‹ Anatomie microscopiqueChapitre 94 sur 144 · C. Historique · texte numérisé non relu

C. Historique

Il nous reste à comparer l’opinion que nous venons d’émettre sur la nature de la substance tuberculeuse avec celles des auteurs. Nous ne suivrons pas l'ordre chronologique d'une manière absolue, mais nous grouperons plutôt ensemble les opinions analogues.

Q L. Fibres.

Le microscope n'a guère été employé dans les recherches qui datent d'avant la théorie cellulaire, ou du moins, si l'on en avait fait usage, ces études ont peu d'importance et peuvent être passées sous silence. Rappelons seulement l'opinion de Xuhn (n° 479) suivant laquelle les tubercules seraient formés « de filaments hyalins, extrêmement déliés, ramifiés, entourés d'un grand nombre

N° 479. KUHN, Gazette médicale, 1834.

de globules, et enveloppés d'une couche de mucus. » Et pour en finir tout de suite avec cette structure fibreuse du tubercule, repoussée par tous les observateurs, disons encore qu un pathologiste plus ingénieux qu'habile en microscopie, Rochoux, estarrivé à des résultats analogues. En effet, cet auteur (n° 480) reconnait dans le tubercule, examiné à un grossissement de 500 à 600 diamètres, un entre-Croisement de filaments presque aussi fins que ceux du tissu cellulaire, et ne contenant aucun liquide apparent dans leurs interstices; « leur mode de texture est assez régulier, et ressemble beaucoup à celui du tissu pulmonaire, avec lequel 1l y à véritablement continuation ; la coupe de la tumeur

qu'ils constituent offre une couleur orangée très pâle, ayant un reflet comme métallique. »

IL Cellules parfaites.

L'application que fit immédiatement J/. Müller de la théorie cellulaire à l'étude des tumeurs cancéreuses encouragea quelques observateurs à voir le tubercule également composé de cellules. /enle sempressa, un des premiers, de proclamer que tous les tissus se composent primitivement de cellules identiques, qu'il appelle primaires. « Les cellules primaires pleines qui composent le tubercule , et que l'on retrouve aussi dans les crachats des phthisiques, sont, dit cet auteur (n° 481 ), dissoutes par l'acide acétique; l'enveloppe éclate, les sranules s'échappent, tandis que le noyau et son nucléole persistent ; il se forme des globules de pus, soit au centre, soit à la périphérie du tubercule ramolli. »

Parmi les autres observateurs qui, vers la même époque, énoncèrent des opinions analogues, nous citerons Gerber et Vogel, ce dernier seulement dans ces premiers travaux, car plus tard il modifia considérablement ses opinions.

Gerber (n° 482) distingue deux espèces de tubercules : le tubercule albumineux ou inorganisé , et le tubercule fibrineux. Le premier se compose de granules de + à + de ligne; la quantité des granules, des noyaux et des cellules est en rapport avec celle de la fibrine dans la matière exsudée. Les glandes lymphatiques sont habituellement transformées en tubercules granuleux de cette espèce, qui sont gris-jaunätres ou blancs, solides, mais rarement fibreux, capables de se ramollir, mais non de suppurer; cependant une couche purulente peut se former entre le tubercule et son enveloppe. De faux tubercules albumineux peuvent se produire dans les glandes sécrétoires, par conséquent dans les reins affectés de la maladie de Bright. Le tubercule granuleux peut être appelé de droit tubercule scrofuleux.

La matière plastique exsudée, lorsqu'elle n'est pas résorbée ou transformée en Pus sous l'influence de l'air, comme, par exemple, dans les plaies, formé le tubercule fibrineux, qui offre plusieurs variétés, suivant les degrés divers d'orgadisation auxquels 1l est arrivé. L'auteur distingue : 1° le tubercule hyalin : on ne le rencontre que dans les cadavres, avec des traces plus ou moins abondantes de cytoblastes (noyaux), chez des personnes mortes pendant ou immé-

N° 480. RocHoux, Archives gén. de médecine , 1843; Bull. de l’Académie de médecine. Paris, 1848, t XII, p, 726 et suiv.

N° 481. HENLE, Schleim und Eïiterbildung, p. 60. Berlin, 1838. N° 480. GERBER, Handbuch der allgemeinen Anatomie, p. 189. Berne , 1840.

diatement après une exsudation considérable. Ils se transforment rapidement

en tubercules de l'espèce suivante ; 2° les tubercules à cytoblastes : 51s présen

tent d’abord des granules et des cytoblastes; plus tard, ils ne se composent que

cellulés : c'est l'espèce précédente plus développée par la transformation du Cyto

de cytoblastes et de la substance intercellulaire hyaline ; 3° les tubercules ÿ

blaste en cellule; 4° les tubercules à fibres cellulaires, et 5° les tubercules Orvanisés où cicatrisés, avec organisation complète de la matière tuberculeuse Toutes ces espèces diverses peuvent se ramollir, mais cette colliquation ne doit pas être confondue avec la suppuration.

Tous les tubercules crus se composent, suivant ogel (n° 453), de cellules nombreuses, dont la plupart ont des noyaux plus ou moins distincts, vues à un

srossissement de 200 fois. Les cellules sont tantôt petites, de % à £ de ligne € | )

200 400 arrondies, à parois pâles, avec des noyaux proportionnellement grands, de ha de ligne, ronds, opaques, avec ou sans nucléole, remplissant presque entie. rement la cellule; tantôt elles sont plus grandes, de ÿ à &, de ligne, ovales, où arrondies, ou irrégulières, allongées ou à queue ; les noyaux sont alors proportionnellement plus petits, puisqu'ils n'occupent que le quart ou le tiers dela cellule. Quelquefois ces cellules renferment quelques gouttes de graisse, et elles finissent, remplies de ces granules, par ressembler aux cellules granulées (globules inflammatoires). Dans d'autres cas, les cellules contiennent quelques granules de pigment noir. Quelle que soit la forme de ces cellules, l'acide acétique les rend toujours plus transparentes et finit par les faire disparaitre; mais les noyaux persistent : cependant ils disparaissent, de même que les parois, par l'action de l'ammoniaque. Ces diverses espèces de cellules se trouvent réunies dans le même tubercule, et on les voit , sous le microscope, soit isolées, soit réunies par masses, mais toujours sans aucune substance intermédiaire. La substance tuberculeuse est privée de vaisseaux, et comprime même ceux du tissu pulmonaire voisin; elle est infiltrée entre les éléments du tissu normal. Le tubercule ramolli se compose d'une masse amorphe, dans laquelle on voit des cellules tuberculeuses détruites, de granules qui proviennent de cellules oranulées désagrégées, et enfin de faisceaux de fibres élastiques macérées. On peut se convaincre facilement que le tissu pulmonaire voisin du tubercule ramoll est nécrosé et qu'il se détache du tissu sain.

Albers (n° 484) ne trouve aucune différence entre les éléments de la fibrme coagulée et ceux du tubercule : ce sont toujours les mêmes particules arrondies, opaques, qui, dans les tubercules miliaires, se transforment en cellules; ces cellules se transforment en granules par le ramollissement. L'enthousiasme pour les cellules va à ce point, chez Watts, Thomas Hodgson (Dublin journal, mai, Juillet, septembre 1841), que cet auteur affirme que les petits olobules ronds qui, suivant Henle, sont les éléments caractéristiques du tubercule, existent d'une manière constante, dans les crachats, même jusqu'à la dernière période de la maladie.

Sebastian (n° 485) s'accorde dans sa description avec celle donnée par Vogel

N° 483. VOGEL, Gebrauch des Mikroscopes, p. 456. Leipsick, 1841. N° 484. ALBERS , Canstadt, Jahresbericht für Medicin, 1842, 1. 1, p. 350. N° 485. SEBASTIAN , Archives von Haye, 1844.

1 trouve dans le tubercule des cellules ovales de 0,0002 à 0,0003 de pouce de Paris, avec un petit noyau rarement distinct; dans le tubercule ramolli existent des cellules assez grandes remplies de granules de la grandeur des nucléoles, et d'autres plus petites, sans parler des globules de pus, des globules inflammatoires, etc. Les cellules des tubercules, que l'on rencontre également dans les scrofules, se développent de la manière suivante : a, état amorphe ; b, développement de petites cellules (noyaux ?}; c, accroissement des cellules, qui se remplissent de granules ; d, ces cellules éclatent, les granules s'échappent, et se présentent, soit isolés, soit par amas; d'autres granules proviennent encore de la décomposition des globules inflammatoires et des globules du pus, et se rencontrent, mélés aux premiers, dans les crachats, ou, par contre, on ne trouve pas les cellules tuberculeuses. Les tubercules sont privés de vaisseaux SAngUINS.

Czermak (n° 486) trouve également des cellules pourvues de noyaux dans les tubercules : les noyaux s'échappent de la cellule ramollie.

Klenke (n° 487) rapporte la production des tubercules à un contagium animé, a des cellules demi-individuelles.

Gellerstedt (n° 488) trouve que les tubercules primitifs sont grisätres et transparents, ou blanc-jaunâtres et opaques. Ceux que l’on rencontre dans les olandes lymphatiques, dans le foie, la rate, le pancréas et dans les reins, présentent ce dernier aspect. Le tubercule gris se compose d'une masse amorphe, renferme quelques corpuscules et des cellules plus petites que les globules sanguins. L'accroissement du tubercule ne s'opère point par la juxtaposition de parties homologues, mais bien par intussusception qui s'opère dans la matière plastique exsudée par les vaisseaux sanguins voisins, phénomène analogue avec celui qui a eu lieu dans d’autres tissus privés de capillaires, comme, par exemple, dans les ongles, les poils, etc. La masse tuberculeuse est, par conséquent, soit une masse amorphe, granuleuse, soit une agrégation de cellules. Celles-ci ne présentent jamais de noyaux distincts; elles sont de grandeurs diverses, mais toujours plus petites que ne le disent d’autres observateurs, et en particulier Vogel, puisqu'elles n'atteignent que les deux tiers de la grandeur d'un globule sanguin; leur forme est arrondie et indéterminée, leur bord échancré et ondulé.Quelquefois les cellules paraissent remplies d'une masse granuleuse, d'autres fois elles sont vides; elles sont plus nombreuses dans la masse tuberculeuse, et diminuent lorsqu'elle devient blanc-jaunàtre et opaque. Par la métamorphose rétrograde, le tubercule devient une masse amorphe, dans laquelle existent de nombreux petits noyaux et des cristaux de cholestérine; ces éléments nagent, entremélés avec des gouttelettes de graisse et de globules de pus, dans un liquide semi-transparent lorsque le tubercule se ramollit.

Les auteurs dont nous venons d'exposer les opinions croyaient donc le tubercule composé de cellules parfaites. Ces observations pouvaient avoir un double résultat. Premièrement elles pouvaient prouver que le tubercule se compose

N: 486. CZERMAK, V’erhandl. der Wiener Aerzte, t. W, 1843. N° 487. KLENKE, Untersuchungen und Erfahrungen , p. 123. Leipsick. N° 488. GELLERSTEDT , Bidrag till den tuberculoesa Lungsotens Nosography och Pathology Academisch Afhandling ; Stockholm , 1844.

Page 1