RECHERCHES DE L AUTEUR
présentent un aspect différent. Or, ce développement ne s'accomplit pas toujours entièrement dans l'embryon :ilse continue, du moins pour certains tissus, encore après la naissance, de sorte qu'il existe des différences notables entre le nouveau-né et l'adulte. N'oublions pas que, dans l’âge adulte même et pendant la majeure partie de la vie, les tissus s'accroissent, de sorte qu'à côté des éléments parfaits, on en trouve d’autres, de nouveaux et imparfaits. Est-1l donc étonnant que des observateurs aient décrit d'une manière différente le même tissu vu dans des conditions diverses de développement? Et ce n’est pas seulement l’âge de l'individu qu'il est important de connaitre, mais encore la place qu'il occupe dans la série animale et, pour le tissu même, la portion soumise à l'examen. Le muscle de l'insecte n’est pas identique avec celui du bœuf; l'os du nouveau-né à une organisation différente de celle de l'adulte, et, dans l'os du nouveau-né, on trouvera des éléments autres aux épiphyses et au centre. Les tissus cellulaire, fibreux, élastique présentent des apparences différentes suivant le degré de développement auquel ils sont parvenus, et ainsi de suite.
Lorsque, par conséquent, des observateurs examinent un tissu quelconque dans des conditions qui ne sont pas absolument identiques, il s'ensuivra nécessairement une diversité d'opinions que l’on ne pourra comprendre et faire disparaitre que par l'étude du développement. L'histologie est donc impossible, comme nous l'avons dit précédemment, sans la connaissance préalable de lhistogénèse.
Quant à l'histologie pathologique, il est inutile de prouver que l’on ne peut guere la cultiver sans l'étude approfondie de l'histologie normale et, par conséquent, de l'histogénèse. Que de fois des observateurs pressés, étrangers à ces recherches préalables, ont-ils décrit, par exemple, parmi les éléments histologiques, des arrêts de développement comme formes nouvelles, insolites ! Il est vrai qu'aux yeux du public, qui n'est pas au courant de la micrographie, ces observations ont tout le mérite d’une découverte, puisqu'on a créé un nouveau nom !
Ainsi donc, comme nous le disions auparavant, l'histogénèse est à nos yeux la base de l'histologie, soit normale, soit pathologique. Aussi comprendra-t-on toute l'influence que devait exercer la théorie de Schwann sur la direction donnée aux sciences micrographiques. Malheureusement, l’auteur de cette théorie ingénieuse n'avait pas de faits assez nombreux ou suffisamment exacts à sa disposition pour pouvoir établir une doctrine solide. Mais l'éveil était donné : de nombreuses recherches, ainsi que l'a prouvé la partie historique de cet ouvrage, ont profondément modifié ou renversé plus d'un des principes énoncés par Schwann ; des faits nouveaux ont été portés à la connaissance des observateurs, et c'est ainsi que l’on peut espérer de s'approcher de plus en plus de la vérité.
Nous aussi, à notre tour, nous allons exposer nos recherches, faites depuis nombre d'années, sur le développement des tissus, tant à l’état normal qu’à l'état pathologique; et puis, quand nous aurons fait connaitre ces observations en détail, nous en tirerons quelques déductions générales, en nous ouidant, pour les formuler, sur les principes adoptés dans l'organogénèse. Que l'on ne nous accuse point du désir de vouloir établir une théorie. Non; mais, si la
science ne peut marcher qu'appuyée sur des recherches positives, conscien. cieuses, faites en dehors de toute préoccupation systématique , sans complaisance pour telle ou telle théorie régnante, cependant tous les observateurs cherchent, au bout de leur travail, et avec eux le public, quelques points de repos où l'esprit puisse se recueillir et saisir l'ensemble des recherches, Un fait, quelque brutal qu'il soit, n'est cependant intellisible que par son rapport avec un principe, une idée générale. Nous disons même plus: les faits ne peuvent être exactement observés qu'avec la connaissance des lois qui les régissent et des principes auxquels ils se rattachent. Il y a beaucoup d'observations; il ÿ à peu de faits indubitables, parce qu'il est rarement donné à l'esprit humain de trouver les lois générales. Mais, lorsque ces principes sont véritables, fondés sur des recherches, et non sur la spéculation, ils dirigeront les savants dans leurs travaux et feront découvrir des faits nouveaux. Quand, par conséquent, à la fin de nos observations, nous énoncerons des principes ou des lois, on comprendra notre intention, et l'on ne voudra point trouver une prétention exagérée dans le désir de contribuer, par l'énonciation de quelques généralités, aux progrès de la science.
Nos recherches histogénésiques sont relatives les unes aux tissus normaux, les autres aux productions pathologiques. Parmi les tissus normaux, nous examinerons d'abord ceux qui se composent principalement de fibres, puis les tissus à cellules. Tous les produits pathologiques ne pourront étre examinés ; mais, au moins, les plus importants parmi eux seront passés en revue. La troisième section comprendra la théorie et les lois générales énoncées par nous il y a quinze ans, et à l'appui desquelles nous pouvons citer actuellement les nombreuses observations des auteurs.