TOME l1I
bo PREMIÈRE PARTIE : HISTORIQUE.
minces et finissent par se convertir en la substance particulière des tissus(comparez planche V., fig. 26 à 30. Ces figures représentent la formation granuleuse dans les muscles, les vaisseaux, le tissu cellulaire, les tendons et les nerfs),
Les idées les plus singulières etles plus extravagantes sont exposées par Mayer (n° 77) dans un langage souvent inintelligible. Ne connaissant qu imparfaitement les travaux de ses prédécesseurs, travaillant souvent avec des microscopes imparfaits, perdu dans certaines idées soi-disant philosophiques, l'auteur est arrivé à composer une théorie que, avec un peu plus de réflexion, 1l désavoue sans doute actuellement. Les globules du sang sont pour Mayer des êtres vivants, doués de mouvements spontanés de locomotion, d'expansion, de rotation, etc. ; aussi les appelle-t-il des monades. Il existe plusieurs espèces de ces monades dans le sang: la monade nébuleuse, la monade de noyau, la petite monade granulée, la grande monade granulée , la monade de sang colorée. Le pigment est un liquide qui se solidifie, se cristallise sous forme de globules, de baguettes ou d'ovales. L'auteur range parmi ces pigments les cristaux de carbonate de chaux que l'on observe le long de la colonne vertébrale chez les srenouilles; le mouvement moléculaire qu'ils présentent dans une goutte d'eau sont, pour l'auteur, l'indice d'une vie propre; aussi les range-t-il sans hésitation parmi les monades.
Or, suivant l’auteur, les éléments des organes sont formés par les monades du sang. Les monades nébuleuses se réunissent pour former des cumul organici. Une monade est prépondérante à l'intérieur de cette agrégation ; elle assimile les autres partiellement, de sorte que les petites circulent autour de la grande, ou entièrement, en formant le noyau. Lorsque la concentration s'active, la petite monade sanguine d'abord, et ensuite la grande, sont formées. Chacune de ces monades également peut subir d'autres transformations ou métamorphoses; elle peut acquérir une forme allongée, carrée, ou la forme de baguette; ou devenir cristal, comme, par exemple, dans l'émail, dans la matière argentine des écailles des poissons, dans le cristallin, dans la rétine ; lorsque les monades nébuleuses ou celles de noyau se rangent les unes à la suite des autres, naissent les fibres à points (fibre cellulaire) ou les fibres de noyau (fibre musculaire). Lorsque les baguettes se rangent les unes à la suite des autres, on voit se produire la fibre de baguette simple (fibre nerveuse, fibre simple du cristallin), ou la fibre de baguette composée (rétine, etc.). Lorsque l'expansion est encore plus grande, la petite monade sanguine granulée forme la vésicule épidermique, la monade ovale les éléments de l'épithélium à cylindre (n° 77, p. 52). Les mouvements que les monades exercent dans ces diverses métamorphoses sont la simple agrégation, c'est-à-dire, elles se rangent les unes à la suite des autres, où une véritable pénétration a lieu, comme, par exemple, dans les plumes, dans la dent, etc. C'est une théorie que Mayer oppose aux recherches de Schwann, et qui l'enthousiasme à tel point quil
N° 97. Mayer. Die Metamorphose der Mon aden. Bonn. 1840. Des idées analogues avaient été déjà exposées par le même auteur dans son ouvrage intitulé : Uiber Elementar organisation, dans différents articles insérés dans les Notices de Froriep,et dans son mémoire: Anat. der Entozoen.Bonn.184r.
HISTOGÉNÈSE GENERALE. bg
s’écrie en terminant : Donnez-moi les monades et leur mouvement, et je veux vous construire le monde! (Ib. p.35.)
Nous n'avons guère besoin de réfuter sérieusement une théorie purement hypothétique, qui ne repose sur aucun fait positif. Mais nous avons voulu mettre sous les yeux du lecteur les figures que l'auteur donne à l'appui de son opinion (PL. V, fig. 1--25), et qui en sont, pour ainsi dire, l'expression palpable. On n’y trouvera aucune observation propre à faire accepter les idées de l'auteur.
Ascherson (n° 78) a dirigé son attention sur la manière dont s opère la formation des cellules elles-mêmes. Cet auteur affirme avoir observé qu'aussitôt que de l’albumine entre en contact avec une graisse liquide, elle ne manque jamais de se coaguler en une membrane, et que par conséquent une goutte d'huile ne peut pas être un seul instant entourée d'un liquide albumineux sans qu'autour d'elle se produise une membrane vésiculaire ou une cellule. La manière la plus simple de produire ce phénomène, d'après l'auteur, consiste à mettre tout auprès l'une de l’autre une goutte d'huile et une goutte d'albumine, sur une plaque de verre, en les réunissant par leurs bords : le résultat est la formation presque instantanée d’une membrane délicate et élastique, qui, par l'effet d'une sorte de contraction , ne tarde pas à se couvrir de nombreux plis, souvent fort élégants. Quand la production de cette pellicule a lieu avec lenteur de manière qu'on puisse en suivre les phases au microscope, on voit d'abord paraitre, au point de contact, de petites particules pâles, quise rapprochent les unes des autres et forment de petits amas irréguliers. Ces amas prennent souvent, par l'addition de nouvelles particules, la forme d'une sphère ou d'un disque : ils se réunissent ensuite, par l'agrandissement continuel de leur pourtour, et produisent des lobes membraneux qui sont granulés d'une manière presque imperceptible à la surface. Enfin, la réunion de ces lobes donne naissance à la membrane; mais alors la granulation disparait un peu, et souvent toute apparence de texture s efface plus tard.
Lorsqu'on agite ou secoue ensemble de l'huile et de l’albumine , continue l'auteur, les gouttes d'huile ne restassent-elles qu'un instant plongées dans cette dernière, elles s'entourent d'une membrane, et constituent alors de véritables cellules adipeuses. Ascherson croit démontrer l’existence d’une membrane par la forme fréquemment étrange de ces cellules artificielles; il pense que c'est la membrane qui empêche la goutte d'huile de reprendre la forme globuleuse qu'elles ont perdue en pénétrant violemment dans un liquide visqueux.Nous ne pouvons pas admettre cette hypothèse, car on peut observer les mêmes formes variées, coniques, en poire, en cornue, etc., lorsqu'on mêle de l'huile avec de l'eau distillée, et qui indiquent seulement que les gouttes d'huile sont adhérentes au verre. On ne peut non plus considérer avec l’auteur comme une preuve de l'existence d'une membrane les bords obscurs que les gouttes d'huile acquièrent dans des liquides albumineux. Une méme substance montre au microscope des bords ou clairs ou obscurs, suivant que les gouttes en sont sphériques ou aplaties; cette forme elle-même dépend de conditions
N° 78. Ascnerson. Archives de Müller. 1840. P. 49. — Académie des sciences, Novembre 1838.
purement physiques, par exemple, de la grandeur de la gouttelette, de la viscosité du liquide dans lequel nage l'huile et qui oppose une plus ou moins grande résistance à ce que l'huile puisse se réunir en gouttelettes, etc.
Ascherson cite, comme argument décisif pour la nature cellulaire des formations dont il s'agit, qu'elles peuvent changer de contenu par endosmose et exosmose. L'auteur avait produit une quantité de cellules artificielles en secouant ensemble de l’albumine et de l'huile; ces cellules étaient presque toutes allongées et ridées. Il étendit d'eau une goutte de l'émulsion ; les cellules devinrent turgides, et prirent une forme plus sphérique ; en même temps il parut en être sorti une multitude de gouttelettes d'huile, qui demeurèrent fixées à leur surface. Ayant versé de l'acide acétique dans l’eau, il vit les cellules se gonfler à tel point que la plupart crevèrent. Dans l'huile, au contraire, les plis de la membrane se multipliaient, et les cellules s’affaissaient. Mais il resterait à prouver que les changements observés sont véritablement produits par l'endosmose et l’exosmose, et qu'il ne s'agit point uniquement de quelques variations de forme occasionnées par le changement de densité. Nous examinerons cette question plus tard, dans la deuxième partie de cet ouvrage.
L'auteur appelle membrane haptogène la couche d'albumine qui enveloppe la goutte d'huile ; il ramène sa formation à une opération purement physique, à une sorte de condensation qui s'opère à la surface de deux liquides hétérogènes en contact l’un avec l’autre. Cette condensation a lieu dans beaucoup de circonstances, et c'est elle qui fait que des bulles d'air, des globules de mercure, etc., épars dans un liquide, ne se réunissent pas sur-le-champ. Plus elle est considérable, plus les membranes deviennent résistantes. Elle s'effectue à un degré très-marqué, entre l'huile et l’albumine, ce qui peut tenir d'un côté à l'attraction mutuelle de ces deux substances, d'un autre côté à la propriété remarquable que possède l’albumine, et en général les combinaisons de protéine, propriété que l'on désigne sous le nom de coagulabilité. Si déjà l'albumine montre une grande tendance à former des membranes, on doit attendre bien plus encore cet effet de la part de la caséine et de la fibrine. Aussi , est-ce par les opérations physico-chimiques, analogues à celles dont il vient d'être question , que l’auteur explique la formation des cellules et des eranulations élémentaires en général. De la graisse et des combinaisons de protéine sont apportées sans cesse à l'organisme animal par les aliments; 1l s'en trouve dans tous les liquides animaux, et d’après la manière dont la graisse parvient de la cavité intestinale dans les vaisseaux, ou des vaisseaux dans le parenchyme , à travers les pores les plus ténus des inembranes animales, les souttelettes de cette substance doivent être sur-le-champ entourées d'enveloppes, de sorte qu'il leur faut un hasard tout particulier pour pouvoir se confondre en goûttes d'un certain volume, semblables à celles qu'on rencontre quelquefois dans le chyle, le pus et le lait. L'auteur a tenté également à déduire la formation des cellules à noyau du même principe que celles des granulations élémentaires. Il pense que les cellules vivantes, formées d’albumine et de graisse, n’ont pas besoin d’exhaler les gouttes d'huile
HISTOGÉNESE GÉNÉRALE. h3 quand elles absorbent du sérum par endosmose, et que ces gouttes d'huile, pendant que la cellule s'emplit d'un autre liquide et s'agrandit , se mettent en contact avec la face interne de la paroï, de manière à déterminer une nouvelle paroi cellulaire autour d’elles. Cette explication appelle déjà à son secours quelque chose que ne possèdent point les cellules artificielles, à savoir: l'aptitude à croître. En outre, le noyau n’est jamais, lorsque la cellule se forme autour de lui, une goutte d'huile. Bien plus, ainsi que toutes nos recherches nous l'ont démontré, les gouttelettes d'huile ne se forment que postérieurement à l'intérieur du noyau, lorsque celui-ci acquiertson développement. Ce sont elles qui ont été désignées sous le nom de nucléoles; ceux-ci, ne préexistant point à la formation du noyau, s'y développent seulement plus tard, et pas même dans tous les cas. Nous ne pouvons pas par conséquent adopter la manière de voir d'Ascherson sur la formation des cellules.
(4. Henle.
Les observations de Æenle (n° 70. }, faites constamment dans le sens de la théorie de Schwann, n'ont pas beaucoup avancé nos connaissances sur l'histosénèse. Quelquefois seulement l’auteur se permet d'élever des doutes, mais il ne sait ni réfuter l’opinion de Schwann, ni établir une vue différente. Leseul point essentiel desesrecherches est celui relatif à l'existence de fibres de noyaux ; encore cette dénomination est-elle erronée, car noyaux suppose l'existence de cellules, dont pourtant il n'existe pas de trace dans les tissus à fibres, ainsi que nous le verrons dans la seconde partie de cet ouvrage. Du reste, l'existence de ces fibres est déjà indiquée dans des observations citées de Rosenthal(\3). Voici les principaux passages de la théorie de fJenle :
« Formation du noyau des cellules. À l'égard de laformation du noyau, les opinions de Schwann se fondent, suivant Henle, sur deux observations. La première est relative au développement de l'œuf, la seconde à celui du cartilage; Schwann lui-même ne rapporte cette dernière observation que d'une manière dubitative. D'autres observations, dit Henle, rendent douteux que la substance granuleuse de laquelle procède le noyau de la cellule ne puisse pas se précipiter ailleurs qu'au pourtour d'un nucléole, et peuvent être alléguées en faveur d'un tout autre mode de développement du noyau des cellules. Henle cite comme exemple les corpuscules de pus à noyaux multiples; il avait admis (n° 80 ) que le noyau des cellules élémentaires est composé de noyaux plus peüts, qui, plus ils sont jeunes, plus ils sont faiblement unis ensemble, plus ils peuvent être aisément séparés les uns des autres par l'eau et l'acide acétique. Henle s'appuie également sur les observations de Vogel et de Güterbock (n° 81). Les corpuscules muqueux se comportent d’une manière analogue, de même que ceux de la lymphe et du chyle. Le liquide épanché dans les premiers moments,
N° 79. Henre.Allgemeine Anatomie. Leipsik. 1841. Trad. dans l’Encyclopédie anatomique, par A. J. L. Jourpan. Tome VI et VII. Paris. 1843.
N° 80. Hexr. Schleim und eiter. Dans le journal de Hufeland. 1838.
N° 81. Vocer, Gurersocx. Voy. vol. I. Histologie. 2° série, p. 27.