III. De la malignite de la cellule cancereuse
M. V’elpeau (n° 469) est un de ceux quiont le plus vivement combattu la spécificité clinique de la cellule cancéreuse ; en effet, 1l nie que la cellule cancéreuse Caractérise les tumeurs qui, par la facilité avec laquelle elles se multiplient et repullulent sur place ou au loin, après l'extirpation, par leur tendance à infecter les glandes [ymphatiques et le tube digestif, par leur terminaison nécessairement fatale à la suite de la cachexie si nul obstacle n’est opposé à la marche naturelle
N° 469. Bulletin de l Académie impériale de médecine, 1854, t. XX,
RECHERCHES DE LAUTEUR., — HISTOGÉNESE PATHOLOGIQUE. 353
de l'affection, qui, dis-je, par tous ces caractères appartiennent, pour le clinicien , à la classe des tumeurs cancéreuses. Si l'on observe quelques différences dans la marche de ces tumeurs, elles autoriseraient tout au plus le clinicien à y trouver des variétés, mais non pas des espèces différentes. Finalement M. Veipeau résume son opinion dans les trois conclusions suivantes : 1° la cellule cancéreuse manque dans certaines tumeurs qui sont pourtant des cancers; »° elle existe dans certaines tumeurs qui ne sont pas cancéreuses; 3° elle peut se montrer ultérieurement dans certaines tumeurs où elle manquait d'abord. Examinons maintenant en détail chacune de ces propositions, qui, en parte, ont été déjà discutées sous le point de vue anatomique.
A. La cellule dite cancéreuse manque dans certaines tumeurs qui sont pourtant cancéreuses. À l'appui de cette opinion, M. Velpeau cite bon nombre de tumeurs, considérées comme tumeurs fibro-plastiques ou épithéliales par les partisans de M. Lebert, et dont cependant la marche clinique a révélé le caractère cancéreux. Or, les passages cités de l'ouvrage de M. Lebert (voy. le ( I de ce chapitre) ont clairement fait voir que les éléments hétéromorphes et homœomorphes sont, pour lui, « des caractères fixes qui distinguent les tumeurs de bonne nature des tumeurs malignes(vol.[,p. 1; vol. I, p. 419); qu'il considère les tumeurs fibro-plastiques comme pouvant être enlevées avec chance certaine de réussite, qui ne récidivent ni sur place ni sur d'autres points de l'économie (p. 124); qu'en un mot homæomorphisme et bénignité, hétéromorphisme et malignité, étaient synonymes et constituaient la base de sa classification, le principe de toute sa théorie. Cette théorie a recu un démenti éclatant par les faits nombreux rapportés par M. V’elpeau, par les cas isolés qu'ont fait connaitre MM. Larrey, Robert, Chassaignac, etc., par les observations que l’on trouve dans les ouvrages de Færster, Rokitansky, et surtout dans celui de J. Paget. Ces faits ont prouvé que des tumeurs épithéliales ou fibroplastiques se sont reproduites non-seulement sur place, mais aussi au loin, qu'elles ont infecté l'économie tout entière, et qu'elles ont amené la cachexie et avec elle la mort.
Pour Paget, ce fait est si bien établi, qu'il compte les éléments des tumeurs épithéliales parmi les cancéreux. Quand, dit-il, des cellules, telles qu'elles ont été décrites, pages 298 et 455 de son ouvrage, composent à elles seules, ou au moins en grande proportion, une tumeur, on peut être certain que cette tumeur est un cancer. Or, à la page 435 en question, sont représentés les éléments types des tumeurs épithéliales. Comme M. Velpeau et tant d'autres, Paget range donc les tumeurs épithéliales, c'est-à-dire des tumeurs homœomorphes de M. Lebert, parmi les cancers, les vrais CAnCETrs.
À tous ces faits nous pouvons ajouter une série entière des tumeurs cancéreuses, dans l'acception la plus rigoureuse du mot, et privées cependant de ces cellules ou noyaux caractéristiques. Nous voulons parler du cancer de la rétine. Les symptômes cliniques ne permettent de douter que l’on a affaire à une Cachexie ; l'extirpation de l'œil est suivie tôt ou tard de l'infection générale de l'économie , et enfin de la mort. Cependant, lorsque la tumeur réside dans Îa rétine, et non pas dans les autres parties constituantes du globe de l'œil, l'existence des cellules dites cancéreuses n'a pu être constatée par moi. J'ai eu occa-