‹ Anatomie normale et pathologique de l'œilChapitre 86 sur 166 · APPAREIL SL'SPENSEUR DU CRISTALLIN · texte numérisé non relu

APPAREIL SL'SPENSEUR DU CRISTALLIN

En décrivant la chambre postérieure de l'œil, il ne nous était pas possible de passer sous silence un certain nombre de questions se rapportant à la topcfgraphie de la zone do ZiNN. Nous ne nous occuperons d'ailleurs que des qualités liistologiques de l'origine otdu parcours des fibres zonulaires.

Embryogénie. — Les fibres zonulaires dérivent du mésoblaste et ne sont autre chose que des cellules de la partie antérieure du corps vitré, transformées en fibres longitudinales.

Durant une certaine période de la vie intra-utérine, la portion équatoriale du cristallin demeure en rapport de continuité avec.la paroi interne de la vésicule oculaire secondaire; cette communication peut même être observée pendant la période où le corps vitré, constitué, comme on le sait, par un prolongement du mésoderme, s'est déjà interposé entre le cristallin et la paroi dont nous venons de parler (rétine) .

Le cristallin s'entoure ensuite d'une enveloppe mésodermique, qui dérive de vaisseaux du corps du vitré, et spécialement de l'artère hyaloïdienne ; cette artère se ramifie en branches très nombreuses qui se disposent en réseaux pour constituer Tenveloppe en question. Il se produit alors des adhérences fibreuses entre la portion équatoriale de l'enveloppe d'origine mésordermique du cristallin, et la partie de la vésicule oculaire secondaire avec laquelle elle se trouve en contact, partie qui devient plus tard la portion ciliaire de la rétine.

Pendant la période suivante de la vie intra-utérine, le cristallin s'accroissant moins rapidement que les membranes de l'œil, la distance de la lentille oculaire et de la portion ciliaire de la rétine augmente de plus en plus \ les liens

fibreux, que nous avons signalés entre ces deux organes, sont tiraillés, tendus, et forment d'abord des fibres longitudinales à noyaux ; puis plus tard les noyaux disparaissent, et il ne reste plus que des fibres constituant le ligament suspenseur du cristallin.

Histologie. — Les fibres formant la zone de Zinn, pendant la vie extra-utérine, sont très réfringentes ; leur diamètre varie entre celui d'uije fibrille extrêmement mince et mm. 03. Je suis arrivé, par la macération dans le permanganate de potasse, à dissocier en fibrilles très minces dos fibres présentant un large diamètre. Les' fibres zonulaires sont, en dernière analyse, constituées efl'ectivoment par des fibrilles disposées en faisceaux et soudées entre elles par une substance unissante ; ces faisceaux présentent Taspect de fibres larges, rigides, qui se colorent très faiblement par lo carmin ou Thématoxyline. Avant de passer dans la cristalloïde, ces faisceaux se divisent comme les dents d'une fourchette en plusieurs fibrilles très minces, que Ton peut voir dans la lamelle zonulaire.

Par l'action de l'acide acétique ou de la potasse caustique, ces fibres ne se gonflent pas, mais deviennent très transparentes ; elles sont, comme je lai constaté, plus résistantes à la digestion par la pepsine que les fibres élastiques ellesmêmes, et se gonflent très bien dans les liquides digestifs. Après s'être déchirées, les fibres zonulaires ont une tendance à s'enrouler en spirale ; leur extrémité en particulier s'enroule toujours en dedans. Sur des préparations présentant la zone de Zinn de face et séparée des autres parties de l'œil^ les fibres zonulaires postérieures apparaissent généralement ondulées, tandis que sur les préparations à la celloïdine elles se montrent, au contraire, toujours rectilignes, abstraction faite de la petite partie des fibres situées en arrière de l'oraserrata. Sur les préparations à la paraffine, bon nombre de fibres zonulaires à l'aspect ondulé (voir dessins de Henle) ; celte différence d'aspect suivant que l'on

FIBKES ZONULAIRES 209

emploie l'une ou l'autre méthode s'explique par la remarque suivante : les fibres coupées obliquement peuvent s'enrouler avec la paraffine, mais cet enroulement est empêché par la celloïdine.

Je n'ai jamais observé de striation transversale sur les fibres zonulaires. Camper, Dôllinger, Home, Retzils, Flnkbei- NER, Heiberg, s'appuyant sur le fait que les fibres zonulaires présentent des stries, qui, d'après Nuhn, apparaissent par l'action de certains réactifs, ont considéré à tort les fibres zonulaires comme des fibres musculaires striées.

Cette opinion a été réfutée parHENLE, F.-E. Schultze, Merrel, Sghwalbe et Lieberkuun; ces auteurs ont constaté que la plupart des propriétés caractéristiques de la fibre musculaire, telles que la contractilité, la double réfringence, faisaient totalement défaut aux fibres zonulaires.

Entre les fibres qui nous occupent, et principalement celles de la partie libre, on peut observer quelques leucocytes.

Les anciens auteurs pensaient que les fibres zonulaires soudées par une substance anhiste unissante constituaient une membrane ; les fentes qui apparaissent entre les fibres étaient considérées comme dues à la putréfaction. A l'heure actuelle, il est démontré, par les injections de Sghwalbe et les recherches de Hogquard et Masson, que ces fentes existent normalement pendant la vie.

Nous reviendrons d'ailleurs sur cette question, à propos du ciment qui unit les fibres zonulaires.

Fibres zonulaires prenant naissance dans le corps vitré. — Les fibres zonulaires qui se développent à la surface du corps vitré, en arrière de l'ora serrata, ont été depuis longtemps décrites par Henle, Sghwalbe, Iwanoff, Brailey, etc. ; dans ces derniers temps leur existence a été mise en doute. Sur les coupes méridiennes, il est très difficile de les distinguer, d'abord, parce qu'elles ne forment pas une couche continue^ mais sont séparées par des intervalles, ensuite parce qu'elles sont extrêmement fines (« extremely fine »,

Brailey) dans la coupe méridienne et se distinguent très difficilement du tissu du corps vitré; cependant elles paraissent plus larges dans la coupe transversale, Brailet les décrit comme ayant la forme 'de bandes (ribondlike).

Comme la membrane limitante interne de la rétine, en se continuant par lalame vitréede Xdipars ciliarisretinœ, décrit une courbure do Tora serrata, il n'est pas possible de trouver sur les coupes dirigées parallèlement à la surface du corps vitré les fibres zonulaires postérieures, qui se développent en arrière de Tora serrata, en communication avec les autres fibres zonulaires. Si Ton veut étudier avec soin les rapports de continuité de ces fibres les unes avec les autres, il faut sur des coupes pas trop minces» séparer avec Taiguille le corps vitré delà rétine et de la pars ciliarisy de façon que Ton obtienne une couche aussi mince que possible du corps vitré développée sur une surface plagie.

De telles préparations sont très difficiles à faire, mais après de nombreux essais je suis arrivé à représenter la communication des fibres zonulaires qui se développent dans le corps vitré avec les autres fibres de même nature. J'ai dessiné dans la figure 12 (pi. IV) une préparation de ce genre.

Les fibres "situées le plus en arrière {zg) apparaissent ensuite en communication en avant avec les fibres extrêmement minces, et ondulées {wf), « lockere, wellenfœrmige Fasern » de Henle, qui se continuent en avant dans des fibres, droites, rigides {zf) « starre Fasern » de Henle, présentant tous les caractères de fibres zonulaires.

Les fibres zonulaires qui se développent à la surface du corps vitré représentent des fibrilles primitives extrêmement minces. Les fibrilles sont un peu ondulées et dirigées en faisceaux rayonnant en arrière comme un éventail.

Nous venons de décrire les fibres zonulaires, telles qu'elles se présentent sur les préparations faites à l'aide de l'aiguille à dissocier ; ajoutons seulement que les courtes portions de ces fibres, prenant naissance dans le corps vitré, sont égale-

LIMITANTE INTERNE ET LAME VlTRÉE 211

ment ondulées, sur les préparations à la celloïdine ; mais par le tiraillement qu'elles subissent à l'état normal, ces flbres apparaissent en avant de l'ora serrata rectilignes ; seulement quand cette traction n'existe plus (préparations à l'aiguille, coupe oblique sur préparations à la paraffine), les fibres par leur élasticité se contournent de nouveau en tire-bouchon.

Les descriptions faites à ce sujet par Iwanoff et Ulrich sont très exactes. Iwanoff * dit : « Les commencements des fibres zonulaire^ dans le corps vitré représentent des faisceaux onduleux des fibrilles extrêmement fines. » Ulrich a trouvé « que les faisceaux s'élargissent comme un balai en fibres terminales très fines, qu'on peut constater dans le corps vitré en arrière de l'ora serrata.

Rapports de la membrane limitante interne avec la lame vitrée de la pars ciliaris retinœ. — ^^D'après la description qui vient d'être faite, la partie périphérique du corps vitré ne peut pas se continuer dans la lame vitrée de la pars ciliaris retinœ, comme on pourrait croire au premier abord. Dans cette dernière hypothèse la chambre postérieure serait une fente lymphatique située dans le tissu du corps vitré.

lo Tout d'abord, cela est contredit par l'observation dans l'ora serrata de la continuation directe de la membrane limitante interne dans la lame vitrée de la pars ciliaris. Chez quelques animaux (porc, bœuf), où la transition des couches de la rétine de la pars ciliaris retinœ n'est pas aussi brusque que chez l'homme, la communication de la membrane limitante interne et de la lame vitrée n'est pas difficile à constater.

Sur les yeux humains cette transition devient très nette après la macération dans le bichromate de potasse ^, qui détermine un décollement partiel de la lame vitrée d'avec les cellules cylindriques.

2® \J embryologie prouve également la transition immé-

< IwANOPP, dans X^Stricker's Handbuch der Gowebelehre, p. 1028. 'ScHWALBE, dans le Grœfe und Sœmisch, Handbuch der Augenbeilkunde, I, p. 440.

fit ANATOMIE MICROGRAPHIQUE DE L'OEIL

(iialo (io ruDo do ces membranes à l'autre. Il est inadmis- Hihio, en effet, qu'un organe bien déterminé au point do vue morphologique, comme la rétine et sa partie ciliiiiro, constitue sa membrane d'enveloppe, dans la partie anléricMUo aux dépens du mésoderme et dans la partie postérieure aux dépens de Tectoderme.

Kn effet Tembryologie démontre, d'après les recherches de lÛNci.MKKii* et de Kkssleu^, que la membrane limitante interne do la rétine et la lame vitrée de la pars ciiiarisse développent comme une membrane unique^ qui appartient, d'après EœL- UKKn, à h\ rétine.

3« Kulîn le (Ucollement du corps vitré prouve aussi que lu lumo vitrée appartient à la pars ciliaris retinœ , et ne fuît nulliMUiMil partie du corps vitré.

liO duo ('nAMi.Ks-TuKoiH>RK DK Bavièrk ^ dit i « Dans les cas où Io déoollonuMit du corps vitré s étend en avant de Tora sorrata jusqu'à la pars ciliaris retinœ^ les fibres zonulaires so ln>uvoat, ainsi que le corps vitré, décollées, pendant que la momkrane limitante interne reste sur la pars ciliaris relintr. i>

SJj^ni bit^a iviupris» Hxwv^vkr ^ a déjà, en iS45, défendii TopiDioa qu<^ rhvuk^îd^i*, en se i\nuiaiuiat en avant, recouvre la part ciliaris rrfi^xT. Sekm lui, l'hxTjiliMxIe se diviserait en trois feuillets dont Tcxtt^n^e :^*^ttav"htTait aux c\Hirb<iws du corps ciliaire, le mojren R>rnierait la *v^>e \K> /;\s ei 1 iuteme cv^astituerait HiTak-îde antmesre. IHttîi Mrvl H v\\v*\ vî(^ ;w^ubî< axvîr aKaindoanê cette opinion : car, ^uau^l \^« ttiv^ ^ IVxislott^v J'u^e h rai .vie. cosinie cet a^tevr Ta £tit e«i iS"t^^ \vtt ttc jvsiî jvAs suv;vc>er 4 •';?',> sit fe>>* en îr*t> fc-oilies.

; î <. ,* »\ :/-* </ f*: .; .' ^ .^ : n-f ; .'••vr. — P.ur Texirn-ea des dires

Page 1