‹ Anatomie normale et pathologique de l'œilChapitre 138 sur 166 · KYSTES. OSSIFICATION · texte numérisé non relu

KYSTES. OSSIFICATION

Kystes développés par déffénérescence muqueuse, — * La dégénérescence nnuqueuse représente la troisième variété de développement des kystes dans le corps vitré. La fig. 44 (pi. X) nous en montre un exemple. Le corps vitré est transformé en un tissu cicatriciel contenant des kystes. Les limites et la forme du kyste (er), représenté par notre figure, sont très irrégulières. Sa cavité est traversée transversalement et obliquement par des fibres et quelques faisceaux fibrillaires qui, se détachant de ses parois, rayonnent vers son centre.

Près du kyste on trouve de petits espaces {dr) produits également par la dégénérescence muqueuse. Il est clair que le grand kyste est dû à la réunion de plusieurs petits kysteSj et que les faisceaux fibrillaires traversant ce kyste ne sont que les débris des cloisons primitives qui séparaient les petits.

Ossification. — Nous avons pu observer l'ossification du corps vitré dans deux yeux atrophiés, fait qui n'a été constaté que très rarement chez Thorame. (Communications de

PONCET, VON WiTTCH, ClACCIO, BeCKER, PaGENSTECHER Ct GeNTH*, Ct

récemment d'ANTONELu 2.)

ViRCHOw a vu l'ossification du corps vitré chez des chevaux et Hyrtl, chez la loutre, où elle était située près du nerf optique.

Dans un des cas que nous avons été assez heureux d'observer, le corps vitréy à l'exception dune très petite portion^ était transformé en tissu osseux, — La littérature médicale ne fournit aucune description d'un fait semblable. Virchow considère comme possible que, dans un cas de décollement rétinien et d'absence de cristallin, le corps vitré puisse se ratatiner en une petite masse fibreuse lenticulaire, se transformant ensuite en un tissu osseux que l'on peut confondre avec une cataracte osseuse.

* Pagenstrcoer et Geoth, loc. et'/., pi. XIX. fig. 1.

* Antonelli, Archives d'Ophthalmologie, 1892, f. 6.

Voici, dans un de noscas, rhistoire do la maladie, que nous devons à ramabilitc de M. Purtscheu (de Klagenfourt).

M"« M. S..., âg^écde 32 ans, est atteinte d'une maladie des yeux depuis Vàge de 7 ans. — H y a 16 ans, elle a complètement perdu Tusage de son œil gauche et, d'après les détails fournis par la malade, il est probable que la perte de cet œil était causée par uneblennorrhée. Six mois après, Tœil droit devenait malade à son tour. — L'œil gauche étant parfois le siège de sensations douloureuses et Tœil droit empirant de plus en plus^ la malade alla, il y a 5 ans, consulter un médecin qui, ayant constaté un glaucome secondaire, pratiqua l'iridectomie, qui releva Tacuité visuelle de Tœil droit. Mais les douleurs de Tœil gauche augmentèrent de plus en plus. La malade éprouvait la sensation d'une aiguille plongée dans Tœil gauche et quipassait dans 1 œil droit.

L'œil gauche était très douloureux à la pression.

Dans Tœil droit M. Purtscher constata un colobome de Tiris et un leucomc adhérent. La malade pouvait compter des doigts placés à I mètre de distance. Le 9 août i883,M. Purtscher énucléa l'œil gauche et le 4 août suivant l'acuité visuelle de l'œil droit avait tellement augmenté que la malade pouvait compter les doigts placés à im. 5ô de distance.

Nous avons ensuite examiné l'œil énucléé dont la figure 45 (pI.X) représente la partie antérieure. La surface antérieure de la cornée est couverte d'un tissu (ff) semblable à celui de la conjonctive. La cornée même est transformée en un tissu cicatriciel à la surface postérieure duquel s'attache la membrane de Descemet fortement plissée et interrompue sur une large étendue. La surface postérieure de la membrane de Descemet est réunie à l'iris par une couenne. — Les procès ciliaires sont fortement gonflés et par suite touchent presque la surface postérieure de Tiris, dont ils sont séparés par une fente étroite. La rétine est entièrement décollée. Dans la partie postérieure de la choroïde on peut observer un tissu osseux néoplastique. Un petit point d'ossification se montre dans la rétine {k). De plus, l'espace triangulaire, que limitent en avant les procès ciliaires et Tiriset en arrière la rétine décollée, est rempli d'un tissu osseux présentant des cellules

DÉCOLLEMENT DU CORPS VITRÉ ZZi

osseuses, des canaux de Havers eldes lamelles concentriques. Un prolongement osseux en forme de bouchon (sf) pénètre dans la cicatrice cornéenne. Les vaisseaux nourriciers de l'os sont couverts d'une lamelle fibreuse contenant des cellules stellaires pigmentées. La chambre postérieure est représentée par une fente très étroite, située en avant des parties ossifiées ; sa partie antérieure est tapissée par une couche périostale, contenant des réseaux capillaires néo-formés et des cellules endothéliales pigmentées. Les fibres zonulaires, à leur origine, sont très nettement appréciables sur une certaine étendue.

Près de la face postérieure de l'iris subsiste un petit reste delà capsule lenticulaire : la partie postérieure du corps vitré est décollée (épanchement entre la rétine décollée et le corps vitré fortement ratatiné).

Seule, la partie postérieure du corps vitré, en forme d'entonnoir, avait conservé sa texture lamineuse.

Il est fort vraisemblable que dans ce cas le cristallin était sorti de Tœil à la suite d'une perforation très étendue de la cornée; il s'était formé ensuite un prolapsus du corps vitré dans la plaie cornéenne, où ce corps vitré avait subi les mêmes altérations que dans ses autres parties : transformation on tissu conjonctif et ensuite ossification.

Altérations de situation et de forme du corps vitré. — Le décollement antérieur du corps vitré accompagne toujours Tirido-cyclite, tandis que le décollement postérieur est au contraire plus rare dans cette affection.

Milles * a trouvé 43 fois le décollement du corps vitré sur 345 yeux énucléés, dont 3 seulement étaient affectés d'ophthalmie sympathiquQ. — C'est Pagenstecher*, qui a mentionné le premier la fréquence du décollement antérieur du corps vitré dans l'irido-cyclite et dans leglaucome. — On observe souvent dans l'irido-cyclite de petites fentes remplies de sérum,

* Milles, Ophthalmological Hospital. Reports XI. i886.

* Pagenstbgher, Grœfes Archiv, l. XXIÏ. 2, p. 27i. 1876.

situées entre la membrane limitante interne et le corps vitré (fig. 35, A, pi. VII).

Si les décoUemenls antérieur et postérieur du corps vitré ont lieu en même temps, celui-ci peut être réduit à un disque membraneux situé en arrière du cristallin. Dans le cas représenté par la figure 30 (pi. III), une hémorrhagie s'était produite dans la fente située entre le corps vitré et la rétine (fente représentant, à l'état normal, un espace lymphatique extrêmement mince). — Lorsque le corps vitré est uni à la rétine par un certain nombre de filaments néo-formés de tissu conjonclif (fig. 34), on croirait voir des cavités kystoïdes existant entre le corps vitré et la rétine. On remarque en outre un décollement peu étendu du corps vitré revêtant également l'aspect d'un kyste de la périphérie du corps vitré. IIiRSCHBERG a obscrvé, dans un œil atrophié après l'extraction de la cataracte, un kyste situé sur la face antérieure de la rétine. Il est probable, selon nous, qu'il ne s'agissait dans ce cas que d'un décollement partiel du corps vitré.

Nous avons trouvé dans un œil présentant une synéchie antérieure de l'iris avec glaucome secondaire (excavation du nerf optique) un décollement du corps vitré, qui lui donnait la forme d'un entonnoir à base antérieure. Les couennes cycli tiques et le corps vitré dégénéré en tissu conjonctif étaient réduits à quelques masses fibreuses d'une épaisseur de 2 à 3 millimètres recouvrant la face postérieure de l'iris; le cristallin manquait. Dans un œil atrophié, le corps vitré tout entier avait disparu, alors que la rétine était incluse dans une plaie cornéenne. — Mentionnons enfin^ mais comme altérations très rares dues à des yeux atrophiés, la réduction du corps vitré à une couche très mince et son absence totale.

RÉTINE

Décollement de la rétine. Nous n'avons observé que dans un seul cas d'irido-cyclite le commencement du décollement

DÉCOLLEMENT DE LA RJ^TINE 353

rétinien, qui dans cette affection se développe simultanément autour du nerf optique et à Tora serrata. Dans les autres cas, le décollement rétinien était total.

L'espace compris entre la choroïde et la rétine est rempli d'un épanchemcnt séreux contenant des leucocytes et des cellules épithélialcs pigmentées. Quelquefois cet espace est le siège de petites hémorrhagies ; quelquefois Tépanchement qu'il contient devient sanguino-purulent. Ces exsudations peuvent avoir lieu à différentes reprises, formant alors plusieurs couches superposées (voir le cas de Becker*).

Après avoir été durci par la liqueur de Muller 1 opanchement sous-rétinien présente une consistance vitreuse; fait observé aussi par Gayet et Masson et qui a été comparé par ScHiESs* à l'effet produit par le savonnage. L' exsudât sousrétinien peut être décomposé par une dégénérescence graisseuse se manifestant principalement près des plis de la rétine décollée. A la suite de cette dégénérescence, l'espace sousrétinien se trouve rempli d'un liquide contenant en suspension des gouttelettes graisseuses en très grand nombre.

Nettleship et Brailey (Centralblatt fur Augenheilkunde 1886, p. 205) ont observé chez des enfants, dans des épanchements sous-rétiniens, de ces gouttelettes de graisse apparaissant comme des taches blanches ou jaunâtres en arrière de la rétine. On a, en effet, dans l'examen microscopique d'un cas semblable constaté la présence de gouttelettes do graisse dans l'épanchement sous-rétinien.

L'espace sous-rétinien, bien développé au début, peut manquer dans des yeux atrophiés après la panophthalmie. La rétine et la choroïde s'y trouvent transformées en une couenne cicatricielle compacte dans laquelle la choroïde n'est plus indiquée que par une pigmentation plus forte (fig 13, pi. V). Dans des yeux atrophiés, après rirido-cyclito, l'espace sous-rétinien est au contraire toujours conservé; mais dans

« Becker, Photographisclie Abbildungcn, 1876, t. XIIL Cyclitis. * ScuiEss, Virchow's Archiv, 180 1.

s» AMATOMIE PATHOLOGIQUE DE L'OEIL

les cas (l'une atrophie très ancionae cet espace peul ëlro comblé [tardes produits d'ossification dérivaut de la choroïde. Dans ces cas il y a parfois apparence que l'ossilicatioa se soit développée entre la latne vitrée de la choroïde et la rétine i.

Par la rétraction cicatricielle des couennes néo-formées, la rétine peut être arrachée * du nerf optique ou do l'ora serrata, commenuiis l'avons observé dans un cas (p. 2S9) ; il OD résulte que le nerf optique découpé près de la sclérotique parait excavé (Gayet et Masson).

Prolapsus de la rétine dans une plaie de la cornée. — Nous avons observé, dans un œil atrophié, des faisceaux membraneux fortement plies, contenant des granulations pigmentaires et^adliérant à une plaie de la cornée. (Voir la ligure

y (, Fig. 3!.

Enclavemeot de Is rËUoe daoa

une cicalrice cornéenne. —

-' Coupe IraDSversale d'un Œil

C* alrophié; — re, rÉline; —

co, coroéc; — ce, corps ci-

liaire; — i, iris; — h, cavilé

aituteen amAredel'iria; — d,

plia de rétine; — ea, eapaco

M- aupra-choroldiea: — d, cavil«

ci-jointe.) L'examen microscopique a démontré que ces faisceaux représentaient des parties de la réiine incluses dans uneancienne plaie de la cornée. Dans !a partie de la cornée contenant la rétine dégénérée co tissu cicatriciel, la membrane deDËSCEHET était interrompue sur une grande étendue'. Dans le même œil, l'iris était uni par une mince couenne àlasurfacepostérieurede lacornéc ; la choroïde était décollée sur une grande étendue de la sclérotique, et ce décollement

> La même apparence eiistaîl dans le cas observé par Jones (Dublio Jout" nal of médical science, 1877).

■ Comparez aussi cheii Pauenstecmbr et GaNTn, toe. oit , pi. XIX, Hg. 3.

■ Lo prolapsus de ta niliae dans une plaie de la cornée csl aussi dessJDë par Weut et Bocï, (oc., cit., p. 30, fig. 16.

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