TOME II
comme une métamorphose rétrograde; elle s'opère par le dépôt de substances solides à la surface interne des cellules cartilagineuses (p. 585); en même temps, la substance intercellulaire devient lamelleuse, d'une manière encore inexpliquée, surtout autour des grandes cellules cartilagineuses. Celles-ci formeront plus tard, par fusion, les canalicules de la substance osseuse qui, par conséquent, se développent ou du moins peuvent se développer, lorsque la chaux à déjà été déposée dans la substance intercellulaire. La seconde espèce de corpuscules, à savoir les irréguliers et déchiquetés, forme les corpuscules osseux.
L'opinion de Todd et Bowmann (n° 92, 1° part., p. 1 17) se rapproche sensiblement de celle de Bridder que nous venons d'exposer.
Fleischmann (n° 154) trouve la plus grande analogie entre les corpuscules osseux {sacculi chalicophorti) et leurs ramifications (canaliculi chalicophori), et les éléments qui sont situés dans la substance jaunàtre, dure et opaque du fruit du Manicaria saccifera, GArrr. Dans ce tissu végétal, dont les propriétés physiques ressemblent beaucoup à celles du tissu osseux, l'élément, qui ressemble exactement au corpuscule osseux, est situé dans une cellule et ses ramifications; les canalicules qui en partent, ne dépassent pas le bord de la cellule et finissent toujours en cul-de-sac, sans s’anastomoser avec les canalicules du corpuseule voisin. L'auteur affirme que les corpuscules osseux se comportent tout à fait de la même manière.
Guenther (n° 113, p. 317) décrit de la manière suivante le phénomène de l'ossification des cartilages. Les cellules cartilagineuses, irrégulièrement distribuées dans la substance intercellulaire, commencent par former des séries perpendiculaires en s'aplatissant mutuellement. Elles s'éloignent de nouveau les unes des autres et s’arrondissent dans le point où commence l'ossification ; puis elles s’'entourent d'un halo transparent ; ces espèces d'auréoles se réunissent et forment un réseau transparent, dont les mailles sont remplies par des cellules rondes. Le réseau transparent s'obscurcit peu à peu par le dépôt d'une matière calcaire finement granulée; la paroi des cellules s'épaissit, s'ossifie ; la cavité centrale au contraire se remplit de matière calcaire, de même que les canalicules qui partent de là pour traverser la paroi. Les canalicules médullaires se forment par la résorption de certaines portions dans lesquelles la matière calcaire ne s'est pas déposée. Suivant Zomes (n° 155), l'ossification commence par le dépôt de la matière calcaire dans la substance intercellulaire ; plus tard, les parois des cellules elles-mêmes s'ossifient et peuvent par conséquent cacher le noyau. Les canalicules médullaires de l'os se forment par la résorption de la matière osseuse qui sépare les corpuscules disposés en rangées linéaires.
Meyer (n° 156) renonce à l'opinion qu'il avait émise précédemment, et suivant laquelle les corpuscules osseux seraient des corpuscules cartilagineux étoilés ; 1l adopte par contre la manière de voir de Henle et croit, avec cet auteur, que les corpuscules osseux sont creux et représentent le reste de la cavité du corpuscule cartilagineux, qui s'est épaissi par des couches intérnes. L'ossification
N° 154. FLEISCHMANN. Archives de Müller. 1843, p. 202. N° 155. Tomes. Art. Osseous tissue, dans The Cyclopædia of anatomy, by Todd, p. 854. No 156. Meyer. Archives de Muller. 18/9. |
HISTOGÉNESE SPÉCIALE. i19 s'opère dans la substance intercellulaire et dans les éléments. La substance intercellulaire des cartilages est homogène ou fibreuse; la première est vitrée ou brunâtre. La substance homogène s'ossifie par le dépôt de sels calcaires, le plus souvent sous forme de grumeaux, à grains plus ou moins forts. Ainsi, par exemple, les OTAIns ou molécules qui ossifient le cartilage, sont plus grossiers chez le fœtus que chez l'adulte. On observe un double mode d'ossification de la substance intercellulaire : ou le bord libre des matières calcaires déposées s'avance par une ligne droite, et entoure successivement et pour ainsi dire accidentellement les cellules cartilagineuses, simples ou composées; ou les grumeaux calcaires forment des couches corticales autour des cellules dans sa substance intercellulaire intacte. Ce dernier mode a lieu toutes les fois que les cellules cartilagineuses s'ossifient d'une manière indépendante ; le premier se rencontre sur le bord d'ossification des diaphyses et des épiphyses des os longs, des noyaux d'ossification des os courts et spongieux, dans le cartilage fœtal et dans la substance corticale des os. Le dépôt de la substance calcaire en ligne droite est généralement un peu modifié par la présence des cellules cartilagineuses autour desquelles, en effet, les sels calcaires paraissent se précipiter plutôt, de sorte que la ligne de démarcation qui indique lossification dépasse autour des cellules les points ossifiés de la substance intercellulaire. Cependant cette avance n'est jamais considérable et ne dépasse guère, en étendue, qu'une portion de la cellule. La substance intercellulaire, qui se résout en fibres, s'ossifie de la même manière tant que la métamorphose n'a pas amené la dissolution des cellules. Les fibres persistent ou se dissolvent pour faire place aux aréoles médullaires, ou elles simprègnent de matière calcaire et disparaissent pour ne former qu’une substance osseuse homogène. Ce dernier mode s'observe dans les tendons qui s ossifient dans quelques points, comme par exemple le tendon du long péroné sur los cuboïide, les têtes des muscles gastrocnémiens, les osselets de Sesam, etc.
La cellule cartilagineuse s'ossifie par le dépôt de matières calcaires dans son intérieur. Ce dépôt peut s'effectuer avant ou après l'épaississement de la paroi; mais la cellule aura toujours déjà atteint son développement parfait. Lorsque la paroi s'est déjà préalablement épaissie, elle simprègne de sels calcaires, et forme alors immédiatement l’épaisse paroi du corpuscule osseux. Dans le cas opposé, ce qui s'observe par exemple dans les cartilages des symphyses, dans ceux des côtes et de l'épiglotte, les sels calcaires se déposent dans l'intérieur de la cellule de diverses manières : ou ils la remplissent tout d'un coup, ou ils forment d'abord des couches laissant une cavité centrale, qui persiste ou se remplit à son tour; les grumeaux calcaires sont à grains plus ou moins fins. La cellule entierement remplie de grumeaux calcaires représente le corpuscule osseux. Les parois des jeunes cellules ossifiées se confondent avec le contenu et la paroi de la cellule mère et avec la substance intercellulaire ossifiées ; le reste représente les corpuscules osseux. La substance dure, corticale des os, se produit par l'ossification de la matière exsudée par le périoste; cette matière se compose d’un blastème, de noyaux et de cellules carülagineuses plus ou moins développées, et finit par constituer une couche ossifiée. La matière exsudée forme un réseau a mailles; les mailles sont remplies par le périoste. Lorsque l'ossification s'est
accomplie, la surface interne des mailles est occupée par une nouvelle couche de matière exsudée, qui subit la même transformation que la précédente; d'au tres couches successives s'ossifient également, jusqu'à ce que le périoste soit presque entièrement repoussé, et qu'il ne reste plus qu'un petit Canal central rempli par un vaisseau sanguin et quelques fibres de périoste. Dans le cartilage fœtal et celui dont l'accroissement n'est pas terminé, la substance intercellulaire s'ossifie avant les cellules; dans le cartilage parfait, le contraire a lieu. Les aréoles médullaires ne se développent que lorsqu'il s’est déjà formé une portion considérable de substance osseuse; c'est donc à tort que l’on voit dans les cellules cartilagineuses, placées par séries perpendiculaires sur le bord de la portion ossifiée, l'origine des aréoles. Dans le cartilage de l’épiglotte, de l'oreille externe et du tube d'Eustache, on peut fréquemment observer des cellules avec des parois épaissies ; dans ces endroits et encore dans quelques autres cartilages, les cellules s ossifient avant la substance intercellulaire. |
Virchow (n° 157), après avoir fait macérer pendant quelques heures, dans l'acide chlorhydrique, la substance spongieuse du tibia, atrophiée par suite d'une fracture, est parvenu à isoler complétement les corpuscules osseux avec leurs ramifications et à les retirer de la substance fondamentale. L'auteur a observé, dans un enchondrome, des corpuscules tout à fait analogues, placés quelquefois dans une capsule à parois épaisses et à doubles contours; les ramifications étaient accompagnées de prolongements de la capsule qui finissaient par se perdre. L'auteur en conclut que les corpuscules osseux sont des cellules endogènes, ratatinées et ramifiées. Si, au contraire, on veut considérer le corpuscule comme contenu de la cellule, et les noyaux comme des pores de la paroi, l'accroissement des prolongements au delà du bord externe de la paroi cellulaire devrait être considéré comme excroissance de la cellule.
Koelliker (n° 116, p. 354) comprend l'ossification de la manière suivante : « Peu de temps avant l’ossification, dans un point déterminé, les cellules cartilagineuses commencent par s'accroitre et par se multiplier par génération endogène, de sorte que chacune produit un amas rond ou oblong de grandes cellules. En méme temps la substance fondamentale du cartilage devient fibreuse ou du moins striée, et il s'y développe dans un grand nombre de points, par une sorte de liquéfaction, ce qu'on appelle les canaux cartilagineux, qui passagèrement se remplissent de moelle et donnent naissance à des vaisseaux sanguins. L’ossification commence ensuite par le dépôt de grumeaux calcaires dans la substance fondamentale du cartilage et la transformation des cellules cartilagineuses, qui sopère immédiatement après, lentement et progressivement. Ces cellules s'épaississent d'une manière analogue à ce que l'on observe dans les cellules végétales qui deviennent ligneuses, de sorte que des canalicules trés déliés sont ménagés dans les parois. Puis des grains calcaires incrustent les cellules. Il se constitue finalement par l'augmentation successive du dépôt calcaire dans les parois cellulaires et dans la substance fondamentale, une substance homogène blanche et opaque dans laquelle on ne peut guère plus distinguer les
N° 157. VircHOW. #urzburg. Verhandl, 1850, p. 193.
HISTOGÉNÈSE SPÉCIALE. 121 limites des cellules, tandis que l'intérieur de ces dernières apparaît sous forme de cavités pourvues de ramifications : les corpuscules osseux, cavités ou lacunes osseuses. Cependant les cellules et la substance fondamentale se confondent entiérement et une portion de los formé se liquéfie, de sorte qu'elle devient spongieuse apres avoir été entièrement solide; elle peut même être complétement résorbée pour former de orandes cavités dans lesquelles, par la transformation de nouvelles cellules embryonales, se développe peu à peu la moelle des os, et avant tout les vaisseaux sanguins destinés à la nutrition de la substance osseuse. » L'auteur fait suivre ce résumé de nombreux détails que nous ne pourrions reproduire, mais dont nous signalons prin cipalement les suivants :
L'eau, l'acide acétique, l'alcool, la dessiccation, etc., altèrent rapidement la cellule cartilagineuse, la rapetissent et la transforment en un corpuscule oblong, échancré, granulé, opaque, ressemblant au corpuscule osseux. Les canaux vasculaires des cartilages viennent du périchondre ou du bord d'ossification; ils mesurent 0,04 à 0,09 mm., renferment des vaisseaux sanguins et finissent probablement, sans s'anastomoser, en cul-de-sac. La moelle contenue se compose de petites cellules rondes; les vaisseaux sanguins qui, suivant Bruns et Engel (n° 158), ne seraient que des capillaires composés d'une seule membrane, sont, suivant l'auteur, tantôt des capillaires, tantôt des vaisseaux plus développés; mais ilignore de quelle manière s'établit la circulation. Les grumeaux calcaires, qui se déposent dans la substance fondamentale, sont de forme anguleuse et arrondie, ayant des dimensions diverses, depuis celle d'une molécule jusqu’à 0,002 et même 0,004 mm. L'analogie du développement des lacunes osseuses avec celui des cellules ligneuses, pourvues de canaux ponctués ou poreux, s observe de la manière la plus distincte, suivant Koelliker, dans Îles os des rachitiques, parce que la substance fondamentale ne s'ossifie que tardivement. On peut y voir des cellules cartilagineuses, remplies de jeunes cellules, se transformer en une seule cellule osseuse composée. Dans les cellules, comme dans [a substance fondamentale, l’ossification se fait par le dépôt de grains calcaires, qui d'abord produisent un aspect grumeleux et plus tard une substance parfaitement homogène. Ce même mode d'ossification peut s'observer, ainsi que l'indique déjà Meyer (n° 159), dans la symphyse des os iliaques, dans la synchondrose des vertèbres, et surtout dans quelques tendons, qui renferment des cellules cartilagineuses aux points d’attache avec les os. (Voy. PL XXVI.)
Dans la transformation décrite des cellules cartilagineuses en corpuscules osseux, on voit seulement que le bord interne de la paroi épaissie est échancré, mas l'observation ne démontre nullement comment ces échancrures forment les ramifications allongées et anastomosées des corpuscules osseux : aussi l’auteur établit-11 l'hypothèse que cet allongement se fait par résorption de la sub- Stance osseuse (p. 362). La substance rouge et molle qui compose la moelle fœtale des os se compose d'un liquide et d'une foule de cellules pourvues d'un ou de deux noyaux oblongs. L'auteur n'adopie pas l'opinion de Rathke (n° 159), qui
N° 158. ENGEL. Zeitschrift der Wiener Aertzte. 1847, À, p. 320. N° 159. RATHKE. Schleid. Froriep. Notizen. 1847, WU, p. 306. TOME II, 31
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suppose que ces cellules se trouvent en rapport avec celles du cartilage; il croit qu'elles sont destinées à former des tissus cellulaires, des vaisseaux sanguins, des nerfs, du tissu adipeux, etc. Les os de la tête se développent par l'ossification d'un blastème qui n’est nullement cartilagineux, mais qui ressemble complétement à celui formé par le périoste, et dont nous parlerons à l’occasion de l'accroissement des os.
Rokitansky (n° 160, p. 1) énonce des opinions analogues à celles exprimées par /?rchow et Koelliker, sur les métamorphoses des éléments du cartilage pendant l’ossification.
Ch. Robin (n° 161) décrit de la manière suivante la formation des ostéoplastes (corpuscules osseux, ainsi appelés par M. Serres): « À mesure que le dépôt s'avance dans la substance fondamentale entre les cavités du cartilage contenant des corpuscules chez les jeunes fœtus, des cellules chez les enfants, on voit les corpuscules devenir moins réguliers et présenter quelquefois de petits prolongements irréguliers sur les bords. Plus le dépôt avance, plus la cavité du carti- Jage semble se rétrécir et avoir des bords moins nets, plus diffus; ce qui tient à l'état granuleux du dépôt récemment formé qui, remplacant la substance du cartilage, circonscrit chaque cavité. En même temps aussi, on voit le contenu des cavités, tant les corpuscules chez le fœtus que les cellules chez les enfants, s'atrophier peu à peu pour disparaître bientôt tout à fait, environ vers la partie moyenne de l’espace rempli par le dépôt terreux, granuleux, ou non encore à l'état homogène. Plus le dépôt phosphatique devient compacte, plus sa cavité devenue vide de son ou ses corpuscules ou cellules se rétrécit, diminue de diamètre en tous sens; et au fur et à mesure qu'on approche de la substance fondamentale tout à fait compacte et homogène, on voit que ces cavités commencent à reprendre des bords plus nets. Mais les bords de ces cavités, devenues cavités de la substance osseuse, au lieu d’être pàles comme lorsqu'elles étaient cavités du cartilage, sont au contraire notrâtre foncé. Ici la cavité caractéristique de l'os ou cavité de l’ostéoplaste peut être considérée comme formée. » Pour comprendre cette description, il est nécessaire de dire que l'auteur appelle cavités du cartilage les cellules mères du cartilage; et corpuscules ou cellules les jeunes cellules contenues dans une cellule mère. Ce serait donc cette dernière seulement qui, suivant M. Robin, deviendrait un corpuscule osseux, tandis que toutes les cellules contenues s'atrophieraient et seraient résorbées; suivant les auteurs (Meyer, Koelliker, etc.), au contraire chaque cellule cartilagineuse devient un corpuscule osseux. Quant au mode même de formation, à savoir le dépôt des sels calcaires dans l'intérieur de la cellule et la résorption de la substance osseuse à l'extrémité des ramifications, M. Ch. Robin ne diffère en rien des auteurs précédemment nommés. Ajoutons que, suivant cet observateur, les os de la tête se forment par l’ossification d'une trame cartilagineuse, dans laquelle existent de petites cavités tout à fait dépourvues, soit de corpuscules, soit de cellules, et qui sont hyalines, transparentes et pleines seulement de liquide.
N° 160. RokiTanski. Zeëtschrift der Wiener Aertzte. 18/40. N° 161. RoBiN. Gazette médicale. 1850. — Mémoires de la Société de biologie, t. M. Paris, 1891.
HISTOGÉNÈSE SPÉCIALE. 123
Quelques mois seulement après la naissance, il se forme un corpuscule ou amas de sranulations. Une trame cartilagineuse analogue, mais ayant des cavités allongées, étroites, se forme également derrière le périoste. Comme ses prédécesseurs, M. Robin voit cette substance se transformer directement en substance osseuse. (Voy. b, 4 ceroissement.)
Leidig (n° 191 a, p. 7) constate, comme Henle, Virchow, Koelliker, l'existence d'un noyau dans les corpuscules osseux, dans les os de la tête des poissons et dans les canaux osseux des écailles; il a vu fréquemment les ramifications s'anastomoser et quelquefois même, aux endroits où elles se bifurquent, devenir sinueuses, comme par exemple dans l’os frontal du Leuciscus dobula ; ces dilatations atteisnent quelquefois un diamètre de 0,004 mm.
Donders (n° 162) et Queckeit (n° 163) confirment les observations de Virchow, tandis que Dusseau (n° 164, p. 12), en voyant dans les os des poissons les corpuscules très allongés avec des rayons presque parallèles, repousse la théorie de Henle et Koelliker, sur la formation de ces éléments.
Remak (n° 149, p. 69) croit que lossification, c'est-à-dire le dépôt de sels calcaires, s’opère dans la substance pariétale {substance intercellulaire, voy. le paragraphe précédent) des cellules cartilagineuses, pour les os longs, tandis que la cellule primordiale devient étoilée et forme ce qu'on appelle le corpuscule osseux (Jzrchow). Cependant on observe quelquefois l’ossification dans les parois des cellules cartilagineuses, même lorsqu'elles ne sont pas encore complétement fusionnées, comme par exemple dans la colonne vertébrale de la grenouille, dans le sternum et la crête de l'os iliaque du chat, etc.
Plusieurs objections, que nous tächerons d'éclairer par nos recherches, peuvent être faites aux résultats annoncés par les auteurs cités en dernier lieu. D'abord la distribution des corpuscules osseux, dans les lamelles concentriques
de la substance osseuse, ne s'accorde pas avec celle qui est propre aux corpuscules cartlagineux, et qui cependant ne devrait pas changer si tous les corpuscules osseux provenaient d'une métamorphose de ces cellules. Puis, comme raison de cette métamorphose, on suppose d'abord un dépôt de sels calcaires sur quelques points de la surface interne de la cellule cartilagineuse, que l'on dit étre de nouveau résorbé pour expliquer l'accroissement des ramifications. Enfin, des éléments identiques seraient produits par la transformation, d'une part, de véritables cellules cartilagineuses ; et d'autre part, dans les os de la tête et dans la couche sécrétée par le périoste, d'éléments qui ne seraient point des cellules, mais de simples lacunes. Ces divers points nous paraissent mériter de nouvelles recherches.
b. Accroissement.
On sait depuis longtemps, par les expériences de Duhamel et de M. Flourens, que les os s’accroissent par une couche mince exsudée à la surface interne du
N° 162. Donpers. Vederl. Lancet. 1651, août, p. 69.
N° 163. QuEeckETT. Lectures on histology. Elementary tissues of plants and Animals. London, 1852, in-8.
N° 164. DussEau. Vergeliskend mikroskopisch Onderzoek van het beenweefsel en van verbeeningen in zachte Deelen. Amsterd., 1850.
Let
périoste. Beaucoup d'auteurs ont supposé que ces lamelles étaient des cartilages comme par exemple Meyer (n° 156), dont nous avons précédemment Exposé l'opinion ; cependant ÆXoelliker (n° 116, p. 366, n° 165 et 166) et Sharpey les considèrent comme une espèce de tissu cellulaire, et Rezchert (n° 167) comme un cartilage fibreux. Mais tous ces auteurs sont d'accord pour affirmer que les
jeunes cellules renfermées dans ce blastème, qui sont molles avant d'être ossifites
par le dépôt de grumeaux calcaires, se transforment en corpuscules osseux de la même manière que les cellules cartilagineuses. La seule difiérence réelle qui existe entre elles consiste, dans cette circonstance, que Mayer voit dans ces lamelles des productions analogues au périoste, tandis que Koelliker n’y trouve que des éléments de la moelle fœtale. En effet, les jeunes cellules, dispersées dans du tissu cellulaire, ne ressemblent nullement aux cellules cartilagineuses mais bien aux cellules de la moelle fœtale ou cellules organo-plastiques des embryons (n° 116, p. 368). L'auteur n'a pas pu suivre pas à pas la transformation de ces dernières cellules en corpuscules osseux, comme dans les os rachitiques, mais 1l ne doute nullement qu'elle ne s'opère de la même manière.
c. Régénération (cal).
Beaucoup d'auteurs, parmi lesquels nous citerons principalement eine, Textor, Chopart, Pauli, ont prouvé que les os se régénèrent par la production d'une véritable substance osseuse. Il est probable que dans ces circonstances la reproduction s'opère de la même manière que dans les fractures, C'est-à-dire dans le cal, à savoir, par la production préalable de cartilage qui ensuite s’ossifie. Cette formation préalable du cartilage a été observée depuis longtemps et constatée par les recherches microscopiques de Wiescher, par les nôtres faites en commun avec Lambron (n° 168), par celles de Lebert (n° 169), de Xoelliker (n° 116, p. 384), etc. Il est inutile d'entrer dans une description plus détaillée, parce que le seul point qui peut nous intéresser ici, à savoir, la transformation histologique des éléments, est pareille à celle observée dans l'ossification des cartilages. L'histoire de ces recherches suit pas à pas celle de l’ossification des cartilages.
Cependant Paget (n° 170) affirme que chez l'homme il ne se forme jamais, à la suite des fractures, une véritable substance osseuse, mais seulement une espèce de fibro-cartilage, ou un tissu fibreux pourvu de cellules et qui prend son origine dans l'exsudation fournie par les vaisseaux du périoste et de l'os. On sait, du reste, que les os spongieux, et, dans des circonstances défavorables, presque tous les os, ne produisent qu'un cal fibreux qui forme une espèce d'articulation entre les deux fragments de l'os cassé.
N° 165. KOELLIKER. Zweiter zool. Bericht der Univ. Würzburg. 1849.— Zeëtschr. für œwissenschafil. Zoologie. 1850.
N° 166. KOELLIRER. Æandbuch der Gewebelehre. Leïipsig, 1852.
N° 1067. REICHERT. Archives de Müller, 1849, p. 443, et Compte rendu, p. 46.
N° 168. LaMBRON. Thèse de la Faculté de médecine de Paris. 19 août 1842.
N° 169. LEBERT. De la formation du cal (Annales de chirurgie, t. X, Paris, 1844, février).
N° 170. PAGET. Lectures on repair and the healing process. |
HISTOGÉNÈSE SPÉCIALE. 125
Ÿ 6. Dents.
Depuis longtemps on s'était convaincu que la formation de la dent part en partie du follicule, en partie du germe (pulpe). On avait vu que, lors de l'ossification, ilse dépose, sur la couche la plus extérieure du germe, de petites écailles osseuses qui s'étendent peu à peu vers la racine et se rencontrent vers la surface broyante ; en même temps la pulpe se rapetisse et finit par se retirer entièrement dans la racine de la dent. Mais tandis que le germe produit la substance osseuse, la face interne du follicule ou plutôt une membrane placée dans cet endroit, dépose l'émail couche par couche, de manière que la membrane et le follicule diminuent et finissent par disparaitre presque en entier. Rappelons que les recherches histologiques modernes ont démontré que la pulpe est entourée d'une membrane amorphe, appelée membrane préformative, et que le follicule porte à sa surface interne, en face la couronne de la dent, le tissu destiné à la progane et en membrane adamantines.
Pour porter un peu de netteté dans l'historique de ces recherches, fort peu précises, nous suivrons les auteurs dans leurs observations relativement à l'un
duction de l'émail et que l'on divise en or
ou à l’autre de ces éléments. Nous commencerons par l'émail; nous nous occuperons ensuite de l'ivoire et finalement du cément; cependant nous n'exposerons que les principales recherches et les moins hypothétiques.
1. Émail, — Vis-à-vis de la pulpe se développe l'organe producteur de l'émail, appelé pulpe extérieure par Hunter, et organon adamantinæ par Purkinye. Raschkow (voyez le premier volume de cet ouvrage, art. Dents), qui a découvert la membrane adamantine, croit l'organe producteur de l'émail indépendant du follicule. Quand le germe dentaire est à peine indiqué, cet organe représente un corps sphérique à surface un peu raboteuse, et se compose intérieurement de granules qui acquièrent peu à peu une forme polygone et sont unis par des fibres. Sa face interne, appliquée immédiatement sur la couronne de la dent, à une texture très lâche, presque villeuse, et se compose, suivant Schwann (pl. IV, fig. 3 et 5), de très nombreuses cellules fortement pressées les unes contre les autres, toutes perpendiculaires, cylindriques, ou polygones et tronquées aux deux bouts ; elles sont pourvues de noyaux comme l’épithélium à cylindres. Ce sont ces cellules qui s'ossifient, qui se durcissent pour former l'émail.
Suivant Aenle (n° 70, t. IL, p. 443), les fibres de l'émail naissent de la même maniere que les fibres du germe dentaire, par allongement de cellules et deviennent des fibres par la fusion des cellules allongées. Mais les noyaux semblent disparaître de bonne heure. On ne voit que des faisceaux de fibres d'émail, séparées par des lignes obscures, dans lesquelles on ne remarque aucune fibre de noyau. D'abord la couche de fibres la plus superficielle est exactement unie avec l'organe producteur de l'émail; peu à peu elle s'en détache de plus en plus et devient une membrane distincte, que l'on appelle membrane adamantine
(Raschkow),.
L'émail se forme, suivant Tomes (n° 171) par lossification de corps prisma-
N° 171. TOMES. Lectures on dental physiology and surgery. Viondres, 1848. TOME II. 32
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tiques pourvus de noyaux ovales, qui sont implantés sur une membrane dans laquelle existent des corpuscules nombreux; celle-ci est formée par un tissy aréolaire qui se compose de cellules étoilées et anastomosées. Ces cellules renferment des noyaux, suivant Bate (n° 172, p. 328); les cellules à NOYAUX qui composent l'organe sécréteur de l'émail sont plus grandes que celles de la pulpe dentaire; entre l'émail formé et le tissu aréolaire privé de vaisseaux qui le pro-
D myth (n° 173, p. 105) décrit trois espèces de cellules dans l'organe producteur
duit se trouve toujours une couche de cellules hexagonales prismatiques. Vas.
de l'émail: les unes, dans l'intérieur de lorgane, sont aplaties, triangulaires et réunies par des fils qui partent des angles ; la seconde espèce est ovale et enveloppe les premières ; les cellules de la troisième espèce sont en contact avec la pulpe dentaire, étroites et allongées(c'est la membrane adamantine de Raschkow), Les vaisseaux n'existent pas dans l'organe, mais seulement dans la portion du fallicule qui le touche.
Marcusen (n° 174) décrit le tissu aréolaire de l'organe producteur de l'émail comme les auteurs anglais précédemment nommés. Les fibres de l'émail se forment par l'ossification de cellules d'abord polyédriques, puis arrondies, qui ensuite adoptent la forme de l’épithélium à cylindres et qui finissent par perdre leur noyau.
Koelliker (n° 175, p.102) trouve, comme 7omes et Pate, que la couche de cellules, la membrane adamantine, persiste derrière les fibres ossifiées de l'émail ; par conséquent, puisque ces dernières se forment par l'induration de ces cellules, celles qui ont été ossifiées doivent être remplacées par des nouvelles cellules. Cependant on ne sait pas comment s'opère cette reproduction, ni de quelle manière ces cellules s'unissent aux fibres indurées qui, dans toute leur étendue, ne font voir aucune interruption. Au fur et à mesure que l'émail se produit, l'orane producteur, le tissu aréolaire, s'atrophie et se transforme en un tissu cellulaire vésiculaire (p. 111). L'auteur appelle épiderme de l'émail la capsule dentaire permanente de Nasmyth ; c'est une membrane amorphe incrustée de chaux, et dans laquelle les fibres de l'émail laissent des impressions hexagonales.
2. lvoire. —Le parenchyme du germe dentaire consiste, dans le principe, suivant Aaschkow, en globules ; plus tard, on y découvre des vaisseaux et, longtemps après, des nerfs. Dès le commencement, on peut y reconnaitre deux substances : la pulpe intérieure et une membrane particulière, transparente, Imorganique, qui enveloppe la pulpe et que l’auteur appelle la membrane préformative. Dans le voisinage de cette membrane, les granules de la pulpe se montrent arrangés avec plus de régularité et se propagent dans le sens de sa longueur. C'est donc sous la membrane préformative qu'a lieu le développement de la substance dentaire proprement dite; celle-ci consiste, au commencement, en fibres infléchies en bien des sens qui se touchent et se fondent par leurs parties
convexes. En même temps, la membrane préformative prend la dureté de [a
N° 179. C. SPENCE BATE. London medical Gazette. 1850. Août, octobre.
No 173. NasMyYTH. Three memoërs on the teeth and epithelium, 9° édit. Londres, 1842. N° 194. MaRCUSEN. Bulletin de l’Académie de Pétersbourg. 1850. ; N° 155. KOFLLIKER. Mikroskopische Anatomie. 2° vol., 2° part. Leipsig, 1852.
HISTOGÉNÈSE SPÉCIALE. 127
pierre. L'accroissement de la substance dentaire, en épaisseur, a lieu de la même manière que sa première formation; en sorte que le dépôt des fibres dentaires se continue du dehors en dedans, à mesure que le parenchyme du germe dentaire du bulbe en fournit les matériaux. L'accroissement de l'ivoire par couches successives est aussi adopté par /. Müller. Schwann (n° 65) a démontré que les éléments appelés fibres par Raschkow étaient des cellules cylindriques qui s'ossifient ; mais il n'a pas pu arriver à un résultat certain en ce qui concerne le développement des canalicules dentaires. Il rapporte quil a été d'abord disposé à les comparer aux canalicules qui partent des corpuscules osseux, ainsi que le fait Retzius ; mais il a renoncé à cette idée, parce que, suivant ce dernier auteur, les canalicules s'abouchent avec les canaux de Haver dans les dents de Sphyræna. Schwann, dans une autre hypothèse, supposait que les canalicules dentaires se formeraient par l'allongement et la fusion des cellules de la pulpe, paree qu'il a vu des filaments partir de ces cellules, dans l'ivoire nouvellement formé des dents de cochon : mais n'ayant pas pu constater ces filaments dans les dents humaines, il a abandonné cette hypothèse. IL est vrai que Koelliker a constaté, chez l'homme, la présence de ces fils; mais on ne comprend pas, dans cette manière de voir, le développement de la substance intermédiaire entre les canalicules.
Henle (n° 79, t. IL, p. 442) dit que le germe dentaire, dans la profondeur, ne contient que des cellules arrondies, entre lesquelles et les formes cylindriques de la surface on observe toutes les transitions possibles, comme dans un épithéhium à cylindres. À mesure que le germe dentaire croît, de nouvelles couches de cellules rondes passent à la forme cylindrique au-dessous de la surface, se placent en long à la suite les unes des autres, et deviennent ainsi des fibres qui s'étendent, comme autant de rayons, de Faxe de la pulpe à la surface, couvertes de leurs noyaux, entre lesquels subsistent des distances régulières. Ces derniers, d'abord ronds, deviennent ovales peu à peu, se transforment en corpuscules courts et onduleux, et finissent par se réunir également en fibres qui offrent aussi des branches transversales. À. Owen (n° 176)suppose que dans l’ossification les cellules de la pulpe se transforment en grandes cellules mères arrondies, dans lesquelles le noyau primitif se transforme en cellules secondaires. Celles-ci se rangent par séries et forment les canalicules et leurs parois, tandis que la substance fondamentale est fournie par les cellules mères. On peut reconnaitre ces dernières, suivant Owen, dans l'ivoire jeune et quelquefois même dans l’ancien, par leurs contours. Koelliker pense (n° 175, p. 112), que ces contours sont la surface aréolaire de la première couche d'émail, dans les dents jeunes; dans les anciennes, ce seraient les globules d'ivoire, dont nous parlerons tout à l’heure. Nasmyth (n° 173) trouve que la pulpe se compose principalement de cellules ou vésicules de diverses grandeurs et rangées par couches; placées sans ordre dans l’intérieur du germe, elles sont régulières à sa surface et forment un tissu aréolaire. La matière de l’ivoire se dépose dans l'intérieur des cavités des cellules,
N° 176. R. Owen. Odontography.Vondres, 1840-46, avec atlas. — Ton, Cyclopædia of anatomy, art, Zeeth, vol. IV, p. 864. |
de manière que les diverses couches s'ossifient du dehors en dedans: en même
temps les cellules se divisent en petites portions qui se remplissent de granula.
tions. Nous avons fait voir (n° 100, p. 417) que cet aspect provenait de l'air em
prisonné. En traitant l'ivoire par des acides, dit Vasmyth, le tissu aréolaire
réapparait, tel qu'il a existé dans la pulpe avant l'ossification. Les vésicules qui
forment ce tissu sont de forme et de grandeur diverses dans les divers animaux.
Reïchert (n° 177, p. 236) distingue une partie vasculaire, formant la portion interne du germe, et une autre privée de vaisseaux et composée de cellules, qui enveloppe la première ; celle-ci se compose d’une substance fondamentale géla. tineuse dans laquelle sont placées des cellules qui se terminent en fibres, de deux ou de plusieurs côtés, comme les cellules pigmentaires. L'observation à été faite sur le fœtus de cochon. La couche des cellules élémentaires, placées à la surface du germe, se transforme en canalicules dentaires, molles d'abord, puis ossifiées, Suivant hetzius (n° 178), l'ivoire se forme par l’ossification successive des couches externes de la pulpe dentaire; les nouveaux canalicules se continuent sans interruption avec les anciens. Pour expliquer leurs ondulations, l'auteur suppose que la pulpe subit des déplacements périodiques. La paroi de la cavité simple ou compliquée du noyau pulpeux de la dent des musaraignes est tapissée, suivant M. Duvernoy (n° 179, p. 18), par une membrane très fine, irrégulièrement réticulée, dans laquelle prennent naissance les canalicules dentaires ; ce n'est donc que le canevas extérieur du bulbe qui s'ossifie, et non pas le bulbe tout entier, comme le pensent Owen et Nasmyth (n° 179, p. 87).
Tomes (n° 171 et n° 180) décrit de la manière suivante le développement de livoire : Dans un tissu primitivement aréolaire se forment des cellules qui se rangent par séries; puis elles se soudent longitudinalement, de sorte que chaque cellule donne naissance à plusieurs qui se soudent de nouveau pour former les canalicules dentaires, dont la cavité se trouve préformée dans chaque cellule par le noyau qui, par conséquent, ne serait qu'une lacune. Czermak (n° 151) s'est occupé de lacunes qui existent dans l'ivoire et de l’apparence globuleuse que présente ce dernier, vu à un faible grossissement, et qui pour la première fois à été décrite par 7omes. Cette apparence se présente dans l'ivoire nouvellement formé près de la pulpe ; elle résulte par le dépôt encore incomplet des substances calcaires et disparaît au fur et à mesure que l'ossification s'accomplit; cependant, si celle-ci est incomplète, il reste des lacunes interglobulaires qui peuvent prendre l’aspect de corpuscules osseux. Bate (n° 192) décrit ces mêmes globules sous le nom de tissu aréolaire, et dit qu'il existe aussi dans la pulpe. Zinderer (n° 18) appelle ces mêmes globules, cellules fondamentales. Bate (n° 183, dans un travail
N° 197. REICHERT. A#rchives de Müller, 1843, Compte rendu.
No 178. ReTzius. Comptes rendus de l’Académie des sciences. 18/2.
N° 179. DuvERNOY. Dents des musaraignes (Mémoires de l Académie des sciences, 1844), présenté à l’Académie des sciences en 1842.
N° 180. TOMES. Philosophical transactions, 1850, part. IL, p. 5929.
N° 181. CZERMAKk. Würzburg. Verhandl. 1850, 61.— Zeitschr. für wissench. Zool, 1850, P: 299
N° 182. LiNDERER. Deutsche klinik. 1850, n° 21, 92.
N° 183. C. SPENCE BATE. London med. Gaz. 1851, janvier-juillet.
HISTOGÉNÈSE SPÉCIALE. 129 postérieur à celui que nous avons cité) affirme que les canalicules dentaires sont des vaisseaux capillaires de la pulpe ossifiée. Koelliker (n° 175, p. 112) ne pense pas que la pulpe devienne ivoire couche par couche, mais que c'est seulement la couche externe de cellules qui s'ossifie et qui s'accroit par la formation de nouvelles cellules; mais l'intérieur de la pulpe ne fournit point de cellules qui pourraient s'ossifier. Cependant À. Owen a démontré le premier que l'ivoire chez les animaux (et suivant 7omes, aussi chez l'homme, dans des cas pathologiques) peut renfermer des vaisseaux qui proviennent évidemment de la pulpe ossifiée. 3, Cément, ou substance osseuse.—I se forme, suivant Xoelliker (n° 175, p. 110), par l'ossification d'un blastème mou, qui renferme des cellules pourvues de noyaux, analogue à celui qui fournit la substance osseuse derrière le périoste ou dans les os de la tête.
Les études intéressantes sur la reproduction et l’accroissement des dents des
rongeurs, faites par 7enon, Lavagna et surtout par M. Oudet (n° 184), n'ont pas été faites sous le point de vue histogénétique.
. ‘ « . . / /i 2 (7. Zissus fibrillaires (tissus cellulaire, sereux, fibreux et élastique).
a. Développement.
Nous rappelons ici d'abord les opinions déjà exposées de Schwann (p. 37), V’alentin (p. 46), Barry, et de quelques autres auteurs dont il a été question dans le chapitre relatif à l'histogénèse générale. Un grand nombre d'observateurs ont pris le tissu cellulaire pour sujet de leurs recherches, et nous sommes obligé de ne mentionner que les opinions principales.
Henle (n° 79, t. I, p. 406) doute de l'exactitude de la théorie de Schwann. Il dit n'avoir jamais rencontré de faisceaux de fibres qui fussent la continuation d'une seule cellule. Fréquemment on voit des cellules qui semblent se prolonger de deux côtés en une fibre déliée; mais lorsqu'on y regarde de plus près, on s aperçoit que les prolongements de la cellule ne sont pas plus étroits qu'ellemême, qu'ils sont aplatis comme elle, et qu'ils tournent volontiers leur côté étroit vers le baut, tandis que la cellule repose à plat sur le verre à l'endroit du noyau. « Là où l'on est sûr de ne trouver que du tissu cellulaire, comme dans les tendons, les noyaux, d'abord très serrés à côté et à la suite les uns des autres et rangés en séries longitudinales, sont situés dans une substance homogène; plus tard, ils sallongent, deviennent de plus en plus minces, s'écartent davantage les uns des autres, et alors le tissu peut être divisé en fibres plates, de la largeur des fusceaux primitifs du tissu cellulaire, qui portent les noyaux allongés sur leurs bords, tantôt à la suite les uns des autres, tantôt alternativement. » Nous avons déjà indiqué l'opinion de l’auteur sur la transformation de ces noyaux en fibres spirales interstitielles (voy. p. 61). « La division des fibres de cellules en fibrilles a lieu plus tard, quand la fibre s’est complétement séparée de tout ce qui l’entoure; et 11 y a des endroits où elle ne devient jamais bien manifeste, de sorte que, même chez l'adulte, le faisceau ressemble à une fibre simple, incompléte-
Ne
184. OuDET. De l'accroissement continu des incisives chez les rongeurs. Varis, 1850. TOME II. 33
ment striée en long. » Cependant nous avons déjà fait comtraître (p. 6o) l'opinion de Henle sur le développement des fibres du tissu cellulaire, par des cellules en forme de plaques, et qui se disposent en long à la suite les unes des autres, pour former des fibres plus ou moins plates. La troisième espèce de fibres de Schwann, qu'on trouve en grand nombre dans le tissu cellulaire de Forbite et au cou chez les embryons de cochon, se transforment en une espèce de cellules grais. seuses, qui sont peut-être identiques avec celles que Falentin (n° 67) a trouvées dans là gelée transparente du cordon ombilical.
Gerber (n° 73, p. 119) assigne la substance mtercellulaire pour base aux fibres élastiques : les cellules élémentaires primitives s'allongent dans le sens de la fibration primaire, elles s'aplatissent et deviennent fusiformes ; cependant, sans sunir ensemble, il se produit entre elles un réseau de substance intercellulaire, qui s organise à part, tandis que les cellules disparaissent ou persistent. Mais il parait vraisemblable à l'auteur qu'il se forme aussi, dans la substance cellulaire, des cellules creuses d'abord qui, en s'accolant ensemble, deviennent des fibres élastiques. enle (n° 70, t. I, p. 437) dit que l'on peut admettre encore une autre hypothèse, dans laquelle les fibres formées de cellules confondues ensemble, que Valentin a observées, correspondraient aux faisceaux du tissu cellulaire, et les fibres élastiques à ces fibres de noyaux, qui se développent également entre les faisceaux du tissu cellulaire. Comme celles-ci procèdent des noyaux, l'analogie porterait à penser que la même chose a lieu aussi pour les fibres élastiques. La grande affinité existante entre les fibres de noyaux du tissu cellulaire et les fibres élastiques, et le passage insensible des premières aux secondes, pourraient mener à conclure que le tissu élastique n'est qu'un tissu cellulaire modifié. On trouve chez Henle (n° 97, t. E, p. 202) le résumé historique des diverses interprétations et dénominations qu'ont recues les fibres de noyaux, par Schwann, Valentin (qu l'appelle épithelium horizontalement disposé en filaments, d'autres fois tissu d'enveloppe), Pappenheim, Purkinje et Rosenthal, etc.
Nous expliquons (n° 100, p. 355) les diverses variétés du tissu élastique, en
disant que ce tissu est primitivement formé d'une masse homogène, dont le
développement le plus parfait, par des métamorphoses successives, est la séparation ou scission en fibres, très analogues à celles du tissu fibreux. Mais le tissu élastique ne parvient pas partout à cet état parfait de développement, et ses
gane ne sont
qu'autant de degrés de développement imparfait. Pour mieux comprendre cette
variétés différentes que l'on trouve dans les divers endroits de l'or
opinion, nous rappellerons ici celle que nous avons émise sur le développement du tissu cellulaire (n° 100, p. 552), et qui trouve son application pour tous les tissus que nous avons appelés fibrillaires ; à savoir, les tissus cellulaire, séreux, fibreux et élastique, et les membranes qu'ils composent : « Le tissu cellulaire se développe dans un blastème gélatineux, dans lequel existent des cor puscules primitifs (noyaux). Ces derniers ne se transforment en corpuscules secondaires (cellules), et ne subissent les autres métamorphoses indiquées par Schwann que lorsqu'ils sont isolés. Alors nous avons pu constater les divers degrés de développement indiqués par cet auteur, toutefois sans avoir pu trouver des corpus cules dont les extrémités présentaient un faisceau de fibres très minces. En effet,
HISTOGÉNÈSE SPÉCIALE. 13:
ces dernières {les fibres) se développent, selon nos observations, de la manière suivante : Les corpuscules situés dans le blastème ne se transforment point en corpuscules secondaires (cellules), mais ils deviennent fibres de noyaux; le blastème, au contraire, commence à s'endurcir; il se partage ensuite en fibres très longues, plates, larges à peu pres de 0,01 mm., d'abord uniformes, faiblement striées plus tard, et représentant à la fin un faisceau de fibres très déliées, les fibres du tissu cellulaire. Les lamelles que l'on rencontre dans le tissu cellulaire ne sont que des lamelles du blasteme, pas encore partagées en fibres. bas fibres plates qui apparaissent d'abord sont pourvues, à des distances irrégulières, de noyaux et de nucléoles. Lorsqu'on déchire une de ces fibres plates, apparait un faisceau.…….; mais ce faisceau n'a pas pris naissance de la métamorphose d'un corpuscule secondaire (cellule), parce qu'on ne trouve nulle part ces derniers où le blastème forme des lames cohérentes. Or, ce sont ces lames seules qui donnent naissance aux longues fibres du tissu cellulaire; les extrémités pointues des corpuscules secondaires sont beaucoup trop courtes pour produire des fibres cellulaires. » On le voit donc, nous sommes complétement opposé à Fopinion suivant laquelle les fibres proviennent de cellules métamorphosées ; celles-ci n'existent méme pas, et les fibres ne sont que le résultat de la scission de la substance fondamentale.
Reichert (n° 103) part de ce principe, que la continuité de deux tissus démontre leur identité, tandis que leur contiguité indique la différence essentielle qui existe entre eux. En appliquant ces idées au tissu cellulaire et à d'autres analogues, l'auteur affirme que le premier est tres analogue aux gaines des faisceaux musculaires primitifs, à la substance tendineuse, au tissu fibreux, aux tendons, à la cornée, à la membrane de Demours, à la tunique propre des glandes, à la membrane intermédiaire des membranes muqueuses, aux capsules qui enveloppent les corpuscules des reins. Par contre, le tissu cellulaire diffère totalement du tissu élastique et des parois propres aux vaisseaux. En ce qui concerne le développement du tissu cellulaire, Reïchert décrit les degrés suivants de métamorphose, que nous allons exposer dans l’ordre établi par l'auteur. On voit d'abord dans l'embryon une substance gélatineuse, transparente, dans laquelle sont placées, avec une certaine régularité, des cellules à noyaux, fusiformes ou oblongues ; ce sont les véritables cellules du tissu cellulaire (p. r07). Dès que les vaisseaux apparaissent, ces cellules ne sont plus serrées, comme auparavant, mais elles sont séparées les unes des autres par une substance pellucide, semiliquide, mais non visqueuse ; cependant on ne peut isoler ces cellules sans qu'une parcelle de cette substance intermédiaire leur reste adhérente ; les cellules ellesmêmes ne sont guère encore altérées (p. 108). Plus tard. les cellules deviennent ovales, mais on distingue encore nettement la membrane cel] ulaire, le noyau et le nucléole; la substance intercellulaire est plus abondante, semi-solide (p. 109). À un degré de développement plus avancé, les cellules sont remarquables par leur noyau oval à contours foncés : mais les limites de la membrane cellulaire sont beaucoup moins marquées, et une véritable fusion parait avoir eu lieu entre la cellule et la substance intercellulaire (p. 110); la tension ou la pression peut faire naître des plis dans cette substance. Lorsque les cellules ont complétement
disparu et qu'il ne reste plus que des noyaux, la substance fondamentale est d'un aspect vitré et uniforme; elle se plisse très facilement (p. 115). Enfin, la sub. stance fondamentale se fend très facilement, de sorte que la plus légère prépa. oues, comme des rubans ou même des fibrilles
o (p. 116); cette scission s'opère là où les plis se sont formés. On le voit, Reichert
ration fournit des lames lon
se trouve d'accord avec nous sur un point principal, et auquel, dans nos recherches, nous avons attaché beaucoup d'importance; nous voulons parler de Ja production des fibres dans la substance intermédiaire, indépendamment de cellules ou de noyaux. Mais il diffère de notre opinion dans quelques détails IMportants: ainsi 1l suppose, dans la substance fondamentale, des cellules parfaitement développées, tandis que nous n’avions décrit que des noyaux (corpuscules primiüfs) ; 1l affirme que la membrane cellulaire s'unit à la substance fondamentale: enfin, il croit que le tissu n'est autre chose qu'une membrane plissée : ce sont autant de faits que nous ne pouvons adopter.
JF”. Steinlin (n° 185) a vu, dans les folhicules de l'ovaire, des fibres se former par l'accroissement de cellules. Bruch (n° 186, p. 296, 298, 308) affirme que, dans les tumeurs, les fibres se développent directement dans le blastème, par sa scission, dans le sens indiqué par l'allongement des noyaux, ainsi que nos observations et celles de Reichert l'avaient fait connaitre pour l'histogénèse du tissu cellulaire normal. Quelquefois on remarque, suivant l'auteur, beaucoup de noyaux sur le même faisceau; d'autres fois les faisceaux sont privés de noyaux. Nulle part il n'a pu constater la fusion ou la réunion de cellules pour former des fibres. L'auteur a vu dans le tissu cellulaire embryonal des cellules qui deviennent pointues, et qui paraissent disparaitre avant que le blastème devienne fibreux. f’irchow (n° 187) adopte l'opinion de Schwann, ainsi que Hassall (n° 168, p. 335) et Bendz (n° 189, p. 380, 382); ce dernier combat la théorie de Henle sur les fibres de noyaux. 4. Nüller (n° 190) a observé, dans le chorion d'embryons humains, des faisceaux fibrillaires entourés de fibres; cependant la transformation de noyaux en fibres n’a pu être constatée. L'auteur voit des transitions nombreuses entre ces fibres spirales, qui constituent une enveloppe autour des faisceaux fibrillaires et les gaines amorphes des faisceaux musculaires.
Koelliker (n° 191, p. 4) croit que les fibres élastiques sont identiques avec les fibres de noyaux; 4. Müller (n° 190) dit que les noyaux sont serrés dans le blastème amorphe du ligament de la nuque : plus tard, ils ne se rangent pas les uns contre les autres, mais ils disparaissent, et dans ce blastème secondaire se forment les fibres élastiques, d'abord à peine mesurables ; elles s'épaississent ensuite et n’atteignent leurs diamètres normaux qu'après la naissance. Cependant l'auteur admet encore d'autres modes histogénétiques du tissu élastique, entre autres
N° 185. STEINLIN. Mittheil. der Züricher naturforsch. Gesellschaft, 1847. N° 186. Brucx. Diagnose der boesartigen Geschwulste. Mayence, 1847. N° 187. VircHOW. Arch. für patholog. Anatomie. 1847, p. 97.
N° 188. HassaLL. Microscopic anatomy. Londres, 18/47.
N° 189. BENDZ. Handbog i den almindelige Anatomie. Copenhague, 1847. N° 190. H. MüLLEr. Ueber den Bau der Molen. Würzburg. 1847.
N° 191. KOELLKER. Mittheil. der Züricher naturf. Gesellschaft, 1847.
HISTOGÉNÈSE SPÉCIALE. 133 un suivant lequel ce tissu proviendrait de noyaux allongés. Gerlach (n° 192, p. 81, 110, 120) combat l'opinion de Reichert; le tissu cellulaire provient de cellules qui s'allongent en fibres; celles-ci se soudent ensuite; mais l'auteur affirme que les cellules ne se fendent jamais en faisceaux fibrillaires, ainsi que l'affirme Schwann. Le tissu élastique parait devoir son origine à la scission du blastème. Xilian (n° 193) et Bærensprung (n° 194, p. 53) voient la scission s opérer dans le blastème, lorsque les noyaux se sont déjà allongés et transformés en fibres : les observations de Kilian ont été faites sur un polype de l'utérus, celles de Bærensprung sur les condylomes. Ces auteurs n'ont pas vu, pas plus que nous, un développement de véritables cellules. Suivant Xoelliker (n° 195, p. 77) les fibres élastiques, de même que les membranes fenêtrées moyennes des artères, sont identiques avec les fibres de noyaux. Ailian (n° 196) adopte la même OpInion ; il a vu (Loc. cit., vol. VITE, p.67) le tissu cellulaire se former, dans la séreuse de l'utérus, par la scission du blastème, tandis que Paget (n° 197) affirme que les fibres se développent, dans les pseudo-membranes, par des noyaux allongés. Bennett (n° 198, p. 160) admet les deux modes de développement. Paulsen (n° 199) et Remak (n° 200, p. 83) sont de l'avis de Reichert, c'est-à-dire 1ls croient que les fibres sont un produit de la préparation; elles ne seraient que des plis formés par la membrane. Koelliker (n° 116, p. 256) voit, comme Schwann, le tissu cellulaire se former par la fusion de cellules fusiformes.
En agitant le blanc d'œuf filtré, Melsens (n° 201) avait retiré une substance dense, blanchätre, adhérente aux baguettes, et qui, suivant l'examen microsecopique fait par Gluge, se compose de membranes finement granulées, dans Îesquelles existent des fibres cylindriques ou aplaties, droites ou ondulées, isolées ou réunies par faisceaux, ayant un diamètre de 0,0005 à 0,001 de ligne (0,007 à 0,002 mm.). Suivant Âarting (n° 202), ces membranes sont identiques avec celles que Æscherson appelait haptogènes; ce ne serait qu'un produit artificiel qui ne mérite pas le nom de tissu cellulaire, dont au reste il ne partage pas les propriétés chimiques; les fibres que l’on aperçoit ne sont que des plis des membranes; enfin 1l conclut (loc. cit., p. 178) que cette expérience parle en faveur de l'opinion de Reichert, suivant laquelle, comme nous savons, le tissu cellulaire ne serait qu'une membrane plissée. Reinhardt (n° 203) nie que la fibrine puisse sorganiser au point de former du tissu cellulaire ; elle est toujours résorbée, mais le blastème sécrété par les tissus voisins est transformé en tissu cellulaire.
N° 192. GERLACH. Handbuch der allgemeinen und speciellen Gewebelehre. Mayence, 1848. N° 193. KiLraN. Zeütschr. für rationnelle Medicin. Vol. VIL, p.193: N° 194. BAERENSPRUNG. Anatomie und Pathologie der menschlichen Haut. Leipsik, 1848. N° 195. KOELLIKER. Zeitschr. für wiss. Zoologie. 1848, Vol. I. N° 196. KiLiaN. Zetschrift für ration. Medizin. 1849, Vol. IX, p. 20. N° 197. PAGET. Lectures on the process of repair. Londres, 1849. N° 198. BENNETT. On cancerous and cancroid growths. Edinboure, 1840. N° 199. PAULSEN. Observ. microchemicæ circa nonnullas animalium telas. Mitau, 1849. No 200. REMAK. Archives de Müller. 1850. | N° 201. MELSExs. Bulletin de l’Académie royale de Belgique. 1850, XVI, n° 7. N° 202. HARTING. Neederlandsch Lancet. 1851 sept. N° 203. REINHARDT. Deutsche Klinik. 1851, n° 36.