‹ Anatomie pathologique du cancer [electronic resource]Chapitre 19 sur 37 · CHAPITRE TUOiSIÈlîE · texte numérisé non relu

CHAPITRE TUOiSIÈlîE

ÉTUDE ANATOiMlQUE DU CANCER CONSIDÉKÉ COMME MALADIK.

Nous venons de tracer l'histoire anatomique du cancer considéré comme tumeur. Nous avons eu soin de nous tenir en dehors des cas particuliers ; nous avons, pour ainsi dire, fait l'étude d'une tumeur cancéreuse abstraite.

Là ne se borne pas notre tâche synthétique. La maladie qui porte le nom de cancer ne constitue pas seulement un accident local. Elle débute, il est vrai, dans un point de l'économie par une tumeur primitive , mais cette tumeur, en général, ne reste pas isolée; d'autres tumeurs, auxquelles nous avons donné le nom de cancers secondaires, se manifestent plus tard dans certaines régions du corps; en môme temps, l'économie tout entière reçoit de funestes atteintes, et la mort en est l'inévitable conséquence, i . ' .

Ces terribles phénomènes se succèdent dans un certain ordre; leur ensemble constitue la maladie cancéreuse : il appartient à l'anatomie pathologique de chercher comment ces diverses lésions s'enchaînent.

Cette étude soulève des questions controversées qui touchent aux régions les plus élevées de la philosophie médicale. Si nous n'eussions consulté que nos forces, nous eussions sans doute éludé ces questions. Nous nous serions contenté de constater les faits de cette pure anatomie, laissant aux pathologistes Tinter-, prétation de ces faits.

Mais ce n'est pas ainsi que nous comprenons l'anatomie pa-

thologique. Celte science est un flambeau qui jette la plus vive clarté sur tous les troubles de la vie matérielle. Elle ne se borne pas à découvrir sur le cadavre le siège des maladies, elleen cherche encore les causes. Celui dont le puissant génie et l'infatigable activité tirèrent cette science du chaos, lui assigna, dès le commencement, son véritable rôle, en donnant pour titre à son livre : De sedibus et causis morhorum.

Nous nous efîorcerons donc d'étudier l'évolution anatomique de la maladie cancéreuse. C'est ici surtout que nous aurons besoin d'indulgence.

Le plan que nous suivrons était pour ainsi dire tracé par la pathologie. Nous étudierons les phénomènes morbides dans l'ordre où ils se présentent; nous décrirons d'abord le cancer primitif et ses dépendances locales; puis, nous passerons à cette altération des liquides, qui mérite le nom à'iîtfection cancéreuse, et nous terminerons par l'histoire de ces tumeurs en nombre variable, qui sont la conséquence de l'infection, et que nous désignerons pour cela sous le nom de cancers par infection.

§ I. Du cancer primitif.

Le cancer primitif débute, dans la grande majorité des cas, par une tumeur isolée. Je n'émets pas ce fait comme une loi générale, parce que j'ai rencontré quelques exceptions.

A trois reprises différentes, il m'est arrivé de trouver, sur le même cadavre, plusieurs tumeurs réellement cancéreuses, et qui m'ont paru de date également ancienne. Un quatrième exemple m'a été communiqué par mon ami le docteur Lebert. Enfin, j'ai connaissance de plusieurs autres cas analogues, sur lesquels cependant il me reste quelques doutes, parce que l'examen microscopique n'a pas mis en évidence la nature cancéreuse du mal.

En pareil cas, c'est toujours dans le même organe qu'exis-

DU CANCEP.. G/j9

tenl ces lumeurs primitives el simultanées. Il paraît cependant que plusieurs os du crâne peuvent être ainsi attaqués à la fois; mais ces os forment un tout continu, remplissant la même fonction protectrice, etcela n'infirme guère la proposition précédente.

Il est convenable de délailler les faits sur lesquels je m'appuie. Deux d'entre eux sont relatifs à la glande hépatique, le troisième au poumon, le quatrième à la grande lèvre.

Dans le foie, j'ai vu à la surface de l'organe, une fois cinq, une autre fois huit tumeurs bien circonscrites, îîuUement ramollies, variant du volume d'un pois à celui d'un haricot; aucune de ces tumeurs no semblait remonter à une époque plus éloignée que ses voisines ; aucune communication n'existait entre elles; elles étaient séparées par des couches bien saines de parenchyme hépatique. Enfin, il n'y avait pas de tumeur dans les autres parties du corps, de telle sorte qu'il n'était pas possible de considérer ces cancers du foie comme secondaires.

Mon exemple de cancer du poumon , pour être moins concluant, n'en a pas moins une grande valeur. Il existait dans le poumon droit une dizaine de foyers cancéreux contenus dans le lobe inférieur, au voisinage de la surface, et rappelant jusqu'à un certain point l'aspect des abcès multiples de l'infection purulente. De plus, on trouvait en plusieurs points les vaisseaux lymphatiques superficiels injectés de matière encéphaloïde ; enfin, les ganglions bronchiques correspondants étaient engorgés aussi, et le microscope constata partout des cellules et des noyaux de cancer. Les autres organes du corps furent examinés avec un soin extrême, et ne présentèrent aucune tumeur. Ici les productions cancéreuses n'étaient pas toutes de même date. Les ganglions engorgés étaient des cancers successifs. Je suis porté à croire que l'injection encéphaloïde des lymphatiques était due à la propagation directe des cancers pulmonaires, aux réseaux lymphatiques superficiels.il resterait donc, comme cancers pri-

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