TOME II. O
Si maintenant il est permis de tirer quelques conséquences thérapeutiques de ces faits, on peut dire que le traitement devra se proposer un double fs d'une part, l'attention du médecin doit être fixée sur la cause productrice, C'est elle qui doit être combattue, car elle seule entretient incessamment le travail de tuberculisation; d'autre part, les métamorphoses que subit le tubercule, par la marche naturelle de la maladie, fournissent des indications pour un trai. tement local.
B. Du tubercule comparé à quelques autres produits pathologiques.
L'existence d'éléments caractéristiques, spécifiques, dans les produits pathologiques, a depuis longtemps fixé l'attention non - seulement des anatomistes, mais aussi des praticiens. Je me suis prononcé contre l'existence d'un élément particulier, spécifique, qui caractériserait toujours et partout la maladie can. céreuse, comine l’acarus caractérise la gale, comme des champignons caracte. risent le favus. Tout au contraire, je n'ai vu dans les produits de la diathèse cancéreuse que des productions analogues aux tissus normaux qui ont été frappés par la diathèse, et différant suivant la nature du tissu atteint.
Je me propose d’examiner maintenant cette même question des éléments spécifiques dans son application au tubercule.Pouvons-nous, pour le tubercule admettre l'existence d’un élément spécifique, qui, toujours et partout, caractérise ce produit, et qui doive le faire distinguer d'autres lésions anatomiques? Je le nie, et j'apporte ici les preuves de mon opinion. Mais, avant d'exposer ces recherches, je crois utile de rappeler, en peu de mots, ce que J'ai dit préctdemment sur la structure intime du tubercule. |
En examinant la place qu'occupent les éléments dits corpuscules tuberculeux dans le cadre histologique, je suis arrivé à ce résultat, que ces éléments ne sont pas organisés; qu'ils ne suivent pas des lois déterminées de développement: qu'ils sont uniquement des fragments irréguliers d’une masse amorphe exsudée, solide, cohérente, finement granulée, et que cette fragmentation est dans le tubercule cru le produit artificiel de la préparation, et le produit dela décomposition résultant de la dégénération graisseuse, dans le tubercule ramolli. De même nous voyons des minéraux qui tombent en efflorescence présenter à l'observateur une poussière composée de parcelles, analogues, quant leur forme, à celles que l’on obtient en grattant le minéral non décomposé à l'aide d’une pointe: ces parcelles ne sont pas plus les éléments cristallisés du minéral que les prétendus corpuscules ne sont les éléments organisés du tubercule.
Telle est mon opinion sur l'histogénèse, c'est-à-dire sur l'origine et le mode de développement des éléments microscopiques désignés sous le nom de cor-
puscules tuberculeux. Mais, à côté de cette question histogénétique, s'en présente une autre histologique bien plus importante, à savoir : les prétendus corpus cules sont-ils caractéristiques, sont-ils spécifiques? Pour moi ces éléments nt peuvent être considérés comme des éléments caractéristiques, spécifiques : des produits pathologiques autres que le tubercule offrent ces mêmes parcelles, et dès lors je me crois fondé à contester l'existence du corpuscule tuberculeux caractéristique. Sans doute, ces parcelles, on peut les appeler corpuscules, puisque ce nom convient à tous les éléments d'une certaine forme, qu'ils soient
organisés ou non, et puisqu'on parle aussi bien des corpuscules de la poussière que de ceux du sang; mais, si des corpuscules identiques se rencontrent aussi bien dans le tubercule que dans d’autres tissus, il n’est plus permis alors de dire le corpuscule tuberculeux, parce qu’alors ces éléments cessent de caractériser le tubercule. Les preuves à l'appui de mon opinion sont fournies par l'examen des produits pathologiques suivants.
K I. Du cancer reticulaire.
Certaines formes de cancer à cellules, connues sous le nom de cancer réttculaire, sont caractérisées par la présence d'une substance blanche ou plus souvent jaunâtre, et que l'on appelle le reticulum. Ce produit se présente sous deux formes principales qui existent isolément, ou quelquefois toutes les deux, dans une même tumeur cancéreuse,
Dans l’une de ces formes, celle qui est la plus caractéristique, nous voyons des lignes fines, ramifiées, diversement entrelacées et réticulées, d'un blanc mat ou d’un jaune d'ocre; elles traversent la substance du cancer. Suivant Paget, si le cancer n'occupe qu'une petite portion de la glande mammaire, ces lignes n'existent que dans la portion correspondante à la glande. En les examinant en détail, on s'aperçoit qu'elles se composent d’une multitude de taches ou macules très serrées.
Dans la seconde forme, nous trouvons des taches larges ou de petites masses d'un jaune d’ocre; elles se trouvent dispersées dans la substance du cancer, et peuvent en être exprimées par une légère pression, comme les commedones, ou lasubstance blanche sécrétée dans les follicules pileux obstrués (ou atrophiés).
Les lignes noduleuses qui constituent la première forme du réticulum sont fermes et assez consistantes. Suivant nos observations, elles se composent d'une substance amorphe, solide, finement granulée; elles forment des masses cohérentes, dans lesquelles se trouvent enclavés les éléments cancéreux , infiltrés eux-mêmes par cette substance. Elle se comporte donc, relativement au tissu ambiant, comme la substance tuberculeuse crue, qui remplit les interstices entre les éléments normaux des tissus, et pénètre aussi dans ces derniers.
Lorsque pour l'examen microscopique on prépare une parcelle du reticulum, on est obligé, pour obtenir la transparence nécessaire, de diviser cette parcelle à l'aide d’aiguilles ou d'autres instruments tranchants. On obtient alors une ioule de fragments irréguliers, de forme indéterminée, qui, par leur aspect, leur forme, leurs dimensions variables, ressemblent complétement aux particules décrites sous le nom de corpuscules tuberculeux. On trouve, en outre, les éléments habituels du cancer à cellules infiltrés de cette substance amorphe.
La seconde variété du reticulum est formée par une substance molle, de consistance caséeuse, qui, examinée sous le microscope, présente des cellules canoranulées entières ou
rompues, qui ont laissé échapper leur contenu granuleux, des gouttelettes de
céreuses plus ou moins remplies de graisse, des cellules
graisse, etc., et, en outre, des parcelles de la substance amorphe, parsemée et filtrée de molécules graisseuses.
La dégénérescence graisseuse des éléments cancéreux a été décrite par MM. Virchow, Reinhardt, etc. Ces auteurs croient que les cellules cancéreuses
se transforment en cellules granulées , habituellement désignées sous le nom de globules inflammatoires. Mais il est bien probable que, dans la substance ue nous examinons, ces globules, qui existent aussi dans le tubercule ramolli, dans le colostrum et dans beaucoup d'autres produits pathologiques, ne reconnais. sent pas les cellules cancéreuses comme source unique de leur existence (voyez p. 369). Cependant la discussion de cette question, de même que la description des autres éléments, nous détournerait du principal objet de notre examen ; aussi ne nous arréterons-nous pas davantage sur ces éléments, à l'exception de la substance amorphe.
En comparant ces deux variétés du reticulum entre elles, nul doute ne peut exister que la seconde ne doive être considérée comme la dégénérescence graisseuse de la première. En effet, ce sont les mêmes éléments dans l’un et dans l'autre cas; mais, dans la seconde variété, la substance s’est ramollie, les éléments se sont infiltrés de graisse. Comme la substance tuberculeuse, comme tant d’autres produits pathologiques, le reticulum subit donc la dégénérescence graisseuse; 1l parcourt deux périodes qu'il est essentiel de séparer, celle de la crudité et celle du ramollissement. |
Dans l’une et dans l’autre période, nous rencontrons des parcelles d’une substance amorphe, qui ne sont pas organisées, et qu'il est impossible de distinguer des éléments désignés sous le nom de corpuscules tuberculeux. Dans le reticulum non ramolli, ils sont, comme dans le tubercule cru, le résultat de la préparation. Lorsque, par suite de la dégénérescence graisseuse, se ramollit la substance amorphe qui forme la base du reticulum, alors elle se désagrége, se fragmente, et se subdivise en parcelles identiques avec celles que fournit la division artificielle, et qu'il est par conséquent également impossible de distinguer des fragments de la substance tuberculeuse.
[l'est évident, d'après ce que nous venons de dire, que nous combattons uniquement la spécificité du corpuscule tuberculeux. Savoir distinguer le tubercule pulmonaire du cancer réticulaire, dans un cas, par la présence des fibres élastiques, des lamelles épithéliales, etc., dans l'autre, par celle des cellules dites cancéreuses, ce n'est pas prouver que le tubercule possède des éléments caractéristiques ; bien au contraire, pour nous des éléments identiques se rencontrent dans le reticulum, qui cependant, vu l’ensemble de tous les autres symptômes pathologiques, ne peut être considéré comme substance tuberculeuse.
Cependant une objection grave pourrait être faite contre cette dernière conclusion. Il est impossible, disons-nous, de distinguer, sous le microscope, le reticulum d'avec la substance tuberculeuse. Nous ajouterons que les anatomopathologistes ont également pris souvent, à l'œil nu, le reticulum, surtout dans le testicule, pour du tubercule, et qu'ils ont parlé de la transformation du cancer en tubercule. En considérant par conséquent ces productions sous le point de vue purement anatomique, certains observateurs pouvaient se croire autorisés à considérer le reticulum réellement pour de la substance tuberculeuse : les observations que nous venons d'exposer seraient donc, à leurs yeux, une confirmation plutôt qu'une réfutation de la spécificité du corpuscule tuberculeux. Aussi, pour lever tous les doutes, allons-nous maintenant comparer le tubercule à quelques autres produits pathologiques.
RECHERCHES DE L'AUTEUR. —— HISTOGÉNÈSE PATHOLOGIQUE. 381 ( IL. De quelques produits inflammatoires.
Dans quelques produits de l'inflammation, et surtout de l'inflammation chronique, on trouve de petites particules amorphes, finement granulées, irrégulières , sans forme et sans dimensions bien déterminées, identiques, en un mot, avec celles que nous a déjà fait connaitre l'examen du tubercule et du reticulum.
Parmi les organes enflammés qui peuvent présenter ces éléments, nous fixerons notre attention de préférence sur le poumon hépatisé, parce que la présence des corpuscules dans le tissu pulmonaire pourrait faire soupçonner l'existence de la substance tuberculeuse, si l'on était partisan de la spécificité de ces éléments. Or, en examinant un poumon hépatisé, on trouvera quelques points isolés qui sont d'un gris peu prononcé et d'une consistance assez ferme : c'est là que s'est faite l'exsudation qui succède à la congestion (hépatisation rouge). Cette matière exsudée est amorphe, finement granulée et consistante, mais moins que la substance tuberculeuse; aussi est-l plus rare de rencontrer, sous le microscope, de grandes masses cohérentes, parce que,au moindre effort exercé pendant la préparation, la substance amorphe se fragmente en parcelles identiques, par leur forme et leur aspect,avec les corpuscules signalés dans la substance tuberculeuse. Comme cette dernière, la substance amorphe peut se ramollir, subir la dégénérescence graisseuse, en même temps quil y apparait du pus; mais alors, pas plus que dans le tubercule, le pus ne se forme aux dépens de la substance exsudée, mais bien indépendamment d'elle. La substance amorphe, en effet, se ramollit et disparaît ; les globules de pus sont de nouveaux éléments qui se développent suivant les lois histogénésiques ( l'exsudation ne paraît pas être de la fibrine, à en juger du moins d'après l'aspect microscopique, car elle est amorphe; tandis que la fibrine est composée de fbrilles excessivement déliées et feutrées intimement, voy. p. 290). L'ensemble de ces transformations constitue l'hépatisation grise, qui, suivant nos recherches, forme, par conséquent, un tableau anatomique analogue à celui que présente le tubercule ramolli.
Dans d'autres circonstances, l'exsudation n'est pas suivie de suppuration, mais bien d’un travail d'organisation , de la production de fibres nouvelles : cest le cas dans la pneumonie chronique. Ces fibres se produisent, comme les globules du pus, indépendamment de la substance amorphe, qui peut se ramollir ou s'atrophier, et finit toujours par être plus ou moins complétement résorbée.
Or, qu'il se forme du pus ou des fibres dans l'un et dans l'autre cas, nous rencontrons une substance amorphe qui se comporte, sous le microscope, Comme la substance amorphe du tubercule et du reticulum. Suivant son degré de consistance, suivant la période plus ou moins avancée de la maladie, suivant l'altération pathologique subie par le tissu, on trouvera un nombre plus ou Moins considérable de particules irrégulières. Ainsi, nous le savons déjà, lorsque Sétablit la suppuration, la matière amorphe se ramollit, s'infiltre de molécules graisseuses, et finit par se résoudre complétement en une poussière de molécules excessivement fines. Des corpuscules de consistance plus ferme, de dimensions