TOME II
breuses recherches faites depuis cette époque m'ont prouvé la justesse de cette opinion, qui fut prononcée dans un moment où l'on était plutôt disposé à fin, des concessions que de l'opposition à la théorie cellulaire.
Le développement des tissus fibrillaires s'étudie le plus facilement dans Ja régénération et, à l'état pathologique, dans les tumeurs fibreuses. L'animal] adulte et l'embryon offrent en outre de nombreuses occasions pour Je recherches. Je vais maintenant exposer les résultats auxquels m'ont conduit mes observations, en parlant d'abord des fibres, puis des corpuscules, et en examinant, pour terminer ce chapitre, les divers états de développement des
tissus fibrillaires dans l'homme adulte.
Ç IL. Du développement des fibres.
La substance fondamentale qui donne naissance aux fibres est une masse d'abord homogène, amorphe, molle, diffluente , puis gélatineuse, plus tard solide, résistante. Dès les premiers moments de son existence, on y découvre des corpuscules grands de 3 à 5 millimètres, dont les transformations ultérieures seront décrites plus tard. Pour le moment, nous fixerons notre attention sur les métamorphoses subies par la substance fondamentale.
Au fur et à mesure que se consolide cette substance, qui est Le blastème des fibres dans les tissus en question, on y voit apparaitre des fentes ( pl. XXIX. fig. 1, 4) qui, au premier aspect, paraissent purement accidentelles, mais qu'un examen attentif et l'étude de préparations variées font reconnaitre, par leur constance, comme caractère essentiel du développement. Ces fissures sont d'abord rares, courtes et tres éloignées les unes des autres, à la distance d'un ou même de deux centièmes de millimètre. Mais, tandis que la substance fondamentale se consolide, elles deviennent plus nombreuses, plus longues et plus rapprochées. La portion de substance qui est comprise entre deux fentes constitue une fibre. On le conçoit donc, la largeur de la fibre dépend de l’éloignement de deux fissures. Les fibres ont, par conséquent, dans les premiers temps de l'existence d'un tissu fibrillaire, la dimension de 1 à 2 millimètres. Ajoutons que le blastème se consolide en lamelles très minces, quoique fort étendues; il s'ensuit que les fibres sont plates.
Nous avons dit que les fentes sont d'abord fort courtes; il en est de même, par conséquent , des fibres, qui se confondent, dès que la fente cesse, avec la substance fondamentale, là ou “cette dernière n’a pas encore subi de scission (fig. 1, ). Mais, au fur et à mesure que cette métamorphose s'opère, les fissures deviennent plus rapprochées et plus longues, et les fibres, par conséquent, aussi beaucoup plus étroites et plus étendues (fig. 2).
La substance fondamentale continue de cette manière à se fendiller jusqu'à ce qu'elle soit complétement transformée en fibres, d'autant plus minces que le développement est plus complet (fig. 5, 4). Tant que la scission n'est pas complète, les fibres les plus minces se trouvent seulement indiquées par des fentes linéaires sur une fibre large (fig. 4, a); elles ne sont pas encore, pour ainsi dire, individualisées ; on ne peut les isoler les unes des autres à moins d'employer des moyens mécaniques, par exemple la traction avec des aiguilles. Cependant
les progrès naturels du développement achèvent cette scission , et les fibres, dont précédemment les contours étaient à peine indiqués, deviennent distinctes, isolées (fig. 4, b); la fibre large se résout en un faisceau de fibres très déliées, qui restent pendant quelque temps encore accolées les unes aux autres et qui finissent cependant par s'éparpiller.
La scission s'opère de la manière la plus complète dans le tissu connectif (tissu cellulaire); on y aperçoit des fibres qui n’ont qu'un millième de millimètre en épaisseur, quelquefois même une fraction seulement de ce diamètre. Cependant, surtout chez les jeunes animaux, mais parfois aussi chez les adultes, par exemple dans le corium, on apercoit par ei par là des fibres plus larges, de 3 à 5 millimètres, qui, au premier aspect, paraissent unies, mais qu'un examen plus attentif fait reconnaitre composées d'un nombre considérable de fibres. Toutefois, ces dernières ne sont pas encore complétement développées; elles se trouvent seulement indiquées par une multitude de lignes noirâtres, des fentes très rapprochées à la surface de la fibre plus large. La scission étant encore incomplète, elles sont cohérentes et ne se séparent qu artificiellement. Dans d'autres endroits, cette scission est plus avancée, et l'on voit le bout d’une large fibre analogue éparpillé en un faisceau de fibrilles très déliées. Ailleurs encore, et c'est le cas pour la majeure partie du tissu cellulaire, des fibres excessivement minces sentrecroisent dans tous les sens et constituent le tissu complétement développé. Leurs diamètres sont tellement petits qu'avec nos moyens actuels d'investigation, on ne peut ni supposer ni admettre une division ultérieure.
Toutelois, 1l ne serait pas impossible d’admettre que la fibre la plus mince ne s'accroisse en largeur et en épaisseur, avec les progrès de la nutrition, par intussusCeption, et quensuite elle ne subisse la scission dans le sens de la lonsueur. Cest ainsi que l’on peut expliquer, par exemple, l'accroissement du tissu cellulaire intermusculaire chez l'adulte, puisqu'on n'y trouve pas les premiers degrés de développement, à savoir, ni le blastème homogène, amorphe , diffluent, ni les lamelles à peine consolidées et fendillées à des distances fort éloignées. Cependant, ces éléments devraient y exister si le tissu cellulaire, dans l'adulte, s'accroissait de la même manière dont il prend son développement dans la vie embryonale et dans la reproduction.
Ce que nous venons de dire du développement des fibres suffit pour démontrer que le canal central, dont elles seraient pourvues suivant quelques auteurs, ne peut exister, du moins dans les fibres larges, puisque la scission successive qu éprouvent ces éléments, au fur et à mesure qu'ils deviennent plus étroits, ne pourrait s opérer sur des cavités.
On comprend également qu'une fibre peut être divisée à une de ses extrémités en deux, trois ou plusieurs fibres, tandis que l'autre bout n'en présente qu une seule, large de la somme totale des largeurs des fibres de l’autre bout. Dans ce cas, la scission ne s’est pas étendue sur toute la fibre, mais seulement sur une de ses portions. Les tissus élastiques offrent de nombreux exemples de cette sorte de fibres. Cependant, il peut aussi arriver que le bout non divisé est moins large que les fibres étroites réunies, Soit parce que les fibres isolées se sont élargies par intussusception, soit, ce qui nous paraît plus probable,
parce que des fissures, partant de points divers, se rencontrent de manière} former une fibre plus large d'un côté que de l'autre. Quoi quil en soit. que l'on adopte une de ces opinions ou toute autre, toujours est-1l que ces diverses formes de fibres peuvent s'expliquer par le principe de la scission de la substance fondamentale, c'est-à-dire par le principe que nous avons établi bour le développement des fibres, sans que nous ayons besoin de recourir à des cel. lules ou des noyaux devenus fibres.
Nous avons (page 131) rapporté les vues d’un auteur dont l'opinion se rap proche beaucoup de la nôtre, puisque, comme nous, il nie le concours de cel. lules pour le développement des fibres. Cependant, nous avons déjà fait connaître les différences qui séparent notre manière de voir de celle de M. Reichert. Nous n'ajouterons, par conséquent, ici que quelques mots encore relative. ment à un point particulier de la théorie de cet auteur. Suivant M. Reichert. « la substance fondamentale est d'un aspect vitré et uniforme ; elle se plisse très facilement, et la scission s'opère là où les plis se sont formés. » On fait généralement dire à Reichert que, suivant lui, les fibres ne seraient que les plis de a substance fondamentale. Je ne sais si c'est la véritable opinion de l'auteur : je n'ai pu la saisir d'une manière bien nette, quoique j'aie lu avec attention l'ouvrage original; mais celui-ci ne brille pas précisément par la clarté de l'exposition. Cependant, il me parait difficile que M. Reichert ait professé une Opinion analogue, car un pli qui se fend ne peut jamais constituer une fibre, Il faudrait donc admettre un double pli, une espèce de froncement ; mais rien, dans l'observation , ne vient à l'appui de cette hypothèse. Dire que la scission s'opère là où les plis se sont formés, ce n'est en réalité que fournir une explication hypothétique sur l'existence de la fissure. Il suffit, à ce qu'il me semble, de constater la présence de la fente : chercher la cause de son origine dans un pli, C'est embrouiller par une théorie fort contestable la réalité d'un fait très simple. Cet effort de l'imagination est d'autant plus superflu que la scission est un phénomène très répandu dans le développement des tissus du règne végétal ou animal , et qu'il me parait, par conséquent, au moins inutile d'établir, pour les tissus fibrillaires, une hypothèse particulière qui ne trouverait pas même d'application dans d'autres circonstances. Bornons-nous donc à constater purement le fait de la scission, puisque l'observation la plus minutieuse, ainsi qu'il a été déjà dit, ne permet de constater ni plis ni froissements. En ce qui concerne la priorité, je rappellerai que mon Ænatomie generale à été publiée deux ans avant l'ouvrage de M. Reichert.