ALTÉRATIONS DES NERFS CILIAIRES
vaisseaux sanguios néo-formés (Poncetde Cluny *), de même que des hémorrhagios autour des vaisseaux et dans les gaines nerveuses (Goldzieher 2). Comme conséquence de l'inflammation, on constate généralement une augmentation du nombre des noyaux dans lesgaînesnerveu8es(I\VANOFF,BoLUNGPoPE3).
Les altérations inflammatoires peuvent se manifester aussi en dedans des faisceaux nerveux et Ton voit alors des cellules depus entre les fibres nerveuses qui, au début de Tirido-cyclite, ne présentaient aucune altération pathologique ^. Plus tard, ces libres sont séparées les unes des autres par un liquide interstitiel; elles perdent leurs gaines myéliniques^ et les cylindres-axes présentent ensuite des épaississements fusiformes (ScHiESS, Uhthoff ^) produits vraisemblablement par l'action du transsudat inflammatoire sur la fibre nerveuse. Ces altérations se développent dans les diverses parties des nerfs ciliaires à des périodes très diff'érentes. Nous avons pu constater ainsi dans le même œil les phases les plus diverses du développement de ces altérations dans les nerfs ciliaires.
Uhthoff a observé entre les fibres nerveuses épaissies des masses irrégulières composées de granulations très unes. Quelquefois on note aussi la calcification des gaines des nerfs ciliaires (Schiess-Gemuseus^) situés dans l'espace supra-choroïdien en même temps que Ton voit des dépots de sels de chaux dans les couennes remplissant cet espace.
Quelques auteurs n'oni pu constater des altérations dans les nerfs ciliaires des yeux énucléés pour cause d'ophthalmie sympathique (Brailey^, Alt*, Steinheim *^, etc.), etDEUxscHMANN**, dans ses
« PoNCBT, Annales d'ocul., 1881. t. LXXXVI, p. 67.
* GoLDziBHBR, Pester Mediz. Zeit, 1882.
' BoLLiNG-PoPB, Ophthalmogical Hospital Reports, 1864. ^ Rrause, Archiv fur Augenheilkunde, t. X, 1881.
^ Comparez aussi les observations de Wedl, Schweigger, Iwanopp et H. MûLLER, Grœfes, Archiv, t. IV, p. 367.
• Uhthopp GraBfes. Archiv, t. XIX, 3, 1883.
' Schiess-Gemoseus, Grœfes Archiv, t. XIV.
* Brailbt, Ophthalmological Society of the United Ringdom, 8 juny, 1885.
• Alt, Archiv, fur Augen und Ohrenheilkunde, t. VI, p. 84, p. 251, t. VII,
" Steinhbim, Archiv fur Augenheilkunde, t. X, 1, p. 43, 1879. " Dbdtschmann, Grœfes Archiv, t. XIX, 3.
recherches expérimentales sur Tophthalinîe sympathique, a trouvé les nerfs ciliaires à Tétat normal. D'autre part on a relevé des altérations inflammatoires des nerfs ciliaires dans des cas où il n'y avait pas eu d'ophthalmie sympathique, comme par exemple dans Tiritis syphilitique (Fucus *). — Gohn et Goldzieher ont décrit des cas oùles altérations inflammatoires étaient limitées à la partie postérieure de lœilyCes altérations étant causées par la compression des nerfs ciliaires par des produits inflammatoires, le corps ciliaire restant intact.
Elles ont été expliquées par ce fait que les nerfs ciliaires seraient les seuls intermédiaires de Tophthalmie sympathique.
Nous avons eu roccasion d'examiner les nerfs ciliaires de seize yeuxdontdeux étaient atrophiés à la suite d'une panophthalmie et avaient été enlevés à la nécropsie, tandis que les quatorze autres avaient été énuclëés à la suite d'une ophthalmîe sympathique. Sur ces 14 derniers cas, 9 seulement présentaient des altérations inflammatoires des nerfs ciliaires sur tout leur parcours dans l'espace supra-choroïdîen ; et dans les cinq autres cas, ces altérations manquaient.
Les altérations inflammatoires peuvent se propager aussi en arrière, le long des voies lymphatiques périvasculaires et périneurales de la sclérotique, et nous-même avons pu les suivre dans les canaux étroits situés à la partie la plus antérieure de la sclérotique que traversent les nerfs ciliaires. On y voyait des amas de cellules de pus entourant les vaisseaux qui accompagnent les nerfs ciliaires dans la cornée; lesGbres nerveuses étaient épaissies par place et variqueuses, et les cellules de pus envahissaient même les Obres nerveuses disposées en faisceaux à la périphérie de la cornée.
Les nerfs situés dans les canaux scléraux de la partie postérieure de la sclérotique ont des gaines entourées de larges voies lymphatiques et par conséquent l'inflammation de ces gaines ne doit pas entraîner la compression des nerfs : cette compression ne se produira donc qu'en dedans des canaux scléraux étroits de la partie antérieure de la sclérotique.
« Fdchs, Archiv fftr Augenheilkunde, t. XI, 3, p. 323.
OPIITHALMIE SYMPATHIQUE 395
Nous n'avons trouvé dans toute la littérature médicale qu'une seule description d'une infiltration inflammatoire à l'origine d'un canal de ce genre (Ayres *) et jusqu'à ce jour on n'a pas encore constaté d'altérations inflammatoires des nerfsmêmc situés en dedans delà cornée.
Dans les deux yeux atrophiés après une panophthalmie et énucléés à l'autopsie, nous n'avons constaté aucune altération ni dans les nerfs ciliaires ni même dans l'œil. — Dans quelques parties où nous avons pu séparer à l'aiguille les nerfs ciliaires situés en dedans de l'espace supra-choroïdien, la gaine myélinique manquait et les cylindres-axes étaient variqueux.
REMARQUES SUR l'oPHTHALMIE SYMPATHIQUE
Nous n'avons nullement l'intention de nous appuyer sur les faits que nous venons d'exposer et d'en tirer des conclusions sur la manière d'être de l'ophthalmie sympathique, ou sur son mode de propagation, mais nous croyons de quelque intérêt pour le lecteur d'exposer ici les points sur lesquels le résultat de nos recherches personnelles s'accordent avec les théories les plus connues sur l'ophthalmie sympathique.
Les expériences de Deutschmann * ont pleinement prouvé que l'opinion émise par Mackenzie et soutenue plus tard par Knies, à savoir : que l'ophthalmie sympathique se propageait de l'œil malade à l'œil sain par l'espace intervaginal du nerf optique, et ensuite par l'intermédiaire du chiasma, était juste. L'examen anatomo-pathologique des yeux atteints d'ophthalmie sympathique a fait constater une inflammation de nature microbienne dans les diverses parties de l'œil, ainsi que dans les gaînes optiques, de même que la présence de staphylococcus dans l'humeur aqueuse. 11 est, par conséquent, hors doute que l'ophthalmie sympathique puisse se propager par l'intermédiaire des nerfs optiques et qu'elle soit causée
* Atres, Archiv fur Augenheilkunde, t XI, 3. p. 333.
* Deutschmaxm, Grœfes Ardiiv, t. XXÏX, 3 et 4.
par des micro-organismes. Dans sa dernière communication sur ce sujet, Deutschmann considère les micro-organismes comme la seule cause de propagation deToplithalmie sympathique.
La plupart des auteurs admettent, en effet, à l'heure actuelle, qu'il faut séparer VopJUhalmie sympathique (ophthalmie migratoire), due à la propagation d'un processus microbien d'un œil à l'autre par l'intermédiaire du chiasma, de la névrose sympathique^ qui ne se manifeste que par des symptômes nerveux, des douleurs transmises d'un œil à l'autre par la voie des nerfs ciliaires atteints de l'inflammation.
D'après Sattler *, les microbes de l'ophthalmie sympathique ne peuvent pas être les mêmes que ceux qui produisent la suppuration en général; ce sont des microbes ayant une certaine ressemblance avec le staphylococcus pyogènes albus; mais cette assertion est fort contestée à la suite des travaux récents sur ce sujet.
Dans 16 yeux énucléés pour cause d'ophthalmie sympathique, nous avons trouvé 14 fois des altérations inflammatoires dans les gaines du nerf optique ; dans un cas (sarcome dans un œil atrophié, page 314), les gaines se trouvaient attaquées aussi par la néoplasie. Dans huit cas, la partie postérieure de la choroïde était infiltrée des cellules de pus ; dans deux cas, cette partie était le siège d'hémorrhagies très étendues, et enQn dans un cas la partie postérieure de la choroïde était remplacée par une tumeur. — Le fait que les altérations inflammatoires manquaient dans les gaînes du nerf optique, dans deux de nos cas, ne peut être invoqué contre la théorie de Magkenzie, parce que les données n'étaient pas suffisantes pour décider s'il s'agissait d'une inflammation sympathique ou seulement d'une névrose sympathique.
Alt n'a pu constater l'inflammation du nerf optique que dans 79 p. 100 de ses cas.
Quant à la nature microbienne de l'ophthalmie sympathi-
1 Sattler, Ophthalm. Congress in Heidelberg, 1888.