CHAPITRE IL
Ebu développement des fibres musculaires.
Les fibres des muscles striés en travers ne se développent pas de cellules, pas plus que les éléments des tissus fibrillaires. En examinant les muscles du tronc, dans l'embryon du poulet, au quatorzième jour de l'incubation, on y apercoit des contractions assez vives, qui persistent même quelque temps après l’ouverture de l'œuf. Cependant, les muscles ne présentent pas encore la structure qui leur est propre sur le poulet adulte. Les faisceaux se composent d’une enveloppe transparente (sarcolemme), qui renferme une masse amorphe, homogène, finement grenue (pl. XXIX, fig. 10), dans laquelle on aperçoit une rangée de corpuscules ronds ou légèrement ovalaires, transparents, pourvus d’un
ou de deux nucléoles. Ces corpuscules (noyaux) occupent en oénéral le centre
du faisceau et sont tantôt très rapprochés (fig. 10, 11), tantôt éloignés (fig, L) les uns des autres. On en trouve d'isolés (fig. 13, a) qui, entourés parfois de Ja substance blanche amorphe signalée par nous déjà dans un grand nombre de tissus (sarcode?), paraissent constituer des cellules. Mais la facilité avec laquelle se dissolvent dans l’eau ces formations, et l'inutilité des efforts pour découvrir l'existence d'une membrane par l'emploi de moyens mécaniques ou chimiques, convaincront bientôt l'observateur qu'il ne s'agit ici nullement de véritables cellules.
Il est également impossible de voir des cellules à l'intérieur des faisceaux musculaires. Que les corpuscules soient rapprochés ou éloignés les uns des autres, jamais on n'apercevra de trace d'une membrane, mais seulement la su}. stance fondamentale amorphe, renfermant les corpuscules décrits. Ceux-ci sont plus ou moins distincts et paraissent, avec les progrès du développement, se dissoudre entièrement; du moins, au seizième jour, J'ai vu des faisceaux dans lesquels toute trace des corpuscules avait disparu, à côté d’autres qui en étaient encore pourvus. La substance fondamentale des premiers avait acquis une teinte plus foncée et était parsemée d'une foule de molécules noirâtres, qui sont peut-être le résidu des noyaux dissous. La disparition de ces noyaux, leur diamètre, qui n'égale que le tiers ou le quart de celui du faisceau primitif, et leur nombre, parfois fort restreint (fig. 12), toutes ces circonstances réunies prouvent suffisamment que les stries transversales ne peuvent être le résultat de l'alisnement de ces corpuscules ou prétendues cellules.
Du reste, ces stries transversales sont uniquement le résultat de la contraction de la substance fondamentale. Ce sont d'abord, par-ci par-là, de gros plis (fig. 16), qui, plus tard, occupent des distances régulières, et qui finissent, en se rétrécissant, par présenter l'aspect de stries transversales (fig. 18).
Tout en se plissant, la substance fondamentale peut subir la scission analogue à ce que nous avons vu dans les tissus fibrillaires. C'est ainsi que se forment les fibres musculaires élémentaires. Les faisceaux musculaires, même des adultes, présentent tous les degrés de cette scission, depuis l'apparition des fentes (pl XXXIX, fig. 1-4) jusqu'à celle des fibres. Par contre, les muscles de l'embryon du poulet sont quelquefois déjà entièrement composés de fibres pl. XXIX, fig. 14), que l’on apercoit plus distinctes après l'application de l'iode. En général, la contractilité et, par conséquent, les plis transversaux disparaissent avec l'apparition complète des fibres longitudinales.
Les fibres musculaires des animaux présentent une série de formes diverses qui ne sont que des degrés divers de développement de la fibre musculure. Ainsi, on trouve une enveloppe, une couche corticale demi-molle, homogent, attenante à l'enveloppe, quelquefois striée transversalement, et une masse centrale grenue contenant encore des noyaux dans certains muscles des araignées, du pétromyzon, des plagiostomes et des poissons osseux, des lombrics, etc. Les hirudinées, des mollusques, des vers et des animaux rayonnés présentent sOuvent des faisceaux musculaires à contenu homogène, demi-mou,non strié transversalement et sans noyaux (pl. XX XII, fig. 12). Les salpes, quelques radiaires, beaucoup d'animaux articulés, font voir des faisceaux musculaires sans cavité interne ; toute la substance contenue dans le sarcolemme est déjà striée tran
RECHERCHES DE LAUTEUR. — HISTOGÉNÈSE NORMALE. 297
versalement. Ce sont autant de degrés divers de développement, dans l'étude desquels, cependant, l'âge de l'animal ne doit pas être perdu de vue.
Le sarcolemme est une substance complétement amorphe, dont le développement exige encore des études ultérieures. Nous ne pouvons croire, avec quelques auteurs, qu'il résulte de la fusion des membranes cellulaires, puisque nulle part, dans l'embryon, on ne peut démontrer l'existence de ces membranes. Il se développe probablement comme la membrane basique de Bowmann, comme la gaine des fibres nerveuses et, en général, comme toute enveloppe amorphe de cellule, d'après les lois CUT que nous étudierons dans l’histogénèse végétale.
À la surface interne du sarcolemme , entre pie et les fibres, on trouve des corpuscules analogues à ceux du centre du faisceau MASTERS qui, plus tard, s'allongent et se rétrécissent (pl. XXXIX, fig. 4), mais ne se transforment pas en fibres. Il serait impossible, dans l'embryon, de les distinguer de ceux qui existent dans l'axe du faisceau ; ils ne sont visibles que lorsque ces derniers ont disparu. Aussi peut-on expliquer leur apparition de deux manières : ou
bien ces corpuscules sont de nouvelle formation, ce qui est très probable; ou
bien ce seraient les corpuscules du centre, déplacés et repoussés à la surface de la substance fondamentale, où ils subiraient des métamorphoses ultérieures. Quant aux fibres musculaires lisses, leur développement me paraît tout à fait identique avec celui des tissus AHLRe Ce sont de longs rubans pourvus de nombreux noyaux, Comme on en voit quelquefois dans les tissus fibrillaires incomplétement développés ( pl. 29, fig. 19). Lorsque ces rubans se rompent, ou, mieux encore, lorsque la substance fondamentale n'est pas assez solide pour constituer des rubans et qu’une portion en adhère seulement aux corpuscules, on obtient des formations analogues à celles décrites par les auteurs sous le nom de cellules fusiformes, slobules fibro-plastiques, etc. (pl. 29, fig. 21). Koelhker (loc. cit., p. 91) décrit ces éléments sous le nom de fibres- AS contrac-
tiles ou musculaires. Mais il ajoute lui-même «qu'il est impossible d'y distinguer
une différence entre le contenu et l'enveloppe.» De quel droit peut-on, dès rx affirmer l'existence de cette enveloppe et, par conséquent, de la cellule ? Nous ne croyons donc nullement que ces éléments se développent par l'allongement de certaines cellules embryonnaires, dont la membrane et le contenu se transformeraient en une masse homogène et molle. Au contraire, suivant nous, jamais une cellule quelconque ne s'observe dans le développement des muscles
lisses. Les noyaux sallongent et se rétrécissent, mais ne se transforment pas en fibres.