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en proportions anormales, il a été possible de trouver la cause de ce phénomène dans des circonstances particulières qui ne font pas partie intégrante de la maladie cancéreuse. Ce résultat s'accorde avec les recherches de Simon, que nous citerons tout à l'heure.
Quant aux globules, il est moins facile de se prononcer; leur chiffre ne change pas dans les affections cancéreuses peu avancées. Plus tard, ils diminuent, et peuvent même descendre fort bas : il n'y en avait que 21 millièmes, au lieu de 127, dans le second cas de cancer utérin cité par M. Andral ; il y en avait fort peu encore dans les cas de cancer de l'estomac. M. Andral pense que là les hémorrhagies utérines, et ici l'insuffisance de la nutrition, rendent compte de la diminution des globules ; mais il admet que cette diminution peut se produire en dehors de ces circonstances particulières, par suite de l'épuisement progressif de l'économie.
Voici une analyse que j'emprunte à Simon; il s'agissait d'un cancer du pylore et du lobe gauche du foie sur un homme de cinquante-trois ans. Cette analyse, par conséquent, n'est pas applicable aux autres cas de cancer, puisque l'affection du pylore, d'une part, entravait la digestion, tandis que, d'autre part, la lésion du foie pouvait nuire à l'hématose.
État normal. Différend'.
Eau 887,2 791 96,2 en plus.
Fibrine 3 3 0
Albumine libre .... 55,1 68 12,9 en inoins.
Globules /i5,8 127 81,2 —
Sels, etc 8,9 il 2,1 —
Total .... 100,00
Tous les éléments du sang, a l'exception de la fibrine, avaient donc subi une diminution notable. La quantité d'eau était aug-
DU CAKCER. 083
mentée d'un dixième, et les globules étaient réduits de près des deux tiers.
Il est à désirer que des analyses nouvelles soient faites sur le sang d'individus atteints de cancers étrangers aux grandes fonctions de la vie organique. Jusque-là nous ne pouvons avoir une idée exacte de la composition du sang dans l'infection cancéreuse.
Pour nous résumer, nous dirons :
1" La quantité du sang diminue dans la dernière période de la maladie cancéreuse.
2" Les propriétés physiques de ce liquide sont altérées.
3° On y trouve quelquefois les éléments spécifiques du cancer. Une seule observation démontre la réalité de ce fait; mais elle suffît parfaitement.
4° On n'a pas encore trouvé dans le sang d'éléments cancéreux libres, sans qu'il 31 eût en même temps une ou plusieurs masses cancéreuses dans un point quelconque de la cavité des vaisseaux à sang noir.
5" La fibrine du sang ne semble ni augmentée, ni diminuée, dans l'infection cancéreuse pure et simple.
6° Une diminution souvent notable de la quantité des globules se manifeste à la suite des hémorrhagies auxquelles le cancer donne lieu ; celte anémie paraît aussi pouvoir se produire sans hémorrhagie, par les seuls progrès de l'infection cancéreuse.
B. Etat des solides dans Vinfeclion cancéreuse. — L'étude qu'on peut faire, sur les cadavres des cancéreux, des parties solides qui ne sont le siège d'aucune tumeur primitive ou secondaire ne conduit à aucun résultat important, et ne jette que peu de jour sur l'histoire de l'infection cancéreuse.
Les caractères qui ont été indiqués comme appartenant à cette période de la maladie sont les suivants : 1° Teinte jaunâtre de la peau ; 2" décoloration des muscles et des glandes; 3° amai-
grissement considérable ; -i" formation de caillots dans les veines;
5" liydropisies occupant, soit le tissu cellulaire des membres,
soit les cavités splanchniques ; 6" fragilité du tissu osseux;
7" absence de productions tuberculeuses.
La coloralion particulière de la peau est très fréquente: c'est
une couleur jaune-paille, terne, beaucoup moins prononcée, beaucoup moins vive que dans l'ictère. Celte teinte est limitée à la peau; elle ne colore ni les tissus blancs, ni les liquides de l'économie; l'aspect terne de certaines muqueuses m'a paru être simplement le résultat de leur état exsangue. Je dois dire, en particulier, que la conjonctive ne m'a point paru réellement jaune.
On a cru pouvoir considérer cette teinte jaune-paille de la peau comme la conséquence de cancers multiples développés dans le foie, mais elle existe très souvent sans que le foie soit atteint. Quelques pathologistes, la comparant à la teinte anémique, ont pensé qu'elle avait sa cause dans les hémorrhagies, qui sont si fréquentes à la surface des ulcères cancéreux. Cette explication n'est pas plus fondée que la précédente, car les malades présentent quelquefois la teinte jaune-paille avant que leurs cancers soient le siège d'aucune ulcération, et par conséquent d'aucune hémorrhagie.
Tout ce qu'il est permis de dire, c'est que cette coloration de la peau paraît être la conséquence d'une profonde altération du sang. Peut-être sera-t-il possible plus tard de déterminer la nature de la matière colorante, et de la retrouver dans le sang des cancéreux ; mais j'avoue que je ne me suis point occupé de cette question.
La décoloration des muscles, des glandes, en un mot de toutes les parties qui sont normalement colorées sur le cadavre, s'observe chez tous les individus qui succombent à des maladies très longues, surtout à celles qui appauvrissent le sang. Elle tient à
la diminution des globules ou à la diminution de la masse totale du sang. Elle n'offre rien qui soit particulier au cancer.
L'amaigrissement survient à peu près constamment chez les malades qui meurent des seuls progrès de l'infection cancéreuse. Mais il peut ne survenir que peu de semaines avant la mort, longîemps après la production de l'infection générale. J'ai fait à l'Hôtel-Dieu l'autopsie d'une femme qui portait un squirrhe volumineux non ulcéré de la mamelle, et qui était morte du choléra. Peu de jours auparavant, M. Roux, que personne n'accusera de timidité, avait refusé de pratiquer l'ablation de la tumeur, à cause de l'infection cancéreuse qui se manifestait par une teinte jaune-paille de la peau et par des troubles fonctionnels graves. L'infection était donc incontestable, elle aurait entraîné la mort au bout de peu de temps; et cependant je trouvai sur le cadavre de cette femme une quantité considérable de graisse.
L'amaigrissement survient, au contraire, de très bonne heure chez les malades atteints de cancers du foie ou des voies digestives : on peut alors l'attribuer à la perturbation des fonctions réparatrices ; mais on le rencontre également, quoiqu'à un degré moins prononcé, lorsque la tumeur occupe des organes sans importance. L'infection cancéreuse doit donc être considérée comme la cause principale de l'amaigrissement.
Il n'est pas très rare de trouver des oblitérations dans des veines entièrement indépendantes de la circulation des tumeurs cancéreuses ; ces oblitérations sont dues à des caillots plus ou moins décolorés, qui adhèrent assez faiblement à la membrane interne des veines. Il importe de ne pas oublier ce fait anatomique, parce que, lorsque les caillots sont décolorés et ramollis, ils rappellent l'aspect de la matière encéphaloïde : l'examen microscopique ne laisse aucun doute sur leur nature ; mais quelques personnes, se contentant d'une observation superficielle,
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ont pu les prendre pour des cancers développés dans le sang.
Il est difficile de déterminer la cause de ces oblitérations veineuses; on peut supposer qu'elles sont le résultat de l'altération du sang : on sait que des oblitérations semblables se produisent quelquefois dans la dernière période de la phlhisie pulmonaire. Mais le sangse coagule-t-il spontanément, ou cette coagulation est-elle due à une phlébite? C'est ce que je ne puis dire. Dans le seul cas que j'aie pu examiner, les caillots étaient noirs et adhéraient peu à la veine, dont les parois ne semblaient pas actuellement altérées.
Ces oblitérations s'accompagnent de l'œdème du membre correspondant i mais elles ne rendent pas compte de tous les œdèmes. Certaines infdtrations de sérosité se produisent chez les cancéreux sans aucune lésion des veines. J'ai noté ce fait sur une femme qui avait succombé à un cancer ulcéré de la région fronto-pariétale, et qui présentait un œdème considérable des membres inférieurs ; la veine cave et ses dépendances étaient libres de toute oblitération. En pareil cas, l'hydropisie doit être attribuée à l'altération du sang. C'est à la môme cause sans doute que tiennent les épanchements de sérosité qu'on trouve quelquefois dans la plèvre et dans le péritoine, en l'absence de toute lésion locale; épanchements assez rares, du reste, car je ne les ai rencontrés que deux fois sur un très grand nombre d'autopsies.
Un point beaucoup plus important, et qui a donné lieu à des controverses, c'est la fragilité des os dans l'infection cancéreuse. On a considéré cette fragilité comme constante ; on lui a attribué toutes les fractures qui se produisent chez les cancéreux. D'un autre côté, quelques auteurs l'ont mise en doute, et ont cru devoir rapporter à des cancers multiples du système osseux les cas incontestables de fractures spontanées survenues pendant la durée de l'infection cancéreuse. Les autorités étant à peu près
égales de par t et d'autre, j'ai dû interroger l'observation directe, et voici ce que j'ai reconnu.
Les os des vieilles femmes qui succombent au cancer dans les salles de la Salpêtrière sont ordinairement plus fragiles que les os normaux. Sur les côtes, cette fragilité est parfois extrême; mais il faut bien se garder de l'attribuer exclusiveuîent au cancer : l'âge des malades y est aussi pour beaucoup. J'ai dans ce but examiné les côtes d'un grand nombre de vieilles femmes non cancéreuses qui ont été portées cette année à l'école pratique, et je les ai quelquefois trouvées si fragiles, que j'aurais peut-être mis cet état sur le compte du cancer, s'il y eût eu, dans le reste du corps, quelque tumeur cancéreuse. Depuis longtemps, on a remarqué que les os perdent de leur résistance par les progrès de l'âge; cette observation a été faite principalement sur le col du fémur. J'ai pu m'assurer que des modifications analogues surviennent en même temps dans tous les os du squelette, et surtout dans les côtes.
Ainsi, toutes les recherches doivent porter sur des sujets morts de l'infection cancéreuse avant l'époque de la vieillesse, sur des sujets, parexemple, âgés de moins de soixante ans. La question devient alors plus facile à résoudre. Au lieu de se présenter comme un phénomène fréquent^ la fragilité des os dans le cancer apparaît comme un fait rare, mais cependant bien réel.
Je dis que c'est un fait rare. Parmi les observations qui en ont été données, il y en a beaucoup dans lesquelles les os n'ont pas été examinés au niveau des fractures. Ces observations doivent être mises de côté, car elles n'ont aucune valeur dans la question actuelle. Rien ne prouve que les fractures ne fussent pas la conséquence de cancers développés dans le squelette. Le cancer qui débute par la partie centrale d'un os ne s'accompagne en général d'aucun signe jusqu'au moment où la substance osseuse est détruite, et où il se produit une fracture ou une tumeur. Ainsi, parexem-
pie, sur une femme morte à l'Hôtel-Dieu dans le service de Blandin, nous trouvâmes dans le système osseux plus de cinquante cancers intérieurs qui n'avaient pu être soupçonnés pendant la vie. Un seul d'entre eux avait donné lieu à une fracture spontanée du fémur cinquante jours avant la mort. A l'autopsie, nous ne découvrîmes les autres qu'en sciant tous les os du squelette (1). La fragilité des os chez les cancéreux est donc un fait beaucoup moins commun qu'on n'a pu le croire.
Mais ce fait n'en est pas moins réel. Sur une malade de M. Récamier, les côtes étaient excessivement fragiles, et cependant leur tissu avait conservé son organisation; il était seulement friable et gorgé de sang (2). La malade, il est vrai, avait soixante et un ans. J'ai fait l'autopsie d'un homme d'environ cinquante ans, mort avec des cancers multiples dans plusieurs viscères. Les côtes étaient très fragiles; leur tissu était rempli d'un suc médullaire rouge et abondant sans aucune trace de cancer. Sur une femme du même âge, atteinte d'un cancer de l'os frontal droit, tous les os du crâne étaient si fragiles qu'ils se fracturèrent en plus de vingt fragments pendant que je pratiquais avec une excellente scie une coupe médiane antéro-posléiieure delà tête; les fragments à leur tour se laissèrent briser comme des biscuits par la seule action des doigts. Au niveau de ces différentes fractures, les os, examinés à l'œil nu et au microscope, me parurent parfaitement sains. Cette fragilité dépasse tout ce que j'ai vu d'analogue. Jamais, dans la vieillesse la plus reculée, elle ne se manifeste à un pareil degré dans les os du crâne. Il faut donc admettre que l'infection cancéreuse détermine quelquefois dans les os une altération qui en diminue la résistance.
En quoi consiste cette altération? Plusieurs fois, à l'œil nu, j'ai
■' (1) Ce cas a été présenté à la Société analomique par mon collègue W. Bleu. (Voyez Bulletin de la Société anatomique, 22" aimée, 18/i7, p. 166.)
(2) Récamier, Recherches sur le traitement du cancer, t. II, p. 151.
DU CANCER. G8g
pu reconnaître un léger changement dans l'os; sur quelques côtes j'ai trouvé le tissu spongieux moins serré que d'ordinaire et gorgé d'un suc médullaire rouge et abondant; mais sur le crâne dont je viens de parler, il n'existait aucun changement anatomique appréciable. J'ai donc cherché si l'analyse chimique ne me fournirait pas de renseignements plus précis, et, avant d'aller plus loin, je dois remercier ici M.Pelouze qui m'a généreusement ouvert son laboratoire, et M. H. Bonnet, qui m'a prêté l'appui de son habileté et de ses lumières.
Les résultats que nous avons obtenus ne sont pas très satisfaisants. J'en rapporterai cependant quelques uns, afin de consigner des chiffres qui pourront être utilisés plus tard. Nous avons d'abord analysé les os du crâne de plusieurs sujets morts entre quarante-cinq et cinquante-cinq ans d'affections étrangères au cancer. Voici la moyenne de ces analyses qui s'accordent assez bien avec celles de Sébastian :
Phosphate de cliaiu 51
Carbonale de chaux 10
Autres sels, matière organifjue, perle. . . 39
Dans les os du crâne non fragiles d'un homme de cinquante ans, qui avait les côtes fragiles, et qui présentait des cancers multiples, nous avons trouvé :
/ Phosphate de chaux 38,479 .
Os n" 1. Crâne non fragile. } Carbonale de chaux 16,838
[ Autres sels, matière organique,' perte. . . 4/i,(j83
Enfin, nous avons analysé les os du crâne excessivement fragiles de la femme dont je viens de parler. Nous avons pris pour cela des fragments qui ne présenteraient aucune trace de matière cancéreuse. Voici le résultat que nous avons obtenu :