OU ANGIOME CAVERNEUX (PL. XVIII FIG
Observation XVI. — Arbanito (Jean), soixante-neuf ans; entré le 53 août 1876, salle Saint-Ferdinand bis, n° 8. Il y a plusieurs mois, ce malade a reçu un coup de canne sur la région sus-orbitaire du côté gauche. Depuis cette époque il n’avait rien éprouvé du côté des yeux. 11 y a quatre mois, iritis avec synéchies postérieures sur l’œil gauche. Bientôt douleurs très-vives circumorbilaires, revenant surtout le soir, par accès, et s’étendant quelquefois dans tout le côté gauche de la tête. Sensation de flamme rouge, conjonctive très-injectée, œil dur. La vision était presque abolie de ce côté. A subi une première iridectomie à Marseille. Après cette opération, la vue s’est améliorée et les douleurs ont cessé pour quelque temps; mais bientôt elles sont revenues plus fortes. Deuxième iridectomie à la partie inférieure. Amélioration moins sensible et de courte durée. Au moment où il se présente à nous, il ne distingue rien avec cet œil et il présente des accidents sympathiques analogues du côté droit. La conjonctive du côté gauche est injectée; cornée transparente; la chambre antérieure remplie de sang ne permet de voir ni iris ni pupille : la consistance de l’œil est plutôt diminuée.
Œil droit. — Pupille petite et peu dilatable, pas de synéchies. Les bords de la papille sont diffus. La choroïde est décolorée autour de la papille, pas d’excavation physiologique, mauvaise acuité visuelle.
Énucléation de l’œil gauche le 20 août. Immédiatement après, iridectomie supérieure du côté droit. — Pas d’accidents consécutifs. A droite, la vue est redevenue tout à fait
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bonne, les douleurs n’ont pas reparu, et le malade sort guéri le 3 septembre.
Examen macroscopique. — A part les lésions déjà indiquées à l’occasion de l’examen faitavant l’opération, on constatait une diffluence du corps vitré. La rétine, qui n’était pas décollée, offrait à sa partie postérieure, au voisinage de la papille optique, une saillie blanchâtre, du volume d’un petit pois, ovalaire dans le sens transversal, aplatie à la surface et se perdant insensiblement sur les parties voisines. Il était évident qu’il s’agissait ici d’une production sous-rétinienne qui avait soulevé la rétine sans interposition de liquide. Effectivement, par des tractions légères et sans effort, la rétine a pu être soulevée en ce point et nous avons constaté alors qu’il s’agissait d’une tumeur formée aux dépens de la choroïde correspondante. Les figures l et 2, planche XVIII, représentent le segment de l’œil en rapport avec le néoplasme, qui, dans la figure 1, est recouvert par la rétine, et, dans la figure 2, est vu à nu, la rétine a étant soulevée et repliée de gauche à droite. Sur la surface de cette tumeur on apercevait, d’un côté, un croissant pigmentaire situé entre le sommet et la base de celle-ci, et, de l’autre côté, Un point pigmentaire rond qui n’atteignait pas tout à fait la périphérie de la masse. Au delà de la base de la tumeur, qui correspond à toute la partie claire du dessin, la choroïde reprenait son aspect normal.
Etude microscopique. — Une coupe a été pratiquée suivant le grand axe de la tumeur et passant par le centre de la papille optique, ainsi qu’on le voit sur la figure 3, grossissement de Cette préparation démontre ce qui suit : l°la forme ellipsoïde de la tumeur; 2° son siège voisin de la papille, qui esL intacte, fait une saillie notable dans l’intérieur de l’œil et offre une excavation physiologique assez profonde; 3° le point de départ exact de la tumeur des couches profondes de la choroïde, depuis la lamina fusca jusqu’à la
chorio-capillaire. Cette dernière couche de la choroïde, devenue d’ailleurs très-mince, se trouve recouverte par un stratum d’apparence hyaline très-finement strié, pourvu çà et là d’amas pigmentaires, et qifi, examiné à un fort grossissement, nous a paru devoir être considéré comme un exsudât fibrineux intermédiaire à la choroïde et à la rétine. Ces deux couches réunies, la chorio-capillaire et la couche exsudative, ont été représentées en b b sur la figure. Au delà de la limite externe de la tumeur, la choroïde reprend son • épaisseur et son aspect normaux.
En arrière on voit la sclérotique traversée par une ligne perpendiculaire claire, c, qui n’est probablement autre chose que l’orifice de passage d’un petit nerf ou d’un vaisseau ciliaire.
La figure 4 représente le tissu de la tumeur vu à un grossissement de 160 diamètres. On y aperçoit exclusivement des vacuoles, formées par des cloisons extrêmement minces, réfringentes et finement granuleuses, présentant en quelques points de petits amas pigmentaires, parfois même des restes de cellules appartenant au stroma choroïdien. Dans l’intérieur de toutes ces loges ou vacuoles se trouvent des amas de globules sanguins bien conservés qui ne sont autres que cenx du sang en circulation dans les espaces caverneux en question. Sur un ou deux points de la préparation on retrouve la coupe perpendiculaire des vaisseaux propres de la choroïde.
Remarques. — La description histologique qui précède 11e laisse aucun doute qu’il s’agissait bien ici d’une véritable tumeur érectile (angiome caverneux) de la choroïde.
C’est en vain que nous avons cherché dans les principaux recueils scientifiques un second exemple de cette singulière affection, que les auteurs classiques les plus récents passent du reste complètement sous silence. Nous croyons donc, jusqu’à preuve du contraire, que notre cas est unique dans son genre.
11 est à noter qu’un coup porté sur la région sourcilière et
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peut-être palpébrale du même côté semble en avoir été l’origine. Or on sait, que telle est précisément l’origine de certains anévrysmes cirso'ides sous-cutanés, dont le point de départ consiste dans la communication anormale d’une veinule avec une artériole, à la suite d’une contusion ou d’un traumatisme quelconque.
Rien d’étonnant, dès lors, que la choroïde, membrane extrêmement riche en vaisseaux artériels et veineux, puisse, sous l’influence d’une contusion de l’œil, devenir le point de départ d’un angiome caverneux. Cela doit être surtout vrai pour la région du pôle postérieur de l’œil, là où les gros vaisseaux artériels (artères ciliaires courtes) pénètrent dans la choroïde ; et en effet, chez notre malade, la tumeur caverneuse occupait l’un des côtés de la papille optique. Il va sans dire que le coup de canne n’a dû agir sur cette région profonde de l’œil que par une espèce de contre-coup, résultant de l’aplatissement brusque et instantané du globe oculaire dans le sens de son axe.
Une observation qui offre des analogies avec la nôtre est celle publiée parSchirmer (1), et concernant une tumeur caverneuse de l’iris, d’origine également traumatique. En voici les principaux détails.
Un homme de quarante-quatre ans avait reçu, cinq ans auparavant, un coup de baguette sur l’œil gauche. Ce n’est qu’un an. après l’accident que cet œil devint rouge, en même temps que la vue baissait de ce côté.
Lors de l’examen de cet œil, l’inflammation s’était apaisée, mais il y avait au côté externe du globe une saillie du volume d’un pois, translucide, très-distinctement vasculaire, avec des Lâches rouges sur un fond blanc jaunâtre. CetLe tumeur débordait à moitié la pupille et repoussait en avant la partie correspondante de la cornée, qui était bombée à cet endroit. La partie libre de la pupille réagissait; la tension de l’œil était augmentée, et les
(1) Schirmet*, Greifw. med. iJcitr., III.
veines rétiniennes dilatées offraient des battements spontanés. — s. 2/3.
La tumeur fut enlevée par iridectomie, et le malade quitta l’hôpital quelques jours après avec une amélioration de la vue.
D’après son apparence extérieure et l’examen histologique, la tumeur fut reconnue comme étant un angiome caverneux.
On le voit, les choses se sont présentées ici comme dans notre cas, et, s’il le fallait, nous pourrions invoquer la similitude anatomique du tissu de l’iris avec celui de la choroïde (même richesse en vaisseaux artériels et veineux).
On ne voudra sans doute pas confondre notre cas d 'angiome caverneux pur , sans mélange aucun d’éléments embryoplastiques, avec les exemples de sarcome télangiectasique publiés par Th. Leber (1), Knapp (2) et Socin (3). Dans ces cas la masse de la tumeur était composée en partie de vaisseaux avec des espaces lacunaires et en partie d’éléments fusiformes (Leber, Socin), ou de cellules rondes en grand nombre (Knapp).
(1) Th. Leber, Arch. f. Ophthalm., 1 868, Jîand XIV, § 221.
(2) Knapp, Die intra-ocularen Gcschwulslc, 1868, § 134.
(3) R. Socin, Vircliow's Archiv., 1871, Ranci LII, § 555.
Vin. — TUBERCULES DE LA CHOROÏDE