‹ Anatomie normale et pathologique de l'œilChapitre 119 sur 166 · ALTÉRATIONS DES FIBRES LISSES · texte numérisé non relu

ALTÉRATIONS DES FIBRES LISSES

Le muscle de raccommodatioQ est épaissi par Fœdème interstitiel et nous soupçonnons que ce fait d'observation a fait décrire une hypertrophie inflammatoire du muscle ciliaire dans rirido-cyclite (Alt *) :

Dans les périodes les plus avancées de Tirido-cyclite Tœdème interstitiel du muscle ciliaire est de plus en plus faible. Mais les masses fibreuses situées entre les faisceaux musculaires sont considérablement proliférées; seulement, nous trouvons dans les yeux atrophiés une augmentation très notable des noyaux dans le muscle ciliaire ; une fibre lisse peut contenir jusqu'à huit noyaux. Dans quelques fibres musculaires, nous avons observé la division du protoplasma par deslignes minces et transversales. Laprolifération dequelques fibres lisses se fait donc tardivement.

La résistance très faible des fibres musculaires lisses dans les irritations inflammatoires est depuis longtemps bien connue des anatomo-pathologistes. Même dans un cas de prolapsus du corps ciliaire dans une plaie de la cornée (fig. 13), le muscle ciliaire ne présentait aucune altération histologique, en dehors, bien entendu, des altérations ci-dessus mentionnées et des hémorrhagies qui avaient détruit quelques fibres musculaires.

Expérimentalement, Durante a reproduit la prolifération des fibres lisses ; elle a été aussi observée par Gussenbauer dans le carcimome. Dans la panophthalmie, les fibres lisses sont aussi séparées par l'infiltration du pus (Wedl et Bock*).

Les fibres lisses du muscle de l'accommodation peuvent subir, dans l'irido-cyclite, une métamorphose réffressive, cansét' par le processus inflammatoire. Les noyaux deviennent à peu près invisibles, le protaplasma est rendu opaque par la présence d'un grand nombre de petites granulations. On y constate en outre de petites gouttelettes de graisse. Enfin les fibres lisses et leurs nerfs finissent^par disparaître. Tel est,

* Alt, Coiupendium, p. 119.

* Wedl et Bock, /oc. cit.f p. 92.

d'après nos recherches personnelles, la marche de l'atrophie partielle du muscle de l'accommodation, dans l'irido-cyclite. Wedl et Bock * ont trouvé les fibres musculaires atrophiées recouvertes de petits corpuscules colloïdes, dont Torigine demande à être établie.

Dans l'atrophie qui suit la panophthalmie, ce muscle est habituellement transformé en une masse fibreuse, qui offre aussi des raies disposées radialement^ semblables à celles que l'on observe dans le muscle à l'état normal.

Infiltrations^ hémorrhagies du corps ciliaire d^yeux atrophiés. — Nous avons observé très fréquemment des altérations inflammatoires dans le corps ciliaire d'yeux énucléés pour cause d'ophthalmie sympathique. Quelquefois, l'iris, le corps ciliaire, les couennos cyclitiques et celles remplissant l'espace suprachorioïdien sont simultanément transformés en un foyer inflammatoire, où on ne peut plus reconnaître les tissus primitifs. Mais sur d'autres coupes du même œil, les altérations inflammatoires peuvent manquer.

Dépôts de chaux. — Ils se font très fréquemment dans le corps ciliaire des yeux atrophiés. (Cette infiltration calcaire du corps cih'aire était déjà connue des anciens auteurs, qui l'ont confondue avec l'ossification.) Cette dernière cependant ne se trouve pas dans le corps ciliaire même, fait déjà constaté par H. MOller. Deux observations d'ossification du corps ciliaire, publiées en Amérique par Lundy - et G.-W. SMrrif 3, nous font supposer qu'il s'agit vraisemblablement d'ossifications tirant leur origine d'une couenne cyclitique fortement pigmentée. Pour notre part, nous ne croyons pas non plus qu'il existe une véritable ossification de Tiris ; le cas décrit par Berthold *, sous cette rubrique, nous parait être une ossification d'une couenne cyclitique, recouvrant la surface postérieure de l'iris. Telle est aussi notre opinion sur le cas

* Wedl et Bock, loc. cit., p. 99.

* Lundy, New-York, Med. Rev., 1880.

» G.-W. Smith, Amer. joum. of Ophthalmy, t. I, n» 8, p. 254.

* Bektuold, Graefcs Arcliiv, t. XVUI, 1, p. 104.

œUGHES INTERNES DE LA CHOROÏDE 303

très remarquable de Panas *. Ce maître a pu, avec beaucoup de difficultés, pratiquer Tiridectomie d'un œil atrophié; le fragment de Tiris enlevé avait une consistance osseuse.

Nous traiterons, dans un chapitre ultérieur, le développement du sarcome dans le corps ciliaire d'yeux atrophiés.

CHOROÏDE

Exsudation dans les couches internes, — Dans Tiridocych'te les premières altérations delà choroïde portent surtout sur les couches internes 2; on observe ainsi des infiltrations de la chorîO'Capillaire et d'une membrane élastique non pigmentée, située du côté externe de la chorïo-capillaire, membrane perforée par les petites veines et les artériolcs allant à la chorïo-capillaire (voir p. 135).

Les lésions anatomo-pathologiques de la panophthalmie sont analogues à celles de rirîdo-cyclite. D'après Sattler, on constate dans l'ophthalmitis, tout à fait au début, l'infiltration purulente de la même couche élastique non pigmentée et de la chorïo-capillaire. Il résulte de cette infiltration que la limite qui sépare la lame élastique et la chorïo-capillaire devient indistincte. Au contraire, les couches externes de la choroïde ainsi que la lamina fusca sont très peu infiltrées de leucocytes, mais leurs éléments sont distendus par une exsudation fibrineuse ; on y observe aussi des extravasations sanguines. On remarque, à la surface interne de la lame vitrée, une couche hyaline homogène, que nous considérons comme un liquide albumineux contenant peu de leucocytes ; en outre des lésions que nous venons de décrire, on constate une destruction partielle de l'épithélium pigmentaire de la rétine.

xVu contraire, dans la choroïdite syphilitique, les couches externes de la choroïde sont tout particulièrement atteintes (Fuchs 3). Dans le

* Panas, GazeUe des Hôpitaux, 186S, ii» il2.

* Sattlér, Gnefos Archiv, l. XXII.

3 Fuchs, Grusfes Archiv, \ XXX, 3.

g'iaucome, de même que dans Tirido-cyclite^ ce sont les couches internes de la choroïde et du corps vitré qui sont le siège des altérations inflammatoires (Sattler).

Dans rirido-cyclite les vaisseaux qui constituent la chorïocapillaire sont dilatés et entourés de leucocytes ; on y constate en outre, dans les espaces péri-vasculaires, des produits inflammatoires. Les exsudations placées sur la surface interne de la choroïde se transforment en tissu conjonctif; c'est ainsi que doivent se produire les adhérences qui empêchent dans ces parties le décollement de la rétine. La lame vitrée est épaissie et rayée parallèlement à la surface de la choroïde. Cette lamelle est en quelques parties déchirée par la pression de l'exsudat provenant de la chorïo-capillaire; dans Tiridocyclite les vaisseaux de la chorïo-capillaire se présentent, dans les préparations microscopiques, gorgés de sang; ils se trouvent dans un état pareil à celui qu'ils possèdent avant Ténucléation de l'œil. Cet état de réplotion des vaisseaux de la chorïo-capillaire permet d'étudier avec une grande exactitude, bien mieux que ne le permet l'injection artificielle sur le cadavre, les ramifications vasculaires de la choroïde (Nuel).

En même temps que se développent les altérations de la couche interne de la choroïde, quelques parties de la couche pigmentée (stratum pigmonti) se trouvent décollées de la membrane vitrée par un épanchement séreux.

La lame vitrée se conserve dans toute son intégrité, jusqu'à la fin de l'irido-cyclite ; cependant elle présente toujours un léger épaissîssement (H. Muller) : d'après les recherches de Sghiess-Gemusecs*, elle serait au contraire rapidement détruite dans la panophthalmie, où les altérations sont plus graves. En efi'et, la chorïo-capillaire apparaît, dans cette affection, baignée par du pus.

Nous avons pu observer, dans quelques parties d'yeux atrophiés àla suite d'irido-cyclite,lachoroïde conservée; dans d'autres parties elle n'était plus reconnaissable. II existe des

* Sohiess-Gemcskus, Greefes Archiv, t. IX, f. ^, 1863.

Page 1