‹ Anatomie pathologique des ostéitesChapitre 11 sur 23 · I. — Ostéites rhumatismales · texte numérisé non relu

I. — Ostéites rhumatismales

Signalée par Adams, qui avait observé des altérations sur les épiphyses voisines des articulations malades et même sur les diaphyses, 1 ostéite rhumatismale a été le sujet de deux communications à la Société clinique de Paris; M. Cadiat lut à la séance du 21 mars 1877

un mémoire sur X Ostéite rhumatismale , qui donna lieu à une discussion assez intéressante. Dans une séance ultérieure. M. Féréol venait lire à son tour un travail sur le Rhumatisme ostéo hypertrophique des diaphyses et des osplats, dans lequel il rapporte plusieurs passages d'Adams ; nous reviendrons plus loin sur ces deux mémoires.

M. Labadie-Lagrave dit que les lésions des extrémités osseuses sont encore mal connues; il cite, d'après M. Charcot, les observations de Masse et deKussmaul qui auraient reconnu quelques altérations de l’os et du périoste et une observation de Gurlt qui aurait constaté une vascularisation anormale, avec prolifération cellulaire de la moelle osseuse.

M. Gosselin divise l’ostéite et l'ostéo-périostite rhumatismale en trois variétés : 1° l'ostéite des os longs sans arthrites concomitantes ; 2° l'ostéo-périostite des extrémités osseuses avec arthrites concomitantes; 3° i'osteo-périostite des os plats.

Nous conserverons à peu près la même division et nous traiterons dans deux paragraphes.

1° V Ostéite des épiphyses voisines d'une articulation malade.

2° l'Ostéite rhumatismale indépendante d'une arthrite voisine.

Enfin, nous parlerons ensuite de l'ostéite du rhumatisme noueux.

1° Ostéites des épiphyses voisines d'une articulation malade. Cette variété nous paraît devoir être fréquente, mais passe souvent inaperçue , parce que l’arthrite accapare toute la scène clinique par l'acuité de ses symptômes; il est certain, du reste, qu’ici l’ostéite n'a qu'une importance secondaire.

Les lésions signalées par Masse, Kussmaul et Gurlt, citées par M. Charcot, se rapportent à notre variété ; mais elles ne sont décrites qu'en termes très vagues dans l'article de M. Labadie-Lagrave.

Nous trouvons, dans le mémoire de M. Féréol, qu'Adams avait constaté que les parties osseuses voisines des articulations étaient notablement hypertrophiées par une production anormale du tissu osseux. Cette hypertrophie du tissu osseux ne siégeait pas seulement aux extrémités osseuses voisines des articulations malades, mais s'étendait aussi plus ou moins sur la diaphyse. II en était de même chez un malade de l’hospice d’Ivry , dont M. Féréol rapporte l'autop-

sie. Ce malade était atteint d'une arthrite sèche du genou et il mourut intercurremment emporté par une attaque de délirium tremens . Les os qui forment l’articulation du genou, le fémur, le tibia et le péroné étaient le siège d’une augmentation de volume considérable quj partait de l'articulation malade et qui s'étendait assez loin sur la d i a physo de ces os.

M. Panas, dans la discussion qui suivit la lecture du mémoire do M. Cadiat, avait signalé du reste que dans l'arthrite sèche le tissu osseux et le périoste voisin des articulations malades étaient toujours lésés.

Nous croyons que, dans ces cas, c'est surtout à l'ostéite condensante que l'on a affaire.

2° — Ostéite rhumatismale indépendante d'une arthrite voisine.

a. Siégeant sur un os long. — Nous empruntons à l'article de M. Gosselin la plupart des détails qui suivent. Le tibia est Los le plus souvent atteint, puis le fémur, le radius et le cubitus. L'ostéite siège tantôt sur la diaphyse seule, tantôt sur l’épiphyse et une partie de la diaphyse.

L'histoire de cette ostéite est toute clinique. M. Gosselin ne connaît pas d'autopsie ; il est donc réduit à des suppositions ; il pense que les lésions sont, au début, identiques à celles de l’ostéite traumatique : c'est-à-dire épaississement et vascularisation du périoste; épanchement sous-périostique d'un liquide sanguinolent renfermant des cellules de nouvelle formation ; agrandissement des canalicules de llavers et dilatation de leurs vaisseaux sanguins ; plus tard, liyperostoso plus ou moins prononcée.

Cette affection marche lentement ; elle se termine, sans suppuration ni nécrose, quelquefois par la résolution, le plus souvent par la persistance de l’hyperostose.

Nous avons eu l'occasion d'observer en 1882, avec M. Gosselin, un fait absolument insolite d’ostéite rhumatismale suppurée. Il s'agit d'un homme de 54 ans ayant dans ses ascendants et ses collatéraux de nombreux rhumatisants. Lui-même est dartreux et très sujet à l'eczéma. En janvier 1882 il fut pris do douleurs vives dans la tête et plusieurs articulations, épaules, genoux, poignets. Pendant quinze jours ces douleurs furent très vives sans beaucoup de gonflement articulaire. A cette date il ressentit une douleur intense au niveau de

la malléole externe gauche. Deux jours plus tard nous constations un empâtement œdémateux avec rougeur au niveau de la moitié supérieure de cette malléole. Ce gonflement allongé suivant la direction de l'os, remontait jusqu'au 1/3 moyen de la jambe. La fluctuation ayant été constatée, une incision amena l’écoulement d'une notable quantité de pus. Avec le stylet nous constations la dénudation de l'os dans une étendue de plusieurs centimètres. Pendant ce temps l'articulation tibio-tarsienno restait intacte Les suites de cette affection furent assez bénignes. Au point de vue local la maladie guérit sans nécrose. Mais des douleurs articulaires et musculaires tourmentèrent le malade pendant six mois. De plus, l’articulation tibio-tarsienne voisine de l'abcès malléolaire sous-périostique, qui était restée saine pendant plus de deux mois à partir de l'ouverture de l'abcès, devint le siège d'un gonflement douloureux qui nécessita l'immobilisation et l’application de révulsifs pendant trois mois. Cette arthrite de voisinage guérit laissant après elle une certaine roideur de l’articulation.

Nous devons ajouter que cet homme n’était nullement scrofuleux.

b. Siégeant sur un os plat. — M. Gosselin n’en a pas vu d'exemple ; il existe deux observations d'une ostéite rhumatismale du maxillaire inférieur; l’une est d’Adams et est rapportée dans le mémoire de M. Féréol ; l'autre, plus importante, est celle qui sert de base au mémoire de M. Cadiat et a été l'objet d'un examen histologique.

M. Cadiat rapporte l’histoire d'un malade ayant eu une arthrite sèche du genou guérie à Aix, qui fut pris l'année suivante de douleurs dans la mâchoire inférieure ; un dentiste arracha deux dents saines sans obtenir de résultats. Le malade s’adressa à un chirurgien, qui, constatant une tuméfaction régulière occupant la partie gauche du maxillaire, pensa à un ostéo-sarcome et pratiqua l'ablation de la mâchoire.

Les pièces furent remises à M. Cadiat et voici les lésions qu'il constata : L’os était doublé de volume, le périoste notablement hypertrophié et les vaisseaux très dilatés. Le tissu compacte était granuleux, friable; par contre, le tissu spongieux ne présentait plusses fines trabécules, avait un aspect généralement granuleux et se distinguait à peine du tissu compacte. Autour des lamelles osseuses il y avait un grand nombre d’ostéoblastes, mais ils n’avaient pas subi de dégénérescence graisseuse.

M. Gosselin pense qu'on ne peut accepter ces observations qu'avec réserve 'et il fait remarquer que le maxillaire inférieur étant si souvent le siège d’ostéo-périostite d'origine dentaire, il est difficile d'affirmer d’une manière absolue la nature rhumatismale de ces deux ostéites.

Ostéite dans le rhumatisme noueux. — Le manuel d'histologie pathologique de MM. Corail et Ranvier nous donne un tableau des lésions osseuses du rhumatisme noueux, qui se trouve corroboré par l'article deM. Labadie-Lagrave. (Nouveau Dictionnaire de Médecine.)

On comprend que l'inflammation du cartilage puisse s’étendre d'une façon directe au tissu spongieux et y déterminer une éburnation inflammatoire. Dans tous les autres points de l'épiphyse la moelle est adipeuse, au point que les travées osseuses sont amincies et se laissent facilement briser par le doigt; au point de vue histologique, ces travées sont cependant normales.

Ostéite goutteuse. — Nous avons trouvé très peu de détails sur ce sujet.

Garrod, qui décrit avec sa grande autorité tout ce qui a rapport à la goutte, no parle pas d'altération osseuse. Il dit seulement à propos d'une autopsie : « On voit sur la première phalange un petit dépôt d'urate de soude qui infiltre la substance de Los ; c'est là à peu près le seul exemple de concrétion lophacée qu'il m'ait été donné d'observer au niveau du tissu osseux ; et encore, faut-il remarquer que cette concrétion paraissait avoir des connexions avec celles qui occupait le cartilage articulaire. »

Nous trouvons un peu plus de détails dans le Manuel de MM. Cornil et Ranvier.

A propos de l'arthrite goutteuse, nous voyons qu’au début il y a une infiltration d'urate de soude dans le cartilage, la synoviale et même dans le périoste et le tissu spongieux des épivhyses.

Plus loin, nous trouvons qu'à la place de la cavité articulaire il existe des aréoles do tissu spongieux contenant de l'urate de soude, de telle sorte que l’interligne articulaire n'est plus représenté que par une ligne blanche. Les deux os, sciés dans leur longueur et desséchés, dénotent aussi cette disposition; cotte ankylosé résulte évidemment d'une ostéite limitée aux extrémités des deux os.

M. Féréol, qui a eu la bonne fortune de faire, pendant son service à

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l'hospice d'Ivry, deux autopsies de goutteux, décrit des lésions absolument analogues et qui confirment les renseignements de MM. Corail et Ranvier.

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