‹ Anatomie normale et pathologique de l'œilChapitre 106 sur 166 · ALTÉRATIONS DES CELLULES FIXES DE LA CORNÉE Î · texte numérisé non relu

ALTÉRATIONS DES CELLULES FIXES DE LA CORNÉE Î

Altérations des cellules fixes de la cornée. Voies lymphatiques. — Les qualités histologiques des cellules fixes de la cornée, situées en dedans des fentes dont nous venons de parler, méritent d'être bien étudiées, parce qu'elles sont importantes pour la question des voies lymphatiques de la membrane qui nous occupe.

En pratiquant une coupe transversale, on constate que les prolongements des cellules fixes de la cornée adhèrent en partie à la paroi antérieure, en partie à la paroi postérieure des fentes interstitielles ; mais un certain nombre de ces cellules sont situées au milieu des fentes et envoient des prolongements vers les deux extrémités. Fuchs, qui a fait de semblables observations dans le glaucome sur 1h situation des cellules fixes dans la cornée, s'exprime en ces termes : « Il n'est pas rare qu'elles (les cellules fixes de la cornée) adhèrent aux fibrilles qui traversent les fentes. » Pour bien comprendre toute la valeur de ces fibrilles, il est bien utile de procéder à l'examen de la cornée à l'aide de coupes frontales faites sur des yeux atteints d'irido-cyclite; la figure 20 (pi. V) représenteune coupe de la partie périphérique de la cornée d'une couche voisine de la membrane de Desgemet.

Les cellules fixes de la cornée sont gonflées et contiennent do deux à quatre noyaux, et quelquefois même plus. Dans la partie gauche de la figure on observe la division d'une cellule fixe en un certain nombre de petites cellules. Près do ces groupes de cellules, encore en connexion les unes avec les autres et séparées seulement par des lignes transversales très fines, se trouve un leucocyte {ez). Les cellules fixes sont situées en dedans des fentes tubuleuses largos et nettement limitées par la trame fibro-lamelleuse de la cornée.

Un liquide sépare les prolongements des parois de ces fentes. L'élargissement des voies lymphatiques était encore plus considérable dans d'autres |cas que celui emprunté à la fig. 20. La fig. 19 (pi. VI) représente une petite partie des couches postérieures de la cornée, provenant d'une coupe

no ANATOMÎE PATHOLOGIQUE DE L'CElL

transversale d'un œil atrophié. On y constate les mêmes altérations des cellules fixes de la cornée (c^) que nous venons de décrire dans l'irido cyclite, c'est-à-dire le gonflement du protoplasma et l'augmentation du nombre des noyaux.

La partie delafigure située au-dessous contient une réunion de deux voies lymphatiques élargies . En dedans de ces fentes les cellules fixes de la cornée sont réunies par un prolongement protoplasmique; de haut en bas, les petits procès de la paroi, antérieure et postérieure de la fente, restes de la paroi, ayant anciennement séparé les deux fentes voisines primitives, pénètrent dans la cavité qui résulte de leur fusion. Tout autour des cellules fixes, nous trouvons quelques leucocytes.

Les voies lymphatiques (f) contenant les prolongements des cellules fixes sont considérablement élargies.

Gomme on le sait, l'œdème inflammatoire se localise surtout, au début de son développement, dans les fentes préformées des tissus ; plus tard, les tissus eux-mêmes sont traversés par des fentes de nouvelle formation. C'est aussi ce que l'on constate dans l'œdème cornéen : tout au début dans l'irido-cylite, il s'agit d'un élargissement des fentes lymphatiques de la cornée ; ensuite le tissu interstitiel de la cornée est fendu en faisceaux, puis en fibrilles.

Avant cette période ultime de l'irido-cyclite, on constate, en pratiquant une coupe transversale de la trame fibro-lamelleuse de la cornée, un grand nombre de raies parallèles à la surface de la cornée, plus grandes que celles que l'on constate dans la membrane normale. Ce développement de raies dans l'irido-cylite est causé par la destruction d'un ciment unissant entre elles les fibrilles primitives; cette destruction est produite par l'action du liquide lymphatique, altéré dans sa composition chimique.

Les observations faites sur les cellules fixes delà cornéey dans rirido-cyclite, prouvent que les cellules fixes et leurs prolongements ne présentent nullement un réseau de petits cana-

ALTÉRATIONS DES CELLULES FIXES DE LA CORNÉE ^l

liculos coDtenaat du liquide lymphatique, contrairement à ce qu'avaient avancé Waldeyer et Reckllngshausen.

RoLLET, H. MOller, Kuehne et Engelmann admettent au contraire que les cellules fixes et leurs prolongements sont situés en dedans des voies lymphatiques de la cornée. Nos recherches anatomo-pathologiques nous ont amené à reconnaître, en effet, la manière de voir de Ranvier à cet égard, qui admet qu'une fente lymphatique sépare les cellules fixes et leurs prolongements du tissu interstitiel; cette fente, si minime entre les cellules et leurs prolongements d'un côté et les parois des voies lymphatiques de l'autre, n'apparaît dans les préparations par l'imprégnation au nitrate d'argent que sous forme de lignes noires de démarcation. Les fentes que nous venons de décrire ne sont que des espaces préexistants extrêmement élargis par des troubles de la circulation lymphatique de la cornée.

A l'opinion de Reckungshausen, Schwalbe* se ralliait encore dans son manuel d'anatomie des organes des sens « ein Netz hohler, mit Flussigkeit erfûllterSafkanaelchen,den Saftlticken, wsehrend die kernhaltigen Theiledes Netzes allmœhlig in die platten Hornhautzellen umgewandelt werden ».

Nous avons constaté également l'existence d'un œdème de la cornée, dans des yeux atteints de staphylomes; cet œdème parait aussi exister dans la buphthalmie. Ulrich ^ a trouvé dans cette affection, entre les lamelles de la cornée voisine de la chambre antérieure, des fentes très grandes : ce Les lamelles et la membrane de Desgemet apparaissent gonflées. »

Grauamer^ décrit aussi, dans la même affection, un système de fentes situées dans la cornée et se ramifiant d'une façon irrégulière.

Développement de pus dans la cornée. — Les yeux atteints d'irido-cyclite sont très favorables pour étudier le rôle que

< ScHWALBB^ /oc. ct/., pp. 159-160.

> Ulrich, Grœfe*s Arch, t. XXX, p. 247.

* Grahameii, Grœfe^B Archiv» t. XXX, 3.

jouent les cellules fixes de la cornée dans le processus de suppuration, parce que le processus inflammatoire s'avance très lentement dans l'épaisseur des tissus.

M. le professeur Sghoeler (de Berlin) a bien voulu nous confier l'examen micrographique d'un œil, énucléé chez un homme, âgé de 33 ans, atteint d'irido-cyclite de l'œil droit consécutive à une blessure par arme à feu faite par le malade lui-même, qui voulait se suicider.

Cet examen nous a montré un œdème très considérable de la cornée ; les fibres nerveuses de la membrane de Bowman étaient très reconnaissables.

La plupart des cellules fixes de la cornée, en dehors de celles situées au centre même de cette membrane, n'offraient que peu ou pas d'altérations ; mais dans quelques-unes de ces cellules le nombre des noyaux était augmenté. Néanmoins nulle part, nous n'avons pu observer une multiplication de ces cellules, multiplication regardée par certains auteurs comme le point de départ des globules du pus dans la suppuration de la cornée.

Cependant, dans les voies lymphatiques éloignées du centre, près des cellules fixes et autour des vaisseaux de nouvelle formation, se trouvaient un grand nombre de leucocytes.

Ce cas vient à l'appui de la théorie qui tend à prouver que la prolifération des cellules fixes de la cornée, consécutive au processus inflammatoire, ne se fait que très tard; il y a du pus, il est vrai, dans la cornée, mais Ton n'en rencontre nullement en dedans des cellules fixes. La prolifération de ces dernières cellules n'a donc rien à faire avec le développement du pus.

Cette hypothèse est prouvée par ce fait que la proliférât ion des cellules fixes de la cornée peut même se faire indépendamment de V inflammation. En effet, nous avons constaté dans un certain nombre d'yeux atrophiés, même quand /'en/7amwation de la cornée faisait dé faut (les cellules du pus manquaient alors), le gonflement du protoplasma et l'augmentation des noyaux des cellules fixes.

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