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IV. Des divers tissus fibrillaires à l'âge adulte

Si l’on a bien présents à l'esprit les divers decrés de développement que nous avons décrits précédemment, on les retrouvera facilement dans les tissus fibrillaires à l'âge adulte, en ce sens que chaque tissu présente un degré de dévelop-

pement déterminé, auquel il persiste pendant un temps plus ou moins long ou indéfiniment. Ainsi, les tendons et les ligaments, la substance fondamentale des fibro-cartilages, les membranes fibreuses et séreuses, le derme de la peau et des muqueuses, le tissu cellulaire sous-cutané et interstitiel, se composent, en sénéral, de fibres parvenues à leur développement complet; les noyaux forment ce qu'on appelle fibres de noyaux.

Les diverses membranes vasculaires (artères, veines, vaisseaux lymphatiques) puisent leurs signes différentiels uniquement dans les divers degrés de déve- . loppement qu'elles ont atteints. Dans les plus externes, les fibres sont complétement développées; dans les internes, on trouve les corpuscules placés dans une substance fondamentale homogène qui n'a pas encore subi de scission Tous ces degrés intermédiaires se trouvent dans les tuniques moyennes, surtout dans les artères. Nous croyons inutile d'entrer ici dans des détails plus circonstanciés, parce que la simple comparaison de la structure de ces diverses membranes avec les degrés divers de développement décrits fera comprendre la justesse de notre opinion. Cependant, quelques-unes de ces membranes sont élastiques et se développent comme le tissu élastique que nous allons étudier.

Les diverses variétés du tissu élastique, signalées par les auteurs (voy. notre

Anatomie générale, p.355 et 552), ne sont que des degrés divers de développement. Les trous irréguliers, les intervalles entre les fibres qui s'entrecroisent sont identiques avec ceux de tout autre tissu fibrillaire. Mais il en existe d'autres encore, beaucoup plus petits, réguliers, qui, suivant Queckett(n° 448), chez la girafe, sont disposés si régulièrement que les fibres en recoivent une apparence de stries transversales très élégante. Il nous est très facile d'expliquer l'existence et le développement de ces cavités : ce ne sont en réalité que les corpuscules qui ont été résorbés avant qu'ils aient pu s'allonger, se rétrécir, ou sans s'anastomoser. Nous verrons des phénomènes analogues se passer dans le tissu osseux. Mais il est impossible de comprendre l'existence de ces cavités si l'on adopte la théorie de Koelliker, suivant laquelle le tissu élastique se composerait uniquement de fibres de noyaux (corpuscules de tissu cellulaire, Virchow, — cellules plastiques de Koelliker), à moins qu'on n'ait recours à des hypothèses fort risquées.

Nous n'avons pas besoin de le répéter, le tissu élastique, pas plus que tout autre tissu fibrillaire, ne se développe de cellules spéciales, fusiformes ou étoilées, qui, par leur fusion, produiraient des fibres allongées ou des réseaux. Dans les tissus d'animaux adultes, il est impossible d'acquérir la moindre certitude à ce sujet, de l’aveu de Koelliker {n° 443, p. 74) lui-même : dans les fœtus de trois à quatre mois, cet auteur signale un grand nombre de « cellules fusiformes de 22 à 35 millimètres de longueur, qui, à leur partie moyenne, large de 4 à 6 millimètres, renferment un noyau ovalaire clair, avec un nucléole qui les remplit entièrement, et se terminent en un fil opaque très fin. Sur des embryons plus agés, ces cellules deviennent de plus en plus longues et étroites, et, à partir du sixième mois, elles commencent à se confondre sous forme de fibres allongées et de réseaux...» Nous ne voyons rien dans cette description qui peut autoriser

(N° 418) QUECKETT, Histological Catalogue, 1. TOME II. 74

les observateurs à distinguer ces éléments de ceux qui, suivant Schwann, don neraient naissance aux fibres du tissu cellulaire : ce sont les mêmes cellules étoilées, fusiformes, etc.,en un mot les mêmes éléments que nous avons décrits sous le nom de corpuscules composés , et qui ne sont pas des cellules, puisqu'elles n'ont pas de membranes. Si nous avions encore besoin d'une confirma. tion, nous la trouverions dans les paroles de Koelliker (loc. cit., p. 74), qui affirme qu'on trouve dans certains tissus élastiques, « dans l'aorte, le ligament cervical et le fascia superficialis abdominal d'embryon humain de quatreà cin mois, des cellules fusiformes parfaitement semblables à celles du tissu conjonctif ordinaire.» Or, si elles sont parfaitement semblables, demanderions-nons, pourquoi en faire des éléments particuliers, pourquoi les appeler corpuscules du tissu conjonctif? Pourquoi même supposer que ces éléments, et pas ceux qui donnent naissance aux fibres ordinaires, seraient creux, ainsi que les fibres élastiques fines qui en proviennent, de sorte qu'il faudrait les envisager Comme un système de tubes servant à la nutrition, d'où vient le nom de cellules plasmatiques proposé par Koelliker.

Je le répète, il n'existe aucun élément particulier dans le tissu élastique. On a appelé corpuscules du tissu conjonctif, soit des noyaux allongés, entourés encore d’une portion de substance fondamentale, et, dans ce cas, on peut les isoler comme tous les corpuscules composés, soit de noyaux allongés, rétrécis. autour desquels la substance fondamentale se trouve déjà entièrement transformée en fibres, et qui, par suite d’une illusion d'optique quelconque (interférence ou véritable espace vide), paraissent enveloppés d'une membrane cellulaire. Mais ces corpuscules ne sont ni plus ni moins nombreux dans le blastème des tissus élastiques que dans celui de tout autre tissu fibrillaire, et c'est à tort que l’on suppose toutes les fibres élastiques dues à leur transformation.

L'inexactitude de cette opinion devient encore plus manifeste, si l'on veut bien réfléchir à la circonstance suivante. Dans les tissus élastiques parfaitement développés existent de petites cavités régulières qui, dans notre opinion, sont dues à la résorption des corpuscules (noyaux), qui ne se sont ni allongés,n rétrécis, ni anastomosés. D'autre part, les membranes élastiques se composent de fibres si étroitement entrelacées, qu'il en résulte « une membrane continue qui ne montre plus aucune trace de sa nature primitive et parait tout à fait homogène et percée de petites ouvertures (membrane fenêtrée, Henle).» (Koelliker, loc. cit., p.72.) Il n'existe donc aucune trace de fibres de noyaux dans ces membranes, qui proviennent uniquement de la scission de la substance fondamentale. C’est une raison de plus pour repousser la théorie de Koelliker et pour ne pas voir dans les fibres élastiques des fibres provenant de la transformation des noyaux.

Suivant ce même auteur, les fibres élastiques fines seraient croisées et con stitueraient un réseau de tubes plasmatiques. Les fibres grosses seraient Ces mêmes fibres fines qui ont pris de l'accroissement. Que devient alors le prétendu canal? Koelhker n'en dit rien. Cependant, sil existait, on devrait le retrouver plus développé dans les fibres grosses, de même que la cavité du vaisseau capillaire du fœtus s'agrandit avec le développement général. |

En résumé done, les tissus élastiques se développent comme dans les tISSUS

RECHERCHES DE L'AUTEUR, — HISTOGÉNÈESE NORMALE. 209 fibrillaires, à la différence près que les noyaux sont résorbés et ne subissent pas les transformations qui en feraient des fibres de noyaux. Notre opinion diffère donc essentiellement de celle énoncée par Koelliker, qui, dans sa théorie, fait complétement abstraction du sort ultérieur des corpuscules primitifs (noyaux). Au lieu de trouver dans ce tissu un assemblage de fibres de noyaux, nous ne pouvons, au contraire, découvrir aucune trace de ces éléments. Ce serait là une cause qui pourrait nous déterminer à faire des tissus élastiques une espèce particulière, caractérisée, du reste, encore par ses propriétés physiqques et chimiques.

Nous avons déjà parlé de plusieurs membranes composées de tissu cellulaire et dont le développement est identique avec celui de tout tissu fibrillaire. Dans plusieurs organes se trouvent des membranes homogènes, pourvues de corpuscules, mais ne renfermant pas de faisceaux de tissu conjonctif, n1 de fibrilles distinctes. Elles présentent le premier degré de développement des membranes fibrillaires. Tels sont l'amnios, le tissu homogène, qui, souvent, sert d'enveloppe à un ou plusieurs faisceaux de l'arachnoïde, le névrilème des fibres nerveuses, la membrane hyaloïde, les enveloppes des corpuscules de Malpighi, de la rate, celles des tonsilles et des follicules de la langue, des glandes solitaires et glandes de Peyer, des testicules, des follicules de Graaf, de plusieurs glandes en grappes ou utriculaires. Foutes ces membranes peuvent, dans des circonstances normales ou pathologiques, s'épaissir, et, subissant la scission, se transformer en fibres, tandis que les noyaux s'allongent et s'anastomosent.

Quant aux membranes homogènes dépourvues de noyaux, telles que, par exemple, la membrane basique (basement membranes) de Bowman, les auteurs ne sont pas d'accord sur leur développement. Suivant quelques-uns (Koelliker), les unes doivent leur origine à une sécrétion des cellules, les autres ne seraient qu'une dépendance des cellules qu'elles supportent, ou bien la couche la plus externe de la membrane du tissu conjonctif qu'elles limitent. Mais, dans ce dernier cas, on ne comprendrait pas l'absence de noyaux. Elles ont la plus grande analogie avec les membranes des cellules, et se développent, suivant

nous, de la même manière. Nous étudierons ce mode de développement dans l'histogénèse végétale.

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