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encéplialoïdes se développèrent dans les deux régions inguinales, chez un homme de quarante ans. Ces tumeurs distendirent la peau qui, paraissant incapable de les contenir plus longtemps, s'amincit, s'enflamma et s'ulcéra. Dans l'aine gauche, l'ulcération de la peau mit à nu la plus saillante des masses ganglionnaires. La tumeur ainsi exposée s' enûamma, se gangrena progressivementetfinitpardisparaître en totalité : «The exposed tumour » inflamed and sloughedprogressively till il entirely came away. » C'est là sans doute ce que M. Walshe appelle la chute « of a » portion ofthe tumour. » Cette substitution d'un fait à un autre prouve un grand désir d'établir des circonstances atténuantes en faveur du cancer. Je continue : La peau ne s'était ulcérée que sur la partie la plus saillante de la tumeur; après la chute de cette dernière elle cessa d'être distendue, elle n'était pas cancéreuse, et elle se cicatrisa : « The skin had only ulcerated on » the most proéminent part of the tumour, and had not become » diseased. ît now lost its inflamed aspect, granulations formed » and a cicatrix took place. »

Sans prétendre nier d'une manière absolue la possibilité de la cicatrisation sur les ulcères actuellement cancéreux, j'ai donc le droit de dire que cette possibilité n'est établie par aucun fait authentique et démonstratif.

Chercherons-nous maintenant dans quelle direction et jusqu'à quelles limites peut s'étendre l'ulcération des tumeurs cancéreuses? Cela devient inutile après l'étude que nous avons faite de la propagation du cancer. L'ulcère peut pénétrer partout où le mal se prolonge, c'est-à-dire jusqu'à des profondeurs souvent considérables. On trouve dans Zacutus l'histoire d'une femme qui eut la paroi thoracique et le péricarde détruits par un cancer ulcéré de la mamelle. On voyait battre le cœur, qui resta à découvert pendant les trois derniers jours de la vie (1).

Zl\cu\.us {\brà\m\\) De praxi medica admiranda libri très. Auislelod. , 162Zi, in-8. Lib. I, observ. 125.

Je viens de décrire l'ulcère cancéreux tel que je l'ai observé; j'ai dit que cet ulcère est toujours précédé par une tumeur cancéreuse ; cette manière de voir n'est pas adoptée par tout le monde.

Quelques auteurs ont pensé qu'un vieil ulcère primitivement bénin pouvait devenir mali?i par l'engorgement squirrheux de son fond et de ses bords. L'état inflammatoire serait, en pareil cas, la cause déterminante de l'apparition du cancer. On a cité mainte observation à l'appui de cette manière de voir, et l'on a établi une distinction entre le cancer et Vulcère cancéreux. Je n'admets point ces faits, et je repousse cette distinction. La théorie des dégénérescences est moins sérieuse ici que partout ailleurs. On a pris pour squirrheuses les duretés homœomorphes développées sous les ulcères très anciens, à la faveur de l'inflammation chronique, et l'on a modestement déclaré cancéreux, c'est-à-dire incurables, tous les ulcères qu'on ne savait pas guérir.

Je rejette également une autre opinion beaucoup plus respectable, basée sur des faits bien observés, quoique ma! interprétés. On a dit que le cancer de la peau pouvait débuter, sans tumeur préalable, par un ulcère qui serait cancéreux dès le moment de son apparition. C'est là ce que M. Kécamier appelle les ulcères cancéreux primitifs. Il est certain que beaucoup d'ulcères non précédés de tumeur présentent depuis leur origine des caractères analogues à ceux des ulcères cancéreux; qu'ils sont rebelles à toute médication locale; qu'ils s'étendent toujours; qu'ils envahissent et détruisent de proche en proche les parties molles et même les parties dures; qu'ils s'accompagnent tôt ou tard d'un endurcissement de leur fond et de leurs bords; qu'ils donnent lieu à une suppuration ichoreuse, abondante et fétide; et qu'enfin, soit épuisement, soit infection putride, ils finissent par déterminer la mort. Certes, voilà bien des sym-

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ptômes capables de faire croire à rulcération cancéreuse primitive. Un examen plus approfondi a démontré cependant que cette lésion très grave est caractérisée par un élément anatomique homœomorphe, par l'élément épithélial, qu'elle rentre dans la classe des cancroïdes, et non point dans celle des cancers. Quant au véritable cancer de la peau, il est excessivement rare et débute toujours par une tumeur.

§ Evolulion locale du cancer.

J'ai pris une tumeur cancéreuse abstraite au moment de son apparition. J'ai étudié les diverses phases de son développement. J'ai montré qu'un seul phénomène domine toute l'histoire de ce produit accidentel : sa tendance à s'accroître par la multiplication de ses éléments histologiques ; j'ai prouvé enfin que la propagation, le ramollissement, l'ulcération du cancer, sont les conséquences directes de cette tendance à l'accroissement. La succession de ces divers états a été désignée sous le nom d'évolution des tumeurs cancéreuses. Je conserve volontiers cette dénomination; mais il est bien entendu, une fois pour toutes, qu'en changeant de forme, de volume, d'aspect ou de consistance, le mal ne change nullement de nature. Les éléments spécifiques restent les mêmes; les éléments accessoires seuls sont susceptibles de se modifier.

Ainsi, lorsqu'un cancer est abandonné à lui-même, la propagation directe du mal, son ramollissement, son ulcération, se manifestent tôt ou tard, si les malades vivent assez longtemps, et chaque nouvelle phase est l'indice d'un redoublement de gravité. Telle n'a point été l'opinion de tous les palhologistes.

îl répugne sans doute à certains esprits de reconnaître qu'un mal local est plus fort que les ressources de la nature. Aussi, tandis que quelques médecins considèrent le ramollissement et l'ulcération comme des preuves que les tumeurs, jusqu'alors bé-

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nignes, sont devenues malignes, d'autres, au contraire, voient dans ces phénomènes les résultats des efforts salutaires de la nature, Lobstein et Richerand ont insisté sur cette manière de voir, qui a été adoptée ensuite par beaucoup d'auteurs allemands et anglais. Les mois période de décadence (Walshe), de décoinposiizow (Richerand), de dégénération (Bennett), l'expression de /bwfe du cancer (Vogel), en font foi. Mais il suffit d'ouvrir les yeux pour voir combien îe mal est plus terrible que ces dénominations ne le feraient croire. Tandis que, d'une part, les histoires de cancers spontanément guéris, ~ guéris localement, abstraction faite des récidives, — sontsi rares qu'il estdifficiled'enciter une seule bien authentique et bien concluante; d'autre part, les esprits les plus prévenus doivent reconnaître que, dans l'immense majorité des cas, la gravité du mal redouble dès que survient la période de ramollissement et d'ulcération. Je retournerais volontiers l'expression de Walshe : C'est une période de décadence pour les malades et de triomphe pour le cancer.

Que dire dès lors delà guérison spontanée des tumeurs cancéreuses, sans ulcération préalable, sans gangrène, sans ramollissement; sans médication locale ou générale, '^diV délitescence, par résolution pure et simple des éléments du cancer? Walshe en cite deux exemples, en affirmant qu'il dépendrait de lui d'en indiquer d'autres. Léveque-Lasourceen rapporte une observation qui renferme les ffiits les plus incroyables (1). M. Récamier a réuni dans son ouvrage plusieurs casdecette heureuse terminaison, M. Bochdalek, de Prague, a publié, en 1845, un mémoire sur la guérison spontanée des cancers du foie. Récemment, enfin, l'honorable M. Bennett, d'Édimbourg, a jeté dans la balance le poids de son autorité, et a porté, en faveur de la résolution du cancer,

(î) Voyez plus loiii,da!is le paragraphe relatif à l'iiinamnialioii du cancer, l'observation de Lévêqiie-Lasource que j'ai cru nécessaire de coniuienter.

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des observations microscopiques exactes, intéressantes, consciencieuses, mais, à mon avis, mal interprétées.

Beaucoup d'auteurs que je passe sous silence, beaucoup d'autres sans doute que je n'ai pas consultés, ont parlé aussi de la résolution spontanée du cancer. A tout cela, j'oppose résolûment une fin de non-recevoir. Il me semble impossible de prouver que les tumeurs ainsi résorbées fussent cancéreuses.

Je le répète encore une fois : la symptomatologie du cancer n'ayant pas encore été refaite depuis que l'anatomie pathologique de ce produit hétéromorphe repose sur des bases solides, je nie qu'on puisse, dans l'état actuel de la science, affirmer sur le vivant qu'une tumeur non ulcérée, non compliquée d'engorgements ganglionnaires, non accompagnée d'infection générale, soit de nature cancéreuse. Ce q'ue je crois impossible aujourd'hui n'était pas plus possible autrefois. Je trouve, dans les observations des auteurs, la preuve que certaines tumeurs se sont résorbées, mais je n'y trouve pas la preuve que ces tumeurs fussent cancéreuses.

Il est vrai que chez quelques malades, après la disparition d'une première tumeur, on a pu constater, à l'autopsie, des cancers placés dans d'autres organes : c'est ce qui eut lieu sur une malade de Parent-Duchâtelet, citée par M. Récamier, et sur une autre dont Walshe emprunte l'histoire à Travers. On a cru pouvoir en conclure que les tumeurs déjà guéries étaient cancéreuses; j'y verrais plutôt la preuvequ'elles ne l'étaient pas. L'existence de cancers multiples est l'indice incontesté d'une infection générale. Est-il admissible qu'une tumeur cancéreuse ait pu se résoudre, tandis que, sur le môme sujet, l'infection générale se manifestait par la formation de plusieurs cancers véritables?

On a de la tendance à attribuer au cancer tout ce qui se passe dans le corps d'un individu cancéreux. Mais pour avoir

quelque part aux tumeurs cancéreuses, est-on préservé de toutes les autres maladies? Si l'on réfléchit à la fréquence excessive des productions accidentelles de toute sorte, on arrive nécessairement à ce résultat , que des altérations de diverse nature doivent souvent coïncider sur le même malade, et que, en particulier, des tumeurs susceptibles de se résoudre doivent se montrer de temps en temps chez les individus affectés de cancer. J'en pourrais citer un grand nombre d'exemples, appuyés d'autopsies démonstratives. Ces coïncidences, objecte-t-on , doivent être exceptionnelles? Je le veux bien, mais les prétendues guérisons d'un premier cancer sur des malheureux atteints de cancers multiples ne sont-elles pas plus exceptionnelles encore?

Je n'ai pu me procurer le mémoire de M. Bochdalek; je suis obligé de m'en tenir à l'analyse qu'en donne M. Bennett, dont la bibliographie m'a toujours paru très exacte (1). Le professeur de Prague a trouvé dans le foie des cicatrices fibreuses et des tumeurs iîbro-adipeuses, qu'il attribue à des cancers guéris depuis longtemps. Dans quelques cas rares, il a môme vu ces altérations non cancéreuses coïncider avec de véritables cancers du foie. Je liens d'un élève de l'école de Prague que déjà des contestations se sont élevées sur cette assertion de M. Bochdalek, et que M. Dietrich, si je ne me trompe, a cru devoir rapporter ces cicatrices du foie à la syphilis constitutionnelle , laquelle peut très bien coexister avec le cancer. Mais je n'ai même pas besoin de cet argument. Voici un dilemme auquel on ne pourra jamais répondre. De deux choses l'une :

Ou bien les tumeurs et les cicatrices du foie renferment actuellement des éléments de cancer, et alors le cancer n'est pas guéri.

Ou bien elles n'en renferment pas, et alors il est impossible de prouver qu'elles en ont renfermé autrefois.

(1) Bennett, On caacerous and cancroid growths, Édimbourg, 1849, p. 211,

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