OEDÈME INFLAMMATOIRE DE LA RÉTINE
choroïdien était tel que, sur quelques points, la choroïde se trouvait plus rapprochée de Tiris que la partie postérieure du corps ciliaire.
Les cavités circonscrites par la surface postérieure de l'iris, le corps ciliaire et la choroïde, étaient remplies d'un liquide albumineux contenant des leucocytes et des cellules épithéliales. Comme la chambre antérieure et l'espace suprachoroïdien du même œil étaient remplis de couennes, cet espace sous-rétinien ^ — s'il est permis de le nommer ainsi, — était le seul qui fût conservé.
Décollement de la membrane limitante interne. Œdème inflammatoire de la rétine. — Nous avons observé dans les périodes les plus diverses de l'irido-cyclite toutes les allérations de structure qu'on peut constater dans la rétine, depuis le début du décollement rétinien jusqu'à l'atrophie complète de Tceil.
Quelques-unes des phases du développement de ces altérations se trouvent représentées dans les figures 46à50 (pi. X et XI). Les altérations inflammatoires de la rétine commencent d*une façon toute semblable à celles de lapanophthalmie (Schmidt-Rimpler) * dans le pourtour de la papille optique et l'ora serrata. Iwanoff, le premier, a montré que le décollement de la rétine s'effectue d'abord dans l'ora serrata et que le décollement des parties moyennes de la rétine vient en*suite.
La figure 46 (pL X) représente les altérations de la rétine que nous avons constatées au début de l'irido-cyclite. La membrane limitante interne {H) est décollée autour du nerf optique. Les fibres radiées de Mulleu sont arrachées et pénètrent par leurs extrémités externes dans une cavité do formation nouvelle, remplie d'un exsudât séreux contenant quelques leucocytes. Les lymphatiques périvasculaires sont dilatés et remplis d'un liquide contenant des cellules de pus peu nombreuses. Les fibres nerveuses sont distendues par
> ScHMiDT-RiMPLER. Grœfus Archiv, t. XVllI,!, pp* 18-30.
un liquide interstitiel. On observe en outre, dans d'autres parties de la rétine situées plus en avant, des décollements de la limitante interne ; mais ces décollements se font seulement sur de petites étendues.
IwANOFF a noté le décollement de la membrane limitante interne dans un casd*irido-cyclite ; le duc Charles-Théodore de Bavière* Ta observé dans le staphylome postérieur. Pagenstecher et Genth * ont trouvé la môme altération dans un cas d'œdème rétinien provoqué par rinflammation de la partie antérieure de Tccil. Enfin E. Sargent dans le glaucome secondaire et Poncet dans les affections oculaires consécutives à Timpaludisme ont observé de même ce décollement.
Les altérations de la rétine, comme Tœdème inflammatoire, peuvent être produites d'une façon aussi simple que facile, car la transsudation de sérum se fait, au début de la maladie, dans les voies lymphatiques primitives dilatées.
Nous nous sommes servis, pour étudier les voies lymphatiques de la rétine, des yeux atteints d'une irido-cyclite, où la rétine était le siège d'un œdème inflammatoire, le processus morbide ayant mieux injecté les lympathiques que ne saurait le faire la main du préparateur le plus habile sur une pièce anatomiquo.
On ne sait que très peu de choses sur les voies lympathiques de la rétine. Voici les renseignements que nos recherches fournissent à cet égard : Les lacunes sphéroïdales contenant les cellules nerveuses sont élargies. Dans la couche granuleuse interne et principalement dans sa partie interne, il y a parfois des lacunes irrégulières, parfois des lacunes sphéroïdales. Les lacunes situées dans la couche granuleuse interne traversent cette couche dans une direction radiaire ; elles sont quelquefois variqueuses et se continuent sur quelques points à travers la couche granuleuse externe, dans la couche à grains externes.
* Le duc GaARLEs-TuÉODORE de Bavière, loc, cit., page 144.
* Pagenstecher et Genth, loc. cU.<, planche XXIII, fig. 2.
ALTÉRATIONS DU TISSU RÉTfNlEN 357
Dans la partie interne do la dernière couche on observe des lacunes sphéroïdales. Les lacunes radiaires sont dilatées sur quelques points et présentent une forme variqueuse (fig.il,/); munies de parois très nettes, elles se prolongent jusqu'à la membrane limitante externe où elles se terminent par des embouchures ouvertes. Sur la face externe de la membrane limitante externe on perçoit des petites gouttelettes de liquide (a).
Au début de Tirido-cyclite, les segments externes de la couche des cônes et bâtonnets ont une forme légèrement ondulée, tandis que leurs segments internes sont épaissis et contiennent une petite bulle sphéroïdale semblable à un noyau et ne se colorant pas par Thématoxyline. Entre les segments externes de la couche des cônes et bâtonnets, on observe un liquide homogène contenant des granulations de pigment. Les cellules de Pépithélium pigmenté sont décollées on partie de la choroïde et de la rétine par un épanchement contenant un petit nombre de cellules depus(Bg. 46, a). Dans quelques parties, les cellules de Tépithélium pigmenté présentent une pigmentation plus faible qu*à Tétat normal.
La figure 48 (pi. XI) représente la coupe transversale de la partie postérieure de la rétine, dans un cas d'irido-cyclite avec excavation du nerf optique, due au glaucome secondaire. L'œil avait été énucléé àcause d'une ophthalmie sympathique.
La membrane limitante interne est épaissie : il y a de nombreuses cellules de pus entre les extrémités internes des fibres de soutènement de Muller, qui sont épaissies.
Autour des vaisseaux et entre les fibres nerveuses on voit dos lacunes très irrégulières remplies d'exsudat * ayant, pour la plupart, une direction parallèle à la surface de la rétine.
Les fibres nerveuses ont une apparence variqueuse ^ et
* Cet œdème inflammatoire de la couche des fibres nerveuses peut être si considérable que les fibres sont séparées les unes des autres (Becker).
* Il semble que ceUe transformation des fibres nerveuses en fibres variqueuses s'effectue très rapidement. Berlin (Grœfes Archiv, t. XIV, 2, p. 3u8) a constaté ce fait dix-sept heures après la pénétration d'un corps étranger dans le corps vitré.
présentent des gonflements irréguliers dus à l'action du sérum sur le cylindre-axe. Les lacunes contenant les cellules ganglionnaires {g 38) sont considérablement dilatées.
Les cellules ganglionnaires mêmes semblent un peu gonflées, sans toutefois ofl'rir aucune autre altération ; elles sont pour la plupart accolées à la paroi interne des lacunes; nous n'avons pu y observer aucune augmentation du nombre des noyaux .
Iwanoff ne tranche pas la question de savoir si les cellules glanglionnaires prolifèrent ou non, pendant Tinflamma lion. II n'a observé que très rarement des cellules ganglionnaires à deux noyaux. Et pour lui elles « n*offrent qu*un argument sans grande valeur en faveur d'une opinion leur attribuant un rôle secondaire dans la production du pus ».
La couche moléculaire interne (ams) contient peu de leucocytes. Dans la couche à grains internes (iks) et dans la couche granuleuse externe (am^) on observe les lacunes dilatées que nous venons de décrire ci-dessus.
La partie interne de la couche granuleuse externe contient un certain nombre de fentes (A) communiquantes traversées par les fibres radiaires * de soutènement.
Les noyaux couvrant la surface interne de la couche granuleuse externe sont conservés ; en outre, des noyaux appartenant au tissu de soutènement se trouvent quelquefois près des fibres de MOller.
La partie externe de la couche des grains externes est bien conservée; elle est traversée par des fentes radiaires un peu ondulées, semblables à celles de la figure 47 ; de même la membrane limitante externe est légèrement ondulée.
Altérations de la couche ^es canes et bâtonnets. — Cette couche est considérablement gonflée ; les segments internes des cônes et bâtonnets sont notamment épaissis et élar-
1 Oq les trouve au?si indiquées dans une figure de Pagenstecher et Gbnth, hccit,, pi. XXI V, Og. 3.
ALTÉRATIONS DES CONES ET BATONNETS 359
gis ; do plus, les segments internes des cônes contiennent un globule sphéroldal semblable à un noyau.
Les bords externes des segments externes des cônes sont gonflés en forme de pilon ^ Dans les bâtonnets ces segments apparaissent coniques ou en forme de baguette.
Stoehr (Verhandlungen der raed. -physik. Gesellschaft zu Wûrzburg,t. XXI) ainsi que Tartuferi ont observé des noyaux situés dans les segments internes des cônes, noyaux qui avaient peut-être pénétré par déplacement dans cette portion de la couche à grains externes.
A la surface externe de la couche des cônes et bâtonnets, on peut constater un exsudât fibro-purulent et des restes do cellules épithéliales pigmentées décollées de la rétine ; mais }a plus grande partie de la couche pigmentée, décollée do la choroïde, est encore séparée de la rétine par une mince couche d'exsudat fibro-purulent. A Tora serrata et près de la papille optique, les segments externes des bâtonnets font défaut; il en est de mémo de la plupart des cônes.
Les segments internes des cônes sont transformés en boulettes sphéroïdales réfractant bien la lumière. Ces segments couvrent par leur base élargie la membrane limitante externe et présentent sur leur face externe un petit nombre de granulations pigmentées. Des leucocytes ont pénétré par immigration dans les parties conservées de la coucho des cônes et bâtonnets.
C'est Klebs * qui a décrit pour la première fois une altération semblable (hypertrophie) de la couche des cônes et bâtonnets dans un œil staphylomateux. Dans les segments externes des cônes, Klebs a observé une rayure transversale distincte, qui rappelle l'effet produit par certains réactifs chez quelques animaux ^,
Deutsghmann ^ a constaté, dans les segments internes des cônes et bâtonnets d'yeux atteints de glaucome hémorrhagique, la formation de bulles semblables â des noyaux.
* Comparez aussi chez Pagenstecber et Genth, loc, cH.^ pi. XXVI, fig. 6.
* Klebs, Grœfes Ârchiv, t. XI, 2.
* Max Scholtze in Slricker*s HaDdbuch der Gewebelehre, p. 990.
* Deutschmanic, Grœfes Archiv, t. XXV, 3, p. 163. 1875.
D'après Tartuferi *,c3tte ipparence de noyaux dans les segments internes des cônes serait suivie de la formation réelle de ces noyaux.
Nous n'avons pas eu l'occasion d'observer dans l'irido-cyclite le décollement partiel de la couche des cônes et bâtonnets, comme l'a décrit IwANOFF 2 et qui, d'après Pagenstecher et Genth ^, existe aussi dans la choroïdite disséminée.
Mais nous avons pu observer dans un œil atteint d'un staphylome cicatriciel un décollement très étendu de la couche des cônes et bâtonnets produit par un épanchementséro-purulent séparant cette couche de la membrane limitante externe. La rétine, dans ce cas, présentait les mômes altérations que nous avons décrites dans l'iridocyclite. Les couches externes de la rétine étaient particulièrement altérées. La couche granuleuse externe avait surtout considérablement proliféré, ce qui n'arrive que dans un certain nombre de maladies de la rétine qui sont en relation avec celles de la choroïde (SiEMiscn *, Schweigger ^,Pope^,Virchow ^), car dans les affections syphilitiques de la rétine par exemple ses couches internes sont principalement altérées : la couche à grains externes et celle des cônes et bâtonnets ne sont attaquées que très tard.
Quoi qu'il en soit> cette ressemblanco des allérations anatomo-palhologiques des couches externes de la rétine dans le glaucome, le staphylome cicatriciel et dans rirido-cyclile est très remarquable, parce qu'elle montre que toutes ces maladies sont en relation avec des altérations inflammatoires de la choroïde.
Iwanoffs décrit dans l'irido-cyclite, en dehors de l'hypertrophie, une atrophie de la couche des cônes et bâtonnets, Berlin ^ a observé cette atrophie après la pénétration de corps étrangers dans le corps vitré et en tire à tort cette conclusion que : « l'inflammation suppurative du corps vitré
* Tartdpkri, Centralbl. f. med. Wissensch, 1882, n» 45.
* IwAMOFP, Grœfes Archiv, t. II, I, p. 142.
3 Pagbnstecheii ot Genth, loc. cit.^ pi. XV, fig. 8.
* S.EMiscH, Beitrôge zur normalen und patliologischon Analomie dos Auges,
* ScuwEiGSKR, Grœfes Arcliiv, t. Vf, p. 324.
* PopB, Wttrtzburger medic. Zeitsclirift. t. IIF.
7 ViiicHow, Kankhafle Geschwiilsle t. H, 13. Vorlesung.
« IwANOKP, /oc. ci/., p. 142.
» Berlin, Grtefes Archiv, t. XfV, 2, p. 313.
A LTi:n AXIONS TARDIVES DU TISSU RKTKXIEN 361
nuit plus à la nutrition des éléments importants de la rétine que l'inflammation aiguë de la choroïde. »
Nous n'avons jamais observé d'atrophie de la couche des cônes et bâtonnets, mais dans des yeux où cette dernière couche était déjà détruite, comme par exemple dans le cas représenté par la figure 49 (pi. XII), nous avons constaté, sur une certaine étendue, des restes de cônes et de bâtonnets irrégulièrement ratatinés.
Dans des rétines décollées des périodes avancées de l'iridocyclite, nous avons constaté sur la membrane limitante externe plissée la présence de formations verruqueusessphéroïdales ou ovalaires, réfractant bien la lumière et couvertes de granulations pigmentaires.
Ces formations ressemblent aux segments internes épaissis des cônes, et il est très vraisemblable qu'elles sont identiques à ces globules sphéroTdaux résistant bien aux réactions que Treitel* a observées dans un cas do décollement rétinien complique de dégénérescence kystoïde de cette membrane.
Altérationa tardives dans le tissu delà rétine, — Dans les périodes avancées de l'irido-cyclite, diverses altérations peuvent se produire dans la rétine :
1" Ou bien les deux couches à grains sont le siège d'une prolifération abondante, qui fait disparaître d'abord la couche granuleuse externe et ratatine ensuite la couche granuleuse interne qui finit par être détruite à son tour (la couche des fibres nerveuses peut être longtemps conservée ou remplacée par une masse fibreuse, en même temps que le tissu do soutènement delà rétine subit une prolifération très prononcée);
2** Ou bien il se produit seulement une hypertrophie des fibres de soutènement, tandis que les parties nerveuses de la rétine, ainsi que les grains, disparaissent totalement. Dans ce cas, il se produit d'abord dans les grains une opacité du protoplasma se manifestant par des granulations très minces bientôt suivie de dégénérescence graisseuse.
* Treitel, Gni'fes Archiv, t. XXVI, 3, 1880.
D'après Iwanoff, les grains seraient aussi le siège d'une dégénérescence colloïde. Enfin il ne reste plus de la rétine que les fibres de soutènement et les parois vasculaires épaissies.
Prolifération des couches àgrains.Conservationdes fibres nerveuses, — Les figures 49 (pi. XII) et 50 (pi. XI) représentent ces deux sortes d'altérations de la rétine.
La figure 50 nous montre une coupe transversale de la partie postérieure de la rétine d'un onl atrophié. La membrane limitante interne (/e) est épaissie et rayée dans le sens équatorial. Les extrémités internes des fibres de MOller sont considérablement élargies, ne laissant entre elles quedes espaces étroits remplis de leucocytes et d'un tissu conjonctif lâche, qui n'est vraisemblablement qu'un exsudât organisé de la surface externe de la membrane limitante interne.
Quelques-unes des fibres do soutènement apparaissent distinctement striées dans le sens transversal (surtout dans la partie droite de la figure). — Les fibres nerveuses sont épaissies en forme de chapelet et séparées les unes des autres par un liquide albumineux.
Les cellules ganglionnaires ont conservé leur forme et sont situées dans des lacunes sphéroïdales dilatées. Leur protoplasma est homogène et constitue une masse colloïde; les noyaux manquent (signe de nécrose), mais les cellules sont facilement reconnaissables par leurs prolongements.
La couche granuleuse interne, d'un diamètre transversal très faible (eW),est représentée par un réseau très mince à mailles extrêmement fines. La couche granuleuse externe manque. Le tissu de soutènement est épaissi.
Les grains paraissent fortement pressés les uns contre les autres, excepté dans les fentes radiaires longitudinales et dans les parties externes et internes des couches granuleuses ; ils manquent dans les parties internes de l'ancienne couche à grains externes.