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CHAPITRE IV

Du tubercule.

A. De la structure intime du tubercule.

Il est une question qui, dans les recherches histologiques, domine toutes les autres: c'est celle de l'organisation de la substance examinée. À cette question, en effet, se rattache la solution de problèmes d'une haute importance, nonseulement pour l'anatomie, mais aussi pour les diverses branches de la pathologie. Un corps organisé s'accroit et se développe par intussusception, les vaisseaux voisins contribuent à son développement, il vit et suit les lois habituelles de l’organisation. Il n’en est plus ainsi pour les substances amorphes, qui, inertes dans l'organisme, subissent des métamorphoses toutes différentes.

En ce qui concerne spécialement le tubercule, nous verrons tout à l'heure tous les auteurs reconnaître dans ce produit pathologique une organisation plus ou moins complète. Réfuter cette opinion et décrire le véritable état amorphe de la substance tuberculeuse, le mode de sa production, les métamorphoses diverses de ramollissement, de dégénérescence graisseuse, de transformation crétacée qu’elle subit, c'est là une étude qui dépasse le terrain aride des recherches purement histologiques.

Mais pour faire accepter cette manière de voir, 1l est nécessaire d'apporter en même temps les preuves, c'est-à-dire les faits anatomiques, histologiques, qui lui servent de base. Aussi suis-je obligé d’entrer préalablement dans quelques détails techniques sur le mode de préparation, dont on reconnaitra toute l'importance par la suite de ces recherches. Avec ces données, il nous sera permis d'étudier le tubercule dans ces diverses phases, et d'arriver finalement à quelques conclusions de pathologie générale.

Ç I. Du mode de préparation.

C'est une condition absolue, dans l'examen histologique des tissus, que la transparence parfaite des éléments soumis à l'observation microscopique : la clarté et la netteté, ces caractères essentiels de l'image, en sont les résultats immédiats. Aussi tous les micrographes, en plaçant un tissu sous le microscope, prennent-ils généralement la précaution de le préparer, c'est-à-dire de l'étaler en couche suffisamment mince pour que la lumière puisse traverser les éléments les plus déliés. Or, pour donner à l’objet toute la transparence nécessaire, les observateurs sont obligés, lorsque le tissu est cohérent, de le diviser, de le déchiqueter en fragments d'une srande ténuité, à l'aide d'instruments piquants. Cette méthode présente de srands inconvénients : en effet, souvent il est arrivé que ces fragments, résultats accidentels de la préparation, ont été pris avec leurs formes irrégulières, accidentelles, pour ainsi dire arbitraires, pour les éléments normaux, constants du tissu, sain ou pathologique, soumis à l'observation microscopique.

Ces remarques s'appliquent surtout à cet état mou des tissus que l’on rencontre peu de temps après leur formation, c'est-à-dire aux premières époques

de leur développement. La substance fondamentale, peu cohérente encore renferme alors des corps particuliers (noyaux), granulés ou transparents, avec ou sans nucléole, plus ou moins sésuliicrmiée dispersés ; que l’on SOumette ces tissus édite au mode de préparation indiqué, et l'on aura sous les yeux une foule de fragments diversiformes, dont chacun renferme un nombre tout à fait accidentel de noyaux. Ces fragments artificiels ont été décrits par les auteurs, soit comme éléments particuliers, constants, caractéristiques, soit comme cellules, LB QUE ainsi que l'indique leur production artificielle, nulle trace de membrane n'ait pu être démontrée. Nous avons vu, dans les chapitres précédents, des exemples fréquents de cette espèce d'éléments.

Ç IL Du tubercule cru.

Lorsqu'on prépare pour l'examen microscopique, d’après la méthode indi. quée, une parcelle d'un tubercule miliaire ou de linfiltration grise, on voit placée dans l'eau, d'une part, une portion plus ou moins grande du tissu morbide, et, d'autre part, des éléments isolés nageant tout autour (PL XL fie. 5),

Ces éléments, lorsqu'il s'agit du tubercule pulmonaire, sont d'abord les éléments naturels du poumon, qu'il est facile de distinguer lorsqu'on possède des connaissances suffisantes de la structure normale du poumon, à savoir, des fibres élastiques, des fibres cellulaires, des vaisseaux capillaires, des cellules épithéliales à divers degrés de développement, et enfin les parois propres des vésicules aériennes, qui sont complétement hyalines et renferment des corpuscules (noyaux) assez serrés. (Nous avons vu (p. 330) que les capillaires se disiribuent entre ces corpuscules.) Des fragments de ces parois renfermant un nombre variable de ces noyaux ou de noyaux isolés entourés parfois encore de quelques traces de la paroi vésiculaire se rencontrent dans le champ du microscope. Tous ces éléments, même les fibres, ne présentent plus leur transparence naturelle, mais paraissent comme infiltrés, pénétrés par une masse finement moléculaire, qui, sans donner précisément de l'opacité, rend cependant moins complet le passage de la lumière. On apercevra en outre, à l'intérieur de ces éléments, des granules excessivement petits, de 0,001 à 0,0015 mill, à bords noirs bien tranchés, reflétant vivement la lumière, présentant, en un mot, l'aspect de granules graisseux, et qui, variables en nombre, s'y trouvent irrégulièrement dispersés; solubles dans l'éther, insolubles dans l'acide acétique, ils ne laissent guère de doute sur leur nature chimique.

D'autre part, à côté de ces éléments normaux, mais infiltrés, on apercevra de petits corps aplatis, d’une forme tantôt arrondie, tantôt anguleuse, mais toujours inconstante, fort irrégulière, paraissant composés d'une masse finement moléculaire, et présentant, dispersés à leur intérieur, les mêmes granules graisseux que nous venons de décrire. Leur diamètre est très variable: les plus petits ont 0,005 à 0,007 mill.; d'autres, plus grands et plus rares, 0,07 ; d'autres encore, 0,01 à 0,02, du moins en longueur; enfin l'on rencontre de ces petits corps qui ont l'aspect de véritables “ER di Sibé:h

Plus loin encore, on observe enfin la parcelle même du tissu morbide soumis à l'examen microscopique; cette parcelle est une masse finement moléculaire

qui ne jouit point d’une transparence parfaite et que l'on trouve parsemée de granules oraisseux irrégulièérement dispersés, comme les éléments précédents. Parfois elle tient emprisonnés quelques éléments du tissu pulmonaire, d’autres {fois elle constitue une lame solide, cohérente, amorphe. Sur les bords de cette masse, on apercevra des lambeaux et des fragments de diverses grandeurs, plus ou moins adhérents, et que parfois il est possible de détacher; leur aspect est tout à fait pareil à celui de la masse totale, d'une part, et, d'autre part, à celui des corpuscules aplatis dont nous avons parlé.

Si l'on compare entre eux les divers éléments que nous venons de décrire, on se convaincra facilement que tous sont caractérisés par la présence d'une substance amorphe finement moléculaire et parsemée de granules d'aspect graisseux. Les éléments normaux du poumon sont infiltrés de cette masse, les corpuscules aplatis et les parcelles plus grandes sen composent entièrement, La description que nous avons donnée de ces corpuscules aplatis démontre clairement qu'ils ne sont que des fragments, des particules détachées; leur forme, tout à fait irrégulière, montre la profonde différence qui existe entre ces éléments et ceux qui sont organisés, car ces derniers se rattachent toujours à un type constant. La variabilité des dimensions, les transitions successives et insensibles, depuis les diamètres les plus petits jusquà ceux qui appartiennent évidemment à des lambeaux et à des parcelles, ne laissent aucun doute sur ce point, à savoir, que les éléments en question doivent étre considérés comme de simples fragments détachés. Aussi l'observateur peut-il à volonté augmenter leur nombre, en subdivisant de plus en plus la substance tuberculeuse.

En résumé, et pour rendre notre manière de voir plus explicite, dans l'acte de la tuberculisation, il y a formation d'une masse amorphe finement granulée. Conformément à tout ce que nous connaissons dans l'organisme, on doit supposer que cette masse, avant d'acquérir le degré de solidité qu'elle présente dans le tubercule, a duü être primitivement liquide. À cet état, elle pénètre les éléments normaux et leur donne l'aspect décrit précédemment. Dans les interstices et dans les vésicules aériennes, au contraire, cette substance se coagule lhbrement, et forme des masses plus ou moins grandes, solides, amorphes. Les fragments de ces masses ont été décrits sous le nom de globules ou de corpuscules du tubercule, nom impropre qui doit être rayé de la science, car il fait supposer une organisation que ne démontre nullement l'analyse micrographique. Los

On pourrait supposer que l'irrégularité mème des éléments ou plutôt des fragments amorphes que nous venons de décrire serait un caractère distinctif suffisant pour rendre toujours facile le diagnostic de la substance tuberculeuse; c’est là une opinion erronée qu'avec regret nous voyons partagée par quelques observateurs. En effet, des masses coagulées amorphes, par exemple Celles que l'on rencontre dans les vésicules aériennes des poumons hépatisés, 0ffrent, examinées au microscope, les mêmes particules irrégulières, de dimensions variables, finement moléculaires, et parsemées de granules graisseux que nous avons signalés dans la substance tuberculeuse. Dans le cancer, on ren- “Ontre aussi parfois une substance jaune réticulée, amorphe, qui présente sous

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