CELLULES CYLINDRIQUES. LAME VITRÉE
comme absolument identiques aux fibres radiées de soulèncment.
Pour essayer d'établir la nature des cellules cylindriques, j'ai cherché comment elles se comportent en présence des liquides digestifs artificiels, suivant la méthode mise en pratique pour la première fois par Kuhne et Ewald.
J'ai soumis des coupes très fines du corps ciliaire à l'action d'une solution de pepsine et d'acide chlorliydrique (12 p. 100). Au bout d'un temps très court, les cellules cylindriques étaient gonflées, les noyaux devenaient indistincts; puis les cellules disparaissant il ne restait plus que les fibres radiées. Quand l'action du liquide digestif est complète, les cellules cylindriques et les cellules pigmentaires disparaissent complètement ; il ne reste alors que la lame vitrée du corps ciliaire en rapport avec un tissu très raréflé; de cette lame élastique sortent les fibres radiées inaltérées.
Les cellules cylindriques et la lame vitrée de la pars ciliarisretinae sont donc dissoutes par l'action du liquide digestif, et la membrane limitante interne de la rétine se comporte de la même façon.
De mes recherches, il résulte que les cellules cylindriques au point de vue chimique sont complètement différentes des fibres radiées, et n'ont aucune analogie avec le tissu de soutènement.
Quant à la lame vitrée qui recouvre la face interne des cellules cylindriques, Brùgke la considère comme continuant probablement la membrane limitante interne de la rétine ; Henlb et Merkel se sont ralliés à l'opinion de BrCgke. Sghwalbe, sur des coupes micrographiques, a pu, à l'aide d'une aiguille, séparer la lame vitrée et la membrane limitante interne de la rétine, et constater la transition de l'une dans l'autre. En procédant d'une façon analogue, j'ai pu constater le même fait chez l'homme et surtout chez certains animaux, oii la transformation des couches rétiniennes en celles de la pars ciliaris retinae au niveau de Tora scrrata ne se fait pas brus-
iZi ANATOMIE MIGROGRAPHIQUB DE L'OËIL
quement, mais sur une certaine étendue et propressîvemeni La lame vitrée se continue en avant sur la face postérieure de Tiris.
CHOROÏDE
La trame de Ja choroïde est formée par un tissu conjonctif disposé en lamelles, contenant des cellules pigmentaires et de nombreux vaisseaux ; cette trame est limitée sur sa face externe par la membrane supra- choroïdienne, et sur sa face interne par une lamelle anhiste (lamelle vitrée).
Par l'action de certains réactifs, on peut séparer de la choroïde la lame vitrée (mcmbrana basilaris choroïdere), qui, dans les parties où elle est réparée et déchirée, a une tendance à se recroqueviller en dedans.
La surface interne do ja lame vitrée présente quelquefois des saillies disposées en réseau, et qui correspondent aux interstices des cellules de Tépithélium pigmentaire de la rétine. Dans quelques yeux, la lame vitrée est très nettement composée de deux lamelles disposées parallèlement et soudées Tune à l'autre par un ciment; ces 2 lamelles sont incontestablement des productions cuticulaires. Sur les yeux de vieillards, ou sur des yeux malades, la surface interne de la lame vitrée présente des saillies mamelonnées, dues à la transformation hyaline des cellules pigmentaires.
Examinons maintenant les divers éléments qui entrent dans la constitution do la trame de la choroïde.
Les cellules piffmentaires de la choroïde ont, d'après Ricke, des formes très variables : nous citerons comme formes extrêmes des cellules arrondies etdes cellules à prolongements ramifiés entre lesquelles se placent toutes les formes intermédiaires. Cette variation^ pour ainsi dire à l'infini, semble indiquer que le protaplasma de ces éléments est très contractile.
« RiEiE, Arch. f. Ophlhalmologie, 1891, t. XXXVII. fasc. 1.
VAISSEAUX DB LA CHORoTdE 133
Les cellules pigmeotairos sont on général groupées autour des vaisseaux, dont elles tapissent extérieuremenlles parois.
Pig. 16.
Vaisseaux sanguins du globa oculaire. — Schéma d'après Leher. — Coupa horizontale. — Artères en blanc, veines ea noir ; — a, a, artâres ciiiaîres poatériaures courles j — b s. ciiiaire postérieure longue ; — c, c', a et », ciliatrea anlërieures ; — ds,j,act v, conjonclivale postérieure ; — e, e', net T, coDlrale de la rétine; — f. vaisseaur de la gaine piale du nerf optique ; — g. vaisseaux de la gaine durule ; — h, vasa vorlicosa ; — iv, cilisire posliirieure courte ; — kk, branches des aa. ciliaJres post. courtes passant
4^U ANATOMrE MIGROGRAPHIQUE DE L'OEIL
dans le nerf optique ; — I^ anastomose des vaisseaux chorioldiens avec ceux du nerf optique ; — m, chorio-capillaire ; — nn, a et v. épisclérales ; — o, artère récurrente de la choroïde ; — p, coupe transversale du grand cercle artériel de l'iris ; — g, vaisseaux iriens ; — r, vaisseaux d'un procès ciliaire ; — s, veine versant le sang de l'iris et du corps ciliaire dans une branche des vasa vorticosa; — t, v. ciliaire antérieure; — u, plexus veineux composant le canal de Schlemm ; — v, vaisseau de la circonférence de la cornée ; — w, a. etv. conjonclivale antérieure.
Chez le fœtus humain, le développement du pigment commence vers le 7® mois. Les granulations apparaissent d'abord dans le protaplasma des cellules étoilées, en divers points de la choroïde; plus tard, la matière pigmentaire s'avance à la surface du protaplasma, de telle sorte que chaque cellule semble bordée par les granulations. Quant aux granulations qui apparaissent en dehors des cellules, leur origine n'est pas encore déterminée ; peut-être s'agit-il de pigments développés dans des prolongements protaplasmiques, qui se sont séparés de leur masse cellulaire? E. Hirschfeld * a examiné au point de vue chimique le pigment de la choroïde du porc. Le pigment, chimiquement pur, se présente comme une poudre brillante, noire, ressemblant au charbon pulvérisé ; elle contient de l'azote, mais ni soufre, ni fer. Étant donné son aspect, et la manière dont elle se comporte en présence de quelques réactifs chimiques, elle semble présenter de l'analogie avec la substance désignée par Hoppe-Seyler sous le nom d'humine; mais elle s'en distingue parce qu'elle ne renferme ni catéchine, ni acide pyrocatechique, que l'on constate dans l'humine par l'action de la potasse.
Les vaisseaux de la choroïde présentent cette particularité, que les grosses branches occupent la couche externe, les vaisseaux de calibre moyen la couche moyenne, et enfin les capillaires constituent une sorte de réseau interne, désigné sous le nom de membrane de Ruysgh ou couche chorïo-capillaire.
Les artères de la choroïde naissent des ciliaires postérieures courtes, qui, au nombre de 23, traversent la partie postérieure
« HiRSGHPELD, Zeitschr. f. physiol. chemie 1889^ t. XHI p. 487.
MEMBRANE GHORIO-GAPfLLAIRE 435
do la sclérotique ; la plupart de ces vaisseaux pénètrent dans la sclérotique sur les parties latérales, un petit nombre traverse cette enveloppe au voisinage immédiat du nerf optique. Ces artères s'accolent d'abord à la face externe delà choroïde, se divisent en plusieurs branches et pénètrent à l'intérieur de cette membrane pour s'y distribuer comme nous l'avons indiqué plus haut; ces branches s'anastomosent dans la portion antérieure de la rétine avec les branches récurrentes des artères ciliaires antérieures. Au niveau du trou optique delà choroïde, les artérioles provenant des ciliaires courtes qui ont pénétré au voisinage du nerf optique s'anastomosent avec des branches de l'artère centrale de la rétine.
Les parois des artères choroïdiennes, abstraction faite d'une couche de fibres circulaires lisses, sont constituées par deux faisceaux de fibres lisses longitudinales, l'un antérieur et l'autre postérieur; do ces faisceaux partent des fibres qui forment entre elles un réseau musculaire.
Les artérioles pénètrent dans la couche moyenne de la choroïde, se ramifient on branches plus petites, qui sont séparées de la couche que nous avions désignée sous le nom de chorïo-capillaire par un réseau do fibres élastiques, réseau perforé par les très petites artérioles et veinules qui se rendent à la chorïo-capillaire ; cette couche vasculaire est séparée de la lame des fibres élastiques par une membrane endothéliale, qui se continue avec les gaines endothéliales entourant les veines choroïdiennes.
La chorïo'capillaire est composée d'un réseau extrêmemont mince de capillaires, qui se termine en arrière au pourtour du nerf optique; à ce niveau se termine également la lame vitrée par un bord légèrement recroquevillé ou enroulé en dedans. Malgré ce que nous venons de dire, il existerait d'après Leber des anastomoses entre les vaisseaux de la chorïo-capillaire et ceux du nerf optique.
136 ANATOMIK MICROGFAPUIQUE DE L'OEIL
Fig. i7.
Coupe à travers une looe chorioldîenne siluée à un demicoDliiuélre de la Tovea centralis (d'après NuËl). — R, rélinc;
— acl, sclérotique, — G, vaisseaux capillaires; — a, artiires;
— V, veines ( — BBch, espace supra-chorioidien ; — 1, surface interne de la choroïde ;
— î, couche pigmentaire ; — 3, chorio-capillairei— 4, vaisseaux de calibre itioyen ; — 5, fente inlersUtiolle (espace intervasculaire; ; — 6, couche des gros vaisseaux i — 7, fente iDteratitielle.
j La chorto- capillaire
nourrit les couches de la rétine, dépourvues complètement do vaisc seaux sanguins; etmêmc
clioz quelques animaux, oij la rétine entière, sauf quelques parties très restreintes, manque complètement de vaisseaux (Hyrtl, Anangisclie Netzhiiute), la chorïo-capillaîre nourrit la presque totalité de cette membrane.
Le rôle prépondérant des capillaires choroïdiens dans la nutrition de la rétine est encore démontré par ce fait, que le pourpre rétinien se régénère par la surface de la choroïde, et non par les couches internes do la rétine, qui seules contiennent des vaisseaux.
Wagelniunn a également prouvé par des expériences personnelles que les vaisseaux choroïdiens jouent dans la nutrition de la rétine un rôle intiniment plus important que les vaisseaux rétiniens eux-mêmes.
Les mailles du réseau chorïo-capillaire ont, au voisinage du nerf optique, une forme arrondie, elles sont allongées longitudioalcment dans les autres parties do la choroïde.
CHOBIO-CAPILLAIRE
ng. i8.
Coup« i Irarers 1& choroïde dans lo région do lu macula lutea (d'aprùs Nué\). — F. c-iTovea centrali».
NuEL admet que les capillaires en question ont une structure analogue à celles des veinules. Les interstices qui existent entre les vaisseaux semblent remplis par une substance granuleuse, que Sattler regarde comme un ciment homogène visqueux, fortement imbibé de liquide, surtout au contact immédiat des parois vasculaires.
Dans les yeux myopes ou atteints de processus pathologiques graves, lachorïo-capillairc présente des leucocytes qui sont en quantité très faible ou font même complètement défaut dans les yeux normaux.
Le resserrement des mailles du réseau capillaire augmente considérablement, d'après Nuel*, au voisinage de la macula lutea, et atteint son maximum autour de la fovea centralis. Précisément c'est au niveau de la fovea que les capillaires choroïdiens sont le plus développés; les vaisseaux rétiniens y font complètement défaut et c'est en ce point que, par suite de l'activité des processus photo-chimiques, les échanges nutritifs doivent être les plus intenses.
De la chorïo-capillaire le sang se déverse dans les veines chroïdiennes,dontla paroi est très mince ; cette paroi est entourée d'un endothélium, tapissant la face interne de la gaine péri-veineuse, dont la structure est tout à fait semblable à celle delà gaine péri-neurale; la gaine des petits vaisseaux est infiniment plus développée que celles des grands .
Les veinules se réunissent pour former, à la surface externe de la choroïde, des vaisseaux dont les branches principales ou vasavortisosa de Stenon traversent la sclérotique, entraînant en même temps, comme nous l'avons vu, le sang veineux du corps ciliaire et de l'iris. Les veinules qui se trouvent dans le plan méridien d'une veine vortiqueuse demeurent dans ce plan pendant un certain temps, mais cependant elles s'en éloignent petit à petit, en formant
« NuBL, Archives d'Ophthalmologie, 1892, t. XII, fasc. 2.
COUCHE EXTERNK DE LA CHOROÏDE 139
des courbes, qui donnent à ce système veineux l'aspect d'un tourbillon (voptex).
cA.
rifl. 19.
Coupe à trarers la. choroïde dans le vaisina&a immèdial du nerf opUqufl (dftpréa nu£]).
Ajoutons que les vasa vorlicosa sont réunis entre eux par des branches anastomotiques.
Coucheexterne. — La couche externe de la choroïde est représentée par la membrane supra-choroidienne ou lamina fusca; elle est composée de lamelles très minces, unies les unes aux autres à angles aigus, et séparées par de petits espaces remplis de liquide lymphatique. Les lacunes lymphatiques communi- '^ quent les unes avec les autres, et leur ensemble
forme* un'" réseau lacunaire désigné sous le nom d'espace supra-choroïdien3(ScHWALBE). Le nilrale d'argent permet de constater que la surface de chaque lamelle est tapissée par un épithélium, dont les noyaux apparaissent même sans l'action de ce réactif. Les lamelles contiennent des fibres élastiques agglutinées par un ciment et des cellules pigmentaires étoilées à un ou plusieurs noyaux ovalaires. Les fibres élastiques forment à la surface des cellules des empreintes qui se manifestent par une ligne ou plutôt une zone cellulaire ofl le pigment fait défaut, ou bien est moins abondant.
Au pourtour du nerf optique, les lamelles sonlpluB mioceB, et s'entrecroisent avec le tissu conjonctif, qui forme l'uDion de la nhoroïde et do la sclérotique.
Nous avons déjà exposé que les nerfs ciliaires (branches longues 8 à 11; branches courtes 2 à 3) pénètrent dans la sclérotique autour du nerf optique. Dans l'espace suprachoroïdien, ces nerfs forment un plexus composé de fibres à myéline et sans myéline, entremêlées de cellules nerveuses; de ce plexus quelques filets amyéliniques se détachent, se rendant aux vaisseaux choroïdicns.
Embryogénie. — Le nerf optique, comme nous l'avons exposé déjà, n'est qu'un allongement des fibres coinmissurales
Fig. 20.
Coups Iraoïversale du nerf opMqiic dans son entrée dans le elobe. — 1, teXérolique ; — 3, choroïde : — 3, réitne (coticlic citprne) ; — ï, couche des fibres optiques ; — 5. galue duraledu ncrr npliqiie ; — 6. gaine arnchnoldale; — 7, gaine piale ; — 9. faisceau laniïncui contenant les vaisseaux ceulraui de la rétine : — 10. excavation cenlralc Iphysiologique) de la papille optique ; — 11, lame cribliie delà aclÉrotiquc.
EMBRYOGÉNIE DU liERF OPTIQUE Ui
du cerveau. D'après KciBELt, les fibres optiques se développent aux dépens du pédoncule de la vésicule oculaire secondaire» pédoncule qui communique avec la rétine embryonnaire.
Pendant la phase suivante du développement, les vaisseaux rétiniens vont se loger dans Taxe du nerf optique en pénétrant par la face inférieure du pédoncule. Voici d'ailleurs comment les choses se passent: le nerf optique se creuse, à sa face inférieure, d'un sillon dans lequel se logent les vaisseaux sanguins ; ce sillon s'accentue de plus en plus, et devient une gouttière dont les deux bords s'accollent, se soudent; la gouttière est alors transformée en un canal qui contient les vaisseaux. Dans quelques cas, cependant, le sillon ne se ferme pas, et sur une coupe transversale, le nerf optique se présente sous la forme d'un fer à cheval. Au point de vue histologique, le nerf optique renferme deux sortes d'éléments différents : — 1° des fibres nerveuses qui proviennent du pédoncule de la vésicule fœtale oculaire secondaire; — 2"* un tissu de soutènement, formé d'un côté par les cellules constituant la paroi de ce pédoncule, et, d'un autre côté, par des cellules mésodermiques pénétrant à l'intérieur du nerf optique de même que les vaisiseaux (artère et veine centrales de la rétine) qu'ils accompagnent.
D'après Falchi, le diamètre du nerf optique s'accroît, par suite de la multiplication des cellules situées entre les fibres nerveuses, cellules qui présentent les phénomènes de karyokinèse, et aussi par le fait do l'augmentation du volume des fibres nerveuses elles-mêmes. Le développement des fibres nerveuses précède constamment celui des cellules dans les centres nerveux ou dans la rétine.
Nous avons exposé, dans un chapitre antérieur, que le nerf optique est entouré de trois gaines, dépendances de la duremère, de l'arachnoïde et de la pie-mère.
La gaine arachnoïdale divise en 2 parties l'espace cylin-
iKeibel, Deutsche Mediziuische Wochenscbrifl, 1889, q*6.
drique compris entre les deux autres gaines; une partie externe, qui sur une coupe transversale se présente sous forme d'une fente circulaire très mince, et une partie interne plus large; Texamen anatomique a pejmis de constater que cet espace limité par les gaines du nerf optique (Pfister) en dedans du canal optique se continue avec la cavité des méninges située sous la dure-mère. Il est possible que des faisceaux de fibres conjonctives établissent des adhérences entre les deux gaines externe et interne du nerf optique, mais la communication avec la cavité subdurale a toujours lieu, d'après Pfister *, largement et sans rétrécissement produit par des adhérences.
Nous verrons ultérieurement comment les méninges se prolongent sur le nerf optique pour former les trois gaines que nous venons de signaler.
Les fibres optiques ne sont pas identiques aux fibres ner veuses des nerfs périphériques ; elles s'en distinguent efiectivement par quelques particularités. Les fibres optiques sont dépourvues de gaine de Sghw^ann, et ne présentent pas les étranglements segmentaires que Ranvier a décrits dans les nerfs périphériques. L'épaisseur moyenne est de 2 [j.; néanmoins on trouve quelques fibres volumineuses dont le diamètre varie de 5 à 10 [a. Cette différence dans l'épaisseur des fibres optiques est très accentuée chez quelques animaux, et, d'après les recherches de Gudden, il semble que ces deux catégories de fibres ont une fonction physiologique bien distinetc. Les fibres fines servent, d'après cet auteur, à la vision des objets, tandis que les fibres épaisses joueraient le principal rôle dans le réflexe pupillaire. Le nombre des fibres optiques pour chaque nerf est d'après Krause de 400.000, et de 500.000, suivant Salzer. Il est probable que ce nombre augmente avec la croissance de l'individu, en même temps que celui des bâtonnets et des cônes; en effet, pour ces derniers, leur diamètre reste le même chez l'adulte et le nou-
i Pfistbr, Arch. f. OphUialmologie 1890^. XXX VI, fasc. 1.
ENTRECROISEMENT INTRA-PAPILLAIRE 143
veau-né, tandis que la surface de la rétine devient de plus en plus grande.
Les fibres optiques réunies en faisceaux sont probablement agglutinées par un ciment; à la surface des faisceaux existent des cellules aplaties, formant la paroi d'une gaine lymphatique, et séparant les fibres optiques des cloisons interstitielles.
Immédiatement en arrière de la lame criblée, les fibres optiques se dépouillent de leur gaine de myéline; par ce fait le diamètre du nerf qui était de 3 mm. se réduit 1 mm. 5. A partir de la papille, le passage des fibres optiques dans la couche interne de la rétine se fait de telle façon que les fibres axiales du nerf deviennent les fibres superficielles de la rétine; les fibres périphériques du nerf constituent les assises profondes de cette couche ; et naturellement les fibres moyennes du nerf optique vont se disposer dans les parties intermédiaires de la couche interne de la rétine. En d'autres termes, les fibres se réfléchissent pour former la couche interne de la membrane rétinienne, en conservant la position relative qu'elles occupent dans le nerf les unes par rapport aux autres. Cependant ce schéma doit subir quelques modifications que nous exposerons à la fin du chapitre.
Chez l'homme, d'après Onanoff *, il y aurait au niveau de la papille un entrecroisement de quelques fibres ; j'ai pu moimême me rendre compte de cette particularité sur une coupe horizontale; mais sur une coupe verticale, il ne m'a pas été possible de constater bien nettement cet entrecroisement» L'entrecroisement, au contraire, est très marqué chez les oiseaux^ et un grand nombre des fibres nerveuses y participent. Il semble quel'entrecroisementserve de prélude à l'arrangement des fibres, car chaque bandelette contient les fibresqui doivent se terminer dans la moitié correspondante de la rétine ; le nerf optique n'est pas exactement divisé on deux moitiés, et la séparation des fibres ne se ferait qu*au niveau de la papille.
* Onanoff^ Soc. de biologie» 1891^ 11 avril.
Cette manière do voir permet d'interpréter rentrecroisemont sur lequel nous venons d'insister.
De la face interne, do la gatne interne, dépendance do la pie-mère, se détachent un grand nombre de prolongements fibreux très minces^ qui pénètrent dans le nerf optique; ces prolongements forment un réseau en rapport avec la gaine conjonctive qui entoure l'artère et la veine centrales de la rétine; le réseau conjonctif sépare les fibres optiques en 800 faisceaux environ. Les mailles du réseau sont plus grandes en arrière de l'entrée des vaisseaux dans le nerf optique, plus serrées en dedans de la lame criblée; ces mailles sont également plus serrées dans la moitié nasale ou interne du nerf que dans la moitié temporale ou externe.
L'épaisseur des prolongements formant ainsi cloisons a son maximum dans la partie antérieure du nerf optique en arrière du globe oculaire à 3 ou 4 mm. (Fuchs*). Dans cette portion du nerf optique, entre les cloisons radiées, on observe des cloisons concentriques, distantes de la gaîne interne de mm. 03 à mm. 06 seulement, par conséquent très rapprochées de la surface. Dans l'espace cylindrique, compris entre la gaîne interne et ces cloisons concentriques, existent des fibres nerveuses qui d'après Fuchs présentent des phénomènes d'atrophie grise non inflammatoire; on constate les mêmes phénomènes, bien qu'à un degré moindre, sur les fibres nerveuses les plus rapprochées de la gaîne centrale péri-vasculaire.
Il est probable que cette atrophie est due à la compression des fibres optiques parles cloisons conjonctives. Fuchs admet que l'atrophie doit être rapportée à l'hypérémîe transitoire des vaisseaux que l'on rencontre dans les cloisons, de telle sorte que la compression serait produite en réalité par les vaisseaux et les lymphatiques.
En avant de la lame criblée, les cloisons du nerf optique présentent un aspect particulier; elles sont très nombreuses,
< FocHs, Archiv. f. Ophlhalmologie 1885, t. XXXI, fasc. 1.
PORTION CflOROIDALE DE LA LAME CRIBLÉE Ub
forment un réseau extrêmement serré, et sont dirigées transversalement. A ce niveau, ces cloisons ne sont autre chose, en effet, que des fibres méridiennes de la sclérotique, qui traversent le nerf optique, pour aller rejoindre la gaine périvasculaire centrale. Chaque cloison présente un petit vaisseau sanguin, provenant des artères ciliaires courtes postérieures, et s'anastomosant avec des branches de l'artère centrale de la rétine.
Les anciens auteurs admettaient, en grande majorité, que la choroïde se terminait au pourtour du nerf optique en traversant les membranes enveloppes de l'œil; mais des recherches personnelles S basées sur Tanatomie comparée, m'ont prouvé que la choroïde contribue à former les couches antérieures de la lame criblée, couches très peu dévelopées chez l'homme. Chez certains animaux (bœuf, lapin), les couches de la lame criblée dépendant de la choroïde sont très développées, et même chez quelques poissons la portion choroïdale de cette lame est plus importante que la portion sclérale.
Chez l'homme les coupes frontales de la lame criblée faites au niveau de la choroïde permettent de reconnaître les clou sons choroïdales en question ; de plus, au pourtour du nerf optique, existent des fibres conjonctives circulaires, entremêlées de cellules pigmentaires. Une partie des fibres conjonctives de la partie postérieure de la choroïde se continue par des fibres circulaires, une autre partie se dispose en faisceaux qui pénètrent à l'intérieur du nerf optique, et contiennent une petite artériole; chez l'adulte, chacun de ces faisceaux renferme jusqu'à une certaine profondeur des cellules étoilées pigmentaires, tandis que ces éléments font défaut chez le nouveau -né; on sait d'ailleurs que chez le nouveau-né la matière pigmentaire manque également dans le mamelon et le locus-cœruleus.
En général les cellules pigmentaires périphériques que nous
* Berger, Archiv. f. Augenheilkundef 1892, t. XI.
venons do signaler, et qui suffisent à caractériser la portion choroïdale de la lame criblée, ne sont pas appréciables à Texamen ophthalmoscopique ; néanmoins, dans quelques cas particuliers, on peut observer àrophthalmoscopeune pigmentation radiée des couches internes de la lame criblée, précisément sur les yeux où la choroïde ^est surchargée de matière colorante.
Le fait que des fibres conjonctives et des vaisseaux passent de la choroïde dans le nerf optique est de la plus haute importance; il nous explique, en eflfct, pourquoi le nerf optique est si souvent altéré dans le cas d'hypérémie ou d'inflammation de la choroïde.
Le nerf optique est nourri, dans sa portion postérieure, par des branches de l'artère ophthalmique; après l'entrée des vaisseaux centraux de la rétine, les couches du nerf voisines de l'axe sont nourries par des branches de ces derniers vaisseaux, tandis que les couches périphériques continuent à recevoir lesang des branches de l'ophthalmique ; enfin, en avant de la lame criblée, le nerf est nourri par des branches des vaisseaux centraux et des artères ciliaires courtes postérieures.
Pour compléter ce qui a trait à ce nerf, il est intéressant do présenter un résumé de nos connaissances sur le pai^cours et la terminaison centrale des fibres optiques.
Chiasma, — vLa plupart des auteurs admettent aujourd'hui que les fibres optiques sont soumises dans le chiasma à un entrecroisement partiel. Gudden et Ganser ont étudié la dégénérescence secondaire des fibres optiques qui survient dans le chiasma et dans les bandelettes après l'extirpation d'un œil chez le chien; leurs recherches ont démontré que le faisceau direct est situé dans la partie temporo-supérieure des bandelettes optiques. Les parties nasale et inférieure des bandelettes occupent les fibres du faisceau croisé. Des recherches non moins scrupuleuses ont prouvé que, chez l'homme, le faisceau direct occupe une situation analogue dans la partie
CHIASMÂ 147
temporo-externe de la bandelette où il forme une bande allongée (BURDACH, PURTSCHER, MARCHAND, BaUMGARTEN). Mais
il résulterait des recherches de Singer (de Prague) que les fibres du faisceau direct et du faisceau croisé ne sont pas aussi distinctes dans le chiasma qu'on le croirait d'après les travaux de Ganser , contrairement à ce qu'avait dit ce dernier. Singer prétend que les fibres de ces deux faisceaux s'entremêlent en certains points. Dans le chiasma de l'homme, la plupart des fibres sont croisées. Les partisans de l'entrecroisement total des fibres optiques prétendent que, dans le chiasma, chaque fibre des bandelettes optiques se recourbe d'abord horizontalement, puis subit une seconde incurvation qui la fait passer dans le nerf optique du côté opposé. D'après cette manière de voir, les fibres nasales des bandelettes optiques deviennent les fibres latérales du nerf optique opposé. Les fibres croisées formeraient ainsi des angles obtus en avant et en arrière, et des angles aigus à droite et à gauche. Cette théorie de l'entrecroisement total des fibres optiques dans le chiasma a surtout été soutenue par Michel. Mars déjà Johannes Muller avait érigé en loi que chez l'homme et chez les animaux dont une partie du champ visuel est binoculaire, l'entrecroisement des fibres optiques dans le chiasma n'est que partiel, tandis que chez les animaux, où chaque œil a son champ visuel distinct, où la vision n'est pas binoculaire, l'entrecroisement des fibres est total. Les faits cliniques et les expériences physiologiques viennent complètement à l'appui de la théorie de Johannes Muller.
De la loi de l'entrecroisement partiel des fibres optiques dans le chiasma, il résulte que chaque bandelette renferme les fibres qui se terminent dans les deux moitiés homologues de chaque rétine. La partie de la rétine qui reçoit les fibres de la bandelette située du même côté (faisceau direct) est séparée par une ligne verticale, passant parla macula, de l'autre moitié dans laquelle se terminent les fibres de la bandelette opposéOé Dans le nerf optique, le faisceau croisé et le fais-
lis ANATOMIK MICROGRAI'IIIQUE DE L'OUL
ccau direct n'occupent pas exactement le côté nasal et le côté
Fig. 31.
Schéma du parcoura desflbres optiques. - Pibras oplîques Eervant à ta rouclion de la. vision. — Fibres optiques aervant au rèdoie pupillaire ; — m, mai^ula lulea ; — fc, Faisceau croisé; — fd. faisceau direct ; — ch, chiasmii des nerfs optiques ; — ge, corps genouille externe ; — co. couches opii<]ueB ; — Iq, tubercules quadrî-^umHaux ; —g, radiations optiques de Gratiolet ; — ce, centre cortical de la vision; — g/i, ganglion habenulai; ; — «p, noyau gris du sphincter de la-
temporal. Il faut donc, pour que les fibres soient distribuées d'une façon aussi exacte dans la rétine, qu'elles subissent un arrangement à l'intérieur de la papille.
ScHuiDT-RiHPLER ', en étudiant les lésions auatomiques dans un cas d'hémlanopie, où la dégénérescence secondaire descendante se prolongeait dans le nerf optique, a pu constater le parcours du faisceau direct dans ce nerf. Sur une coupe transversale pratiquée dans le canal optique, le faisceau direct (qui appartient à la bandelette du même côté) présente la forme d'une faux qui occupe la partie temporale et dont la concavité est dirigée vers l'axe du nerf optique. Le faisceau direct est donc situé dans la partie temporale du nerf optique, entouré de fibres croisées qui le séparent ainsi de la gaine optique.
A l'entrée des vaisseaux centraux de la rétine dans le nerf optique, le faisceau direct a encore, sur une coupe, la forme d'une faux, mais des libres du faisceau croisé viennent s'enfoncer comme un coin dans cette faux qu'elles divisent en
■ ScHHiDT-RiHPLBK, Afchiv. f. Augenlielll., t. XIV, fasc. t.
FIBRES PAPILLO-MACULAÏRES 149
deux parties. Sur des coupes transversales faites par Sghmidt- RiMPLER le faisceau direct, en arrière du globe oculaire, était divisé en deux moitiés semi-lunaires, séparées par une bande transversale de fibres normales (du faisceau croisé).
Les recherches faites dantle but de découvrir le trajet des fibres optiques qui se terminent dans la macula^ en dedans du nerf optique, ont conduit à des résultats importants. Sa- MELSOHiv, Yossius, BuNGE, Uhthoff out examiné des cas de dégénérescence limitée aux fibres de la macula (scotome central); il nous ont montré que les fibres papillo-maculaires, immédiatement en arrière du globe oculaire, sont disposées en forme de coin dont la pointe est dirigée vers les vaisseaux centraux et dont la base occupe le rebord temporal de la papille. Sur une coupe tranversale, pratiquée en avant du point où les vaisseaux centraux de la rétine pénètrent dans le nerf optique, les fibres papillo-maculaires affectentla forme d'une taux transversale; en arrière du même point, elles affectent la forme d'un ovale dont l'axe vertical s'éloigne de plus en plus du côté temporal pour se rapprocher du centre de la coupe du nerf optique. Dans le canal optique, les fibres papillo-maculaires sont situées dans l'axe même du nerf optique, et leur faisceau donne une coupe circulaire. Dans la portion intra-crânienne du nerf optique, les mêmes fibres sont groupées en forme d'ovale dont le grand axe est horizontal. En avant du chiasma, la direction de l'ovale devient oblique et son grand axe est dirigé de haut en bas et de dehors en dedans. Sur une coupe transversale pratiquée dans la partie antérieure du chiasma, les fibres maculaires, d'après Uhthoff, conservent la même disposition; plus en arrière, elles se rapprochent delaligne médiane en même temps qu'elles se portent vers le côté dorsal et que des fibres normales s'entremêlent avec elles, de telle sorte que la coupe n'a plus l'aspect d'un faisceau dégénéré. Dans les bandelettes optiques, les fibres maculaires du faisceau direct et du faisceau croisé sont mélangées ensemble en un faisceau commun.
Uhthofp * a pu déterminer le trajet des fibres optiques du quart inféro-externe de la rétine dans un cas de dégénérescence ascendante secondaire partielle, qui s'était développée dans le nerf optique, à la suite d'atrophie partielle de la rétine. Dans la papille, ces fibres occupent encore à peu près le quart inféro-externe ; mais, en dehors, la limite supérieure du cadran est un peu déplacée vers le bas, tandis que sa limite interne est un peu reportée en bas vers le côté nasal. En arrière du globe oculaire, la coupe transversale montrait que le faisceau appartenant à la même partie de la rétine affecte une forme semi-lunaire, avec la concavité dirigée vers les vaisseaux centraux. Dans la portion intra-crânienne du nerf optique, le faisceau est situé plus bas, et, sur la coupe transversale, il prend la forme d'un triangle dont le sommet est traversé par des Qbres normales. L'examen du chiasma prouve que les fibres du cadran inféro-externe de la rétine se continuent presque exclusivement dans le faisceau direct; une très faible partie seulement pénètre, en forme de coin, dans le faisceau croisé, ainsi que l'a démontré l'observation des phénomènes produits par la dégénérescence secondaire. Dans le faisceau direct du chiasma, les fibres du quart inféro-externe de la rétine conservent la forme d'un triangle .
Ont sait que les fibres optiques entourant les vaisseaux centraux (fibres axiales) se terminent dans la partie périphérique de la rétine. La partie postérieure de la rétine reçoit les Gbres situées sur le pourtour de la papille optique (fibres périphériques du nerf optique); enfin, les fibres situées entre la partie périphérique et l'axe de la papille (fibres moyennes du nerf optique) se rendent dans la partie moyenne de la rétine. Il faut faire cependant une petite exception à cette règle pour les fibres maculaires qui forment un coin du côté temporal de la papille.
On admet que les fibres qui occupent la partie inférieure
* Uhthopf, Von Grœfe's Archiv, t. XXXH, fasc. 4.