PI. XVII
GLAUCOME HÉMORRHAGIQUE.
On voit manifestement que la plupart des dilatations anévrysmales en question offrent des parois minces et qui semblent avoir perdu de leur épaisseur. La coupe eu est trèsnette, et elles sont très-transparentes.
La figure 1 de la planche XYII représente une coupe au voisinage des procès ciliaires. On y yoit, en é, l’humeur vitrée parsemée d’éléments embryoplastiques, et en d des globules sanguins. Les procès ciliaires et le pigment choroïdien voisin paraissent normaux ; il en est de même du corps ciliaire, du cristallin et de la lamina fusca. La terminaison de la rétine a, réduite à sa couche fibreuse, se trouve creusée de cavités qui lui donnent un aspect cystoïde. Cette altération cystoïde a été représentée grossie (fig. 2). On y voit en a la lamina fusca parcourue par un gros vaisseau v rempli de globules sanguins. A ce niveau la chorio-capillaire fait entièrement défaut; une adhérence se trouve établie entre la rétine et la choroïde. Le pigment choroïdien, hypertrophié et totalement bouleversé, se trouve en outre disséminé dans l’intérieur des espèces de colonnes que forme la rétine altérée et qui sont composées essentiellement d’éléments fibreux.
La figure 4 représente une coupe de la choroïde prise derrière l’ora serrata et fortement grossie. On y aperçoit, de bas en haut, la lamina fusca et la chorio-capillaire fortement atrophiées et dépourvues de cellules à pigment. La lame élastique de la choroïde subsiste et est le siège de diverses altérations vcrruqueuses a , a , a, placées pour la plupart sous l’épithélium noir b de la choroïde, qui se trouve soulevé en masse, mais conserve encore son aspect physiologique.
Remarques. — On sait que la variété hémorrhagique du glaucome se montre de préférence sur des sujets très-âgés*. A cet égard, notre malade, qui portait d’ailleurs vaillamment ses quatre-vingt-deux ans, confirme la règle. La malade, qui avait toujours joui d’une excellente vue, ôtait myope , ce
qui n’est pas le cas ordinaire dans le glaucome. Celui-ci se lie habituellement, comme on sait, à un état hypermétrope de l’œil. Cette exception à la règle prouve, croyons-nous, que la cause du glaucome hémorrhagique est indépendante de l’état de réfraction de l’œil. La marche essentiellement chronique suivie par le mal est conforme à tout ce que nous savons sur la longue période prémonitoire qui caractérise le glaucome hémorrhagique; mais, contrairement à tout ce qui a été publié jusqu’ici sur ce sujet, nous avons vu chez notre malade les douleurs revêtir la forme absolument typique d’un tic douloureux de la face. La chose était tellement accentuée que nous nous sommes demandé, avec MM. Maurice Raynaud et Giraud-Teulon, si véritablement le tic douloureux en quesLion était sous la dépendance du glaucome, ou si la dureté pierreuse de l’œil, ainsi que la névralgie, n’étaient pas sous la dépendance d’une lésion intra-crânienne de la cinquième paire. On conçoit le prix que nous attachions à la solution de cette question, vu que, dans le premier cas, une opération faite sur l’œil malade (iridectomie ou énucléation) devait mettre fin aux souffrances atroces éprouvées par la malade, tandis que dans la seconde hypothèse on aurait vainement sacrifié l’œil sans offrir même à la malade la juste compensation qu’elle en attendait: à savoir la disparition de ses douleurs.
Privés que nous étions de la connaissance de faits ana-
logues, nous nous décidâmes pourtant à pratiquer l’énucléation, et cela en nous fondant sur cette considération que tous les moyens médicaux employés jusque-là, y compris l’iridectomie, avaient complètement échoué. On sait maintenant que nous avons ôté pleinement satisfaits dans notre attente, ce qui crée un précédent utile pour ceux qui se trouveront désormais en face d’un cas aussi embarrassant.
Au point de vue de X étude histologique de la lésion, nous n’insisterons que sur le point de départ des hémorrhagies, constitué par des anévrysmes miliaires rétiniens. Cela con-
GLAUCOME HÉMORRHAGIQUE.
firme pleinement ce qui a été établi déjà par Liouville, Pagenstecher, Hache, etc., avec cette différence que, dans notre cas, les anévrysmes en question avaient pour siège exclusif les capillaires (fig. 3, pl. XVI), dont les parois, loin d’être sclérosées, se trouvaient au contraire très -amincies. C’est également sous cette forme à’ anévrysmes capillaires , à parois amincies, que la lésion a été vue par Hulck (On the Ophthalmoscope, London). Nous ne saurions donc accepter, au moins comme exprimant un fait général, la dénomination (V artériosclérose donnée à la maladie par Hache. D’une part, nous avons trouvé les artères et les veines saines, et les capillaires rétiniens seuls malades; d’autre part, ces capillaires, loin d’être sclérosés, offraient des parois extrêmement minces.
Les taches rouges’qu’on observe sur la rétine, à l’œil nu, ne sont donc pas, comme on l’a dit, autant d 'anévrysmes miliaires comparables à ceux du cerveau, mais bien des extravasations sanguines. Quant aux anévrysmes des capillaires, ils sont invisibles à l’œil nu ou même à la loupe, et ce n’est que par le microscope et à l’aide d’un très-fort grossissement qu’on parvient à en découvrir l’existence. Nous n’insisterons pas ici sur l’altération cystoïde de la rétine, pas plus que sur les excroissances verruqueuses de la lame élastique de la choroïde, attendu que ces lésions sont communes chez les vieillards, indépendamment de toute manifestation glaucomateuse. On ne saurait dès lors y voir aucune liaison entre les altérations de tissu en question et l’apparition du glaucome hémorrhagique.