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raissent parliculièrement destinés aux éléments spécifiques; les éléments fibreux accessoires, dont la vitalité est obscure, n'ont besoin que d'une nutrition peu active. Voilà pourquoi les tumeurs cancéreuses molles, qui ont peu de trame fibreuse, et qui se composent surtout de noyaux et de cellules, jouissent d'une riche circulation, tandis que les tumeurs dures, dans lesquelles la trame fibreuse prédomine, ne reçoivent que très peu de sang ; voilà pourquoi, en particulier, les vaisseaux peuvent complètement manquer dans la partie la plus centrale d'un squirrhe.

Or les tumeurs où prédominent les éléments spécifiques étant aussi celles qui s'accroissent avec le plus de force et de rapidité, il en résulte qu'en général un cancer est d'autant plus dangereux qu'il est plus vasculaire.

Il faut bien se garder de confondre, dans une tumeur envahissante , les éléments qui lui sont propres avec les éléments préexistants qu'elle a emprisonnés. Cette précaution est importante surtout dans l'étude de la circulation du cancer. 11 y a des vaisseaux qui se développent en même temps que la tumeur; il y en a d'autres qui existaient avant son apparition, dans les tissus qu'elle a plus tard envahis.

Les vaisseaux des tumeurs cancéreuses sont pour la plupart de formation nouvelle; l'énorme vascularité de certains encéphaloïdes ne peut être attribuée aux tissus où le cancer s'est développé.

Cette formation de vaisseaux nouveaux paraît due au même mécanisme que dans toutes les autres circonstances, normales ou pathologiques. On sait que, dans l'embryon, les vaisseaux des divers organes se développent surplace, et d'une manière indépendante. Les observations de Kaltenbrunner . et de plusieurs autres auteurs semblent établir que, dans les produits inflammatoires, la vascularité se produit par un procédé sem-

blable. Je n'ai, par moi-même, fait aucune observation de ce genre sur les tumeurs cancéreuses ; mais l'analogie qui existe, au point de vue physiologique, entre les éléments propres du cancer etles éléraenis primitifs de l'organisme (cellules à noyaux), permet de croire que les vaisseaux s'y développent de la même manière. Voici du reste ce que M. Récamier a observé : « On trouve des gerbes de vaisseaux convergents, et aussi isolés des vaisseaux sanguins qui entourent l'engorgement que ceux des fausses membranes organisées le sont des vaisseaux sanguins des séreuses auxquelles elles adhèrent (1). »

Un peu plus loin, M. Récamier ajoute : « M. le professeur Cruveilhier, à qui j'ai fait voir une pièce dans laquelle la disposition dont je viens de parler était très évidente, m'a dit que, dans un cancer du rectum en grappe, il avait trouvé, au centre des tumeurs pédiculées et gélatiniformes dont sa masse était composée, le développement des vaisseaux sanguins indépendants de la grande circulation. »

.Te dois dire que M. Récamier, qui considère a tort le ramollissement comme le résultat de l'inflammation du cancer, pense que les productions de vaisseaux nouveaux sont propres à cette période inflammatoire. Mais de quelque façon qu'il soit interprété , ce fait de la formation isolée des vaisseaux nouveaux du cancer a été observé d'une manière évidente. Il s'accorde très bien avec ce qu'on admet aujourd'hui sur la vascularisation des autres parties; je l'accepterais donc sans réserve, si la lecture des ouvrages de M. Lebert n'avait élevé quelques doutes dans mon esprit sur le mécanisme des formations vasculaires pathologiques (2).

M. Lebert considère les vaisseaux nouveaux de l'inflammation comme des espèces de hernies des vaisseaux primitifs, dont les

(1) Récamier, Traitement du cancer, etc. Paris, 1829, t. If, p. 174.

(2) Lebert, Physiologie pathologique. Paris, 18/»5, t. I, p. 19 et 20.

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parois seraient refoulées par la pression du sang. Cette explication permettrait peut-être d'expliquer une légère augmentation de vascularité ; mais j'avoue qu'elle rend dinicilement compte de l'énorme vascularisatiou de certains cancers. Je suis donc porté à croire que les vaisseaux accidentels se forment suivant le mécanisme indiqué par Kaltenbrunner, c'est-à-dire en dehors de la circulation primitive avec laquelle ils se mettraient plus tard en communication.

Cette origine rendrait compte de la structure des vaisseaux propres du cancer. Quel que soit, en effet, leur volume, qui n'est jamais du reste bien considérable, ces vaisseaux ont toujours des parois d'une minceur excessive, formées d'une membrane très fine, unique, en tout semblable à celle des vaisseaux capillaires normaux. En d'autres termes, les vaisseaux propres du cancer ne sont ni artériels ni veineux. La plupart d'entre eux sont capillaires, et M. Récamier le dit très expressément (1).

Ces vaisseaux, beaucouj) plus gros que la plupart des capillaires normaux, peuvent avoir jusqu'à un millimètre de diamètre. Ils sont en général d'autant plus petits qu'ils sont moins nombreux, et que la tumeur est plus dure. Ils reçoivent avec une égale facilité les liquides qu'on pousse dans les veines et ceux qu'on introduit dans les artères. Lorsqu'on pratique les deux injections de front, et c'est une précaution que je prends toujours (2), les deux liquides se rencontrent dans ces vaisseaux. En poussant, par exemple, un liquide jaune dans les veines, et un liquide bleu dans les artères, on voit que la pulpe de la lu-

(1) Loc. cit. , p. 175.

(2) Les viiisscaux capillaires sont eu général remplis par l'injection qui est poussée la première, lor^pie colle-ci est snflisammeiit péuélraiiie. On oublie trop souvent ce fait lorsqu'on étudie les vaisseaux des tissus normaux ou patliologiques ; c'est pour n'avoir paspiis la prccautiou que j'indique, que M. Cruveiliiier a été conduit à distinguer les

meur se colore en l ert (1). Les deux couleurs se sont donc partout mélangées, preuve évidente que les vaisseaux du cancer se comportent comme des capillaires. Il faut des conditions particulières pour qu'on aperçoive dans l'épaisseur de la tumeur des troncs jaunes ou des troncs bleus. ^^Quelquefois l'injection veineuse échoue, mais cela tient à des circonstances que j'indiquerai plus loin , et nui ne se rencontrent que dans quelques tumeurs encéphaloïdes.

Il y a une grande analogie de disposition entre les vaisseaux propres du cancer et les autres vaisseaux de formation récente. Ils ressemblent en particulier, sous un grand nombre de rapports, aux vaisseaux de la circulation allantoïdienne du poulet. Il n'y a entre eux, dans une même tumeur, [aucune parité de volume ; les plus gros peuvent être jusqu'à vingt fois plus larges que les plus petits. Quels que soient leurs calibres respectifs, ils s'anastomosent indifféremment les uns avec les autres, et les branches collatérales que chacun^d'eux reçoit ou émet n'exercent aucune influence sur sa grosseur. Ils ^constituent donc de véritables réseaux, et ne peuvent être assimilés ni à des artères ni à des veines.

Si nous ajoutons à cela que les] vaisseaux propres du cancer sont de formation nouvelle, qu'ils ont pour paroi une membrane simple, qu'enfin ils résistent bien mieux à la désorganisation

capillaires artériels des capilKiii es veineux ; en réalité, il n'y a qu'une seule es|>èce de capiliiiires.

Pour injecter convenablement les capillaires, il faut faire pousser simullanénieiitrinjcclion artérielle et l'injection veineuse par des personnes différentes, ou par des appareils mis en mouvement p;ir la pressiun du mercure. On; peut [encore obtenir un résultat satisfaisant en plaçimt dans chaque vaisseau une seringue à robinet, ei en poussant alternativement, par cliaqiie seringue, queljues grammes seulement de matière à injection. Mais cela est plus long, plus fatigant, et un peu moins préci'--.

(1) Les raisons qui doivent faire clioisir la coule ur jaune pour les veines, et la'coulenr bleue pour les artères, sont exposées dans l'ouvrage de i^l. Ch. Robin , Du microscope et des injections. Paris, 18^i9, in-8.

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cancéreuse que ne le font les artères et les veines, nous arrivons à les rapprocher des vaisseaux capillaires.

Les différences qui existent dans le calibre des vaisseaux de la même tumeur ne doivent pas nous embarrasser. On croit généralement que les vaisseaux capillaires présentent une grosseur uniforme dans le même organe ; cette idée , sur laquelle Berres a beaucoup insisté, et qui a servi de base à sa classification des tissus, n'est pas entièrement exacte. J'ai vu plusieurs fois dans le même organe, à la surface de la même membrane, des vaisseaux tous capillaires et de volumes très difTérents. Cela a lieu à la surface de plusieurs muqueuses; je l'ai souvent observé dans mes recherches sur l'arthrite sèche , à la surface des synoviales saines ou malades, sur le cadavre des malheureux qui avaient succombé à l'asphyxie cholérique : on sait que les plus petits vaisseaux sont alors gorgés de sang, et cette injection naturelle est incontestablement supérieure, pour l'étude anatomique des capillaires, aux injections artificielles les mieux dirigées. Enfin, j'ai bien des fois constaté cette inégalité entre les capillaires voisins, dans les membranes de l'embryon du poulet. Jamais, du reste, elle n'y est aussi prononcée que dans le cancer.

Les capillaires ne présentent donc d'autre caractère physiologique constant que leurs anastomoses réticulées , et d'autre caractère anatomique que la simplicité de leurs parois. Or ces deux caractères se retrouvent dans les vaisseaux propres du cancer. Je pense donc que ces derniers vaisseaux, malgré le volume de quelques uns d'entre eux, doivent être considérés comme des capillaires. J'y ajouterai la preuve suivante : J'avais injecté d'une manière complète un énorme encéphaloïde de l'os iliaque provenant d'une femme morte à l'Hôtel-Dieu , dans le service de M. Roux. En disséquant cette tumeur, je trouvai un long vaisseau bleu qui avait bien un millimètre de large. Je le pris d'abord pour une artère, et, désireux de voir sa distribution,

je le poursuivis en écartant avec le manche du scalpel la molle substance du cancer. Ce vaisseau recevait de tous côtés des anastomoses, mais cela n'influait en rien sur son calibre; sa direction était presque rectiligne; sa longueur était de 15 centimètres, et, par ses deux extrémités, il aboutissait à la surface de la tumeur. A sa partie moyenne il était vert ; en approchant delà surface, il devenait insensiblement bleu d'une part, et jaune de l'autre. L'extrémité bleue provenait directement d une artère; l'extrémité jaune se jetait directement dans une veine. Ainsi, malgré son volume considérable, ce vaisseau était réellement un vaisseau capillaire.

Les vaisseaux propres du cancer augmentent souvent de volume à mesure que la tumeur se développe ; à côté d'eux il s'en forme d'autres plus récents et plus petits, mais tous conservent la structure et la disposition des vaisseaux capillaires.

L'inégalii.é des vaisseaux du cancer dépend donc de la lenteur avec laquelle la tumeur s'accroît. Si l'accroissement se fait avec une grande rapidité, cette inégalité n'existe plus. C'est ce qu'on constate aisément dans les parties qui sont le siège du ramollissement apparent. Le développement de ces parties s'étant fait dans un temps très court, tous les vaisseaux y sont à peu près du même âge, et y présentent une régularité comparable à celle que présentent les capillaires des tissus normaux.

Pour bien étudier les vaisseaux en pareil cas, il faut pousser une injection solidifiable, telle que le vernis ou la poix dissoute dans l'alcool. On plonge la pièce dans l'eau pendant vingt-quatre heures, puis on la fend et on la soumet à un mince fdet d'eau. La pulpe cancéreuse est tellement diffluenle, qu'elle se laisse complètement entraîner; il n'y a pas de trame fibreuse; il ne reste donc que les vaisseaux.

On trouve alors que, quelle que soit leur longueur, les vaisseaux du cancer conservent le même calibre. J'ai plusieurs fois

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suivi ainsi des anses vasculaires longues de 8 et 10 centimètres. La plupart dejces vaisseaux sont à peu près reclilignes, parallèles entre eux , et forment une espèce de chevelu ; leurs anastomoses sont peu nombreuses et très obliques. Les mailles qu'ils interceptent sont assez étroites, mais elles dépassent en longueur les plus grandes mailles vasculaires connues. Cela se conçoit très bien. Ces mailles ont commencé par être petites; puis l'accumulation des éléments du cancer s'est faite avec une telle rapidité, que les capillaires, après leur formation, ont été obligés de s'allonger beaucoup pour se prêter à la distension intérieure de la tumeur (I).

A côté des vaisseaux qui se développent dans le blastème du cancer, et que nous venons d'étudier sous le nom de vaisseaux propres, on en trouve d'autres, plus gros et beaucoup moins nombreux , dans lesquels il est le plus souvent facile de reconnaître les vaisseaux primitifs des organes envahis. Ces vaisseaux, devenus le siège d'une circulation plus active, sont en général accrus; il m'a été possible de suivre assez loin, dans l'épaisseur d'un encéphaloïde du fémur, l'artère nourricière de l'os qui était aussi grosse que l'artère radiale. J'ai trouvé une autre fois, dans un cas de cancer volumineux du rein, l'artère rénale tellement dilatée, qu'elle était capable de recevoir l'index. Ici, comme dans le cas précédent, l'artère faisait évidemment partie de la circulation de la tumeur. Mais c'est là une circonstance exceptionnelle. Le plus souvent les vaisseaux d'un certain calibre qu'on rencontre dans le cancer ne font que le traverser, et ne s'y distribuent pas. Cela est surtout applicable aux veines; je n'ai jamais vu de tronc veineux, ni même de petite veine, se

(1) J'ai déposé à l'Académie, en même temps que ce mémoire, un allas in-folio, représentant des injections de tumeurs cancéreuses. On y voit tous les détails qui précèdent et plusieurs autres moins importants. — La publication de cet atlas n'a pas été possible. (Septembre 185?.)

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ramifier dans l'épaisseur des tuQieurs cancéreuses. Les veines préexistantes des tissus envahis sont en effet détruites de très bonne heure.

Mais si, le plus souvent, il n'existe aucun vaisseau volumineux dans l'épaisseur même du cancer, on rencontre au contraire à sa surface un développement considérable du s}'stème vasculaire, et en particulier du système veineux. Ce fait a déjà été indiqué par M. P, Bérard qui a, l'un des premiers, appliqué les injections fines à l'étude du cancer (1). Je l'ai vérifié un grand nombre de fois, surtout autour des tumeurs encéphaloïdes dont l'accroissement avait été rapide et considérable. A mesure que la masse morbide devient plus volumineuse, les vaisseaux qui l'entourent augmentent en nombre et surtout en calibre.

La circulation des tumeurs cancéreuses présente ainsi une analogie frappante avec la circulation cérébrale ; les artères et les veines se ramifient à la surface , et les vaisseaux capillaires pénètrent à peu près seuls dans la substance propre.

On n'a pas constaté jusqu'ici l'existence de vaisseaux lymphatiques dans la substance même du cancer. Laënnec en a admis, mais il s'est basé sur des raisons théoriques, et non point sur des observations directes.

J'ai fait à cet égard deux essais infructueux : j'ai introduit le tube à injection lymphatique dans des masses cancéreuses du foie; j'ai obtenu des épanchements de mercure, mais point d'injection véritable. Je m'attendais du reste à ce résultat négatif ; ceux qui ont l'habitude des injections lymphatiques ne s'en étonneront pas plus que moi. Rien n'est difiTicile, en effet, comme d'injecter les vaisseaux de la lymphe dans l'épaisseur des organes - qui en renferment le plus.

Il paraît démontré aujourd'hui que des vaisseaux lymphatiques

(1) Arc/iivcs générales de méd'.cine. Taris, 1830, l. WU, p. 509.

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