‹ Anatomie normale et pathologique de l'œilChapitre 101 sur 166 · PRODUITS PHLOGOGÈNES DES MICROBES · texte numérisé non relu

PRODUITS PHLOGOGÈNES DES MICROBES

microbes pyogènes dans le sang. Gayet* y a constaté des staphylococcus, Wagenmann * des streptococcus. Dans un cas de Gayet, Tinvasion microbienne du sang avait provoqué le développement simultané de nombreux furoncles de la peau. Les nouvelles recherches ont prouvé que les altérations des tissus par le fait de la pénétration des microbes ne sont pas limitées aux foyers microbiens, mais intéressent des tissus éloignés de ces foyers; l'inflammation se propage donc en dehors des territoires occupés par les micro-organismes pathogènes. Leber ^, Michel et Rindfleisgh ont montré que des foyers infectieux delà cornée créés parTinoculation de microbes pathogènes ont une action à distance (Fernwirkung) sur les tissus vasculaires voisins et, en particulier, sur les vaisseaux du limbe cornéon de l'iris, de la conjonctive ; ces parties sont atteintes d'une hypérémie inflammatoire suivie de la production d'exsudats et d'une diapédèse active. Les observations faites sur l'œil sont en accord parfait avec la théorie de l'action des microbes pyogènes émise par Rosenbach, de Bary et Grawitz ; la cause de jîettc action à distance des microbes serait due à des sécrétions toxiques de ces organismes, ayant une action chimique irritative. Leber a réussi à produire une culture en bouillon de streptococcus pyogènes aureus, qui, même après stérilisation, a les mêmes ofi'ets que le microbe vivant; il a isolé ensuite de ce bouillon une alcaloïde, qui est la cause de l'action phlogogène et qu'il propose de nommer 5 phiogosine ». L'action toxique des produits sécrétés par les microbes pyogènes peut être distinguée en : — 1° locale, déterminant la nécrose des tissus envahis, — et 2' en action à dislance, par diffusion sur les vaisseaux et y causant des altérations inflammatoires. D'après Leber, ces dernières altérations commencent par une para-

* Gayet, Archives d'Ophthalmologie. 4887, t. VII, n«2.

« Wagenmamm, Arch. f. Ophthalniologie, 4887, t. XXXHI, fasc. 2.

' Lbber, Die Entstchung derEnlzûndungund die WirkungEntznndungs-erregender Schàdlichkeilen nacli vorzûglicli am Auge angeslelllen Unlei^suchungon. 1892.

lysie des muscles lisses des parois vasculaires, et se conti> nucnt par une modification hîstologique de ces parois, déterminant une perméabilité exagérée, une exsudation abondante de liquide fibrino-plastique. qui contient de3 leucocytes peu nombreux au début, mais augmentant en quantité à mesure que se développe le processus.

Dans les parties de l'œil privées de vaisseaux (cornée, membrane de Descemet, cristalloïde, corps vitré), les microbes se développent comme dans une culture artificielle sur agar-agar. Dans les tissus vasculaires, le développement des microbes est entravé; ainsi, par exemple, les spores d'aspergilles ne se multiplient pas dans l'iris, tandis qu'elles se développent très facilement dans la cornée : ce fait est prouvé par Texpérienco clinique (Leber, Uhthoff), et par les inoculations pratiquées sur le lapin. La réaction des tissus vasculaires en présence des microbes est, en effet, favorable au développement des colonies; quelques auteurs expliquent ce fait par Thypothèse d'une action microbicide de quelques liquides et tissus du corps, action qui serait très prononcée dans le sang (de Christmas*).

Dans un chapitre ultérieur, nous décrirons les altérations delà cornée dans la kératite soptique, et nous verrons par quels moyens se défend l'organisme contre les microbes qui l'ont envahi.

Les recherches sur la pyogénèse de certains microbes ont établi qu'elle est due à des produits toxiques sécrétés par les micro-organismes"; mais il existe des substances chimiquement irritantes^ qui ont une action pyogène indépendamment des microbes ; ainsi, Leber a constaté que le mercure introduit dans la chambre antérieure de l'œil provoque la suppuration ; de Christmas reconnaît une action analogue à l'huile de croton. La théorie soutenue par quelques auteurs (Straus) « Pas de suppuration sans microbes » est donc très discutable.

* De Guristmas, Annales de Tlostitut Pasteur, 4891.

PANOPHTHALMIES D'ORIGINE MICROBIENNE 231

Tandis que dans la patliogcnio do la panophthalmie les produits irritants sécrétés par les microbes ne peuvent être considérés comme seuls capables de déterminer la suppuration, dans Tirido-cyclite, au contraire, ces produits irritants jouent un rôle pathogène important.

Un grand nombre de cas d*irido-cyclite sont évidemment dus à des processus suppuratifs causés par des microbes tels que staphylococcus et streptococcus pénétrant dans l'œil à travers une plaie cornéenne ou une synéchie antérieure de l'iris.

Dans certains cas, Tirido-cyclite est due à une infection mixte: ainsi dans la lèpre, la syphilis et la tuberculose du tractus uvéal principalement, il se fait une perforation des membranes de l'œil, plaie ouverte aux microbes du cul-desac conjonctival.

L'ophthalmie sympathique, ou Tinflammation de l'œil sain à la suite d'une irido-cyclite de l'œil malade, même quand cette affection s'est terminéeparuneatrophie du globe oculaire, est due à la pénétration dans l'œil sain des microbes qui se sont conservés dans l'œil malade, cet envahissement se faisant par l'intermédiaire du chiasma des nerfs optiques. Ce qui distingue la panophthalmie suppuréo de l'irido-cyclite, c'est que dans la première affection le pus se frayant une voie vers l'extérieur est écarté du moignon de l'œil, et l'ophthalmie sympathique ne se produit pas.

L'ophthalmie sympathique n'apparaît pas non plus dans le cas où l'irido-cyclite due à l'irritation chimique peut être liée à une action mécanique d'un corps étranger sur le globe oculaire. Parmi les corps étrangers qui exercent une action irritante sur les tissus, mentionnons en particulier le cuivre, tandis que d'autres substances, telles que le bois, lor ou l'argent, introduites avec toutes les précautions antiseptiques, ne produisent jamais de suppuration de l'œil.

Il ne se développe pas d'ophlhalmie sympathique à la suite de l'irido-cyclite dueà la présence d'un cysticerque dans l'œil.

L'expérience clinique nous apprend que le cystîcerque de l'œil, si on ne l'enlève pas par une opération, cause une irido-cyclile plastique ou purulente se terminant par Tatrophie du globe oculaire. On ne peut admettre que cette inflammation soit due à des microbes importés par le cysticerque; celui-ci a dû, en effet, se débarrasser de ses saprophytes pendant le chemin si long qu'il a parcouru pour arriver à l'œil : l'examen bactériologique a efiectivement prouvé l'absence de microorganismes dans le foyer inflammatoire entourant le cysticerque (Leber*. Wagenmann). Dans le seul cas de Deutschmann, où un foyer de cette nature a présenté des microbes, il est probable que les organismes pathogènes ont pénétré par voie endogène jusqu'au locus minoris resistantise. Il est plus logique d'admettre, en général, que l'irido-cyclite se développant à l'occasion d*un cysticerque dans l'œil est due à des substances irritantes toxiques, sécrétées par ce parasite.

Cette manière de voir est corroborée parce premier fait que l'irido-cyclite provoquée par le cysticerque n'est jamais suivie d'ophthalmie sympathique, et par ce second fait que l'ablation antiseptique des parasites fait disparaître les symptômes inflammatoires qu'il détermine. Les choses ne se passeraient pas aussi simplement si les symptômes inflammatoires étaient causés par des microbes développés dans l'œil.

Les tumeurs intra-oculaires déterminent souvent Tapparition d'altérations du globe de l'œil, analogues à celles de l'irido-cyclite ; le sarcome du tractus uvéal a été surtout bien étudié à ce point de vue. Les altérations anatomopathologiques sont dues en partie au glaucome, en partie à l'irido-cyclite qui accompagnent ces tumeurs. Le tractus uvéal entier est infiltré de nombreux leucocytes, et les noyaux des parois vasculaires entrent en prolifération. La cataracte, le ratatinement du corps vitré, le décollement de la rétine, altérations que l'on constate dans la marche clinique des tumeurs intra-oculaires. ne sont que les symptômes

» Leber, Arch. f. Ophthalmologie, 1886, t. XXXH, fasc. 1.

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