suit dans son évolution une marche qui lui est propre. Chaque groupe d’éléments renferme des espèces trèsdiverses, dont chacune suit un mode d’évolution particulier, et qui se trouve natu-
rellement eu rapport avec les différences de structure cl de propriétés spéciales qui séparent une espèce d’une autre espèce. Les faits généraux, c’est-à-dire s’appliquant à toutes les espèces, sont donc peu nombreux. Aussi les notions qui se rapportent aux changements successifs de forme, de dimensions et de structure que subissent dans leur évolution toutes les espèces d’éléments, depuis le moment de leur apparition jusqu’à celui de leur plein développement, ne sont guère susceptibles d’une exposition commune.
Il résulte de là qu’au point de vue anatomique on ne peut posséder une notion exacte de la constitution d’un élément que lorsqu’on l’a observé à toutes les phases de son évolution, ou au moins aux phases principales; il est impossible en un mot de connaître un élément si l’on n’a suivi qu’une seule des périodes de son existence, fût-ce celle qui dure le plus et dite de l’état adulte.
Il est manifeste, d’après les données précédentes, que le développement de chaque élément anatomique est subordonné à la rénovation moléculaire intime et continue ou nutritive. Celle-ci apporte les principes immédiats nécessaires à l’apparition des parties nouvelles dans l’épaisseur de chaque élément anatomique, telles que granulations, etc., c’est par elle que disparaissent les principes des parties qui s’atrophient lorsque ce fait a lieu et lorsque des éléments d’abord pleins se creusent ensuite. C’est par suite de la continuité de ces actes de combinaison et de décomposition incessantes dans l’intimité de la substance des éléments anatomiques, que se rencontrent peu à peu les conditions de l’apparition et de la disparition de ces parties au sein de chaque élément, aussi bien que de leur augmentation et de leur diminution de masse entraînant tels ou tels changements de forme.
Ces derniers faits prouvent en outre que le développement n’est pas simplement une exagération de la nutrition, un excès de l’assimilation par rapport à la désassimilation, puisqu’il y a production au sein môme des éléments, de parties qui n’existaient pas dans ceux-ci et dont l’apparition ne pourrait être soupçonnée par une simple déduction des faits enseignés par l’étude de
la nutrition de ces éléments. Celle-ci existe sous le phénomène du développement, si l'on peut ainsi dire; ce dernier n’a pas lieu sans elle, tandis qu’elle s’accomplit sans discontinuité; aussi voit-on le développement se montrer dans telle ou telle condition normale ou pathologique sur des éléments qui jusque-là étaient stationnaires et ne faisaient que se nourrir, ainsi qu’on voit le passage de l’état stationnaire à celui de mouvement ; de même aussi on observe la cessation de l’accroissement avec, continuation de la rénovation moléculaire, comme, s’il y avait retour du développement à la nutrition.
En fait, l’évolution des éléments anatomiques est surtout caractérisée par l’addition de parties qui apparaissent successivement dans l’intimité de leur substance, ou qui après être apparues s’atrophient jusqu’à disparition complète (dans les cas séniles ou morbides particulièrement), phénomènes accompagnés de changements corrélatifs de forme et de volume.
C’est bien plutôt le développement que la nutrition, comme on le voit, qui pourrait être comparé à une génération incessante, si l’une comme l’autre de ces comparaisons n’était également fausse ; car la génération des éléments anatomiques manque de tout fait comparable à la désassimilation continue qui est un des phénomènes essentiels de la nutrition, et rien également dans la génération ne ressemble au fait de la disparition de parties constituantes dans l’intimité de la substance des éléments, à la production de cavités, etc., phénomènes évolutifs subordonnés à l’acte désassimilateur de la nutrition.
Il est difficile, sinon impossible, d’observer tous les phénomènes du développement d’un ou de plusieurs éléments anatomiques en suivant toutes les phases de leur existence sur un même individu vivant. Il est de ces phénomènes qu’on ne peut que déduire de l’observation d’un nombre plus ou moins grand d'éléments anatomiques offrant des particularités de forme , de dimensions et de structure analogues et de plus en plus simples. On le fait aussi en suivant une marche inverse, c’est-à-dire eu rapprochant des éléments les plus simples ceux qui leur ressemblent le plus par la structure, la forme, la grandeur
et les réactions chimiques, jusqu'à ce qu’on arrive aux éléments tels qu’ils sont chez l’adulte. Le raisonnement est ici le même que celui qui nous fait rapporter à l’espèce chêne une plante qui, dans une forêt, n’a pas la hauteur de la main, parce que, entre celle-ci et le chêne ‘le plus gigantesque, se trouvent tous les degrés intermédiaires possibles relatifs à la taille, aux ramifications des branches et aux dispositions des feuilles. Ainsi, quoique dans la plupart des tissus les éléments qui les composent soient de plusieurs espèces et souvent difficiles à bien isoler sur l’embryon, quoiqu’ils aient pu donner lieu à des interprétations arbitraires, ou fait attribuer à un élément ce qui appartient à d’autres ; un examen répété des mêmes objets dans les mêmes conditions, ramenant constamment sous les yeux les mêmes phases d’évolution, permet de relier exactement les premières de ces phases aux dernières, à l’aide de celles quisout intermédiaires. Par conséquent on peut considérer à l’époque actuelle les phénomènes de celte évolution comme exactement connus pour la plupart des espèces de fibres, de tubes et de cellules.
Faute de pouvoir suivre sur un même individu le développement de chaque élément anatomique , consécutivement à sa naissance, on peut remplacer cet ordre d'observations par l’examen de cet élément fait sur un certain nombre d'êtres de même espèce pris à des âges différents, toutefois aussi rapprochés que possible; mais ou ne saurait lui substituer la description d’éléments de inèmeespèce étudiés dans la série animale sur des êtres d'organisation de plus en plus simple. Ces deux ordres de conditions sont, en effet, essentiellement distinctes.
Le développement est un phénomène coutinu d’une rapidité variable selon la durée de l’existence de chaque individu, pouvant être si lent qu’il peut sembler avoir complètement cessé; mais c’est toujours sur un même être qu’il a lieu; cet acte s’opère dans des conditions statiques qui restent de même ordre, sans interruption peudant toute sa durée, et c’est cette continuité dans les conditions sialiques, comme dans le fait dynamique, qui caractérise l’évolutiou.
En comparant, au contraire, les éléments
Anatomiques (ou des parties plus complexes), dans la série des êtres et non dans la succession des âges, on ne constate plus les phénomènes d’une évolution ; ce ne sont plus des faits d'ordre dynamique assimilables à ceux d’un développement évolutif qu’on a sous les yeux, ce n’est qu’une série de termes distincts, plus complexes les uns que les autres, représentant des conditions statiques qui ne sont pas semblables. Si, en raison du peu de dilïérence de l’un à l’autre des éléments anatomiques comparés entre eux, d’une espèce animale à l’autre, et qui représentent ces termes, ou peut, par une vue de l’esprit, exprimer leurs analogies à l’aide de formules dont les expressions se rapprochent de celles qui servent à décrire un phénomène continu, il importe d’éviter une confusion entre les deux ordres de notions différentes que ces mots servent à désigner.
Dans le cas du développement d’un élément anatomique qui vient de naître, eu effet, celui-ci ne cesse pas d’être lui-même à partir de ce point initial; dans son évolution, il trace en quelque sorte une courbe non interrompue, dont l’état adulte marque le sommet, et la mort ou la destruction de l’élément en est le point terminal. Les aberrations accidentelles ou morbides déformés, de volume et de structure en sont autant de points singuliers. On peut ainsi comparer l’un à l’autre, sur cette ligne continue, les points en nombre infini existant entre ses deux termes extrêmes.
Dans le cas de la comparaison des éléments anatomiques ou des tissus, etc., d’un animal à l’autre, h compter des plus simples pour arriver aux plus complexes, comme dernier terme comparatif, il ne s’agit plus d’une continuité de phénomènes et de changemeuls qui les décèlent. On a sous les yeux une série de termes distincts, disposés en une certaine progression, plus ou moins séparés les uns des autres ; or, entre chacun de ces termes, pour établir une continuité, il faudrait placer des termes ou états anatomiques en nombre infini, ce que l’élude réelle des êtres organisés ne permet pas de faire.
Aussi l’observation fait-elle reconnaître que, pour aucune des parties du corps, scs changements graduels et successifs dans le temps ne reproduisent les différences qu’on
observe dans l’espaceen comparant cette partie de l’un à l’autre des animaux existants, depuis celui où elle offre le plus de simplicité jusqu’à celui où elle est au plus haut degré de complexité.
En d’autres termes, la suite des points de comparaison obtenus dans ce dernier cas ne peut se superposer exactement à la courbe continue que trace dans son évolution une partie du corps de même espèce.
Les formules qui expriment ces deux ordres de notions distinctes, l’une de l’ordre statique, l’autre de l’ordre dynamique, ne coïncident également pas l’une avec l'autre, et l’uue ne. peut être remplacée par l’autre; ou, en résumé, on ne peut suppléer à l’étude du développement des éléments anatomiques, des tissus, etc., par la comparaison des mêmes parties entre une espèce animale et uue autre, et réciproquement l’un de ces deux oidres d’observations étant fait, bien qu’il facilite celui qu’y reste à exécuter, il ne peut exempter d’accomplir celui-ci.
Ces remarques s’appliquent exactement aussi aux cas dans lesquels, connaissant les éléments anatomiques, etc., à l’état normal, il reste à les comparer aux mêmes parties altérées. Quant aux altérations, elles ne sauraient être appréciées sans la connaissance de l’état sain, l’anatomie pathologique n'élant qu’une des formes de l’anatomie (comparative, n’étant que l’anatomie de l'état morbide comparé à l’état sain; ou, en d’aulrcs termes, la comparaison avec elle-même de l’organisation d’un même être observé dans des conditions différentes.
Tout croît dans l’individu par le développement successif des éléments anatomiques qui naissent aussi successivement. Ces éléments sont individuellement développés (mais non engendrés) à chaque instant de leur propre durée par une foule de petits accroissements lents et par moments insensibles, dont l’ensemble représente l’évolution totale. Cette tendance de l’organisme à subir une évolution par celle de ses éléments anatomiques, par un accroissement ou une diminution de substance, selon qu’il parcourt uue période progressive ou rétroactive, atteste la continuité de la force rénovatrice continue dont il a été question plus haut, et il importe de ne pas la confondre avec la propriété ou force génératrice dont il sera
queslion plus loin, si l’on veut comprendre la vie, l’ordre et la beauté des choses de l'organisation.
Le mouvement est une qualité de la matière et parsuite une force, tandis que l’inertie n’est qu’une abstraction; de même l’évolution, s’associant dans une môme substance à la nutrition qui continue à s’accomplir, est une propriété de celte matière qui ne peut pas être considérée comme un pur quantum de la rénovation moléculaire continue. Toutes deux sont des cas particuliers de l’activité propre de la matière organisée, appelée vie en général, mais ce sont deux cas distincts. Plus nous avançons dans cette étude, plus devient précise la détermination des modes de cette activité qui restent inexplicables, lorsque par des vues nées en dehors de l’observation des faits on les réduit tous à des questions de grandeur et de quantité.
Dans la nutrition, dont l’activité est surtout manifeste pendant les périodes de repos des propriétés dites animales de la substance organisée, dans la nutrition, dis-je, on ne saurait voir un fait semblable au développement qui exprime et représente le mouvement; mais seulement des conatus, des sollicitations ou tendances à l’évolution, qui seule peut s’exprimer par une quantité finie.
II y a, comme on le voit, dans la notion d’évolution, deux éléments, l’un fini et caractéristique, qui est la quantité du mouvement ou accroissement, l’autre infinitésimal, c’est-à-dire infiniment petit, qui est la nutrition.
L’introduction du premier de ces termes est la marque de la contingence du phénomène; l’introduction du second est le signe de son universalité comme loi, parce que la nutritrion est le fait le plus général dans l’économie, et domine le second sans l’absorber.
Nous avons vu que c’est dans la propriété de renouvellement moléculaire incessaut de la substance des éléments anatomiques, ayant, dans l’entrce comme dans la sortie des matières, la production de principes immédiats nouveaux pour condition, que se trouve la raison d’ètre des sécrétions et de l’absorption. Nous avons également constaté que l’abandon, dans lequel est longtemps restée
l’étude de la nutrition, a souvent fait considérer la vie comme caractérisée seulement par les phénomènes de sensibilité, de contractilité ou de circulation. Aussi on entend dire fréquemment que les produits tels que les épithéliums, les ongles, les poils, le» plumes, etc., ne vivent pas, parce qu’ils n’ont que des propriétés végétatives, telles que celles de nulriti on, de développement ou de reproduction. Mais il est à remarquer que ne jouissant que de ces propriétés, sans posséder de propriétés animales, ils les manifestent avec un degré d’énergie qu’on ne retrouve pas dans les espèces d’éléments doués de sensibilité ou de contractilité. C’est-à-dire que loin d’être dépourvus de vie, ils oQ'rent, à un degré d’énergie presque sans exemple parmi les espèces du groupe des constituants, les trois propriétés végétatives qui caractérisent essentiellement la vie, et c’est sous ce rapport surtout qu’ils se rap. prochent des tissus des plantes.
Il y a plus encore à noter sous ce rapport. On sait que certains phénomènes observés sur un nombre aussi grand d’éléments anatomiques des végétaux les plus simples que sur ceux des animaux de toutes les classes, ont été considérés comme de nature animale dans les uns aussi bien que dans les autres de ces êtres, c’est-à-dire comme des phénomènes assimilables à la contractilité; suivant quelques auteurs, cette communauté de propriétés viendrait enlever toute distinction essentielle entre les animaux et les végétaux (Unger, A. Hoffmann, etc.), et pour les autres détacherait certaines familles du règne végétal pour les reporter dans le règne animal. Telle est, par exemple, celle des champignons myxomycètes, appelés par suite Mycétosoaii'es (de Bary, etc.). Les phénomènes dont je veux parler sont les mouvements appelés sarcodiques , et parfois aussi amiboïdes, observés sur le contenu et sur l’utricule azoté des jeunes cellules des plantes phanérogames (Unger, 1855), des Vaucheria et d’autres algues, puis les mouvements des Gonium et des Chlamydomonas, des Spiralina, etc., de celui également des spermatozoïdes des algues et de leurs zoospores. Je veux principalement parler aussi des mouvements sarcodiques observés par Schmilz , A. Hoffmann, et surtout par de Bary, sur le stroma
éléments anatomiques. 9i
ou matelas muqueux de quelques Hyméno mycètes et de tous les Myxomycètes ; puis particulièrement enfin du passage à l’état de corps semblables aux infusoires rangés dans les genres Alonas et Amibes quant à leur forme, à leurs mouvements, à leurs déformations avec ou sans segmentation en deux, etc., de ce passage, dis-je, observé dans la cavité des cellules filamenteuses de certaines algues et surtout, soit sur le contenu des spores des Myxomycètes lors de leur germination (de Bary), soit sur des spermatozoïdes de certaines algues.
Pour quiconque a vérifié quelques-unes de ces observations, ainsi qu’il n’est pas difficile de le faire, la similitude est incontestable entre les Amibes et les Menas d'origine végétale et ceux qui se produisent aux dépens du vitellus des œufs de Planaires, de Mollusques , d’insectes diptères, etc., et de Poissons ( ainsi que Reichert l’a vu il y a longtemps déjà) en voie d’altération. Leurs mouvements, leur manière d’englober divers corpuscules d’autres éléments anatomiques, etc., ou de se creuser de vacuoles hyalines, sont également on ne peut plus semblables dans ces corps et dans les filaments muqueux des Myxomycètes avec les phénomènes de même ordre, dits sarcodiques ou amibo'ides, observés sur beaucoup d’infusoires, de cellules épithéliales, sur celles de la corde dorsale , sur les leucocytes, et d’autres éléments anatomiques de tous les animaux.
D’autre part des mouvements analogues amenant des changements de forme incessants, avec production ou non de prolongements périphériques, s’observent sur des corps d’origine organique, mais non organisés, et dans les modifications desquels il est absolument impossible de faire intervenir la contractilité comme cause. Les corps dont je veux parler sont ceux dont il a déjà été fait mention plus haut, qui proviennent d’éléments anatomiques en voie de destruction, soit morbide, soit cadavérique, et qui réfractent ou non la lumière à la manière des corps gras (voyez aussi Ch. Robin, Mémoires de l'Académie de médecine, Paris, 1859, in-4°, t. XXIX, p. 248).
Ce sont encore les gouttes de la substance médullaire ou myéline des tubes nerveux centraux ou périphériques, soit frais, soit
déjà modifiés cadaYériquement. Ce sont surtout les corps gras chimiquement extraits du sang ou de divers tissus qui, mélangés à l’eau ou à des substances albuminoïdes, et qui n’étant pas encore assez purement isolés pour cristalliser, prennent sous le microscope des dispositions analogues à celle que prend la myéline séparée des cylindraxcs, corps gras qui, en raison de ce fait, ont parfois aussi reçu le nom de myéline.
Ces mélanges, ainsi que l’ont bien décrit E. Montgomery et d’autres auteurs, sont remarquables par l’aspect de cellules que prennent leurs gouttelettes microscopiques, par la manière dont ils se disposent en pellicules vésiculaires analogues à des parois de cellules, circonscrivant une cavité pleine de liquide avec des granules doués de mouvement brownien ou englobant des noyaux et même d’autres éléments anatomiques proprement dits.
Des amas de ces extraits on voit en outre sortir et s’allonger, sous les yeux de l’observateur, des filaments tubuleux ayant un contenu distinct de leur paroi, prenant des dispositions rectilignes , coudées , onduleuses ou spiroïdes, analogues à celles de divers éléments anatomiques ; parfois l’extrémité de certains de ces tubes se resserre, devient moniliforme, et les resserrements vont jusqu’à produire une scission avec séparation complète d’un globe creux, comme dans le cas de production des spores à l’extrémité des cellules tubuleuses de divers champignons oïdiés, etc.
Lorsque ce sont des gouttes sphériques ou à contour sinueux qui se sont formées, on peut les voir aussi sous le microscope, non pas s'infléchir dans un sens et dans l’autre, comme les filaments tubuleux précédents, mais changer de forme incessamment par suite de resserrement et de dilatation alternatives de certaines de leurs parties. Ces resserrements vont même jusqu’à produire une division complète de certains globules en deux, de la même manière qu’on voit s’opérer la scission par étranglement graduel de certaines cellules végétales et animales.
Tout cet ensemble de faits, dont l’analogie est manifeste pour quiconque les a observés, tend donc à montrer que c’est des actes de rénovatiou moléculaire continue,
conduisant au développement, puis à la reproduction par gemmation et par scission continue, que doivent être rapprochés les mouvements sarcodiques décrits sur des corps d’origine organique de provenances a> diverses et si nombreuses.
Ces faits font rentrer tout cet ensemble de phénomènes dans un même groupe, comme simple conséquence d’actes purement moléculaires ou chimiques de combinaison incessante de corps complexes, placés dans des conditions particulières.
Bien loin d'ôtre des actions d’ordre animal, ces phénomènes sont au contraire le résultat d’actes essentiellement d’ordre végétatif, de telle sorte qq,e les amibes, au lieu d’être des animaux, seraient plutôt des parties détachées de l’ulricule azoté d’éléments anatomiques végétaux, dans des conditions accidentelles, comme dans des conditions normales les spermatozoïdes des algues proviennent du contenu azoté de cellules végétales déterminées.
La production par certains extraits graisseux mêlés à des corps albuminoïdes de mouvements et de corps ayant physiquement un certain nombre des caractères des éléments anatomiques, l’exsudation par des éléments en voie d’altération cadavérique de corps demi-liquides doués des mêmes propriétés que les précédents, l’analogie de ces phénomènes avec ceux que présentent les globules d’exsudation sarcodique dont la production conduit à la diffluence des éléments qui en sont le siège, l’analogie des exsudations, des resserrements, etc., offerts par ces globules avec ceux que présentent, soit les corps de provenance végétale aussi bien qu’animale appelés amibes, soit les leucocytes, soit le vitellus de l’ovule de beaucoup d’animaux dans diverses conditions, etc , tous ces faits, dis-je, montrent que les mouvements de ces corps ne sauraient être assimilés à l’un quelconque des modes de la conlraclion musculaire caractéristique de l’animalité. Ils ne lui sont pas plus assimilables et ne prouvent pas plus la nature animale des phénomènes précédents que ne lui sont assimilables les phénomènes de segmentation et de gemmation du vitellus et des cellules, qui s’accomplisseut d’une manière identique sur les plantes et sur les animaux. J1 en est de même du reste, à cet égard, du
mouvement des cils des cellules épithéliales et des spermatozoïdes ou des zoospores, appartenant tous aux éléments qui possèdent au plus haut degré les propriétés végétatives de nutrition, développement et génération.
Variétés et perturbations de la propriété de développement. — Les phénomènes du développement se passent d’une manière régulière dans l’embryon et sur la plupart des sujets jeunes ou même adultes qui offrent, ordinairement, des conditions d’évolution peu variées. Mais il n’en est pas constamment ainsi, chez l’adulte surtout et quelquefois sur le fœtus. On voit se manifester avec ces conditions accidentelles des phénomènes qui se rattachent tous à la propriété de se développer que présentent les éléments anatomiques, dont ils sont autant de cas particuliers. Cesont l’ arrêt de développement, la déformation, l’ hypertrophie et V atrophie. Toutes les espèces d’éléments sont susceptibles de les présenter; mais ces troubles évolutifs ne se manifestent jamais sur tous les éléments d’un même animal à la fois; c’est plus particulièrement sur certaines espèces que l’on en voit des exemples, et sur un certain nombre seulement des éléments de tel ou tel organe.
La connaissance des phénomènes de l’évolution normale ne suffit pas pour faire comprendre complètement ce quesonten fait les états pathologiques précédents; elle ne permet pas à elle seule de juger des limites entre lesquelles ces éléments sont susceptibles de s’écarter de l’état normal sous ces divers rapports. Il est nécessaire de les soumettre à cet égard à une observation spéciale, eu s’appuyant sur la connaissance des lois de l’évolution. normale.
Lorsque, après avoir suivi les phénomènes du développement de l’état embryonnaire ù l’état adulte, puis aux étals sénile et pathologique ou d’aberration, on rapproche les uns des autres, on constate qu’il y a pour certaines espèces plus de différence entre un élément anatomique vu à l’état adulte et le même élément vu à l’état embryounaire, qu’entre cet état adulte et les divers degrés d’aberrations morbides ou de modifications séniles qu’il peut offrir.
Il ressort immédiatement de ce fait un grand nombre d’applications importantes pour la pathologie et pour l’anatomie patho-
Eléments anatomiques.
logique; c’est que, par exemple, pour juger du degré d’altération des éléments, et par suite des tissus, il n’est pas seulement nécessaire de les connaître à l’état adulte, mais qu'il est indispensable d’en avoir suivi l’évolution embryonnaire. En outre, pour déterminer si un élément anatomique, qu’on observe pour la première fois, constitue une espèce nouvelle, il faut avoir constaté les faits dont nous venons de parler; à plus forte raison en est-il de même lorsqu’il s’agit de déterminer : 1° si quelqu’un de ces corpuscules pris dans un produit morbide constitue une espèce à part d’éléments anato uniques, dissemblable de celles qui sont normales; 2“ si ce ne serait point seulement un dcgréd’aberrationd’uncespècc déjà connue.
Or , comme il e«t manifeste que la plupart des produils pathologiques ont été étudiés et déterminés avant qu’on ait possédé ces produits de comparaison, on voit comment la plupart de ces déterminations sont à réformer en suivant la seule marche logique qu’on puisse adopter. Aucun jugement, sur une question relative à des objets en voie incessante d’évolution, ne saurait être fondé s’il ne s'appuie sur la comparaison de l’état adulte, qui sert de terme fixe, à l’état embryonnaire qui montre entre quelles limites l’évolution normale est susceptible de s’étendre, ce qui permet ainsi d’apprécier les modifications pathologiques. Nuis faits ne démontrent mieux que l’anatomie doit commencer par l’histoire, la biographie des éléments anatomiques ; qu’il faut en observer le commencement, le milieu, latin, et môme les aberrations. C’est alors seulement qu’on peut apprécier combien l’évolution accidentelle est susceptible de s’étendre hors des limites propres à l’état normal.
a. Le développement d’un ou deplusieurs éléments peut ne. pas atteindre les limites ordinaires ; arrivé à un certain degré, il cesse ; V assimilation ne l’emporte plus sur la désassimilation; il y a égalité entre ces deux actes élémentaires, égalité qui peut durer plus ou moins longtemps. Dans ce cas, on dit qu’il y a arrêt de développement. C’est là un fait u normal ou tératologique ; beaucoup de cellules végétales et animales, des épithéliums ou autres, des ovules ainsi que des fibres, en offrent des exemples.
b. Le développement étant ou non achevé, on voit des éléments prendre une conformation particulière, non ordinaire; au lieu de se faire uniformément, l’évolution peut avoir lieu d’une manière plus prononcée dans une des parties d’une cellule, d’une fibre, etc., que dans l’autre, ou vice versd; on dit alors qu’il y a déformation. Si donc les éléments ont la propriété de se développer, on peut, dans certains cas particuliers, les voir se déformer, aussi bien que cesser de se développer avant d’avoir terminé leur évolution, dans des cas également accidentels. Voici encore un phénomène qui rentre dans les faits anormaux et constitue les cas tératologiques proprement dits, entraînant des aberrations de forme ; on en constate de nombreux exemples dans toutes les espèces d’éléments à peu près, mais surtout dans ceux qui offrent l’état de cellule.
c. Le développcmentdes éléments achevé, ou avant qu’il le soit.il peut arriver que plusieurs, un seul ou tous, décroissent sensiblement, qu’ils diminuent, que l'acte de désassimilation l’emporte sur celui d’assimilation; il peut se faire, en un mot, qu’ils présentent le phénomène inverse du développement. Cette propriété des éléments anatomiques a reçu le nom d'atrophie. La propriété de s'atrophier rentre aussi, suivant les conditions dans lesquelles ou l’observe, dans les cas anormaux ou tératologiques et dans les cas morbides ou pathologiques. On l’observe tératologiquemcnt lorsque des ovules des plantes et des animaux en voie de développement sont comprimés par d’autres qui les font avorter par atrophie partielle ou totale.
L’atrophie de certains éléments anatomiques, jusqu’à disparition complète ou no», au sein des tissus qu’ils concourent à former, peut devenir le point de départ, la cause de diverses dispositions anatomo-pathologiques et de symptômes ordinairement mal interprétés faute d’une connaissance exacte des phénomènes élémentaires dont les éléments anatomiques sont le siège; connaissance qui seule pourtant peut nous rendre raison des faits dont il s'agit. Telles sont certaines diminutions de volume d’une partie d’un organe avec froncement et retrait ou rétraction des parties voisines, que beau-
coup d’auteurs out attribuées, à tort, soit à uu prétendu tissu particulier qui aurait été doué de propriétés spéciales, comme dans les cicatrices, soit à uue modification de la contractilité, que pour les besoins de la cause on a attribuée à des tissus qui ne renferment pas trace d’éléments contractiles. Lorsque dans les cicatrices le mouvement de résorption naturel à la matière amorphe de ces tissus récemment formés s'empare d’elle, les phénomènes de rétraction commencent. Cette disparition graduelle de la substance amorphe iulerposée au tissu cicatriciel, ou produite dans un tissu anormal, s’opère molécule à molécule, et elle offre toute l’éucrgic que présentent les phénomènes moléculaires, quelle que soit leur lenteur; clleamèue fatalement la diminution d’étendue de la masse que forment les parties voisines, la diminution d’intervalle qui sépare les tissus voisins restés sains. Ce phénomène n’a rien de comparable à la contraction des tissus musculaires; il est tout mécanique, et n’est point dû au raccourcissement de fibres quelconques. Dans les muscles et d’autres tissus, encore lorsqu’il y a disparition molécule à molécule de la substance de leurs faisceaux striés, qui entraîne la diminution de leur masse dans les trois dimensions, il y a par suite rapprochement de leurs extrémités fixes. Beaucoup d’auteurs confondent ces deux modes de rétraction ou de retrait avec le raccourcissement dû à une contracture, c’est-à-dire à un état de contraction prolongée des muscles: par suite, ils se servent à tort des mots rétraction et contraction comme synonymes, et considèrent comme dû à l’un ce qui provient de l’autre, qui ne lui ressemble en rien. Par suite aussi, il en est qui mettent sous la dépendance directe de l’innervation des étals de rétraction qui en sont complètement indépendants, qui sont le résultat d'uue perturbation du développement des éléments anatomiques. (Voy. Ch. Robin, Remarques sur les pieds bols, in Gazelle des hôpitaux. Paris, 18G0, in-4°, p. 83.)
Le mot résorption désigne des phénomènes de môme ordre que ceux qu’indique le terme absorption, mais il ne s’emploie qu’en parlant d’une humeur produite par l’animal môme chez lequel se passe le phénomène dans uue cavité close, soit naturelle,
comme une séreuse, les cavités del’œil, etc,, soit accidentelle, comme un kyste, ou formée par uu liquide épanché (sang, lymphe) ou sécrété (sérosité de l’œdème) dans l’épaisseur d’un tissu ; c’est un mode d’absorption qui ne s’observe guère que dans des conditions accidentelles. Les cas d’atrophie dans lesquels des éléments anatomiques ou des organes disparaissent en entier, molécule à molécule, par suite de troubles de la nutrition, dans lesquels la désassimilation l’emporte sur P assimilation, ont quelquefois été confondus (sous le nom de résorption des solides) avec les phénomènes précédents, parce qu’on supposait que les éléments ou l’organe passaient d’abord par un état de liquéfaction graduelle. Mais nos connaissances plus précises sur les actes moléculaires de la nutrition et la transmission avec échange molécule à molécule des principes qui y prennent part, ne permettent plus cette confusion de choses si différentes. Ceci s’applique également aux cellules adipeuses, dont on dit quelquefois que le contenu est absorbé ou résorbé lorsqu’elles se sont atrophiées en partie et ont perdu une portion de ce contenu; mais l’atrophie et l’absorption ne sauraient non plus être confondues ensemble. Toutefois la force de l’usage entraîae souvent à se servir du mot résorption pour dire qu’un élément anatomique ou un organe se sont atrophiés jusqu’à disparition complète, comme s'il s’agissait du liquide d’un kyste ou de la plèvre résorbé après sécrétion.
d. Aussitôt ou longtemps après que le développement est achevé, il peut dépasser les limites ordinaires. On dit alors qu’il y a hypertrophie. La propriété de s'hyperlrophier, qu’ont les éléments anatomiques, est une qualité accidentellement acquise, c’està-dire qui ne se manifeste que dans quelques conditions uon habituelles. En raison de ce fait elle est dite anomale ou tératologique, et morbide ou pathologique quand de l’hypertrophie résulte une gône douloureuse ou non dans l’accomplissement des fonctions. Ce sont surtout les cellules, tant végétales qu’animales, et aussi les fibres musculaires et autres, qui manifestent cette propriété.
Si donc dans un élément anatomique auquel des principes immédiats plus abondants ou d’une autre nature sont fournis,
lanulritioo devient plus rapide; si le mouvement de composition l’emporte sur celui de décomposition, et qu'il y ait hypertrophie, la propriété de nutrition n’est altérée eu rien, c’est le développement do la Dbre ou de la cellule, etc., qui est troublé. On peut parfaitement concevoir des éléments anatomiques qui ne s’hypcrtrophicraient pas et n’auraient d’autres propriétés que celle de se développer sans dépasser l’état normal'; mais la propriété de s’hypertrophier suppose nécessairement celle de se développer.
Le mot hypertrophie (de Onsp, préposition qui marque l’excès, et xpcipr,, nourriture) devrait être réservé pour désigner le phénomène d’augmentation accidentelle de volume des éléments anatomiques, car c’est en eux que se passe l’exagération du phénomène pour la désignation duquel ce mot a été créé; car chez eux l 'excès de développement qui caractérise l’hypertrophie reconnaît pour cause la prédominance de l’assimilation sur la désassimilation. Nous verrons par la suite que l’augmentation de masse des tissus et des organes est un phénomène plus complexe que le précédent, qui résulte surtout de la multiplication exagérée ou hypergenèse des éléments et souvent en même temps de leur propre hypertrophie, mais d’uuc manière secondaire. Cette remarque peut s’appliquer exactement à l’atrophie, en la prenant en sens inverse. C’est à tort aussi que l’hypertrophie, l’atrophie, etc., sont considérées comme des lésions de nutrition. Indépendamment de l’impropriété des termes ( lésion indiquant le résultat d’un trouble , quelle que soit la nature de celui-ci et non la manière dont s’accomplit la perturbation des actes amenant l’efTet dit lésion) on voit que la nature de la nutrition n’est modifiée en rien, sa quantité ou sa rapidité seules sont troublées, et c’est surtout la manière dont s’accomplit le développement qui est changée. On dit en effet lésion d’un élément, d’un tissu, d’un système, etc., et non lésion d’un acte; réciproquement on dit trouble ou perturbation de la nutrition, du développement, de la génération, delà contractilité, etc., et non lésion de nutrition, de la contractilité, etc. En résumé, le mot lésion est un terme anatomique et non de physiologie ou de dynamique.
Quel que soit celui des phénomènes précédents que l’on envisage, on n’y trouve en rien modifiée la nature de la nutrition, c’est-à-dire que les phénomènes élémentaires caractéristiques de l’assimilation et de la désassimilation ne sont troublés en rien dans ce qu’ils ont d’essentiel. Leur équilibre, leur quantité ou leur rapidité relatives sont seuls changés.
Rien ne montre davantage combien les phénomènes de développement sont subordonnés à ceux de la nutrition , que les changements de structure intime qui surviennent, soit normalement, soit accidentellement, dans les cellules, les fibres, les tubes, etc., à mesure qu’a lieu leur augmentation de volume, sans que pourtant le type de leur constitution cesse d’être reconnaissable. Bien que ce soit par l’étude particulière de chaque espèce que la démonstration de ce fait deviendra surtout évidente, étude à laquelle je dois renvoyer, deux exemples doivent être cités pour l’appuyer.
Il est certain que l’augmentation de masse d’une cellule ou d'une fibre a pour condition la prédominance de l’assimilation sur la désassimilation; mais les changements analogues qui surviennent en môme temps dans le noyau que contient la cellule qui grandit, la production d’un nucléole dans celui-ci, celle de granulations autou r de lui, etc., voilà autant de phénomènes qui sont plus manifestement encore subordonnés à l’emprunt et à l’expulsion incessante de principes nutritifs.
Le passage à l’état granuleux des leucocytes et de beaucoup de cellules ou défibres, qui résulte de la production avec accumulation de granulations graisseuses ou autres dans leur épaisseur, ce qui détermine leur augmentation de volume, constitue aussi un phénomène, tantôt normal (fibres-cellules de l’utérus pendant la grossesse), mais plus souvent morbide, évidemment subordonné à la formation assimilatrice ou désossimilatricc de principes divers.
Un fait inverse du précédent, mais qui n’est pas moins démonstratif, est celui qui consiste en la disparition graduelle du contenu graisseux des cellules adipeuses pendant l’amaigrissement.
Pour interpréter exactement tous ces phénomènes d’augmeutation et de dimiuu-
tion de volume, de modifications de la structure intime, etc., il ne faut donc jamais oublier que la substance des éléments qui se modifient ainsi est en voie incessante de rénovation moléculaire.
La maladie ne peut être comprise tant que l’on reste en dehors de la considération des qualités de la substance organisée et de leurs modes qui peuvent être divers en un même lieu, c’est-à-dire dans l’intimité d’une même espèce d’éléments anatomiques, selon les conditions dans lesquelles il se trouve; celles-ci sont la géométrie, la statique des infiniment petits qui peuvent être suivis au delà de ce que pénètrent les sens. Les faits précédents permettent de saisir comment les états morbides se rattachent aux états normaux dont ils ne sont que des degrés en plus ou en moins, ou enfin une aberration ; c’est-à dire une manière d’être à part des étals et des qualités de la substance organisée, qui est autre chose qu’un simple quantum de l’état normal, bien qu’eu dérivant sans intermédiaire.
Cette manière d’être aberrante et nouvelle tend à masquer les propriétés normales des éléments anatomiques et peut même les faire disparaître lorsqu’il s’agit de propriétés plus complexes que la nutrition, telles que le développement, la reproduction , la contractilité et surtout l’innervation. Les conditions statiques de cette aberration sont quelque changement survenu d’abord dans l’état moléculaire des éléments anatomiques ou des humeurs, et consécutivement parfois dans les caractères physiques et la structure des premiers.
Mais il n’y a rien là de comparable à un nouvel organisme dans un autre organisme, contrairement à ce qu’admettent par hypothèse beaucoup d’auteurs ; c’est un mode d’activité effaçant plus ou moins celui dont il dérive. Si parfois on a admis dans le cas de ce genre une superfétation d’un organisme au sein d’un autre, et d’une vie nouvelle au sein de la vie normale qu’elle remplacerait eu la faisant disparaître, c’est faute d’avoir connu les lésions réelles, moléculaires et autres des éléments anatomiques cl les qualités inhérentes à la substance organisée.
De la fin ou mort des éléments anatomiques.
La mort envisagée d’une manière générale est la condition d’existence de la substance organisée en tant qu’espèces distinctes de corps, et se rattache essentiellement à la propriété de développement. On ne saurait concevoir, en effet, un être, soit élément anatomique, soit organisme, complexe, d une durée infinie dont le développement fût également infini, sans que celui-ci n’entralnàt la disparition des autres corps de même espèce ou d’espèces analogues en prenant leur place, etc. On concevrait plutôt un être qui se reproduirait indéfiniment, à la condition que les nouveaux individus viendraient à disparaître plus ou moins tôt après leur naissance. Au contraire, aucune contradiction scicntifiqucnenous empêcherait de concevoir un parfait équilibre entre l’assimilation et la désassimilation indéfiniment répétées chez tous les êtres existants, sans y interrompre la continuité de cette rénovation moléculaireet sans qu’il s’ensuivît une décomposition de la subst ance organisée.
Il n’y a pas de développement possible, ni autres propriétés de la substance organisée sans nutrition. Aussi la mort n’est-elle
essentiellement caractérisée dynamiquement
que par la cessation de la nutrition, qui entraîne la Gu de tout développement, de toute évolution, tant de la substance organisée clle-mêmequcdescs autres propriétés, c’est-à-dire de ce qui spécifie une existence individuelle. La vie peut, en effet, être réduite à la nutrition qui continue, les autres propriétés étant abolies sans retour ou momentanément.
La nutrition elle-même peut être suspendue et par Suite également les propriétés d’un ordre plus élevé, puis reparaître, ainsi que ces derniers, sans qu'il y ail mort par conséquent, si les conditions d’activité de la substance organisée étant supprimées viennent à être rétablies, sans qu’il y ait désagrégation moléculaire des principes immédiats de cette substance tant solides que liquides.
Cela tient à ce que les qualités ou perfections des éléments anatomiques dont l’ensemble ou mieux le cours évolutif caractérise la vie, étant immanentes à ces derniers, ne se rencontrant nulle part et en aucun temps hors d’eux, tant que les cou-
ditious de leurs manifestations extérieures à rette substance sont supprimées, et ne cessent sans retour qu’autant que. cette dernière a subi certaines altérations moléculaires ; elles disparaissent môme, sans retour encore, dès que celles-ci existent lors même que les conditions extérieures restent sans changements.
Ainsi la notion de la mort n’est pas une et absolue dans son expression ui en fait, mais comprend deux choses inséparables; ce sont : la cessation graduelle des propriétés spéciales immanentes à la substance organisée, cessation corrélative à l’altération propre de cette dernière ou à celle des conditions de son activité qui lui sont extérieures ; cessation qui n’est définitive qu’autant que celte altération, primitive dans un cas et consécutive dans l’autre, atteint un cerlaiu degré.
Envisagée au point de vue de son mode d'apparition dans les éléments anatomiques, la mort est graduelle; elle survient par une succession de mouvements décroissants infiniment petits et constitue comme l’arrivée des propriétés vitales un fait d’évolution dont elle marque la fin. Les manifestations des propriétés de la vie animale, telles que la contractilité et l’innervation, peuvent seules disparaître subitement, alors pourtant qu’il y a encore possibilité de leur retour, tant que les qualités de la vie végétative persistent encore, si les conditions de respiration, de circulation, et autres brusquement supprimées viennent à être rétablies et à permettre ainsi une nouvelle mise en jeu des éléments qui jouissent de ces perfections (1).
Envisagée en elle-mômc, elle comprend un fait statique et un fait dynamique: le premier qui est double comprend soit l’altération de la substance organisée prise à un
(t) C’est sous le rapport ilo la disparition, et encoro momentanée seulement, des propriétés do la vio animale que l'on a pu comparer la mort au sommeil ou à l’étal cbrysaüdicn des insectes avec quelque apparence de raison, mais sans rien expliquer du lout ; car la cessation ces propriétés do la vie végétative caractéristique de la mort est loin d'avoir lieu dans les états de sommeil et de nymphe. Ces propriétés acquièrent au contraire alors un degré d'énergie qui caractérise ces états autant (pie la suspension momentanée do la mise enjeu des éléments doués de propriétés de la vie animale; sous ce rapport ils font l'inverse de la manière la plus manifeste. Quant à la péiiode d évolution clirysalidienne elle fout à plus juste litre être compaiéc au sommeil des autres animaux.
moment donné, soit les changements dans les conditions extérieures à cette substance que nécessite le maintien de son activité; le second comprend la disparition des propriétés spéciales à la matière organisée et que ne partagent pas les corps bruts (l).
Quant à la ségrégation chimique de la substance organisée par dissociation et décomposition de ses principes immédiats, elle est consécutive à la mort et coustiluc un ordre de phénomènes physiques et chimiques très-distincts de celle-ci ; ils entraînent la disparition des éléments anatomiques, dont les caractères physiques et de structure ne sont pas détruits par les modifications intimes, mais appréciables, qui causent la disparition de leurs propriétés.
L’élément anatomique (ou l’organisme) une fois produit, une fois né, pourrait être supposé présentant un parfait équilibre, de durée indéfinie, entre Pacte d’assimilation et celui de désassimilation ; il pourrait encore être supposé cessant brusquement d’accomplir les deux actes précédents, ccqui mettrait aussitôt fin à son existence. On peut obtenir cette fin ou terminaison (qui reçoit spécialement le nom de mort quand il s’agit de l’organisme lui-même) en mettant cet élément dans certaines conditions qui rendent impossible le double acte dont nous parlons, qui l’arrêtent.
a. La mort proprement dite n’est qu’un phénomène de ce genre survenant successivement sur les éléments anatomiques par suite de causes diverses ; elle consiste en une cessation brusque ou graduelle de la nutrition. Elle est due souvent à une altération des humeurs, soit rapide, telle que celle que déterminent certains poisons, ou lente, comme celle que causent les miasmes, mais dont le résultat final est d’empêcher la rénovation moléculaire dans les éléments anatomiques mêmes qui composent lotis les tissus; car c’est à eux, en définitive, que doivent être rattachés tous les phénomènes
(t) C’est sous le rapport de ces actes seulement qu’il est possible de dire exactement avec Leibnitz que la mort n’est qu'un chang ment cil forme do diminution des actes de l'économie qui fait rentrer l’être organisé dans l'enfoncement d'un monde (.inorganique) de molécules (et non de pclilrs créatures ou monades ) où it y a des actions plus bornées ici non des perceptions) jusqu’à coque l'ordre naturel appelle petit- être les principes immédiats à retourner sur le théâtre dè l'organisation. -
intimes de la mort, puisque c’est à eux que sont immanentes les propriétés qui caractérisent ce qu’on entend par vie. Elle est due d’autres fois à ce que, soit d’une manière directe, soit d’une manière indirecte, la distribution des humeurs dans les tissus et la circulation venant à être entravées, les matériaux ne sont plus apportés ni enlevés aux éléments anatomiques, ce qui amène encore une cessation de la nutrition.
Les phénomènes qui se passent dans les éléments anatomiques, consécutivement à la mort, sont en partie ceux qui out été décrits plus haut, en partie des phénomènes de putréfaction. La description de ces derniers sort du domaine des questions traitées ici, mais elle a été faite dans un autre ouvrage auquel je dois renvoyer : Chimie anatomique. Paris, 1853, 1. 1, art. II du chap. IV, p. 502 et suiv.
b. La cessation de la nutrition des éléments anatomiques prend les noms de mortification, de gangrène, de nécrose, de pourriture d’hôpital, d'escharification, etc., selon les couditious dans lesquelles elle survient, lorsqu’elle se montre sur le vivant, n’atteignant qu’un certain nombre d’éléments anatomiques, ou d’organes, de portions d’organes, etc., à la fois. Ses phénomènes varient beaucoup selon que sa cause est une altération des éléments anatomiques, un empêchement de l’arrivée normale du sang jusqu’à eux par oblitération des artères, un empêchement à l’écoulement du saug veineux qui en revient, ou uue altération du sang qui apporte et emporte les matériaux de la nutrition. Dans ces deruières conditions, les phénomènes de la mortification et ceux qui lui sont consécutifs offrent un grand nombre de variétés au point de vue de la rapidité, et sous celui de l’odeur, de la consistance, de la couleur que prennent les parties, selon l’espèce d’altération dont les humeurs sont devenues le siège.
Le fait essentiel à signaler ici, est que c’est aux éléments anatomiques principalement que doivent être rapportés les phénomènes de celte mortification; ce sont eux surtout qui en sont le siège. Mais comme les liquides sanguins et autres y concourent aussi, comme plusieurs éléments dans chaque tissu se morti lient à la fois, c’est par conséquent à propos de l’étude des tissus que devra être
donnée la description de ces phénomènes. D’autre part, comme dans chaque tissu les élémeuts anatomiques se mortifient et se pourrissent plus ou moins vite, selon l’espèce à laquelle ils appartiennent, il était nécessaire de signaler ici la nature du phénomène et les parties du corps qui, chacune en particulier, en sont le siège, afin que dans la biographie de chaque espèce son mode de gangrène puisse être décrit isolément.
c. Nous avons vu qu’au delà des lésions visibles à l’aide du microscope, il existe d’autres lésions tout aussi réelles. Parmi elles compte le ramollissement, dû à des changements catalytiques des principes immédiats coagulables qui composent la plus grande partie de la substance des éléments anatomiques, ramollissement qui ne devientvisible que par la facilité avec laquelle se brisent les éléments ; mais il peut devenir tel que l’élément se dissocie eu granulations ou fragments amorphes, soit spontanément, soit sous le moindre effort. C’est là un des modes de destruction ou de disparition accidentelle des éléments, dont les tubes nerveux, les éléments de la rate, et plus souvent encore les cellules épithéliales ou les matières amorphes et beaucoup de tumeurs offrent des exemples. Les changements qui entraînent le ramollissement peuvent devenir tels, qu’ils finissent par amener la liquéfaction des parties lésées.
d. La liquéfaction dont il a été précédemment parlé (page 73) est un des modes de terminaison ou de mort desélémeuts aualomiques considérés individuellement. Ce phénomène est le point de départ delà production des ulcères et peut présenterde nombreuses variétés selon,les conditiousqui l’out amené. Sa connaissance est le point d’appui essentiel de l’interprétation d’un graud nombre de phénomènes morbides.
Ces divers modes de mort des éléments anatomiques se rattachent au développement, en ce qu'ils vienneut l’interrompre ou mettent fin à l’existence des éléments lorsque déjà celui-là est arrivé à scs périodes moyennes ou extrêmes; mais il résulte essentiellement de troubles survenus dans la nutrition ou de la cessation de celle-ci.
Il n’en est pas de même des suivants.
e. Lorsqu’on examine les périodes de développement de chaque espèce d’élémeut
anatomique individuellement, ou peut constater qu’un certain nombre de ceux qui étaient nés disparaissent avant les autres. Ou voit que tous ceux qui sont nés, eu un mot, ne vivent pas nécessairement autaut que leurs semblables apparus ou non à peu près au même instant.
Les conditions qui amènent la mort ou la disparition des uns avant les autres, sont tantôt normales, tantôt accidentelles ou morbides. Ce n’est point ici le lieu de les étudier, mais il faut examiner les phénomènes de celle-ci. Souvent on voit que des éléments comprimés par d’autres durant leur évolution, ou se trouvant dans de mauvaises conditions de développement lorsque celui-ci est achevé, s’atrophient jusqu’à disparition complète. Ce mode de mort des éléments anatomiques n’est pas rare; il est, comme on voit, le résultat de l’atrophie poussée jusqu'à sa période extrême, atrophie dont les phénomènes varient trop avecchaque espèce d’élément en particulier pour qu’il soit possible d’en traiter d’une manière générale. Ce mode de terminaison de l’existence des éléments anatomiques est la fin (ou mort) la plus naturelle qu’on puisse concevoir. Elle ne s’observe que sur les éléments anatomiques ou sur uu tissu, et jamais sur l’organisme total, même lorsque ayant déjà toutes ses parties formées il n’est pas entièrement développé ; mais l’embryon s’atrophie parfois jusqu’à résorption complète. La mort naturelle de l’organisme est quelquefois détermiuée par un ensemble d'atrophies ou d'hypertrophies de certains éléments, de certains tissus qui amènent des troubles et la cessation des actes propres des systèmes, des organes ou de tel ou tel appareil. La mort accidenielle ou résulte d’uue cessation brusque de certaines fonctions, ou a lieu d'une manière plus ou moins analogue à la mort naturelle , par suite d'hypertrophies ou d 'atrophies partielles ou générales, ou parce qu’on rend impossible, partout à la fois, le double acte assimilateur et désassimilatcur par le changement lent ou brusque d’un de ses ordres de conditions d’accomplissement, tel que, par exemple, le changement de la composition deshumeurs. (Voy. principalement sur ce sujet : Chimie anatomique, t. I, p. 242 à 247.)
f. Il est un autre mode de fin ou de terminaison desélémeuts anatomiques qui, bien que consistant aussi en une cessation de la nutrition ou rénovatiou moléculaire organique, se rattache d’une manière bien plus intime que les précédents au développement. C’est celui qui consiste en la séparation de certains éléments les uns des autres, et de ceux d’espèces differentes centre lesquels ils étaient appliqués, séparation suivie de leur chute avec ou sans remplacement par leurs semblables. C’est là le mode habituel de mort et de disparition d’un certain nombre d’éléments.
Les éléments dont il s’agit sont: les cellules épidermiques de la peau, les cellules épithéliales de la bouche, de l’œsophage et du reste de l'intestin ; celles des glandes sébacées, celles des voies génito-urinaires, etc. Ce sont encore les éléments des poils qui tombent, des ongles et des cornes. Tous appartiennent au groupe des produits. Il faut y joindre au début de la vie extra-utérine, comme appartenant à ce dernier groupe, les éléments de l’amuios d’une part, puis ceux du chorion et de ses villosités concourant ou non à former le placenta.
Mais il est un certain nombre d’éléments du groupe des constituants qui offrent comme terme naturel de leur existence une chute spontanée, préparée ou amenée en général par une série de phénomènes intimes qui se sont passés dans leur substance. Ces éléments sont ceux des vaisseaux qui composent le cordon ombilical et les capillaires des villosités choriales. Ce sont encore ceux du tissu lamincux qui se trouve interposé au chorion età l’anmios.
Du côté de la mère, il faut y joindre les vaisseaux, les fibres lamineuses, les noyaux embryoplasliques, l’épithélium et les follicules qui entrent dans la composition de la muqueuse utérine et qui tombent lors de l’accouchement. Chez le plus grand nombre des ruminants à cornes pleines ou osseuses, on voit tomber aussi, mais après mortification graduelle, la peau qui recouvre les cornes, puis les éléments osseux qui composent celles-ci.
Par la mort et la chute des épithéliums disparait journellement une quantité notable des principes constituant les humeurs de l’économie, du sang en particulier, des
matériaux assimilables ingérés chaque jour. Par ce mode de terminaison, continuel pour certaines espèces (épithéliums, proprement dits ongles, poils), temporaire et périodique pourd’autres(élémentsdcs annexes du fœtus } de la muqueuse utérine, etc.), disparaissent de l’économie des éléments entiers, et, par suite, des principes immédiats, tant substances organiques surtout que principes cristallisables; mais il faudrait se garder de voir là un mode d’excrétion, d'expulsion de principes ayant dé jà servi, comparable à celui des principes formés par désassimilation qui sont expulsés par la sueur et parles reins. Dans ce dernier cas les principes qui sortent proviennent de la désassimilation nutritive des éléments anatomiques constituants; dans celui dont il est ici question ce sont des élé ments anatomiques entiers, mais apparte nant surtout au groupe des produits, qui se détachent normalement et sont incessamment remplacés par d’autres. Daus un cas il y a chute naturelle et en masse de chaque élément en nature; dans l’autre, il y a désassimilation molécule à molécule de la substance des éléments et expulsion ou excrétion des principes désassimilés (1). Comme les principes immédiats des épithéliums, etc., qui tombent ainsi, ne sont pas des principes ayant déjà servi, tels que les principes désassimilés, on ne peut pas dire que, par leur chute journalière, ils prennent parta la rénovation de la substance du corps. Ce n’est qu’en envisageant d’une manière générale l’ensemble du phénomène du renouvellement de la masse de l’organisme, qu’ils peuvent être examinés sous ce point de vue.
Dans les cellules épithéliales, les phénomènes de développement qui précèdent la chute des éléments et la préparent consistent surtout en un amincissement graduel de la cellule, avec diminution du nombre des granulations, atrophie jusqu à résorption du noyau, dessiccation de l’élément lorsqu’il s’agit des épithéliums de la peau. Daus les muqueuses la chute des cellules a lieu dès qu’elles out atteint un certain degré d’amincissement avant que
(1) Vriy. Chimie anatomique. Paris, 1853, t. I, p. 248 et suivantes.
leur novuu soit atrophié. Pour les cellules épithéliales prismatiques, c’est plutôt parce que d’autres sont nées entre elles et le chorion de la muqueuse qu’elles se détachent et meurent avant d'avoir subi des modifications évolutives très notables du genre de celles dont il vient d’étre question.
Cette même remarque s’applique aussi aux poils des mammifères, aux plumes des oiseaux, à la couche cornée des reptiles.
Ce sont ces modifications du développement des éléments anatomiques entraînant leur mort et leur chute ( desquamation ), précédée ou suivie de leur remplacement par naissance d’éléments anatomiques semblables, qui constituent la mue et qui la caractérisent essentiellement.
La caducité de la muqueuse utérine résulte de la naissance d’une muqueuse nouvelle entre elle et la tunique musculaire, ainsi que de changements évolutifs survenant peu à peu dans scs éléments anatomiques.
Pour les éléments constituants de la muqueuse utérine, la chute est ordinairement précédée de la production graduelle d’un grand nombre de granulations graisseuses, soit dans leur épaisseur, soit dans leurs interstices; c’est là également le cas pour les cellules épithéliales de cette muqueuse.
Ce sera du reste en traitant de chacune de ces diverses espèces d’éléments en particulier que devront être signalées ces modifications graduelles.
Les phénomènes consécutifs à la chute de ces divers éléments ne sont plus d’ordre vital, mais purement chimiques et appartiennent à ceux dits de putréfaction ; c’està-dire qu’une fois tombés, ces éléments se putréfient. Seulement cette putréfaction est plus ou moins rapide selon l’espèce d’élément dont il s’agit; elle est très prompte pour ceux qui appartiennent aux constituants et sont naturellement mous. Pour les ongles et les cornes creuses, les cellules épidermiques proprement dites et les poils, la nature des substances qui les composent et leur état de sécheresse lors de leur chute, font que la putréfaction eu est très lente et peut ne pas avoir lieu si on les conserve dans l’état où elles étaient lors de leur chute.