IL. Du developpement des fibres de noyaux
Nous avons déjà dit précédemment qu'au moment où apparaissaient les premières traces du blastème qui donne naissance aux fibres, on y aperçoit en même temps de petits corpuscules, dont le diamètre varie de 3 à 5 millimètres; ils sont arrondis ou légèrement allongés, finement granulés, et ne présentent nulle trace, soit d'un nucléole, soit d'une membrane cellulaire. Ils ressemblent complétement aux éléments qui se transforment en cellules dans d'autres tissus : aussi les auteurs n'ont-ils pas hésité à les appeler noyaux. À nos yeux;
RECHERCHES DE L'AUTEUR. — HISTOGÉNESE NORMALE. 205 cette dénomination est inexacte, puisque, comme nous venons de le dire, ces corpuscules ne se transforment jamais en cellules. Ce n'est donc qu'avec cette restriction que nous emploierons quelquefois le mot de noyaux à la place de corpuscules.
La position de ces éléments dans le blastème, lorsqu'il commence à se solidifier, est presque toujours alternante : aussi voit-on des rangées de corpuscules alignées dans le sens longitudinal des fibres qui vont se développer dans le blastème. Disons-le tout de suite, la scission de la substance fondamentale s'opère toujours entre les rangées des corpuscules (fig. 2,3); mais, jamais, il ne se forme une fente à travers les corpuscules, quel que soit le degré de leur développement.
La substance fondamentale qui (voyez le paragraphe précédent), par scission, se transforme en fibres, n’atteint pas toujours dans toute son étendue le même degré de consistance. Celle qui entoure les corpuscules ne subit la scission qu'en dernier lieu. Aussi, en plaçant sous le microscope du tissu cellulaire en voie de développement, on aperçoit des corpuscules isolés auxquels adhère une portion de substance amorphe (fondamentale). Ces formations, toutes accidentelles, quoique très fréquentes et assez constantes dans certains degrés de développement, ont été prises pour des cellules, à tort, par les raisons suivantes : Jamais, par aucun moyen chimique ou mécanique, on ne saurait découvrir et démontrer la presence d’une membrane cellulaire. C'est la sans doute l'argument le plus puissant et sans réplique que l'on puisse avancer contre l'existence des cellules. Dès que l'on est bien pénétré de la vérité de ce fait, on s'expliquera facilement des particularités que présentent ces formations, et que l’on a interprétées de diverses manières. Ainsi, les contours de ces éléments, que nous appellerons des corpuscules composés, ne sont jamais réguliers, bien nets, bien limités. Le corpuscule (noyau) n'a pas de position fixe, déterminée ; il se trouve tantôt au centre, tantôt sur un des côtés, tantôt à un des bouts du petit ilot de la substance fondamentale (voyez pl. XXIX, fig. 20); il est tantôt unique, tantôt multiple. Cei ilot lui-même se termine brusquement (pl. XXIX, fig. 21), ou en pointe, lorsque la scission n’est pas encore établie et que l'on fragmente la substance fondamentale pour faire la préparation; ou bien il lui adhère une (pl. XXX, fig. 9) ou plusieurs fibres (pl XL, fig. 9) provenant de la scission de la substance fondamentale plus avancée dans son développement.
Ces formes diverses de corpuscules composés, avec ou sans fibres adhérentes, ont été prises pour des cellules, et appelées globules ou cellules fusiformes ou fbro-plastiques (cellules-mères et cellules-filles).
L'endroit dans lequel on peut étudier ces éléments de la manière la plus facile et la plus distincte est le tissu cellulaire sous-cutané d'embryons, par exemple, du poulet. Des noyaux, entourés de petites portions de substance amorphe, sont liés entre eux par des filaments (pl. XXX, fig. 9) de fibres parfaites de tissu cellulaire. Dans ses interstices, se trouve une substance gélatineuse, dans laquelle, plus tard, se développent des noyaux et des fibres, comme dans tout blastème de tissu fibrillaire. En examinant avec attention
ces corpuscules composés, on se convaincra facilement de l'absence de toute TOME I. 72
membrane cellulaire et de l'exactitude de notre opinion sur Île développement de ces éléments.
Le tissu cellulaire sous-cutané mérite de fixer notre attention un instant encore sous un autre point de vue. La disposition toute particulière des cop. puscules composés et des fibres, qui forment un réseau à mailles remplies de matière gélatineuse, a fait appeler ce tissu cellulaire sous-cutané tissu CORjonctif aréolaïre ou gélatineux {Koelliker), ou tissu muqueux (Firchow). On trouve une structure tout à fait identique dans la gélatine de Wharton, dans l'organe de l’émail du sac dentaire de l'embryon, entre le chorion et l’amnios, etc. Le développement de ce tissu s'explique d'une manière toute simple. Une première couche de substance fondamentale, pourvue de noyaux, s'est transformée en tissu fibrillaire jusque dans le voisinage des corpuscules. Avant que les ilots adhérents aux corpuscules soient devenus fibrillaires, il a été exsudé une nouvelle quantité de blastème gélatineux, qui écarte les fibres et les corpuscules composés et remplit les interstices, les aréoles. À son tour, il devient tissu fibrillaire, après la formation de corpuscules simples, de corpuscules composés, de fibres et d'aréoles. Mais, dès qu'il cesse la production d'un nouveau blastème gélatineux, dès que les aréoles disparaissent, que les fibres se rapprochent et que la scission s'opère tout autour des noyaux, alors nous aurons du tissu cellulaire parfait, qui ne différera en rien de celui de toute autre partie du Corps.
Ainsi donc, quelles que soient la forme et la disposition des corpuscules composés, qu'ils soient isolés ou cohérents, terminés en pointe ou par un faisceau de fibres adhérentes, nulle part n'existent pour nous de cellules. Nous avons déjà exposé { page 129 et suiv.) avec beaucoup de détails les opinions des auteurs: nous n'avons donc pas besoin de revenir sur ces diverses théories. Nous ferons seulement remarquer que la substance fondamentale ne peut être appelée, à nos yeux, intercellulaire, puisqu'il n'existe nulle part de cellules, soit arrondies, soit ovalaires, dont la fusion constituerait, avec ou sans le secours d’une substance amorphe additionnelle, la substance fondamentale (Koelliker, Reichert) Nous ne croyons non plus, avec Remak, que la substance fondamentale des tissus conjonctifs se développe tout entière aux dépens de membranes extérieures secondaires des cellules de la substance conjonctive, de sorte quil y aurait absence complète d’une substance intermédiaire. Enfin, l'opinion de Schwann, dont Koelliker est encore actuellement un fervent partisan, se trouve suffisamment réfutée par l'exposé de nos observations.
Diverses causes ont pu déterminer les auteurs à parler des cellules qui donneraient naissance aux fibres. Ce sont d'abord les corpuscules composés, qui, en effet, ressemblent d'une manière frappante à des cellules, avec lesquelles, cependant, il n'est pas permis de les confondre, puisque dans toute cellule existe une membrane absente dans les corpuscules composés. Or, c'est une condition très importante pour l'étude des lois qui régissent le développement des tissus, que de distinguer des corpuscules composés de véritables cellules. En effet, nous arriverons à ce résultat que nulle part n'existent des cellules là ou se Det loppent des fibres, et, d'autre part, que des cellules ne donnent jamais origin à des fibres. Aussi n'est-ce qu'à la suite d'études prolongées et de recherches
RECHERCHES DE L'AUTEUR. — HISTOGÉNÈSE NORMALE. er
suivies que nous avous pu établir le fait de l'absence de la membrane et que nous posons ce principe, Contrairement à l'opinion de presque tous les dede Le fait de la présence ou de l'absence d’une membrane est en lui-même déjà un fait d'assez d'importance pour fixer l'attention de l’histologue : mais 1l devient bien plus intéressant lorsque des principes généraux se rattachent à son existence. Aussi allons-nous examiner avec quelques détails les raisons qui nous ont déterminé à nier l'existence des cellules dans les tissus fibrillaires en voie de développement.
Cependant, retranchons d’abord du cadre de la discussion un certain nombre d'éléments, de véritables cellules, qui ont pu être confondus avec les éléments producteurs du tissu fibrillaire et déterminer les auteurs à parler de l'existence de cellules. En effet, dans l'embryon existent beaucoup de cellules transitoires qui se dissolvent, sont remplacées par un blastème amorphe qui est dü peutêtre à ces cellules décomposées, et dans lequel se développent les premiers éléments du tissu fibrillaire futur. Or, dans l'étude de l'embryon, on peut facilement confondre ces éléments transitoires, identiques pour tous les tissus, avec ceux qui se transforment directement en éléments permanents des tissus fibrillaires, d'autant plus que, dans les premiers temps de l'existence, toutes les cellules transitoires n’ont pas encore disparu et qu’un certain nombre d'entre elles peuvent se trouver mélées aux éléments permanents. L'étude comparative du üssu cellulaire en voie de développement, soit normal, dans divers organes et sur divers individus de la série animale, soit accidentel, pathologique, soit de reproduction, convaincra facilement l'observateur qu'il faut faire abstracüon de ces cellules, qui appartiennent aux tissus embryonnaires, et qui nesont que des éléments accidentels, puisque, en dehors de l'embryon, le développement s opère sans leur intervention. Il est donc impossible d'établir un principe histogénésique quelconque pour les tissus fibrillaires , et qui serait basé sur l'existence de ces cellules, parce que, comme nous l'avons déjà dit, ces cellules précèdent le développement de toute espèce de tissus et parce qu'elles se dissolvent. On peut bien accorder que ces éléments, en se dissolvant avant la formation du tissu fibrillaire, fournissent des matériaux utiles ou nécessaires au développement du tissu cellulaire ; mais, directement, elles n'y contribuent en rien, ni par leur membrane, ni par leur noyau ou nucléole.
La coexistence de ces divers éléments peut donc devenir cause de leur confusion. En voyant d'abord les cellules embryonnaires et, plus tard, les corpuscules isolés dans la substance fondamentale, on était naturellement porté à croire que ces derniers étaient le résultat de la transformation des premières, d'autant plus que les esprits se trouvaient plus disposés en faveur de la théorie cellulaire. Mais les raisons exposées ont fait voir l'erroné de cette opinion. Lorsque, par conséquent, quelques auteurs parlent de la fusion de cellules qui produiraient ainsi la substance fondamentale, cette opinion, si elle n’est pas purement théorique, ne peut se fonder que sur l'observation de cellules embryonnaires qui disparaissent aussi bien avant l'apparition du tissu fibrillaire qu'avant celui de tout autre tissu.
Nous le voyons donc, nous n'avONS, jusqu'à présent, nulle cellule concourant directement à la formation du tissu fibrillaire , si ce n’est l'élément que
nous appelons corpuscule composé, et qui, suivant les auteurs, serait une cel. lule. Nous nions l'existence d'une membrane, parce que, jamais, nous n'avons pu la découvrir en déchirant ou en comprimant le corpuscule composé où en le roulant entre deux verres, c'est-à-dire en employant des procédés qui révèlent l'existence de la membrane dans toute cellule. On n’est pas plus heyreux en traitant ces éléments par de l'eau iodée : au contraire, on apercoit d'une manière plus distincte le vague des contours, dü à l’absence de toute membrane. Enfin, dans toute cellule, le contenu granuleux est refoulé par l'eau, qui pénètre la membrane lorsqu'on laisse séjourner pendant quelque temps la préparation dans l'eau : rien de semblable ne peut s'observer sur les corpuscules composés.
En résumé donc, les corpuscules (noyaux) entourés de petits fragments de la substance fondamentale (corpuscules composés) ont été pris, par les auteurs, pour des cellules qui donneraient naissance aux fibres. Nous savons que ces éléments ne sont pas des cellules; nous connaissons le mode de développement des fibres : examinons encore, pour terminer cette étude, les transformations ultérieures des corpuscules. Ce sont les suivantes :
Les corpuscules s'éclaircissent, s'allongent, et présentent ensuite un petit point obscur, qui, plus tard, devient transparent (pl. XXIX, fig. 2, 3, 20, 21; pl XXX, fig. 9). Les corpuscules ont alors une forme ovale; leur longueur est d'environ 1 millimètre; leur largeur, à peu près la moitié de la longueur; le diamètre du petit point transparent (nucléole) varie entre 5 dix-millièmes et 1 millimètre.
Arrivé à la forme d'un noyau ovale, transparent , aux contours bien limités et pourvu d'un nucléole, le corpuscule continue à s'allonger et finit par devenir pointu aux deux extrémités. Le nucléole est remplacé par plusieurs petits points noirs rangés en séries, qui, peu à peu, se confondent au milieu d'autres granules analogues formés dans le corpuscule allongé. Celui-ci perd alors sa transparence et finit par devenir tout à fait obscur. En même temps, chacun des deux bouts s’est considérablement allongé, des ramifications ont poussé sur les côtés, et le tout représente une fibre courte (de quelques centièmes de millimètre), noire (lorsqu'on examine la préparation dans les conditions ordinaires, sous l’eau), un peu ondulée et s'anastomosant avec des corpuscules allongés voisins, surtout ceux qui sont situés au-dessus et au-dessous, dans la même ligne. Les anastomoses latérales sont plus difficiles à saisir; mais elles existent, et l'on peut facilement les étudier avec des tendons bouillis pendant quelques heures, ainsi que nous l'avons déjà indiqué, bien avant Donders (dans le 1° vol. Mémoire sur le tissu cellulaire). Toutes les fibres sont alors transformées en une masse homogène, amorphe, gélatineuse, et l'on aperçoit seulement les coupes transversales ou longitudinales (pl. XXIX, fig. 5, 6, 5) de ces corpuscules allongés, mais devenus transparents.
L'intérieur du corpuscule n’est pas toujours entièrement résorbé; souvent il parait rempli par des granules noirâtres qui ne disparaissent point par le séjour prolongé dans l'eau, ce qui prouve évidemment qu’ils ne sont pas dus à la présence de l'air. Ce sont des résidus du contenu, qui n'a pas été entièrement résorbé.
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En général, la métamorphose du corpuscule marche de pair avec celle de la substance fondamentale. Cependant, il existe des tissus dans lesquels les corpuscules persistent à un moindre degré de développement que la substance fondamentale qui est arrivée à l'état de fibres. Par contre, la substance fondamentale peut se durcir sans subir la scission, tandis que les corpuscules se metamorphosent, ainsi que nous le verrons plus loin (K 5).
Ainsi done, le corpuscule s’allonge, devient creux, mais ne sera Jamais, à nos yeux, une véritable fibre, d'une longueur indéterminée. Il ne faut pas se laisser induire en erreur par la situation particulière des corpuscules qui restent parfois accolés à une fibre provenant de la scission de la substance fondamentale. Cependant, il est facile de les reconnaitre par l'action de l'acide acétique, qui dissout, comme on sait, ces fibres, ou du moins qui les rend gélatineuses et transparentes, tandis qu'il n'attaque point les corpuscules allongés. Les productions appelées fibres de noyaux ne sont, suivant notre opinion, que le résultat de la fusion de plusieurs corpuscules (noyaux) allongés et devenus creux. Les renflements que présentent ces fibres de place en place indiquent la position primitive des noyaux.
Nous avons déjà fait connaître l'opinion de J’irchow et Donders, qui affirment que les fibres du tissu conjonctif dites fibres de noyaux procèdent de cellules, et que l’on trouve fréquemment dans le tissu conjonctif des cellules étoilées non encore transformées en fibres de cette espèce. La membrane entourerait étroitement le noyau; la cavité cellulaire renfermerait en outre, quelquefois, une ou deux gouttelettes de graisse. Virchow appelle ces éléments cellules ou corpuscules du tissu cellulaire, pour les distinguer des autres cellules du même tissu. Cet auteur, ainsi que Donders, établit le parallèle entre ces cellules ou corpuscules avec les cellules du cartilage, et compara la substance fibreuse du tissu conjonctif (qu'il considéra simplement comme substance intercellulaire) avec la substance fondamentale des cartilages. Donders et Koelliker affirment en outre que les fibres élastiques ne sont qu'un développement plus avancé de ces corpuscules, appelés par Koelliker cellules plasmatiques (n° 443, p. 75).
Nous ne saurions partager ces opinions : il est impossible d'isoler ces prétendues cellules et de les examiner en dehors des fibres ou de la substance fondamentale. Aussi, n'est-ce peut-être qu'un halo, un effet de l'interférence, et, par conséquent , une illusion d'optique, qui a fait supposer l'existence d'une membrane. Henle pense que des fissures et des vides du tissu conjonctif peuvent facilement être pris pour des fibres et des cellules. Mais ce que nous contestons, ce n'est pas l’existence des corpuscules allongés, mais bien celle des membranes, qui en ferait des cellules. Aussi bien, nions-nous l'existence des cellules dans le tissu cellulaire en voie de développement, que l'on examine la substance fondamentale ou les corpuscules (noyaux).
(IV. Regénération , accroissement.
La régénération des tissus fibrillaires s'opère d'après les lois que nous avons établies pour leur développement. On peut l'étudier très facilement dans toute
N° 443. KOELLIKER, Éléments d’histologie humaine, trad. ‘par MM. Béclard et Sée. Paris, 1855. TOME Il. 70
plaie où il se forme du tissu cellulaire, par exemple dans celles de la peau, Le tissu cellulaire qui se forme dans cette occasion n'atteint pas toujours Le der. nier degré de développement. La substance fondamentale ne subit la scission qu'incomplétement ; on n'apercoit que des fibres très larges ou des lamelles sur lesquelles on trouve seulement quelques courtes fissures. Les noyaux, au con. traire, peuvent avoir éprouvé toutes les transformations indiquées et ne plus constituer que des éléments appelés fibres de noyaux. Nous avons déjà rapporté précédemment (p. 137) nos expériences sur la reproduction des tendons. Quant à l'accroissement, nous n'avons rien à ajouter à ce qui a été dit (p, : 4). Cependant, nous devons faire remarquer que, suivant quelques auteurs ( par exemple Xoelliker, n° 443), ils naissent , même chez l'adulte, de nouveaux 4e. ments qui s'unissent avec ceux déjà existants. Mais il sagirait de déterminer l'âge de l'individu sur lequel ces observations ont été faites, le degré de déve. loppement auquelil est parvenu et la quantité de ces nouveaux éléments, pour savoir si la scission des fibres grossies par intussusception n’est pas le principal mode d’accroissement des tissus fibrillaires.
Ç V. De l’orpanisation de la fibrine.
Une question très importante pour le développement des tissus fibrillaires est celle de savoir si la fibrine exsudée, surtout celle des produits inflammatoires, peut s'organiser. Si, sous le nom d'organisation, on comprend une transformation en tissu fibrillaire, présentant les mêmes éléments histologiques que tout autre tissu de la même espèce, par exemple le tissu cellulaire, nous répondrons catésoriquement par une négation. Nous admettrons, au contraire, la transformation de la fibrine exsudée en fibres, quelquefois fort ténues ; mais on n'y rencontrera jamais de noyaux, de corpuscules composés, de fibres de noyaux : tous des éléments caractéristiques pour tout tissu fibrillaire. Ces propositions demandent quelques explications : nous commencerons par l'étude de l'aspect que présente la fibrine exsudée.
Rien ne prouve que les granules qui apparaissent dans les liquides exsudés, et dont la réunion formerait des corpuscules (appelés par nous d’abord fibrineux, puis primitifs, globules d'exsudation par Valentin, globules pyoïdes par Lebert, corpuscules plastiques par Bennett), soient dus véritablement à de la fibrine coagulée. Cette opinion, qu'un des premiers nous avions avancée, mais que bientôt nous avions abandonnée, faute de preuves suffisantes, fut également professée par Simon, Valentin, Nasse, Scherer, Zimmermann, Wunderlich en Allemagne, 4ddison, Buchanan, Dalrympleet Bennett en Angleterre, MM. Letet lier, Andral, Fleury, Piorry en France. Mais les assertions de ces auteurs n àvaient pas apporté de nouveaux arguments en faveur de l'exactitude de cette opinion , et la forme de la fibrine coagulée devait être étudiée dans d'autres circonstances.
Weber (n° 444, p. 93) signale, dans la goutte de sang qui se coagule entre
les globules, des espaces vides remplis de sérum et un réseau de fibres entrela-
N° 444. Weger, 4emntlicher Bericht über die 19* Naturf. Vers. zu Braunschweig , 1841.
cées, excessivement ténues, et qui deviennent plus distinctes par l'action de l'iode. Quelques auteurs ont contesté l'exactitude de cette observation: ils affirment que la fibrine coagulée ne présente qu'une masse gélatineuse, homosène, qui, plissée ou roulée, prend l'aspect de fibrilles. 7zrchow, qui, d'abord, avait partagé cette opinion, dit, dans une notice postérieure (n° 445, p. 66), que la fibrine, en se coagulant, forme une masse amorphe , gélatineuse, qui, plus tard, en se contractant, forme des fibrilles de plus en plus distinctes. Pour Nasse(n° 446, p. 439), il n'existe dans le sang que des lamelles. fibrineuses amorphes ou finement striées, carrées ou polygonales, dont les plis ont été pris pour des fibres. Ces lamelles se rencontrent le plus abondamment dans l'eau qui a servi à laver un caillot sanguin et dans le sang battu, défibriné. Suivant Meyer (n° 447), ces lamelles seraient épithéliales. Au milieu d'opinions tellement contradictoires, qu'il nous soit permis maintenant d'exposer le résultat de nos recherches. |
Lorsqu'on place sous le microscope une goutte de sang que l'on aura fait infiltrer entre deux lames de verre, que l’on modifie la trop vive lumière pour pouvoir distinguer les contours les plus délicats, et que l'on emploie des grossissements de 500 à 600 diamètres, on apercevra, ainsi que l'a décrit Weber, dans quelques-uns des interstices que laissent entre eux les globules sanguins, des fibres excessivement ténues qui s'entrecroisent dans tous les sens. Elles partent d'un ou de plusieurs globules sanguins, auxquels elles paraissent attachées par un bout, tandis que l'autre est libre ou également attaché. Ces fibres sont très délicates, deviennent plus distinctes par l’action de l'iode, et disparaissent par la pression ou lorsqu'on fait rouler les deux verres l'un sur l’autre. Nul doute que ces fibres n'appartiennent à la fibrine coagulée : elles sont complétement isolées, indépendantes les unes des autres, et ne peuvent, par conséquent, être considérées comme le résultat du plissement d’une masse homogène, amorphe. 30
Ce que nous venons de dire fera déjà comprendre que les fibres signalées ne sont pas non plus, pour nous, le résultat du plissement des lamelles signalées par /Vasse. Mais, ces lamelles elles-mêmes sont-elles les premiers éléments de la fibrine coagulée ou quelle est leur valeur? Pour nous, ces formations amorphes que l'on rencontre surtout dans le sang battu et dans l'eau qui a servi à laver un caillot sanguin, peuvent provenir de deux sources diverses : ou bien ce ne sont que de petits fragments de la fibrine coagulée en masse; ou bien , ce qui nous parait bien plus probable dans la plupart des cas, les globules Sang UiDS, décolorés, aplatis et collés ensemble forment ces éléments. On a souvent l'occasion de se convaincre que des globules ainsi déformés ne peuvent plus se disüunguer les uns des autres, et qu'ils ne forment plus que des lamelles amorphes.
L'existence de fibres comme résultat de la coagulation de la fibrine dans la gouttelette de sang ne peut donc former à nos yeux l'objet du moindre doute.
N° 445. VIRCHOW, Gesammelte À bhandlungen zur wissenschafilichen Medicin. Francfort-sur-le- Mein, 1850. |
N° 446. Nasse, Archives de Müller, 184.
N° 447. Meyer, Nour. Notices de Froriep, 1841, n° 439.
Quant aux masses de fibrine coagulée, prise dans Île caillot, les épanche. ments, etc., elles présentent une structure tantôt amorphe, tantôt fibreuse suivant des circonstances qui doivent être déterminées ultérieurement, Ee fibres, quand elles existent, sobservent distinctement sur les bords seulement du fragment ; leurs contours sont raboteux, inégaux, de sorte que, sur la fibre même, malgré son extrême ténuité, on peut distinguer des épaississements et des rétrécissements. La masse totale paraît être formée du feutrage intime de ces fibres, qui, serrées et superposées les unes aux autres, ne peuvent blus être aperçues distinctement.
La fibrine se compose donc indubitablement de fibres : mais peut-on l'appeler un tissu organisé, fibrillaire ? Nullement. Nous sommes autorisé à nous prononcer dans ce sens, non-seulement à cause du caractère différentiel que présentent les fibres, mais encore à cause de l'absence des noyaux, des corpuscules composés et des fibres de noyaux. Une autre question est de savoir si la fibrine exsudée peut s'organiser et devenir véritable tissu fibrillaire. Zwicky (voy.p.1 kr se prononce dans ce sens. La fibrine, composée d'abord de fibres indistinctes. se transforme plus tard, dit-il, en une masse homogène, amorphe, qui devient la masse fondamentale du tissu fibrillaire et dans laquelle se développent des noyaux. Mais nulle part existe la preuve, à nos yeux, que la masse homogène soit le résultat de la transformation de la fibrine, et que ce ne soit du nouveau blastème qui a été exsudé à côté de la fibrine désorganisée et résorbée peu à peu. Quand deux masses homogènes, amorphes, peuvent exister l’une à côté de l’autre, il nous parait impossible de les distinguer,sousle microscope, l'une d'avec l’autre. Quoi qu'il en soit, ce qui résulte des recherches mêmes de Zwicky, c'est que ce ne sont pas les fibres de la fibrine coagulée qui persistent et qui deviennent fibres du tissu cellulaire, mais bien qu'elles disparaissent et qu'une masse nouvelle, amorphe, doit apparaitre pour donner lieu au développement des fibres. Peu nous importe que ce blastème soit sécrété à côté de la fibrine qui a perdu
sa structure fibrillaire, ou bien que ce soit cette fibrine désorganisée qui devient
blastème, l'important est de savoir que la fibrine, telle quelle, ne peut sorganiser, à moins qu'elle ne redevienne blastème, suivant Zwicky, ou soit résorbée et remplacée par un nouveau blastème, suivant nous.
La fibrine n’est pas la seule substance qui, coagulée, présente des fibrilles. Nous avons déjà fait connaître l'opinion de Melsens (p. 133) sur la transformation de l’albumine en fibres, et nous ajouterons que la matière amorphe, muqueuse, qui lie entre elles les cellules du mucus, présente fréquemment, sous le microscope, des fibres très distinctes, isolées, bien visibles surtout après l'emploi de l'iode. Il va sans dire que, dans ces circonstances, par les raisons énumérées pour la fibrine coagulée, il ne s’agit non plus d'une substance organisée ou capable de s'organiser.