RÉTINE ALBUMINURIQUE
qu’on voyait la dissociation des fibres de soutènement , et l’accumulation au milieu de celles-ci d’éléments graisseux rendus noirs par l’action de l’acide osmiquc.
Pour expliquer cette particularité, deux hypothèses se présentent à l’esprit : ou bien, que les varicosités des libres nerveuses et l’œdème caractéristique du début ont eu le temps de se dissiper, alors que l’altération graisseuse des grains subsiste seule; ou bien, que les susdites lésions n’ont jamais existé, et que la maladie a commencé par s’attaquer aux couches des grains et y est restée cantonnée. On aurait ainsi un type de rétinite néphrétique profonde, par opposition à notre cas de rétinite scarlatineuse albuminurique qui constituerait une rétinite superficielle. En d’autres termes, la première aurait pour siège le voisinage des éléments rétiniens profonds, ou de perception, tandis que la dernière s’attaquerait surtout aux éléments conducteurs.
Nous avouons que, vu l’intégrité absolue des éléments rétiniens, autres que les grains, il nous est difficile d’admettre que ceux-ci aient pu être sérieusement malades à une époque antérieure, bien que la chose se conçoive à la rigueur, si l’on admettait une simple altération œdémateuse des fibres nerveuses.
Il n’est pas non plus inutile d’ajouter une dernière remarque, à savoir: que dans l’observation que nous devons à l’obligeance de notre collègue, ML Ollivier, l’absence d’altération variqueuse des fibres optiques de la rétine a coïncidé avec l’absence de toute suffusion séreuse dans le crâne.
(Pl. XXIV, FIG. 1, 2, 3, 4.)
Observation XX. — Boudet (Rosine), vingt-trois ans, entre le 5 septembre, salle Sainte-Marthe, n° 15. L’œil droit a toujours été sain; du côté gauche, elle a eu, à l’âge de dix ans, des mouches volantes et la sensation d’un arc-en-ciel autour des objets éclairés. Il y a quatre ans elle a éprouvé quelques douleurs de tète. Elle a eu des épistaxis, et la vue a commencé à se troubler. La perte de la vision a commencé par la partie interne et inférieure du champ visuel. Depuis le mois de novembre 1875 la vue est totalement abolie. Pas de douleurs intra-orbitaires ; quelques douleurs sus-orbitaires à gauche, mais peu intenses. Pas d’injection de la conjonctive; l’iris est normal, la pupille se dilate facilement. Le champ pupillaire présente, en arrière du cristallin, une masse jaunâtre globuleuse et absolument fixe, visible en partie par l’éclairage direct. A sa surface se trouvent des points plus brillants et quelques vaisseaux rétiniens. On constate de plus un piqueté rougeâtre qui semble se rapporter à une vascularisation propre de la tumeur, aussi nous arrêtons-nous au diagnostic de décollement rétinien par sarcome de la choroïde. Énucléation de l’œil gauche le 21 septembre. La malade sort guérie le 8 octobre.
Etude macroscopique. — On enlève, à l’aide d’une section circulaire passant en arrière de l’iris et du cristallin, la calotte antérieure de l’œil, comprenant toute la cornée et une petite portion de la sclérotique. La pièce, examinée de face (pi. XXIV, fig. 1, grandeur naturelle), fit voir que l’intérieur de l’œil